CXXXVIII
On fait souvent bon marché de Tintérêt d'autrui, mais on devient âpre quand il s*agit de son propre intérêt.
Certaines expressions sévissent parfois, comme des fléaux épidémiques, dans la littérature ou dans le journalisme (ce qui n'est pas toujours la même chose). Ainsi, à un certain moment, on ne pouvait ouvrir un journal sems trouver à tout bout d'article : « Combattre le bon combat^ » mot emprunté à l'Ecriture. — C'est doublement abuser de Yécriture que d'employer encore cette expression, tellement on en a usé dans les derniers temps. On Ta usée.
Balzac. — Comparez le passage de l'Oraison funèbre de Bossuet, parlant de Cromwell : « Un homme s'est rencontré d'une profondeur d'esprit incroyable,... capable de tout entreprendre et de tout cacher, etc., etc., » — comparez, dis-je, ce morceau avec le début de Y Histoire des Treize^ et dites de quel côté est l'originalité. Ce sont presque les mêmes termes, la même solennité de ton et de forme : la hauteur de vue, la gravité s'y
retrouvent. Seulement ce qui a sa raison d'être pour la grande figure de Cromwell, n'a pas sa raison d'être pour r//îs/o/re des Treize. Il y a disproportion. Balzac, diisait Préault, a peint les portiers à la fresque, et les héros en miniature.
Ceux qui se vantent de faire le bonheur de l'humanité ne connaissent pas l'humanité. Elle se conipose en grande partie de malades, de nerveux et de pointus.
Dans la lutte des idées, le pot de terre ne doit pas avoir peur du pot de fer.
Les grands esprits vous attirent en haut : les esprits médiocres ou vulgaires, au contraire, font tous leurs efforts pour vous clouer à terre avec eux. — Ils s'ingénient comme les paysans à frapper sur une pelle pour arrêter, avec ce bruit assourdissant, un essaim d'abeilles qui plane au-dessus de leurs têtes, et le faire descendre. — L'égalité n'est possible qu'en haut. — Elle répugne avec des natures inférieures.
On m'a enseigné, au collège, tout ce qu'il fallait pour ne pas gagner ma vie.
Pour juger les autres, il faut savoir sortir de soimême.
Oui, la Révolution a commis des crimes, mais la nature en commet tous les jours.
Je comprends très bien Proudhon bourru et répondant à M. Danjou qui lui disait : « Nous avons des idées communes... » — « Qu'est-ce que cela me fait> » L'homme pense, en effet, pour lui tout d'abord, et quand il est convaincu de ses propres vérités, que lui importe le nombre de prosélytes > — S'il n'est pas charlatan, il ne tient pas à en faire. — Une vérité découverte (ou ce qu'il croit tel) n'a pas besoin d'approbateurs. Elle est la vérité, et cela suffit. — Mais toutes les vérités vieillissent, et sont remplacées par d'autres. Ce qui rend sceptique.
Les pires diffamateurs, pour moi, ne sont pas ceux qui vous insultent dem's un journal à leurs risques et périls, mais les avocats qui profitent de leur impunité pour vous insulter en pleine audience.
Il y a des gens qui ne se permettraient pas d'interpréter la Loi... à leur préjudice.
Certains compilateurs font, je crois, exprès d'écrire mal pour avoir le plaisir ensuite de confondre rignorance de ceux qui n'ont pas eu le courage de les lire jusqu'au bout.
Il y a une tendance dems l'humanité qui est de déplacer les fortunes par des moyens phtloutechniques.
Notre illusion est de croire qu'une étoile nous regrarde, quand nous la regardons. L*étoiIe est vue de tout le monde, mais elle ne regarde aucun de nous en particulier. Ainsi des grands, des princes, des princesses de la rampe ^ et de tous ceux qui détiennent le pouvoir et fixent Fattention publique, en République comme en monarchie.