‹ Notes & penséesChapitre 19 sur 32 · Victor Hugo et son temps, par Alfred Barbou · texte numérisé non relu

Victor Hugo et son temps, par Alfred Barbou

de douze ans — où Tun des plus anciens et des plus fidèles serviteurs de cette haute et toutepuissante gloire qui tient actuellement tout le siècle, comme Voltaire, adressait à Sainte-Beuve un roman nouveau avec cette dédicace manuscrite au crayon .* « Au commandeur de l'esprit Sainte- Beuve, » Le piquant est que Sainte-Beuve, touché de l'attention , était gêné par Thommage. Tout commandeur qu'il fût, il n'aimait pas qu'on le lui dît. Il repoussait ces degrés hiérarchiques qui consistent à faire de la République des Lettres une espèce de régiment où l'on monterait de grade ■ en grade. Il était plus égalitaire que cela. « C'est Balzac, disait-il, qui a introduit ces titres pompeux de maréchaux des Lettres ; nous sommes tous écrivains, comme les douze preux étaient chevaliers de la Table ronde, sans distinction de princes de la critique et autres balivernes ; — tout cela, ajoutait-il, c'est du charlatanisme. » C'était là sa théorie, de moins en moins en faveur, si j'en juge par l'une des conversations que rapporte le nouvel interprète de Victor Hugo, et d'après laquelle le poète immortel aspirerait à monter de sphère en sphère jusqu'à devenir un ministre de Dieu. Il place Dieu en haut : là-dessus je n'ai pas de théorie, car tout est relatif, et s'il est vrai qu'on s'élève en quittant la terre, on s'abaisse aussi en sens inverse vers d'autres régions. Mais c'est là de la métaphysique d'aéronaute — tout à fait transcendante...

Je ne me défends que d'une chose : c'est d'avoir trempé dans des publications tapageuses, dont on a

voulu me rendre complice. J*ai mis çà et là mon grain de sel à la biographie de Sainte-Beuve, mais je n'ai jamais prétendu en faire du picrate.

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