‹ Notes pour servir à l'histoire de l'Empereur Maximilien, d'après ses œuvres, les récits du Capitaine d'Artillerie Albert Hans, du médecin particulier de S.M., le Docteur Basch et des témoins oculaires de l'exécutionChapitre 11 sur 13 · MAXIMILIEN DEVANT LA MORT · texte numérisé non relu

MAXIMILIEN DEVANT LA MORT

Un dernier mot.

Je re'sumerai ici les nouvelles qui me furent transmises dans le temps par mes compagnons d'armes. Les choses se passèrent ainsi. Elles n'ont pas été contredites par l'histoire.

Lorsque mercredi, à six heures du matin, les condamnés sortirent du couvent des Capucins, l'empereur, arrivé sur le seuil, se retourna, et s'adressant à Ortega, son défenseur, il lui dit :

— Quel beau ciel ! c'est ainsi que je désirai qu'il fût le jour de ma mort.

Alors la procession s'ébranla ; le chemin était ouvert par un escadron de lanciers, ensuite la musique jouait une marche funèbre. Un bataillon d'infanterie, les mousquet au poing, formait deux lignes de quatre hommes de front chacune, pour la haie.

Le défilé atteignait la grande porte de l'hôpi- 'tal, lorsque Mejia dit très haut :

— Sire, donnez-nous pour la dernière fois l'exemple de votre noble courage ; nous suivons les pas de Votre Majesté.

A ce moment passaient les franciscains : les deux premiers portaient la croix et l'eau bénite, les autres tenaient des cierges, puis venaient trois cercueils portés chacun par un groupe de quatre Indiens. Les trois croix noires d'exécution avec les banquettes défilaient derrière.

Le capitaine Gonzalès fit alors signe à Maximilien de descendre dans la rue. L'empereur s'avança très courageusement en disant aux deux généraux ;

— Vamos nos à la lihertad !

— Allons-nous en vers !a liberté !

La procession gravit lentement la rue du cimetière, en passant derrière l'église par la route de l'aqueduc. Bientôt le cortège domina toute la plaine : le coup d'œil vu du bas était fort imposant.

L'empereur marchait le premier, ayant à sa droite l'abbé Soria. Derrière, sur une même

l'gne se traînait Miramon blessé : il venait de perdre un œil d'un coup de feu. Ce général était soutenu sous les bras par deux franciscains Mejia marchait pensif entre deux prêtres de la paroisse de Santa-Cruz.

Quand on fut tout en haut de la colline Maximilien tira sa montre; il fit jouer un ressort qui cachait le portrait en miniature de l'impératrice Charlotte. Il le porta à ses lèvres puis, tendant ce bijou à l'abbé Soria.

«-Envoyez ce souvenir en Europe à ma bien chère femme, et, si elle vit, dites-Iui que mes yeux se fermeront avec son image que j'emporte là-haut ! »

Le père Soria, dit un témoin oculaire, plus ému que Maximilien, faillit alors perdre connaissance. Maximilien sortit un flacon de sels de sa poche et le passa au bon prêtre. Les rôles étaient intervertis : le condamné devenait le consolateur.

Maximilien, Mejia, Miramon étaient chacun dans une voiture avec leur confesseur. Ces voi

tures, escortées par 4,000 hommes de troupes, commande'es par le général Diaz de Léon, se dirigèrent vers le cerro de las Campanas, colline en dehors de la ville de Queretaro. A cent pas de ce point, l'Empereur s'était rendu le 15 mai.

Les condamnés descendirent de voiture à l'endroit où ils devaient être exécutés ; l'empereur secoua la poussière qui recouvrait ses vêtements. Il avait l'air résolu, et portait la tête haute. Il s'informa des soldats qui étaient désignés pour le fusiller et leur donna à chacun une once d'or, — seize piastres — en les priant de viser à la poitrine. Le jeune officier qui devait commander le feu, s'approcha alors de l'empereur. Il lui exprima combien il craignait qu'il mourut en lui en voulant, tandis qu'au contraire il désapprouvait du fond de son cœur la mission qu'il était forcé de remplir.

« — Muchacho — jeune homme — répondit l'empereur, le devoir du soldat est d'obéir. Je vous remercie de votre compassion ; mais ce que je demande c'est que vous accomplissiez l'ordre qui vous a été donné, w

Le confesseur s'approchant, dit à Maximilien : -Sire, donnez au Mexique tout entier en ma personne, le baiser de réconciliation ; que Votre Majesté pardonne tout, à l'heure suprême L'empereur se laissa silencieusement embrasser. Puis, élevant la voix avec force, il s'écria :

-Dites à Lopez que je lui perdonne sa trahison ; dites au Mexique entier que je lui pardonne son crime !

Un autre témoin oculaire ajoute :

-Alors il prit place entre ses deux généraux Le peloton se plaça à petite distance des condamnés. L'empereur après avoir embrassé Miramon et Mejia leur dit :

-Nous allons nous revoir à l'instant dans l'autre monde.

Et s'adressant à Miramon qui était blessé et avait perdu, lors de la prise de la ville, un œil enlevé par une balle de pistolet :

-Un brave même au moment de la mort doit être distingué par son souverain: laissez moi vous donner la place d'honneur.

Miramon obéit.

L'empereur se mettant à la gauche de Mejia qu'absorbaient évidemment ses pensées au sujet de sa femme et de son enfant, lui" dit :

— Général, celui qui n'a pas été récompensé sur la terre le sera assurément au ciel.

Et s'avançant alors de quelques pas, il prononça les paroles suivantes d'une voix claire et avec une tranquillité remarquable :

;( — Mexicains ! les hommes de mon sang et de mon origine, les hommes animés de sentiments pareils aux miens sont destinés par la Providence à fonder le bonheur des peuples ou à devenir des martyrs. Lorsque je suis venu à vous, je n'avais aucune arrière pensée. Je vins après avoir été appelé par des Mexicains bien intentionnés, par ceux qui se sacrifient aujourd'hui pour ma patrie adoptive. Au moment de quitter ce monde j'emporte avec moi la consolation de n'avoir fait que du bien dans la mesure de mes forces, et de ne pas être abandonné par mes bien aimés et fidèles généraux Mexicains ! Que mon sang soit le dernier versé et que ma malheureuse patrie adoptive puisse un jour se relever ! »

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