‹ Notes & penséesChapitre 25 sur 32 · CCLXXVIII · texte numérisé non relu

CCLXXVIII

Il ne faut pas plus sacrifier la Vérité que la Patrie à ses opinions politiques.

Je suis de ceux à qui il est égal d'être vainqueur ou vaincu. Les hommes passent, mais la Vérité reste.

L'homme est un résumé de toutes les passions inconscientes de la nature. Il n'est donc pas étonnant que l'homme soit mauvais.

Dans mes années sans souci de jeunesse et de quartier latin, j'allais me faire raser chez un perruquier de la rive gauche, qui avait une fort belle femme, — laquelle vous mettait quelquefois la main au menton.

Le pauvre homme était un travailleur tout dévoué au client et à sa besogne. Un jour qu'il me promenait le rasoir sur la joue, il me dit : « moi, je n'aime pas V astronomie. » Je le regardai sans ouvrir la bouche, et pour cause : mais je dus lui faire l'effet d'un ahuri.

— Non, continua-t-il, je ne suis pas astronome. Il y en a qui ne se dérangeraient pas de table quand le client entre; moi, je descends tout de suite. Cela m'est égal de manger un peu plus chaud, un peu plus froid. U astronomie n'a jamais été mon vice...

Je compris alors qu'il voulait dire la gastronomie, mais jugez du rire... j'écartai du geste le rasoir quelques instants, parce que la situation devenait périlleuse, et, de mon mieux, je satisfis à ce besoin d'hilarité qui étonnait de plus en plus le brave raseur.

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