‹ Notes historiques sur les parlements et les Jésuites au xviiie siècleChapitre 2 sur 9 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

En face de tant d'ennemis, les Jésuites avaient .pour eux l'estime des honnêtes gens, la voix de Tëpiscopat , l'appui de la Reine et du Dauphin; mais cette estime, cette voix , cet appui n'auraient pu résister au nombre et

ment lié avec M. de Joncquiëres, vicaire-général de Québec, ancien aumônier de Tannée de Glermont, vint un jour lui dire qu'il était sûr que le duc de Ghoiseul et autres, parmi lesquels étaient plusieurs membres du Parlement, tenaient des assemblées chez le ministre Bertin , et qu'ils y concertaient la destruction des Jésuites.

c Le marquis avait une maîtresse , qui était pour l'honneur au ministre Bertin , et qui réservait pour lui ses confidences. La séance se tenait dans une pièce voisine de l'appartement de cette dame qui y avait pratiqué une espèce de communication, par laquelle elle entendait tout et allait en faire part au marquis.

« L'abbé de Joncquières alla sans perdre de temps à la Maisanr-Profexêe ^ déclara ce qu'il venait d'apprendre, et ne fut point écouté. Les Jésuites voulaient qu'il nommât la pefrsonne qui lui avait parlé, et que cette personne vint elle-même articuler les faits. L'abbé alla trouver son ami , qui, sur la réponse donnée , se fâche et traite les Jésuites de bétes et d'imbéciles.

• Cependant , ces Pères, mieux avisés, se hâtèrent de présenter un mémoire au Roi. Louis XY en avait à peine lu les premières lignes, qu'il s'écria : Nous sommes trahis/

c Le duc de Ghoiseul mit aussitôt ses émissaires en

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à la violence des ennemis , que soutenus par l'autorité royale. Or Louis XV avait perdu toute énergie dans ses débauches et sous la domination de la Pompadour. La volupté fit taire la conscience et la justice.

campagne pour découvrir par où le secret s'était échappé. Quelqu'un soupçonna la maîtresse. Le marquis averti prit la ftiite, arriva en poste à Rennes, et trois jours après y mourut empoisonné. De son côté Tabbé de Joncquières, déguisé en marchand , partit en poste pour Calais , y fréta un paquebot, pour passer en Angleterre, et fut retenu jusqu'au lendemain. On lui avait demandé son nom , à la porte de la ville et ses qualités. On vint à son auberge à onze heures du soir le lui demander de nouveau , et on revint encore deux heures après minuit. Il se plaignit , fit grand bruit, et sa contenance écarta les inquisiteurs. Échappé à ces visites , il s'empressa de gagner son paquebot, et de partir pour Londres. A peine avait-il mis à la voile , qu'on fit au patron signal d'amener ; mais le prétendu marchand, lui présentant un pistolet, le menaça de lui brûler la cervelle , s'il ne le conduisait pas directement à Londres. L'abbé s'aperçut que son signal l'avait précédé. S'étant donc perdu dans la foule , il ne fit que traverser la ville et alla s'embarquer pour le Canada , où , sans se fixer nulle part , il s'occupa à parcourir et à visiter le diocèse, jusqu'à la disgrâce du duc de Ghoiseul, après laquelle il est repassé en France, c Plus de trente ans après, 1793 , un Breton de distino-

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Combien de fois se répète dans l'histoire le fait de Jean*-Baptiste et d'Hërode. Ce prince dominé par une femme impudique respectait cependant le prophète qui, du fond de sa prison , lui criait encore le Non Ucet qui lui avait valu la captivité : volontiers il aurait laissé vivre cet homme qui parlait comme sa propre conscience ; mais sa complice redoutait cette voix qui pouvait un jour réveiller la conscience royale, et lui faire perdre sans retour son pouvoir sur le roi : aussi , dans un de ces moments, où les sens dominaient la raison du prince^ elle en obtint la tête de Jean- Baptiste.

tion m'a répété que le marquis de Choiseul-Meuse, ami intime de sa famille, était mort empoisonné à Rennes, trois jours après y être arrivé. »

Nous n'avons garde d'attribuer à un crime cette mort par le poison. Le duc de Choiseul fut notre ennemi, celui de Rome et Tun des plus mauvais ministres de France ; mais toutes ses fautes ne donneront jamais le droit de lui imputer un crime d'empoisonnement, sur la simple application d'une maxime souvent fausse : h fecit cui prodest.

La Pompadour, — nous en ayons les preuves écrites de sa main, — n'ayant pu corrompre ces Jésuites d'une morale , si relâchée disait-^n , et ne pouvant faire taire le Non Ucet, tant de fois répété aux oreilles du prince adultère, elle obtint enfin, de son royal complice, la destruction, puis le bannissement des Jésuites.

Bientôt allait éclater un procès, prétexte et prélude de la destruction : nous voulons parler de celui du P. de Lavalelte.

Dieu qui voulait humilier la Compagnie de Jésus, pour la purilier et la rétablir après les jours d'épreuve , permit qu'un de ses membres , oubliant ses devoirs de religieux et de supérieur , méprisant les prescriptions si claires et si sages de V Institut^ se livrât, à l'insu de ses supérieurs, à des opérations commerciales. Ce criminel mépris de V Institut méritait un châtiment exemplaire; Dieu ne le lit pas attendre. Le P. de Lavalette vit l'insuc-

ces de ses spéculations tromper ses coupables espérances. Ses prévarications, enfin découvertes et condamnées, le firent expulser de la Compagnie ; mais au remords de l'avoir trompée , et comme deshonorée par une apparente complicité , dut s'ajouter celui d'avoir provoqué sa ruine (1).

(1) L'histoire des dettes et des créanciers du P. de La- Valette n'a jamais été complètement mise au net; ce qu'il y a de certain , c'est :

i® Que beaucoup de créanciers comme les Lyoncy, furent remboursés avant, la destruction de la Compagnie en France; et ce, au moyen des biens meubles forcément aliénés par les Jésuites , et de$ aumônes reçues de leurs amis, à cette occasion. On sait que Stanislas , roi de Pologne, leur donna cinquante mille livres, et, ce qui est assez inexplicable, Louis XV leur en accorda le double. A la vérité il lui coûtait moins de se montrer roi , par la libéralité, comme nous le verrons dans une autre circonstance, que par l'énergie de la volonté.

2* Après la suppression de la Compagnie et la vente de ses biens par arrêts du Parlement, la majeure partie des créanciers ne put se faire payer ; nous en avons la preuve dans les nombreuses réclamations publiées jusqu'à la veille de la Révolution , qui fit comme le juge de la fable ; elle s'empara de V huître et mit fin à l'éternelle commission chargée de répartir le produit de nos biens et qui se

Les fautes , les folies du P. de Lavalette ne pouvaient ni légalement ni moralement être imputées à la Compagnie qui longtemps les ignora et s'empressa de les punir et de les

bornait à distribuer , chaque semaine , une cinquantaine de francs , à chacun des niembres de ladite commission , pour la peine qu'ils prenaient de les venir recevoir. Cette commission de répartitions fut une des plus fortes comédies du dix-huitième siècle :

L'anecdote suivante sur les Lyoncy et le P. de Lavalette 'est tirée du Recueil déjà cité page lu :

• M. de Petigny ayant dit à M. Chapelle , son parent et son ami, que si Tabbé Chauvelin n'eût pas parlé contre les Jésuites, il avait un Mémoire prêt à lancer contre eux, M. Chapelle s'en plaignit à M. 6... connu par sa belle traduction de la République de Platon et plusieurs autres bons ouvrages. M. 6... lui dit que c'était perdre son temps que d'entreprendre de rappeler M. de Petigny à des procédés équitables envers les Jésuites. Il ajouta que, ayant vécu dans l'intimité avec M. Lyoncy à Avignon , il lui avait demandé en ami, s'il était bien vrai que le P. de Lavalette lui dût des sommes considérables, et que M. Lyoncy lui avait répondu mot pour mot : c II est bien vrai que c j'ai fait des affaires avec le P. de Lavalette ; mais nos c comptes étaient liquidés, et ce Père ne me devait plus t rien , quand le duc de Choiseul m'écrivit que le Gouc vernement allait faire attaquer le P. de Lavalette sous c mon nom , et que j'eusse à me tenir tranquille, »

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reparer dès qu'elle les connut. Cependant cette malheureuse affaire servit de prétexte aux attaques de ses ennemis : pour eux Theure du triomphe allait sonner.

c Aussi les huissiers du Parlement s'étant présentés à Nancy , avec un ordre qui portait vaguement que c'était en vertu de la créance des Lyoncy qu'ils venaient saisir les biens des Jésuites , cet exploit fut rejeté , et il leur fallut en rapporter un autre où on suppléa la vérité, en spécifiant une somme fictive.

c En 1772 on mit dans la Gazette de France , Tavis suivant : Les fournisseurs et ouvriers des Jésuites peuvent se présenter , les Lyoncy sont remplis.

c Le vrai est que les biens des Jésuites , leurs meubles» leurs riches sacristies ont été dilapidés ; les Lyoncy n'en ont rien touché parce qu'il ne leur était rien dû , et les vrais créanciers n'ont rien reçu.

« Suivant M. Pimon , substitut du Procureur général , le conseiller nommé par le Parlement , pour aller exécuter les Jésuites de la ville de Paris, fait monter la vente de leurs biens à la somme de 400,000 livres, et le Parlement fait monter à 800,000 livres les frais de saisie , de procédures; ainsi il aurait perdu 400,000 livres à cette opération. Mais on a fait traîner cette vente de manière à en faire perdre la trace. Ceux qui étaient au courant savaient que sur la masse , l'abbé X..., s'était fait 40,000 livres de rente.

c M. Pimon était dépositaire de deux grandes caisses de

Les esprits étaient désormais préparés à ce grand événement, le plus célèbre du dixhuitième siècle, si la ruine de la monarchie et de l'ancienne société française n'était venue trente ans après le reléguer au second rang»

Les iniquités de 1763 allaient avoir pour conséquence et châtiment celles de 1793. Le procès et la condamnation des Jésuites au Parlement furent une manifeste violation de la justice. Plusieurs des juges iniques de 1763 ont pu voir en 1793, comment le successeur de Louis XV allait devenir la victime innocente des prévarications que son aïeul leur avait laissé commettre!

Sans doute 93 avait d'autres injustices ,

papiers. Tune concernant les affaires des Jésuites; l'autre le procès de Damiens. M. Linguet, ami de ces Pères, leur avait promis de mettre ces Mémoires en ordre, et d'en faire une histoire intéressante. A la mort de M. Pimon , quand on vint apposer les scellés, on ne trouva point les caisses. La veuve, qui vit encore, 1786» les avait fait enlever , et déposer chez un curé de Paris, qui est mort sans qu'on ait jamais pu savoir qu'est devenu ce dépôt. »

d'autres crimes à panirqae la condamnation et la persecation des Jésuites ; mais cette iniquité, jointe à tant d'autres, pesa lourdement dans la balance de Celui qui juge les justices, et fit éclater sur la France cette tempête de la Révolution dont l'Europe est encore étourdie.

Nous voici maintenant arrivés à la grande œuvre des parlements : la raconter dans ses détails n'est pas notre dessein ; nous n'écrivons point une nouvelle histoire de la chute des Jésuites, nous l'examinonB seulement dans ses causes, afin de la mieux apprécier.

La cause première , nous l'avons déjà vu , se trouve dans la corruption du cœur humain , haïssant, dès qu'il fait le mal, et la lumière, et, si l'on peut ainsi parler, \q^ porte-lumière : QUI FAcrr MALUM ODTT LUCEM. A cetlc cause générale de haine, est venue s'ajouter, comme il a été dit, l'aversion innée des hérétiques de toutes les nuances et très-particulièrement des Jansénistes; puis enfin celle des mécréants

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de toutes catégories. Nous avons constate l'union de toutes ces haines dans une formidable coalition , et sur le point , après tant d'années et d'efforts, de renverser les Jésuites. Une coalition si puissante avait cependant besoin, pour arriver à son but , de la complicité du pouvoir et de l'appui du parlement ; mais l'heure était venue ou cette complicité devenait évidente, et l'appui des parlements certainement acquis et largement donné.

Deux siècles de tempêtes n'avaient pu déraciner l'arbre planté par saint Ignace de Loyola sur les hauteurs de Montmartre , en 1534; mais, en 1762, le parlement eut la gloire de le briser à coups de hache , aux grands applaudissements des passions ameutées. Combien de fois devait-on voir, avant la fin du siècle , des exécutions iniques applaudies par les mêmes mains!

Si nous laissons aux historiens le récit détaillé des événements, nous devons toutefois

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noter an certain nombre de faits, dont la connaissance est nécessaire à l'exacte appréciation du grand procès de 1762. £t d'abord un mot sur les juges et leurs victimes.

Nous ne saurions en douter^ les parlements de France renfermaient un très-grand nombre de magistrats intègres , alliant à la plus haute probité la science et les talents nécessaires à leur éminente position ; mais ce nombre formait-il la majorité ? Nous répondrions affirmativement , si certains juges avaient moins consulté le faux honneur que l'inflexible probité. A combien de ces magistrats qui fléchirent devant le respect humain pourraiton appliquer les paroles du président d'Eguilles faisant le portrait d'un de ses amis : « Je n'outrerai rien en disant qu'il est natuf< rellement le plus humain , le plus transe quille 5 le plus modéré de ses concitoyens , « aussi aimableparsa douceur cjué respectable c< par ses qualités supérieures. Juge de la plus

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u grande int^rite et le plus parfait honnête c( homme. 11 n'a eu qne le malheur, comme fi bien d'autres , de confondre cette probité c( de convention qu'on appelle honneur , et i ti qui a pour but d'obtenir l'estime publique,

u avec cette probité plus austère qui se conti tente de la mériter; qui préfère invariable^ u ment ce qui est vrai, à ce qui est reçu , et u qui , presque inconnue sur la terre , n'y a a pas proprement de nom. Ebloui par tout a ce que la première a d'imposant, on ne « se doute pas qu'il y en ait une autre, et c'est « avec une sorte de bonne foi qu'on viole le « devoir en croyant le remplir » . {Voy. uém, p. ai.) Plus loin le Président ajoute, en parlant de ses collègues du parlement, entraînés par le respect humain : « 11 semble que les excès où « L'on se porte en corps ne sont ceux de per^ i< sonne ; l'iniquité disparaît en se partageant ; « et l'on ose tout , parce qu'on ne se croit i< responsable de rien, personnellement. Ce

(< n'est pas qu'il n'en coûte d'abord , mais le « mauvais exemple fait faire un premier pas, « la vanité un second, l'ambition quelquefois « un troisième; ensuite le faux honneur, la « honte qu'on trouverait à reculer, les préju- « gës d'une Compagnie, sa prétendue gloire, « son prétendu intérêt , la colère contre ceux « qui résistent , la fureur contre ceux qui « attaquent ; toutes les passions soulevées se te réunissent , corrompent insensiblement la « plus belle ârae et finissent par mettre (f l'esprit et le cœur dans une espèce de « convulsion habituelle où il n'y a plus « d'yeux pour la vérité, plus d'amour pour « la justice, presque plus de liberté pour le « bien. De manière que , sans le vouloir « et presque toujours sans le croire , les « plus honnêtes gens, les plus belles âmes, « les cœurs les plus humains vont vers le mal, « aussi bien que les plus méchants hommes, « en se déterminant, comme eux, par la

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(T nécessite du moment. L'affaire des Jésuites (( en fournit au monde un terrible exemple. »

{Yoy. Mém., p. 222.)

Sans cet entraînement du respect humain et de l'esprit de corps , sans la pression formidable exercée par les ennemis des Jésuites, la majorité des juges se fût déclarée pour eux ; et la preuve irréfutable de notre assertion se trouve en ce fait, que, dans la plupart des parlements, malgré tous les entraînements du dedans et la pression du dehors, l'iniquité dut son triomphe à la majorité d'un petit nombre de voix : à deux ou trois dans quelques Cours.

Si la magistrature intègre des parlements fut dominée ou renversée par la partie turbulente et mal saine , on en sera moins surpris si l'on examine de plus près comment la corruption du siècle avait envahi le sanctuaire de la justice.

Déjà depuis plusieurs années on voyait

parmi les jeunes magistrats se produire un abaissement de moralité , et ces scandales de la vie privée où la conscience ^ après avoir fait naufrage et méconnu la loi de Dieu^ passe sî facilement au mépris des droits du prince et de la justice distributive. Ek^outons sur ce sujet un orateur fort réservé, et parlant du haut de la chaire devant un auditoire trèsdélicat , venu pour entendre le panégyrique de saint Louis, que va prononcer Fléchier :

« Quel magistrat aujourd'hui, nous dit l'évé* « que de Nîmes , veut interrompre ses diver- « tissements, quand il s'agirait, je ne dis pas <( du repos, mais de l'honneur et peut-être « même de la vie d'un misérable? La magi»- « trature n'est que trop souvent un titre d'oi- « siveté, qu'on n'achète que par honneur et 4c qu'on n'exerce que par bienséance. C'est « ne savoir pas vivre et faire injure aux ma-^ c gistrats que de leur demander justice, lors- (t qu'ils ont résolu de se divertir. Leurs amu-

(V Bements sont comme la partie sacrée de ^^^ leur vie à laquelle on n'ose toucher; et ils cr aiment mieux lasser la patience d'un malic heureux et mettre au hasard une bonne i' cause,; que de retrancher quelques mot^ ments de leur sommeil, de rompre une «î^pwtîe d;e jeu, ou une conversation inutile, rtpàume rien dire de plus. » Si Ton repoussaîjt ce tableau , peint cependant d'une main sriiiiuôdôste^ sous prétexte que Fauteur en sa qualité, de iclérical a mis trop de noir sur sa palette, ouvrons un auteur peignant d'après aa^ure ^h siégeant au milieu de ceux dont il feii le; portrait. « La justice, disait M. d'A- H»':guesseau, voit croître sous ses yeux un peuii «pie liouveau , ennemi de l'ancienne discilrr> pline qui conservait autrefois la dignité du ir Magistrat. Les jeunes Sénateurs commen- -wïi<5ent à mfépriserles anciens. Les inférieurs -* J se ' révoltent contre les supérieurs. . . On ^nvoiiidW MàgîMrats qui deviennent juges

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a avant que d'être hommes , toujours oisifs a sans être Jamais en repos, toujours agi&a sauts sans être véritableoient occupés ; a l'agitation continuelle que Ton remarque (c en eux est une vive peinture du trouble (f et de la légèreté de leur âme... Ou reconce naît dans leurs mœurs toute sorte de carac- (c tèreSy excepté celui de Magistrats : ils vont li chercher des viceç Jusques dans les autres c< professions. Us empruntent de l'une sa (c licence et son emportement ; l'autre leur « prête son luxe et sa mollesse :^ils violent li jusqu'à la bienséance du vice .. On voit a des Magistrats qui, séduits par les conseils V d'une aveugle jeunesse , ne connaissedt u d autre école que le théâtre, d'autre mo^ (C raie que les maximes frivoles d'un poëme u insipide , d'autre étude que celle d'unk a musique efféminée, d'autre occupation que (C le jeu , d'autre bonheur que la volupté.

(C On en voit qui consacrent jusqu'à leurs

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(f caprices , et érigent toutes leurs pensées en (r oracles*, les plus vaines subtilités reçoivent <c bientôt entre leurs mains le caractère de w l'infaillibilité. Il n'est plus pour eux de « règles certaines.. • On les voit se perdre et « s'égarer volontairement dans les chemins « tortueux d'une procédure artificieuse , et « ne montrer qu'ils sont juges , que parce « qu'ils possèdent mieux la science, si comte mune en nos jours, d'éluder la justice et de

u surprendre la loi . » {Voy. Pazès: n e$t temps de parler, ou 4JempU-nnêu aupubUô, etc., t «,p. 12.) Voilà UOS jeunesSé-

nateurs peintR par d'Aguesseau^ une des gloires du Parlement. Mais là, comme partout^ la corruption des mœurs devait bien vite entraîner à l'oubli des devoirs d'état. Un cœur gâté par la volupté est bientôt ouvert à toutes les autres séductions, à toutes les faiblesses, à tous les entraînements des passions et de l'intéeét.

Les Jésuites dénoncés par tous les ennemis

dont nous avons parlé allaient tomber entre les mains de ces Parlements , où la partie remuante et gâtée leur était ardemment hostile (1). Partout on les cite à comparaître

(1) L'abbé Chauvelin , coaseiller-clerc au Parlement , chanoine de Notre-Dame et janséniste extrêmement distingué, eut en sa vie un jour de célébrité, grâce à son ardente animosité contre les Jésuites. Ses biographes , amis ou ennemis , sont de parfait accord sur ces deux points : premièrement il avait le caractère et l'esprit on ne peut plus mal faits ; secondement il était tout à fait bossu, contrefait et vilain au possible; le tout relevé par l'envie de se pousser et de nuire à ceux qu'il n'aimait pas.

Un tel homme devait être le plus notable trait-d'union de la haine parlementaire et janséniste contre les Jésuites ; et de fait, il passait parmi ses collègues comme le coryphée du jansénisme. En cette qualité il lui revenait de droit l'honneur de porter les premiers coups à la Compagnie de Jésus , et nous devons l'avouer , si elle a rencontré des ennemis plus habiles, jamais elle n'en a eu de plus passionnés. Sa haine contre les Jésuites était profonde et tenace ; il devait , nous dit un de ses biographes , les regarder comme ses ennemis^ puisqu'il les haïssait ! Ce raisonnement, nous le citons, non comme un modèle de syllogisme , mais à titre de renseignement , ne trouvant à la haine du digne abbé d'autre origine que son jansénisme ; d'autre cause, d'autre commentaire que le sentiment for-

OU pour parler exactement à venir déposer le corps du prétendu délit : V Institut de la Cotnpagnicy entre les mains des magistrats chargés de l'examiner et d'en rendre compte. En

mule dans le proverbe italien : Chi offende non perdona. Mais laissons parler ses contemporains :

t Tout était préparé pour faire aux Chambres assemblées du Parlement la dénonciation de l'Institut des Jésuites. L'abbé Cbauvelin , conseiller-clerc à la Grand'- Chambre, se chargea de cette commission. Il était d'une famille assez considérable dans la robe , et fils de H. Chauvelin qui avait été garde-des-sceaux pendant le ministère du cardinal de Fleury ; mais il portait sur sa personne Tempreinte de toutes les disgrâces de la nature. Bossu, contrefait, il avait la figure d'un sapajou, comme le disait une épigramme faite anciennement contre lui. Son caractère était encore plus difforme. Malin, caustique, violent, il ne se plaisait que dans le mal, et son esprit faux ne lui permets tait jamais d'envisager un objet sous ses véritables rapports. Ce n'était pas seulement de la haine qu'il avait contre les Jésuites; c'était de la fureur et de la rage, et il fut au comble de son bonheur de trouver une occasion d'en donner des preuves éclatantes. » (Du rétablissement des Jésuites et de FéductUion publique, Ëramerik , 1800 , p. 66.)

Le 47 avril 1761 , il fit la célèbre dénonciation imprimée sous le titre de : Compte-rendu^ par un de Messieurs, sur les Constitutions des Jésuites. Trois mois après, il venait

aucun tribunal les Jésuites ne furent appelés à donner des explications sur leur Institut ; pas un ne fut interrogé sur la soi-disant morale relâchée dénoncée avec tant de fracas

dans un nouveau réquisitoire dénoncer la doctrine des Jésuites. Enfin en avril 1767 il obtenait un arrêt, bannissant hors du royaume les Jésuites déjà supprimés et dispersés. A cette époque^ remarque un de ses biographes, l'aJbbé Chauvelin^ arrivé au terme de ses vceux, cessa de prendre une part active aux travaux du Parlement et fut nommé conseiller d'honneur. Dès lors il tomba dans une espèce ^aubli.

Ainsi le digne conseillet^ (f honneur tomba dans Toubli dès qu'il eut achevé de dévorer les Jésuites ; mais un moment sa gloire fut grande : on le comparait en vers et en prose au roi David , vainqueur du géant Goliath ; dans un même médaillon on avait réuni son profil à celui de Henri IV; il fut peint et gravé par des artistes célèbres , qui, en dépit de la réalité, en firent une figure honnête. Et ce tour de force paraîtra mal aisé si on se rappelle l£( mordante épigramme où son triste visage était comparé, par le poète, à l'animal le plus ressemblant à l'homme.

Sous la date du 16 janvier 4770, Bachaumont fait l'oraison funèbre du bon abbé : t Chauvelin, ancien conseil- « 1er de Graud'Chambre et conseiller d'honneur du Par- • îemeut, est mort avant-hier, âgé de cinquante-quatre c ans. Né avec une complexion faible, et disgracié de c la nature, il était épuisé par les plaisirs et par le

par V Extrait des assertions qui servit de base à l'acte d'accusation , avec les deux in-folio àeV Institut y édition de Prague , 1757. Ainsi donc avec ces deux in-folio , l'in-quarto des dissertions et leur parfaite envie de nous détruire, les magistrats n'avaient besoin de rien autre. Ils se trouvaient même surabondamment pourvus en se rappelant que, pour faire pendre un homme , il suffit de quatre lignes de son écriture habilement commentées. Or,

« travail. Coryphée tour à tour du théâtre et du jansé- « nisme , il s'était fait une grande célébrité par Taudace « avec laquelle il avait attaqué le colosse des enfants f d'Ignace. Le succès de son entreprise l'avait rendu t très-recommandable dans son parti.... Dimanche mat tin il s'est levé comme à son ordinaire, à six heures. < A huit heures il a donné audience à ses médecins, il « plaisantait avec eux, lorsqu'il lui a pris une faiblesse, € dans laquelle il a passé, sans qu'il ait pu recevoir les i sacrements. Il était ancien chanoine de Notre-Dame et € doit, en cohséquence, être enterré dans la cathédrale. » Bachaumont ne nous parle point de miracles opérés à son tombeau : cette gloire posthume était réservée à plus grand saint que lui , le diacre Paris , l'illustre thaumaturge du parti janséniste.

avec nos deux in-folio , sans parler de la nu>^ raie relâchée ^ nos commentateurs avaient de quoi nous faire pendre mille fois pour une :

ils se mirent à l'œuvre , et trouvèrent en effet dans notre Institut un amas incommensurable d'atrocités révoltantes, jusqu'alors dérobées aux yeux de la justice.

Une semblable découverte avait cependant de quoi surprendre. Cet Institut, composé par un Saint canonisé, loué par leconcile de Trente et l'Eglise universelle, approuvé parles souverains Pontifes et pratiqué aux yeux du monde catholique depuis plus de deux cents ans , allait être , au nom de la justice , de la morale et de la religion, dénoncé à l'univers comme détestable , impie , corrupteur , contraire à la loi naturelle, à la sûreté des princes et des Etats , etc...

Le succès d'une telle dénonciation fut immense, elle passionna tous les esprits: la France s'en occupait avec une sorte de fréné-

sie, et bientôt elle allait se repaître avec avidité des chefs-d'œuvre de nos Procureurs généraux : les fameux Comptes-rendus. L'immensité du scandale dépassa les limites de la France, et, pour un moment, toutes les gloires de l'Eurppe, même celle de Voltaire , pâlirent devant la subite illustration des la Chalolais, des Ripert de Monclar, des Charles, et autres gloires des Parlements (1).

(1) Si maintenant on ne lit plus ces chefs-d'œuvre de nos immortels orateurs, du moins leurs noms figurent avec succès dans toutes les diatribes contre les Jésuites. Cependant il faut le dire, le nom de M. Chai^les et des autres Procureurs sont tombés dans un profond oubli , et c'est une injustice : H. Charles surtout méritait un meilleur sort : personne en effet n'avait mis plus de venin et d'emportement dans son factum; tant et si bien qu'il entraîna le parlement de Normandie à devancer les autres dans la malédiction de Y Institut et l'expulsion des Jésuites. Si l'on veut se faire une idée du succès de M. Charles et voir à quel degré d'échauffement il poussa nos juges normands , il suffit de lire les arrêts fulminés à Rouen , le 12 avril 1763 : on y trouvera des objurgations véhémentes comme celle-ci : Peut-on laisser subsister des hommes dont le nom seul est un opprobre et l'existence un crime d'État ? Et il y a

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