DEVANT LA MORT
Après ces paroles, l'empereur recula de quelques pas, mit un pied en avant, leva les yeux vers le ciel, écarta sa barbe d'un geste qui lui était familier et indiquant de la main sa poitrine, il attendit tranquillement la mort.
Miramon tira un papier de sa poche, promena ses regards comme s'il avait eu le commandement des 4,000 hommes postés devant lui et dit :
« — Soldats du Mexique, concitoyens ! A^ous me voyez ici comme condamné à mort pour trahison. Au moment où la vie ne m'appartient déjà plus, où dans quelques minutes je serai mort, je déclare devant vous, à la face du monde entier, que jamais je n'ai été traître à mon pays. J'ai combattu dans l'intérêt de l'ordre, et c'est pour cette cause que je tombe aujourd'hui avec honneur. J'ai des fils ; mais ceux-ci ne pourront être atteint de la tache dont j'ai été indignement souillé. Mexicains, vive le Mexique ! vive l'Empereur ! ))
II poussa ces cris d'une voix tonnante.
Mejia regardant bien en face les troupes se marqua du signe de l'Evangile.
Beaucoup de gens pleuraient abondamment ; Maximilien fit alors un pas en avant, et dit avec un triste sourire à l'officier qui commandait l'exécution :
— A la disposicioîi de usted.
— A vos ordres.
Au moment où, sur un signe de l'e'pée, les fusils s'abattirent sur sa poitrine, il murmura quelques mots en allemand et la détonation enveloppa les spectateurs de fumée. Mejia roula foudroyé comme une masse. IMiramon, resté debout, battait l'air de ses bras ; une balle dans l'oreille vint l'achever à bout portant.
Maximilien fut renversé sur la croix, qui soutint son corps ; il respirait encore et murmura en espagnol :
— Hombre ! homme !
L'officier le retourna et désigna avec la pointe de son sabre la place du cœur au sergent qui tira le coup de grâce ; on enleva aussitôt après l'empereur et on le plaça dans son cercueil : il était trop court et les pieds sortaient !
On fit la même douloureuse cérémonie pour Mejia et Miramon.