Chapitre Y. — Croyances, Moyens, Usages
Abeilles. — S’il meurt quelqu’un dans une famille, il faut mettre les abeuilles (abeilles) en deuil : accrocher des lambeaux d’étoffe noire aux bournacs (ruches), où les abeilles se laisseront mourir. (Idem, But. Soc. d’anthropologie de Paris , 1883, p. 39). — Ne pas sacrer (jurer) devant les bournacs , si on ne veut pas èmalir (exciter) les abeilles. — Le nombre des abeilles diminue à mesure que le propriétaire vieillit ; s’il meurt, Yesseneau (essaim) s’en va.
Accouchée. — Une accouchée ne doit pas entrer dans une maison autre que la sienne avant ses relevailles, elle ne doit pas laisser son toit.
Alose. — Pour faire une bonne pêche, les pêcheurs se frottent l’entre-jambes avec le premier colac (alose) pris. — Le mâle est dit : colac ou coulac laytat (qui a de la laitance) ; la femelle, alose rabade (qui a des robes (des œufs). — Le riche n’a jamais mangé de bonnes aloses. — On pêche les meilleures à la fin de la saison, quand le blé est en fleurs.
Argent. — On compte par ècuts ou escuts (écus de trois francs pour la vente des produits du sol, et par pisloles (dix francs) pour la vente des bestiaux. — Pour avoir de l’argent toute l’année, mettre une pièce de monnaie entre les dents quand on entend chanter le cocut (coucou) pour la première fois de l’an.
Argenter. — Pour argenter, ou avoir de l’argent toute l’année, faire des crêpes le jour de Notre-Dame-Crêpière (Chandeleur, 2 février); la première crêpe doit être jetée sur le cabinet (armoire) où l’on serre sa bourse. — Var. Coller une crêpe sur la serrure du cabinet. — Var. La première, destinée à la Sainte Vierge, doit être jetée sur le buffet.
Assemblées, frairies. — On vend dans les assemblées des gâteaux plats et ronds dits échaudés ou échaudis , d’autres de forme allongée dits craquelins , carquelins ou canaules.
Bague. — Les enfants disent : Veux-tu une bague ? mets ton doigt sous la queue du chien.- — Bague, voir « Dragon », p. 35. — Bague, voir « Furoncles », p. 38.
Baptême. — On ne peut pas refuser de tenir un enfant (d’être parrain ou marraine) le baptême ne se refuse pas. — Le parrain et la marraine doivent sonner les cloches à l’issue du baptême, pour que l’enfant ne soit pas sourd.
Barque. — Un balai ou un petit fagot attaché au sommet du mât d’une barque indique qu’elle est à vendre.
Belet (équarrisseur) . — Cet industriel est craint et méprisé des campagnards ; donner le nom de belet à un homme est une insulte très grave. — Le belet ne peut pas être cité en justice (appelé en témoignage), il ne peut pas voter. — On ne lui offrira jamais un verre de vin. — A aucun prix, un indigène ne voudrait dépouiller (comme le fait le belet) un animal mort de racque (de sa belle mort) .
Blaireau. — Plus un blaireau a de trous sous la queue, plus il est vieux; on compte un trou par an.
Boire. — On ne prendra jamais de mal en buvant dans un coco, même après un galeux.
Brandon. — Le brandon est un jeune pin que les aubergistes placent comme une hampe de drapeau, au-dessus de leur porte, en ayant soin d’y suspendre un linge blanc et un linge rouge, qui indiquent : vin blanc et vin rouge : à vendre.
Bûches de Noël . — Le tison de Nô doit brûler huit jours ; après ce laps on passe une laine dessous pour l’enlever ; si la laine casse on boit un coup, et on recommence jusqu’à cc que le tison soit enlevé ou consumé.
Célibataire. — U il célibataire qui se marie doit au préalable enterrer sa vie de garçon , en offrant un dîner à ses camarades.
Charivari. — Le charivari est une sérénade tumultueuse que l’on fait : 1° au veuf ou à la veuve qui se’remarie, — il y a exception si un veuf épouse une veuve ; — 2° à la fille qui
se marie après avoir mis au monde un ou plusieurs enfants, — 3° aux femmes infidèles ; dans ce cas on ajoute des coups de fouet à la musique infernale, si la femme en a besoin.
Chat-fouin (putois). — Voir « Renard ».
Chat-huant ( fresaque ). — Sent les malades, va chanter sur la maison des mourants. — Les paysans le clouent aux portes des cuviers ou des granges quand ils peuvent le tuer.
Chemin-des-morts. — Si on laisse passer un mort (un enterrement) sur une allée ou un chemin privé, cette voie devient publique et elle est dite le chemin des morts.
Chopine. — Les moellons qui sont assez longs pour traverser un mur de part en part sont appelés chopines. Les maçons ne rognent les bouts qui dépassent que quand le propriétaire a payé à boire; ceux qui ont des murailles avec les chopines non coupées passent pour des chiens (des avares).
Cloches. — Les cloches parlent pour Rome le jour du jeudisaint pour en revenir le samedi. — Le premier .qui les entend, dit :
Je te souhaite un bon 7 illeluia ;
Une omelette au lard tu me paieras.
Conscription. — Pour faire prendre un bon numéro à un conscrit, il faut lui mettre une queue d -engrotte (lézard gris), dans sa poche sans qu’il s’en aperçoive.
Coquille. — On prétend qu’en appliquant une coquille univalve sur l’oreille on entend le bruit de la mer.
C.orne. — La corne est un coquillage (stombus gigas ) percé d’un trou à l’extrémité dont se servent les faucheurs pour s’appeler ; — ils avertissent ainsi : le matin pour se rendre au travail; à déjeuner pour que la femme leur porte la soupe ; dans la journée pour faire venir les faneuses et enfin, le soir, pour se distraire. — On corne aussi pour appeler le passeur sur la rivière. — La corne et la beurge (outil qui sert à tiller le chanvre) sont les instruments favoris des charivaris.
Coucher. — Celui qui va se coucher sans souper voit les anges.
Couronne. — Quand le patron ou le matelot d’un bateau, ou quelqu’un des leurs se marie, on suspend une couronne de verdure, de buis en général, au haut du mas de la barque. ■— Les enfants font à la couronne le dimanche qui suit le 1 er mai. — La couronne est faite de deux cercles à barrique, recouverts de fleurs. — On la suspend en la maintenant, au centre de la rue, à Laide d’une corde allant d’une fenêtre à l’autre. Les enfants endimanchés demandent aux passants un sou pour la couronne. Cet argent sert à payer les frais d’une collation et à acheter de la chandelle
de résine qui, le soir venu, servira à éclairer le mai, autour duquel on dansera des rondes. Voir {But. Soc. (V anthropologie, Paris, 1885, p. 439). — Les épouses portent une couronne de fleurs artificielles sur la tête en se rendant à la mairie et à l’église. — On place aussi une couronne sur la bière d’une jeune fille .
Cousins. — Quand les cousins volent par groupes, sur place, signe de poissons en rivière.
Couteau donné coupe l’amitié, à moins que celui qui le reçoit donne une pièce de monnaie en échange. — 11 en est de même pour les ciseaux.
Crapaud. — Le crapaud charme la belette et la mange. — Les marins mettent des crapauds dans leurs bateaux pour éloigner les rats.
Crémaillère (planter la). — Quand on s’installe dans une maison neuve, ou dans un nouveau logement il est indispensable d’y planter la crémaillère. Cette cérémonie consiste en un repas copieux que le nouvel occupant offre à ses amis.
Croix. — On cloue, au-dessus de la porte de la maison, la croix bénite au feu de Saint-Jean ; celle-ci est faite de feuilles de noyer et de diverses fleurs. — Quand il arrive un fait extraordinaire, on fait la croix à la cheminée (au fond de l’âtre). — Quand les marchandes de poissons étrennent,
elles font le signe de la croix en tenant du bout des doigts l’argent qu’on leur donne et disant : Dieu bénisse la main qui m'étrenne.
Cendrille. — La mésange chante . quinze , seize , bis , ter pour indiquer le nombre de ses petits.
Décès. — S’il meurt quelqu’un à bord d’un navire, on met les vergues en croix (en pantène) et le pavillon en berne. — Quand il y a un décès dans une maison, on voile les glaces, on arrête les pendules et on cabanne (fermer à moitié) les contrevents.
Dent. — Les parents font monter en bague la première dent de leurs enfants lorsqu’elle tombe. — 11 n’est pas rare de voir au doigt d’un père ou d’une mère une bague sur laquelle sont enchâssées deux ou trois -incisives représentant autant d’enfants.
Doigts. — Quand on se fait craquer les doigts, autant de craquements, autant de bonnes amies.
Embêter (s’). — Quand on s’embête, on prend un marteau et on se tape sur les doigts.
Enterrement. — Quand on porte Tm mort à l’église, il faut se garder de le faire sortir de la maison la tête la première, car dans cette position il appelle ses parents , et quelqu’un des siens mourra dans l’an. — .Au cimetière les amis jettent une poignée de terre sur le cercueil quand il est dans la fosse. — On place une couronne de fleurs naturelles sur le cercueil d’une jeune fille et un bouquet sur celui d’un garçon.
Epervier. L’épervier charme l’oiseau qu’il veut manger.
Epoux. — Celui des deux époux qui éteint la chandelle, la première nuit des noces, meurt le premier.
Esturgeons. — Quand les pêcheurs prennent des créacs (esturgeons) trop petits, ils leur coupent le bout du nez et les remettent à l’eau pour savoir s’il les reprendront. — On procède de la même façon pour la raie sur le banc de Terre-Neuve (Paul Sébillot, Les Poissons de mer , p. 13).
Feu de saint- jean. — Ce feu se fait la, veille de la fête (24 juin) on l’allume sur le canton (carrefour) dans presque tous les hameaux. — Chaque habitant porte sa bourrée. — La nuit venue le feu est allumé à coups de fusils; une vieille femme porte de Feau bénite dans une assiette et asperge le feu avec une branche de buis. — Les femmes tenant à la main une croix faite de diverses fleurs et de feuilles de noyer font neuf fois le tour du feu en se dirigeant de gauche à droite et en récitant des prières. Cette cérémonie terminée, les garçons prennent les jeunes filles dans leurs bras pour les passer au feu ; la gouyale (jeune fille) est balancée au-dessus du feu; le gouyat (jeune homme) compte 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, heïut (huit), naou (neuf) et, mettant les pieds de la jeune fille dans la braise, il ajoute : et lou claou (le clou), puis l’embrasse. — Viennent ensuite les gamins qui à qui mieux mieux franchissent le brasier qui s’affaisse. — Le feu presque éteint les grand’mères ramassent du bois carbonisé qu’elles mettront sur le cabinet ou sur le toit pour préserver la maison du feu du ciel. — Puis, les hommes prennent de la braise à pleines pelles et la jettent dans les puits ou les fontaines pour les empêcher de tarir. — Le feu mort (éteint), on place une grosse pierre au centre du foyer. C’est sur cette pierre que la Vierge ira s’asseoir la nuit pour se peigner (Idem, de Maricourt, loc. cit ., But . Soc. anthropologie de Paris , 1882, p. 37). — On conduit les bœufs au feu de Saint-Jean et on passe leurs jougs au feu pour leur porter bonheur. — Le feu de Saint-Pierre se fait le jour même de la fête (27 juin), mais avec bien moins de pompe que le feu de Saint- Jean.
Fouine. — Voir renard.
Frisson. — Quand on a des frissons dans le dos, on dit : la mort me passe dessus.
Fuméë. — Quand on fait un feu dans les champs, on dit : la fumée va toujours vers le plus joli garçon ou la plus jolie fille.
Ganipaute (la) ou le y allô al. — La dame blanche laisse ses
vêtements pour se mettre en blanc. • — Elle passe la nuit à courir la campagne et va se claper (action de battre beau) dans les rious (lavoirs) toutes les fois qu’elle en trouve sur son chemin. — On dit d’un individu atteint de de cette maladie : il court le gallout , il court la ganipaute. — Un champi, qui a son père pour parrain, courra le gallout à partir de l’âge de sept ans. — Une personne mal baptisée court le gallout , se montre • la nuit comme un fantôme, vous attend aux cantons (carrefours) en se frappant dans les mains pour vous sauter sur le dos ; le seul moyen de s’en débarrasser est de courir vers une mare ou un ruisseau dans lequel elle s’empressera de se précipiter.
Gerbaude. — Voir page 2(3.
Godalle. — Faire godalle , faire chabrot, se prendre une chemise de capucin , c’est boire du vin dans son assiette à soupe après avoir absorbé le potage.
Grenotey. — Lé grenotey ban à la feyre de San-SaMn, lou premey de may abe'que une heuille de pape y à la man . Si co mouille à Vembêoury y sine V aougmentqtioun cVaou blat. Si co mouille pa y sine la diminutioun. — Les marchands de grains vont à la foire de Saint- Savin (Gironde) le premier mai avec une feuille de papier à la main; s’il pleut à Phumecter, ils signent l’augmentation du blé ; s’il ne pleut pas, ils signent la diminution (S’il pleut le premier mai, il pleuvra beaucoup dans l’an-, de là la hausse du blé).
Hirondelle. — Les hirondelles ne font de mal que dans le pays du poivre, où elles mangent les fleurs du poivrier.
Huîtres. — On ne doit pas manger d’huîtres durant les mois qui n’ont pas d’R.
Jarretière perdue signe d’infidélité.
Jonchées. — Les jonchées de mariage sont faites de buis ou de laurier d'Espagne ( lauro cerasus). — Le jour du mariage, dès l’aube, une jonchée est répandue devant la porte
de la maison de chacun des époux. Puis, quand le cortège se met en marche pour aller à la- mairie, les joncadières , petites fillettes vêtues de blanc, qui précèdent les musiciens marchent en tête de la noce, répandant, chemin faisant, lajonchée qu’elles portent dans des corbeilles. La jonchée est abondamment répandue devant la mairie et sur le seuil de l’église. — On ne fait pas de jonchée pour la noce d’un veuf ou d’une veuve.
Jonchée de lierre. — On fait aussi des jonchées aux veufs ou veuves qui se remarient et aux femmes infidèles. Dans ces deux cas, la jonchée faite de feuilles de lierre et avec du bois de lierre, si la femme a besoin d/être battue , est répandue, la nuit, à profusion devant la porte de l’homme et de la femme et sur tout le parcours qui sépare leurs deux habitations.
Jonchée d’enterrement; — Pour les funérailles des enfants, il y a aussi des joncadières qui, précédant le clergé, portent dans leurs mouchoirs de la jonchée de fleurs et de feuilles de laurier de mort (viburnum tinus) qu’elles répandent en marchant.
Jonchées de procession. — Pour les processions de la Fête-Dieu, les habitants font des jonchées devant leurs portes sur le parcours que doit suivre la procession. — - Ces jonchées sont faites de plantes aquatiques, de menthes, de feuilles de châtaigniers, etc. — Il est aussi d’usage de suspendre des draps ou des rideaux de lits aux murailles du rez-de-chaussée des maisons devant lesquelles passera le cortège.
Jument. — Voir « Cheval », p. 23.
Lamproie. — Le pauvre n’a jamais mangé de bonnes lamproies; celles-ci, très bonnes au commencement de la saison, se cordent et sont moins goûtées vers la fin.
Laurier. — Les ouvriers clouent un laurier au haut d’un édifice quand il est achevé ; l’entrepreneur ou plutôt le propriétaire est tenu d’arroser ce bouquet.
Mai. — Le mai est un arbre de haute tige, presque toujours
un pin ou un peuplier élagué, où il ne reste plus qu’un bouquet de feuilles au sommet ; cet arbre, au haut duquel flottent les couleurs nationales, est planté dans la nuit, la veille du 1er mai, près de la maison des maires, des adjoints ou des chefs d’exploitations, qui, en général, les arrosent généreusement.
Mai de mariée. — Le lendemain d’un mariage, la noce se rend musique en tête, dans un bois, pour y couper un pin que l’on porte triomphalement à la maison des époux. Des rubans sont attachés au sommet de l’arbre, on y suspend une couronne de verdure et enfin on l’entoure d’une longue guirlande de buis qui, partant de la couronne descend en spirales jusqu’au pied. — Ce mai, fiché en terre, est salué par de nombreux coups de fusils.
Marché. — Un marché pour des bestiaux, n’ést conclu en foire entre gavaches, qu’à la condition que les contractants aient topé (se toucher de mains). — Si la vente traîne en longueur on a recours à un accordeur qui, unissant les mains des parties, tranche la difficulté, après maintes paroles, en cassant un bras à F un et une jambe à Vautre en coupant la poire en deux (partager le différend). — Le marché terminé les trois individus vont vider une chopine (le vendeur régale). — Le vendeur, après avoir reçu son argent, donne une étrenne à l’acheteur, deux sous pour un veau ou un mouton et dix ou, vingt sous pour un boeuf ou une vache. — On marque les animaux que l’on achète pour la boucherie, par un ou plusieurs coups de ciseaux sur la croupe. (Chaque bouchera sa marque).
Mariage. — Si on marche sur la patte ou sur la queue d’un chat, on ne se mariera pas de l’année. — Pour se marier, les jeunes filles se rendent à Notre-Dame de Condat (Libourne), où elles jettent des épingles par-dessus leurs épaules. Si ces épingles tombent en croix (l’une sur l’autre) la jeune fille se mariera dans l’an (Soc. archéologique de Bordeaux , t. VIII, p. 208). — Les jeunes filles se rendent dans le même but à la fontaine de l’Ermitage, à Saint-Emi-
lion (Soc. archéologique de Bordeaux, t.. VIII, p. 209), et à la fontaine de Saint-Brice, près Mios (Soc. archéologique de Bordeaux Compte-rendus 1887, p. 88). — On procède de la même façon à la fontaine des Arènes à Saintes (Charente- Inférieure) (Idem, Bul. Soc. d’ anthropologie de Paris, 1887 p. 415). — Quand on mange un poulet, on donne Vos qu’on tire (clavicule) aux enfants; chacun tire de son côté cette sorte de fourchette, et celui à qui reste le morceau le plus gros se mariera le premier. —Pour savoir ou une jeune fille se mariera : on prend une pute (faucheur), on lui arrache les pattes, puis on la place entre les deux mains et, en agitant, on dit : du côté que le cul de la pute se tournera la gouyatte (jeune fille) s’y mariera. — S’il pleut le jour d'un mariage, la mariée sera gourmande. — Celui qui fait taire un mariage est appelé : Cocqueliquet. La mariée, en récompense, doit lui tricoter une paire de chausses (bas) rouges. — D’un individu qui porte des bas rouges, on dit : C’est un cocqueliquet. — Un futur ne peut pas sortir époux de chez sa fiancée, il faut qu’il s’habille dans une autre maison, où ses amis vont le chercher pour le conduire chez l’épouse. — Pour éviter que deux époux soient liés (ensorcelés) .par le curé qui bénit leur union, il faut que le futur couche avec sa fiancée avant le mariage, ou qu’il mette du mil (millet) dans ses bas (Idem, Bul. Soc. d’ anthropologie de Payas, 1883, p. 284). — Les gens de la noce portent le tourrin (soupe à l’oignon fortement épicée) aux époux quand ils sont au lit, cela se fait avec grande pompe. On place la soupière sur un hagard (civière) que l’on porte à quatre. En général, les jeunes époux vont coucher chez un voisin pour éviter cette cérémonie ennuyeuse. — Le lendemain du mariage, on suspend une poule vivante au bout d’une perche et on la promène par les chemins en tête de la noce, c’est ce qu’on appelle courir la poule. On met à tour de rôle un bandeau sur les yeux des convives qui, armés d’un bâton, vont à tâtons frapper la poule jusqu’à ce que mort s’ensuive. La bande joyeuse, en traversant les hameaux, pousse des cris et fait entendre le joyeux y ou, y ou, y ou la noce , qui
fer '‘T Oi
rappelle les yous yous des mauresques. — Quand on marie la dernière fille dans une famille, les gens de la noce clouent un balai au tuyau de la cheminée pour indiquer, aux passants, que la maison est nettoyée .
Marsouins (dauphins). — Quand on voit des marsouins en rivière, c’est signe, que les autres poissons sont arrivés.
Memento. — Faire un nœud à son mouchoir, pour ne pas oublier une commission.
Mites, harles (teignes). — Mettre des marrons d’Inde dans les
meubles, pour éloigner les teignes.
Nids. — Ne pas aller voir un nid d’oiseaux, le mercredi ni le vendredi, qu’il y ait des œufs ou des petits, car le serpent les mangerait. — Var. Quand on sait un nid, et qu’il y a des œufs, si c’est le mercredi ou le vendredi, on doit dire : il y a des cailloux et non des œufs, car si le serpent vous entendait il irait les manger. — Var. Pour éviter le serpent, ne pas compter les œufs quand on trouve un nid.
Nichée. — Quand on met une nichée dans une cage pour la faire nourrir par le. père et la mère, il arrive souvent, qu’au bout de quelques jours ces parents cruels empoisonnent leurs petits pour rompre leur captivité.
Noyé. — Un noyé saigne dès qu’il est reconnu par ses parents ou ses amis.
Ongles. — Les taches blanches sur les ongles des enfants indiquent qu’ils sont menteurs ; ces taches sont appelées des mensonges. — Var. Signe de cadeaux ; elles sont dites des cadeaux. — Var. Autant un conscrit a de ces taches, autant son numéro aura de dizaines. — Si les ongles des enfants ne poussent pas , qu’on n’ait pas besoin de les rogner, signe de fortune.
Orvet. — Noms vulgaires : angile , nièle, vendredi. — Le vendredi est un serpent dont la morsure est mortelle, on le nomme vendredi parce qu’il ne mord que ce jour-là.
Paille. — Quand les gamins ont une querelle, t’un d’eux se place une paille sur l’épaule et met l’autre au défi de la lui
enlever. Si le provocateur ne l’enlève pas, il passe pour un lâche et est hué par ses camarades ; s’il la sort, le combat commence.
Pain. — Avant d’entamer un pain, on doit faire la croix, avec la pointe du couteau, sur la croûte inférieure, en disant :
Croix de Saint-Pierre,
Croix de Saint-Jean,
Que le bon Dieu m’en donne Toujours autant.
C'est le moyen de faire profiter le pain. — Mettre le pain le ventre en l’air Prit pleurer la Sainte Vierge. — De quelqu’un qui coupe bien le pain : il est bon à marier. — De celui qui le coupe mal, il le coupe comme il le gagne.
Papillon. — Quand on voit entrer un porte-nouvelle ( macro glossa stellatarum) , dans la maison on dit : je recevrai bientôt ce que j’attends.
Pensée. — Lorsque deux personnes ont simultanément la même pensée, on dit : le premier qui passera sera un cornard (cocu).
Picotements. — Si vous sentez des picotements sous les pieds, c’est que quelqu’un voyage pour vous.
Pierres. — On croit en général que les pierres profitent (croissent). — Quand on heurte une pierre, qu’on trébuche, on dit : il y a une putain d’enterrée dessous. — Var. Il y a une putain qui demande des prières.
Piquette. — Pour empêcher la piquette de tourner, par un temps d’orage, il faut mettre un morceau de fer sur le fut (avec les barriques cerclées en fer que l’on fabrique aujourd’hui, on doit éviter cet inconvénient).
Pluie. — Pour faire venir la pluie, on portait, commune de Cubnezais (Gironde), la statue de Saint-Martial dans un ruisseau, situé près de là Grosse-Pierre , 24 heures après il pleuvait. — Idem, commune d’Aubignac (Dordogne). — - Idem, aux îles Canaries, voir Chil y Naranjo, — Congrès des Sciences anthropologiques, Paris 1878, p. 213.
— La fontaine de Figueyreau à Bordeaux, a aussi le don de faire venir la pluie (Soc. archéologique de Bordeaux, t. VIII, p. 210). — Commune de La Rivière on implore Notre-Dame de la Rivière pour avoir la pluie (Soc. archéologique de Bordeaux , t. IX, p. 131).
Poêle. — Celui qui lèche la padèle ou lou padélon (poêle ou poêlon), trait de gourmandise, est sûr de pleurer le jour de ses noces. — Aussi, quand il pleut le jour d’un mariage, on dit que la mariée est friande.
Poisson. — Il est d'usage de faire manger du poisson d'avril (le 1er avril).
Prière. — .Pour les objets perdus : Saint Antoine de Padou boa que troubé tou asé mé trouba ce que serqui. Saint Antoine de Padoue, vous qui trouvez tout, faites-moi trouver ce que je cherche ; répéter trois fois et dire un Notre père et un Je vous salue. — Var. Saint Antoine de Padou remettez nous ce qui îhest pas à vous.
Pour se marier, adresser la prière suivante à Notre- Dame de Montuzet, Montuzet, commune de Plassac (Gironde) :
Noste-Dame de Monluzel Azé mé marida si bou plet.
Notre-Dame de Montuzet Faites-moi marier, s’il vous plaît.
Prière du Lavagnac (Lavagnac, marin du canton de Castillon-sur-Dordogne, Gironde), avant d’avoir doublé le
Bec-d’Ambès :
Noste-Dame d’aou bel ,
Deycha non passa si bou plet Mingeran jamey mey de biande
Lou dibende , ni lou disade.
Notre-Dame du Bec,
Laissez-nous passer, s’il vous plaît ; Nous ne mangerons jamais plus de viande
Le vendredi ni le samedi.
après avoir doublé :
N’en mingeran quan n’aouran Nous en mangerons quand nous en aurons,
Noste dame d’alban ou d’aou ban. Notre-Dame du Banc.
Puces. — Quand on entend chanter le cocut (coucou), pour la première fois de Lan, prendre une poignée de terre et la
jeter sous son lit, on est certain de ne pas avoir de puces de toute Tannée.— Var. Jeter une pellée de cendres sous son lit.
Rameaux. — Le jour des Rameaux (dimanche des), les enfants portent à la messe un rameau (laurier en fleurs), auquel sont suspendus des oranges, des gâteaux et des colliers faits de prunes sèches et à' oreilles de vieilles (quartiers de poires sèches). Les vieillards mettent à leur chapeau une feuille de laurier ou d’olivier bénit ; on fixe aussi, ce jourlà, des branches de laurier bénit aux échalas des vignes pour chasser la grêle (Voir p. 26).
Renard. — Quand on capture un renard, un blaireau, une fouine ou un chat-fouin (putois), l’heureux possesseur de la bête la suspend à un bâton par les quatre pattes, se cherche un associé et, prenant le bâton sur l’épaule, ils promènent la victime dé porte en porte où on leur donne des oeufs, quelques pièces de monnaie et de nombreux verres de vin. — Les renards chassent à deux, la nuit, le lièvre ou le lapin; le plus robuste poursuit le gibier, l’autre attend au canton (carrefour) si ce dernier manque la proie, le second arrive et le mord à belles dents.
Rêves. - — Si on rêve serpent, signe de trahison ; si on tue le serpent, c’est qu’on viendra à bout delà trahison. — Quand on rêve fruits qui ne sont pas de saison , signe de trahison. — Quand on rêve poux, signe d’argent. — Si on rêve sang ou qu’on ait clu sang devant les yeux , signe de malheur. — Si on rêve soldat, signe d’argent. — Si on rêve linge blanc, signe de mort.
Rilleyres. — La veille du dimanche gras ( Quinquagesime) , le curé délègue deux hommes dits : les rilleyres qui, endimanchés et munis de paniers, parcourent la campagne, pour ramasser les rilles (ce qu’on veut leur donner ), les cadeaux se composent : de tranches de porc (surtout des oreilles et des pieds), d’œufs et de volailles. Ces victuailles sont exposées, le lendemain, à l’issue des vêpres, sur une table à la porte de l’église où elles sont vendues aux enchères, au profit de la fabrique.
'Roitelet. — Le roitelet voyage, (émigre) soirs l’aile de la bécasse (probablement parce que les plumes de ces deux oiseaux sont de même couleur).
Serment des enfants. — Dire en faisant le signe de la croix : Croix de bois, croix de fer, si je mens, j’irai en enfer.
Serpent. — Le serpent charme l’oiseau ou le crapaud, pour en faire sa proie. — Quand on tue un serpent, il faut l’enter rer, car si les bordes (les arêtes) vous piquaient les pieds, il vous viendrait du mal. — On croit que les vipères ont deux queues ou bien un ongle à l’extrémité de la queue. — On croit aussi que le serpent pique avec son fiçon (sa langue). — Quand on veut arrêter un serpent, il faut tordre quelque chose, le plus souvent on tord son mouchoir ou son tablier. — Si on tue le premier serpent que l’on rencontre de l’année, on est sûr de réussir dans ses affaires.
Sorciers. — Les idiots (appelés innocents ), les hébétés et les vieilles femmes aux veux rouges sont considérés comme jettatores (Idem, But. Soc. d’ anthropologie de Paris, 1883, p. 31). — Si la soupe ou la sauce bout sur la table, c’est qu’il n’y a pas de sorcier au tour. „
Soufler. — Per bien boua lou hut foi oyé ogut une .bonne meyrine, pour bien souffler le feu, il faut avoir eu une bonne marraine.
Soupe. — Si la soupe est salée, c’est que la cuisinière veut se marier.
Sources. — Pour empêcher les sources de tarir, mettre dans les fontaines du charbon du feu de Saint- Jean. — Var. Y mettre du feu nouveau. — Une accouchée ne doit pas aller à la fontaine, avant d’avoir relevé à messe, car elle ferait tarir la source. — « A Saint-Georges-de-Montagne, canton » de Lussac, il était d’usage autrefois d’aller deux fois » dans l’année, la veille et le jour de la fête de Saint- » Georges, en procession à une fontaine publique pour en » faire la bénédiction ; on y plongeait le cierge pascal un » moment. — D’après la tradition, une année que la pro- » cession n’avait pas eu lieu, la source s’était tarie »
(L. Augier, Soc. archéologique de Bordeaux, t.VIII, p. 209). On ajoute : le cierge fut porté, en toute hâte, dans l’ancienne fontaine où l’eau arriva aussitôt). — On se rendait aussi en procession à la fontaine de Saint-Martin, commune d’Anglade, dans laquelle on se contentait de plonger la hampe de la croix (Soc. archéologique de Bordeaux , t. VIII, p. 209).
Sourcils. — Ceux qui ont les sourcils épais sont jaloux.
Taupe. — La taupe n’a, pas d’yeux, elle a fait échange avec le crapaud qui lui a cédé sa queue. — Le taupier ou taupinier suspend aux branches basses d’un arbre, par une patte, les taupes qu’il capture, pour faire contrôler sa prise par le propriétaire du sol. — Ces animaux utiles, détruits à raison de cinq sous par tète, quand il n’y a pas un abonnement qui alors se paie en blé, servent de réclame au taupier et restent ainsi exposés jusqu’à ce qu’ils tombent d’eux-mêmes.
Ténèbres. — Les droites (gamins) font les ténèbres le jour du vendredi-saint. Voici leur façon de procéder : ils choisissent des branches de saule droites pour en faire des cannes ou plutôt des bâtons de ténèbres , l’écorce verte guillochée au couteau présente des dessins variés, deux petits morceaux de bois en croix sont introduits dans 1a, partie inférieure du bâton préalablement fendu en quatre pour donner de l’écartement. Nos jeunes gens se rendent à l’office de l’après-midi, avec leurs bâtons que le public admire et, au moment où le sacristain éteint le dernier candelon (cierge), ils mettent genou en terre et frappent à coups redoublés sur le seuil de l’église ou même sur les dalles du choeur, avec leurs bâtons qui volent en éclats. — Ces débris de cannes ont plusieurs vertus, aussi sont-ils recueillis par les enfants et les bonnes femmes (Voir ail, p. 27, « Orage », p. 17).
Treize (nombre fatal). — Si on se trouve treize à table, un des convives mourra dans l’an.
Trouvaille. — Quand on trouve un objet, si Von est en compa-
gnie, il faut dire : hors de part compagnon n'aura pas sa part, car si le camarade dit, avant : de part, où est obligé de partager avec lui.
Ville. — Quand un enfant doit se rendre dans une ville qu’il n’a jamais vue on lui fait croire qu’il sera obligé de biser (embrasser) le cul de la vieille, en entrant en ville. Idem, quand on doit passer sur un pont, pour 1a, première fois.
Voix. — Pour avoir de la voix, les chanteurs doivent avaler des cagouilles (hélices) et des œufs crus.