‹ Notes pour servir a l'histoire de l'embryogénie végétale par mm. de Mirbel et SpachChapitre 2 sur 2 · PROPOSITION · texte numérisé non relu

PROPOSITION

Quand la cavité ovoïde s'est accrue, et, en même temps, le sac embryonnaire qui la tapisse, le boyau issu du grain de pollen pénètre jusqu'au sommet du nucelle , pousse en avant la paroi du sac embryonnaire, qui cède à sa pression et forme un caecum dans lequel il loge son extrémité antérieure.

Cette seconde proposition est déjà réfutée par notre réponse à la première, puisque nous y soutenons que le sac embryonnaire manque dans beaucoup d'espèces , et, en particulier, dans celles de la famille des Graminées , et que l'utricule primordiale tire directement son origine du cambium , comme telle autre utricule que ce soit. Nous pourrions dont à la rigueur nous en référer à ce que nous avons dit plus haut; mais les preuves matérielles ne sont jamais trop nombreuses quand il s'agit de

(i) La découverte du mouvement cainpujitropc de l'ovule des Graminées remonte I neuf. lus Elle est consente dans nos AcLliùoru aux nouvelles recherches sur la structure et tes développements de t 'ovule végétal, lues à l'Académie des Sciences , le a8 décembre 1819. Voyez la Note page 6S7 et 658 des Mémoires de F Académie des Scicncrs , imprimés et) l83o.

( is )

battre en ruine une doctrine erronée , qui compte parmi ses zélés partisans des hommes dont le nom Tait autorité dans la science.

Admettons par hypothèse que les choses etistent et se comportent de la façon que le veut M. Schleiden. Il s'ensuivra que la portion de la paroi du sac embryonnaire, repliée en caecum, servira de gaine à l'extrémité du boyau sorti du grain de pollen, et que, grâce à la transparence des parties , tout observateur attentif, quelle que soit d'ailleurs son opinion sur la question qui nous occupe, pourra facilement constater la présence de deux expansions membraneuses et creuses dont l'une sera incluse dans l'autre. Nous avons cherché ces deux expansions et n'en avons trouvé qu'une, celle que M. Schleiden prend pour l'extrémité du boyau pollinique. Apparemment cet habile phytologiste n'a pas été plus heureux , puisque, clans aucun de ses dessins exécutés avec tant de soin, et en général si exacts , il n'a donné de corps au caecum, qui n'est sans doute qu'un être imaginaire.

Si le sac membraneux que nous nommons Yutricule primordiale, n'était que l'extrémité antérieure du boyau potlinique, dès la naissance de cette prétendue utricule, la partie postérieure du boyau se montrerait en dehors , et sa continuité jusque dans le nucelle, déciderait la question en faveur de M. Schleiden. .Mais il en est autrement. L'utricule primordiale nait (Sans la cavité du nucelle, et, pendant long-temps, s'y loge tout entière. Hors de Jà , nul indice n'avertit qu'elle est présente. Ce n'est que par la dissection qu'on la rend visible. Alors son individualité devient manifeste.

Nous ajouterons que dans l'état où nous prenons les choses, nulle relation ne s'est encore établie entre le pistil et le pollen du Maïs. Voici ce que contiennent nos notes, incomplètes sans doute, mais non pas inexactes : la longueur de l'ovaire égale à peine un millimètre et demi; celle du style, quatre à cinq centimètres; celle de l'épi, deux centimètres. Le tout est recouvert de sept à dix amples bractées dont les plus extérieures ont de neuf à douze centimètres de long; chacune est roulée sur ellemême , et toutes sont étroitement emboîtées les unes dans les antres. Tant que subsiste cette disposition des bractées, il est impossible, ce semble, que le boyau pollinique arrive à sa destination. Pour défendre avec succès l'opinion contraire, il faudrait prouver non-seulement que le boyau acquiert une longueur démesurée, mais encore qu'il est doué d'un sens particulier , à la faveur duquel il se dirige dans l'étroit labyrinthe qui le sépare du pistil. Jusqu'à ce jour, cette preuve n'a pas été produite.

Pour ne laisser aucune objection sans réponse, nous jugeâmes à propos de répéter et de compléter nos observations'. A ce dessein , un semis de Maïs fut fait au Jardin du Roi, au mois d'août dernier. L'approche de la froide saison nous faisait craindre l'entier avortement des fleurs : il n'en fut rien; elles se montrèrent dans le cours d'octobre. Alors, depuis plus de deux mois, tous les vieux pieds de Mais avaient complètement termine leur floraison. Cette remarque n'est pas superflue; elle avertit que les anciennes fleurs mâles, fanées, desséchées, privées de leur pollen, étaient hors d'état de féconder les nouvelles fleurs femelles.

Nous avions acquis depuis long-temps la conviction que la formation de l'utricule primordiale devance l'action du pollen; mais il fallait préciser les faits qui justifient cette doctrine. Pour y parvenir, nous primes sur le même pied, des fleurs mâles et des fleurs femelles naissantes, et nous les soumîmes simultanément à l'examen le plus scrupuleux. Dans un très court laps de temps, l'ovule opéra, sous nos yeux, son évolution campulitrope; la petite cavité du nucelle se forma; puis l'utricule primordiale; puis le camhium globulo-cellulaire. Le style et les stigmates étaient si peu développés, qu'il y a grande apparence que la fleur femelle n'était pas encore nubile. Dans le même temps, la fleur mâle se tenait cachée sous ses brade. ». Aucun indice ne faisait soupçonner que les anthères dussent bientôt s'ouvrir. Leur tissu décoloré, demi transparent et comme œdémateux, dénotait cet état d'étiolement propre aux parties végétales naissantes. Que conclure de cet ensemble d'observations sur les fleurs mâles et femelles du Mais , sinon que les étamines ne sont pas encore adultes quand l'utricule pu monliale approche du terme de son développement?

Le mois de novembre arriva. Le seul pied <XEuçhlœna mexicami <jiu fût dans les serres, était en fleur. Cette Graminée, voisine du Maïs, qui , «le même que lui, porte sur la même tige les deux sexes séparés, nous offrit la répétition des faits que nous venons d'exposer.

Plus anciennement, le Sorghwn vulgare et le Coix Lacryma nous avaient fourni matière à de semblables remarques.

TROISIEME rituroaitioN.

La partie du boyau poUinique logée dans le cœcum, se renfle en massue et produit, dans sa cavité, un tissu utriculaire qui la remplit et se moule sur elle ; tandis que la partie postérieure de ce même boyau, reste en dehors sous sa forme primitive de tube membraneux. Cette partie ne tardera pas à disparaître ; Vautre, métamorphosée en embryon, comme n-

cent une nouvelle génération. Jl suit de là que fétunune est essentiellement l'organe rep/rxùu:leur, que, le pistil ne sert qu'a la gestation, et que, dans les végétaux^ le phénomène improprement nommé fécondahonij n'a

aucun rapport avec lu fécondation des animaux».-- ! mon no?itu» ««im i Cette proposition et les deux précédante» offrent tltt 'mélange •é'obser* vations exactes, d'aperçus superficiels, de conclusions hasardées qu'on ne sautait débrouiller qu'en étudiant la série des faits datis Kdrdre chronologique de leur apparition et sans laisser àe lacune. Si M! Scbldiden eûf constamment suivi cette méthode, il n'aurait' pas pris pour l'extrémité du boyau pollinique l'utiïcule primordiale, puisque la naissance de celle-ci précède l'intervention du pollen; il aurait reconnu que le pistil jone le premier rôle dans la génération, puisque c'est lui qui engendre par sa propre vertu cetle ntricule primordiale, qui, conjointement avec les utrioiles qu'elle produit, commence l'embryon; il aurait Compris que le tube membraneux et flasque par lequel se termine la radicule naissante, n'est pas la partie postérieure du boyau pollinique, mais bien le suspenseur, appendice de l'urtricule primordiale, puisque, dés l'origine, il ne fait qu'un avec elle, et que sou allongement s'opère du dedans au dehors, et non «In dehors au dedans. Ces faits et d'autres encore l'auraient amené a conclure que c'est à bon droit que les phytologistes admettent* la fécondation dans les plantes, et, jusqu'à certain point, l'assimilent à celle des .immaux.

L'utricule primordiale, nous l'avons déjà dit , est la première ébauche du végétal, et sur ce point important nous nous accordons avec M.Schleiden; mais, en opposition à lui, nous prétendons que l'ébauche reste impuissante, et sans avenir, si la fécondation ne lut vient en aide.

Il n'est pas rare que des arbres très bien constitués en apparence, aient cependant une végétation si faible qu'on désespère de les conserver. Ce cas advenant, quelques cultivateurs suppriment les branches et y substituent des eûtes portant des bourgeons vigoureux. L'opération ranime quelquefois la végétation défaillante ; le cambium dé l'ente et celui de l'arbre se mettent en contact, s'unissent, se fortifient l'un par l'autre, et l'arbre est sauvé. Ce phénomène, fruit des efforts combinés de l'art et de la nature, nous rtvélerot*il le secret de la fécondation dans les plantes? S'il en était ainsi, on ne saurait nier que l'union des deux cauibùwu, distincts par leur origine, analogues par leur essence, ne dût être beaucoup plus intime dans le produit de la fécondation mie dans celui de 4a greftey puisque la fécondation s'opérant à l'époque où l'em-

:>:\'.n, très jeune, n'est presque tout entier qu'un mucilage celluleux . il «ieviendrait évident que son achèvement complet résulte non-seulement île la soudure des deux cambium à la rencontra de leur surface, comme cela se passe dans la greffe, mais encore de leur pénétration simultanée, de leur incorporation réciproque et de leur transformation en utricules. lesquelles se combinent diversement, tout en conservant intactes leurs qualités spéciales. Ainsi s'expliquerait de la manière la plus satisfaisante la création des êtres hybrides dans lesquels on trouve tantôt les traits du père, tantôt les traits de la mère, «t tantôt l'alliance plus ou moins distincte des traits de l'un et de l'autre. Nous ne touchons qu'en passant à cette grave question. Le moment n'est pas venu de développer une doctrine jusqu'à ce jour plus riche d'inductions que de faits. Revenons à l'observation scrupuleuse de la nature.

Dans ses recherches sur le Maïs, deux faits curieux ont échappé a M. Schleiden. Il n'a vu ni la double pointe que font la primine et la secondine dans le canal de l'ovaire, ni la grappe de très petites utricules ovoïdes qui couronnent l'utricule primordiale. Nous n'affirmerons pas que la grappe soit composée d'utricules primordiales avortées; mais nous avouerons que nous sommes tentés de le croire.

Il est inexact de dire que la primine du Mois laisse la secondine a découvert. La primine croît pins lentement sans doute, mais, en définitive, elle atteint le sommet «lu nucelle et cache parfaitement la secondine ; de nombreuses observations nous l'ont prouvé.

Tout le tissu utricuiaire qui constitue le nucelle est très fin, très délicat, presque mucilagiuenx, parfaitement homogène. Ces cararter. . sonl incompatibles avec l'existence d'un épidémie, lequel devrait être par sa consistance et sa structure, autant que par sa position, distinct du reste du tissu. Far conséquent , on aurait grand tort de répéter, d'après M. Schleiden , que la primine et la secondnn sont des enveloppes formées par un repli de l'épidémie du nucelle. L'un de nous avait écrit antérieurement que les deux enveloppes étaient d'abord fermées , et que le nucelle en les perçant les rendait visibles : celte opinion n'était pas plus solide que la précédente. M. K. llrown seul a bien su apprécier les faits la primine et la secondine sont des productions nouvelles; chacune conjmence par n'être qu'un bourrelet circulaire, puis elle s'étend en sac membraneux.

Avant de terminer, qu'il nous soit permis, en présence de l'exemple qui nous est offert, d'insister de nouveau sur l'absolue nécessité d'adopter

une bonite méthode d'observation. On se rappellera qu'à l'époque ou l'aie de l'ovaire faisait un angle droit avec l'axe de l'épi, M. Schleiden vit naître au sommet du nacelle la petite cavité embryonnaire. C'était une heureuse découverte : il tenait le premier anneau de la chaîne des faits dont se compose la partie ta plu* importante et la moins connue de l'histoire de l'embryogénie végétale. Mais cette découverte, loin de l'éclairer, ne fut pour lui qu'une source d'erreurs. Le moyen d'en tirer avantage eût été de suivre pas à pas la petite cavité, jusqu'au moment où l'ovule termine son évolution campulitrope. Au contraire de cela , M. Schleiden l'a laissé marcher sans du tout s'inquiéter, de ce qu'elle devenait, et quand il l'a retrouvée à la base de l'ovule comme par hasard, il ne l'a pas même reconnut Elle n'a été à ses yeux qu'une portion déprimée de la paroi d'un sac embryonnaire qui n'a jamais existé. Si donc il s'est égaré, ce n'est faute de sagacité, ni de talent , ni de résistance au travail , ses écrits en font foi ; c'est uniquement parce que la méthode d'investigatiou qu'il a snivie était vicieuse. Ses observations, au lieu de lui livrer une série de faits non interrompue, où toutes les modifications produites successivement par l'action de la puissance végétative , auraient été placées dans leur ordre naturel , ne l'ont conduit qu'à des faits isolés; et, dès-lors, il a bien fallu qu'il eût recours à des hypothèses pour remplir les lacunes.

Après avoir signalé ce qui nous parait erroné dans le travail si original de M. Schleiden, la justice veut que nous reconnaissions que personne jusqu'à lui, n'a publié un plus grand nombre d'observations anatomiques propres à éclairer la grave question qu'il croit avoir résolue. Que si de nouvelles recherches entreprises par d'autres, conduisent forcément à des conclusions toutes contraires aux siennes, ce n'est certes pas une raison pour ne lui savoir aucun gré des faits qu'il a découverts. Ils sont pour toujours acquis à la science, quel que soit d'ailleurs le sort de ses doctrines.

Page 1