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LE PAPIER AU CHARBON

Le papier au charbon n'est autre chose que du papier enduit d'une couche de gélatine et d'encre de chine. En ajoutant diverses matières colorantes on obtient des tons et des nuances tel qu'on désire les produire. On se sert de préférence de substances dont la couleur ne change pas par l'action de la lumière, car si on employait des couleurs instables on perdrait tous les avantages du procédé au charbon^ et on rentrerait dans la sphère de Tinconstant.

Plusieurs établissements font une spécialité de la fabrication du papier au charbon, et on trouve dans le commerce des papiers de toute nuance; ainsi on n'a qu'à choisir celle qui est la mieux adaptée au but proposé.

Pour les positifs sur verre et pour les agrandissements, on fait des papiers spéciaux qui contiennent une plus grande proportion de couleur.

On fait maintenant du papier au charbon recouvert d'une couche de collodion ou d'un vernis colloïde poreux. Ce papier présente plusieurs avantages, surtout pour le travail dans les climats chauds.

SENSIBILISATION DU PAPIER AD CHARBON

On immerge le papier dans une dissolution de bichromate de potasse, et on le suspend pour le faire sécher dans Tobscuriié.

Le papier humide étant peu sensible à la lumière, on peut opérer dans une chambre dont les fenêtres sont garnies de rideaux gris; mais il est absolument nécessaire que le séchage se fasse dans l'obscurité complète, car le papier sec est beaucoup plus sensible à la lumière blanche que le papier nitrate.

On doit être scrupuleux à cet égard, parce que la surface noire du papier ne trahit pas les changements qui s y sont produits; lorsqu'on se sert de papier nitralé on mettra de côté toute feuille qui n'est plus bien blanche, mais ici nous ne voyons pas si la gélatine s'est décomposée.

De plus, l'endroit où on fait sécher le papier doit être bien aéré. Dans une petite boîte le papier ne séchera pas. Le séchage est beaucoup accéléré si on ôte au papier une grande partie du liquide en le raclant.

La concentration du bain de bichromate doit être variée suivant la température. Pour une partie de bichromate de potasse on prend en hiver trente parties d'eau; en été, cinquante ; et pendant les fortes chaleurs jusqu'à cent parties.

Par l'emploi, la solution change sa couleur jaune en brun; alors on fera bien de la rejeter. Elle n'est pas tout à fait hors de service dans cet état, mais les papiers qui y sont préparés ne se conserveront pas aussi longtemps que ceux préparés dans un bain neuf.

SENSIBILISATION DU PAPIER AU CHARBON

Après avoir coupé le papier, on nettoie sa surface avec un linge propre et on l'immerge clans la cuvette remplie du bain de bichromate ; on éloigne les bulles d'air en y passant une éponge. Le papier doit rester dans ce bain jusqu'à ce que la couche de gélatine devienne souple, ce qui arrive de une à quatre minutes, suivant la température du bain et la solubilité de la gélatine. Pendant les temps chauds, la gélatine pourrait se dissoudre dans le bain; dans ce cas, il faut le tenir bien froid, soit en y introduisant de la glace, soit en choisissant pour l'opération un endroit frais.

On suspend la feuille sensibilisée en la serrant avec deux pinces

américaines. Si la feuille est grande on attache au côté inférieur une pièce de bois plate, à laquelle deux pinces américaines sont fixées. Sans cette précaution le papier pourrait se rouler en séchant, ce qu'il faut éviter.

L'air de la partie supérieure de la chambre étant toujours plus sec que celui d'en bas, on suspend le papier aussi haut que possible.

Un autre moyen de sécher le papier, est de le placer sur une feuille de carton sécheur qu'on a suspendu au-dessus d'une planchette demi-ronde.

SENSIBILISATION DU PAPIER AU CHARBON

Si le papier humide est exposé à une grande chaleur, comme cela arrive en été dans les climats chauds, il peut arriver que la gélatine se dissolve et coule en gouttes épaisses. Ces gouttes en séchant forment dans l'image des parties noires. Ce défaut n'arrive pas lorsqu'on racle le papier ; on pose la feuille telle qu'elle vient du bain sur une glace bien propre, le côté noir en dessous, et on passe la raclette dessus dans les deux directions. Alors on détache la feuille et on la suspend à sécher; elle aura perdu la plus grande partie du liquide et elle séchera trèsvite. Il ne faut pas trop presser en raclant; je recommande de couvrir le papier d'une feuille de toile caoutchoutée, car en raclant sur le papier même il se détache des fibres.

La raclette est formée de deux planchettes en bois qui tiennent une bande de caoutchouc.

SENSIBILISATION DU PAPIER AU CHARBON

Les papiers qui ont reçu un enduit de collodion ou de vernis colloïde poreux ne doivent pas être raclés, parce que la couche colloïde qui les couvre pourrait se fendiller.

On peut encore passer le papier sensibilisé humide dans un bain d'alcool pour le faire sécher très-vite.

S'il s'agit de la sensibilisation de très-grandes feuilles on attache à la cuvette un tube de verre et on tire le papier sensibilisé sur ce tube, qu'on a préalablement humecté. De cette manière la gélatine perd une

grande partie de son fluide et sèche plus vite.

Pendant que le papier sensibilisé est encore à l'état humide il faut le garder contre les émanations du gaz d'éclairage, des closets, des écuries, du sulfydrate d'ammoniaque, etc. Les défauts produits par l'air impur ne se montrent souvent que le deuxième jour après la sensibilisation.

Le papier sensible perd avec le temps sa solubilité. Si le bain est frais et que le papier ait été séché dans des conditions favorables il conserve ses bonnes propriétés pendant huit ou dix jours. Mais on fera bien do ne pas préparer trop de papier d'avance. Du reste, certains papiers se décomposent plus vite que d'autres.

LES CHASSIS

Tout châssis positif peut être employé pour le tirage de Tépreuve au charbon. Le feutre qui doit presser le papier contre le cliché doit être bien sec; sans cela l'humidité s'empare de la couche de gélatine et la fait coller au vernis du cliché. On devrait toujours couvrir le papier au charbon d'une feuille de papier ciré, mais il vaut encore mieux construire les châssis de telle façon qu'une planchette recouverte de drap remplace le feutre.

Avant de placer le papier au charbon sur le cliché, on regardera sa surface; s'il est couvert de poussière, on le nettoyera avec un pinceau large ou avec une aile d'oiseau, car la poussière se reproduirait dans répreuve.

Il a été dit plus haut qu'avant l'emploi le papier sensibilisé doit être bien gardé contre l'influence de la lumière; il faut ajouter qu'une courte exposition à la lumière diff'use est souvent avantageuse, surtout quand il s'agit d'épreuves avec des surfaces blanches, des fonds dégradés, etc. La durée de cetteexposition doit être régulière etcourte, parce qu'on ne veut produire qu'une nuance imperceptible. Par cette raison on peut opérer derrière un rideau gris; seulement le séchage du papier doit se faire à la lumière jaune.

Comme on ne voit pas l'épreuve formée par l'exposition à la lumière à travers le cliché, on écrira avec un crayon sur le côté blanc le numéro du cliché.

On serre les papiers dans une boîte en fer-blanc jusqu'à ce qu'on commence à développer. Il ne faut pas laisser passer trop de temps entre l'exposition et le développement, parce que l'eff'et de la lumière continue k l'obscurité même ; de cette manière, les épreuves qui ne

LES CHASSIS

sont développées qu'après cinq ou six heures se trouveront plus foncées que celles qu'on a développé de suite.

Les épreuves à surface brillante perdent une partie de leur éclat quand on les colle sur le carton de la manière ordinaire. Il faut donc les coller pendant qu'elles se trouvent attachées à la glace. Dans ce cas on peut, par une seconde impression, les entourer d'un fond teinté. On a construit des châssis spéciaux pour cette double impression; ce sont des boîtes à double fond. Le cliché est serré entre la glace et le

cadre qui porte la cache de papier noir.

Pour chaque dimension on a un châssis teinteur construit de la même manière, mais portant sur la glace le papier découpé qui doit protéger l'épreuve contre l'influence de la lumière.

LES CHASSIS

Les deux châssis ont exactement la même dimension; les positions de la cache et du papier découpé doivent correspondre.

Quand on veut se servir de ces châssis, on coupe deux côtés du papier sensible k angle droit. Après avoir donné au cliché la position convenable au-dessous de la cache, on place le papier sensible de telle manière que son angle coupé touche l'angle correspondant du châssis. On ferme le châssis et on tire comme de coutume. Après, on place le même papier avec la même précaution dans le châssis teinteur, et on l'expose à la lumière pour un demi-degré du photomètre.

Ici il est nécessaire d'avoir toujours son crayon à la main, pour marquer les papiers après la première et la deuxième impression.

Il y a d'autres moyens pour produire le même effet, mais le châssis teinteur est le plus commode. On peut le construire en carton.

Pour obtenir plusieurs épreuves sur une même feuille de papier, on a fait des châssis multiplicateurs. Le cliché d se trouve dans la boîte ce, qui est fixée à la planchette bb, par deux crochets gg. En

faisant glisser la planchette 6, on obtient huit épreuves sur le papier qui est placé entre le cadre a et le couvercle f. On comprend qu'on

LES CHASSIS

économise beaucoup de temps en développant à la fois un grand nombre d'épreuves.

M. Norden a inventé un autre châssis très-commode. Le cliché est serré contre la glace par une planchette mobile munie d'un ressort. Le châssis est assez grand pour une bande de papier qu'on

peut faire glisser deux fois. De cette manière on obtient trois épreuves Tune à côté de l'autre.

LE PHOTOMÈTRE

Cest une petite boîte en fer-blanc avec un couvercle double; dans ce couvercle est pratiquée une ouverture ronde munie d'un verre, sur

lequel est peint le ton brun-chocolat que le papier albuminé et nitraté prend après une exposition au soleil de 90 secondes. Dans ce cercle il se trouve une place ménagée de verre transparent, sous laquelle glisse une bande de papier sensibilisé.

Lorsque la teinte du papier est arrivée à l'intensité de la teinte-type, on a un ton. On tire un peu le papier, pour présenter k la lumière une nouvelle surface qui, lorsqu'elle a atteint le degré-type, constitue le deuxième ton, et ainsi de suite.

Pour un cliché de densité moyenne, une exposition de deux tons suffira; s'il est couvert de papier transparent ou de vernis mat, on pose trois tons ou plus s il est nécessaire. Le commençant devra tâcher

LE PHOTOMÈTRE.

de reconnaître par la vue le nombre de degrés de pose qui convient à chaque cliché. On écrit ce nombre sur Tenvers du cliché, car une fois trouvé il reste le même pour tous les tirages. Quand on tire au soleil, le temps doit être prolongé ; le même cliché qui demande une pose de 4 degrés à la lumière diffuse doit avoir une pose de 5 degrés au soleil.

Avec un seul photomètre on peut contrôler le tirage de 10 épreuves à la fois.

Un autre photomètre consiste en lOfeuilles de papier de soie de différente longueur; chaque feuille porte un numéro qui indique le nombre

des papiers superposés. Cette échelle est fixée dans le couvercle d*une petite boîte en bois qui contient une bande de papier sensible. En Texposant à la lumière, les numéros s'impriment l'un après l'autre sur le papier.

Ce papier sensible est préparé en faisant nager du papier albuminé sur une dissolution de 6 grammes de nitrate d'argent et de 1 gramme d'acide citrique dans 100 c. c. d'eau ; conservé dans une boîte bien fermée, il demeure blanc pendant plusieurs mois. Du reste, on trouve du bon papier sensible dans le commerce.

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