‹ Notes pour servir à l'histoire de l'Empereur Maximilien, d'après ses œuvres, les récits du Capitaine d'Artillerie Albert Hans, du médecin particulier de S.M., le Docteur Basch et des témoins oculaires de l'exécutionChapitre 7 sur 13 · TRAHI III · texte numérisé non relu

TRAHI III

le chef d'escadron Becerra qui y commandait, et qui avait reçu le traître sans défiance aucune.

Quelques moments après l'escorte impériale et l'escadron des hussards austro-mexicains qui allaient rejoindre l'empereur, vinrent à passer devant San Francisco, Lopez qui e'tait leur chef direct les arrêta au passage, leur ordonna de mettre pied à terre, fit prisonnier le capitaine Paulowski, ses officiers et ceux de l'escorte impériale, et commanda aux cavaliers de déposer leurs armes ramassées de suite par les républiblicains. Il en fût de même de tous les détachements qu'il rencontra.

Cela fait, Lopez, suivi d'une troupe républicaine qu'il devança un peu, se dirigea vers le palais départemental où l'empereur attendait Miramon. Le traître se présenta hypocritement devant le souverain qui, dans son étonnement, lui demanda :

— Mais que se passe t-il donc, colonel ?

— Sire, répondit Lopez, en montrant les républicains qui débouchaient d'une rue, tout est perdu. Voyez, l'ennemi nous suit de près.

Ne comprenant pas encore bien la trahison de son favori, l'empereur espéra un moment que la troupe designe'e par Lopez était la garde municipale. Il envoya un oflflcier la reconnaître. Lopez insista alors auprès du maître qu'il trahisait, pour qu'il se laissa cacher dans une maison voisine.

L'empereur refusa dédaigneusement.

En ce moment l'officier détaché revenait au grand galop annoncer que c'était l'ennemi. N'ayant aucune force respectable sous la main, et Miramon n'arrivant pas, l'empereur donna l'ordre de se retirer vers le Cerro de las Campanas.

Lopez se garda bien de suivre son maître. Il piqua des deux et rejoignit aussitôt les re'publicains, pour les servir encore par son infamie.

Tandisque tout ceci se passait dans une partie de Queretaro, le général Miramon se trouvant de grand matin dans les rues et apprenant tout à coup que les républicains entraient dans le Cruz,. se dirigea vers ce dernier point, ail il croyait l'empereur en péril. Il fut rencon-

tré par un détachement républicain. Un officier s'avança et tira sur le général plusieurs coups de revolver, dont un tua son aide-de-camp Ordonez.

Miramon, revenu de sa surprise, prend son pistolet et ajuste l'officier. Au même instant il reçoit une balle dans la joue droite. Il répond coup pour coup ; mais étourdi, aveuglé par la douleur, il manque malgré son adresse ordinaire l'officier ennemi, et bat en retraite, en déchargeant ses derniers coups et en arrêtant avec son mouchoir le sang qui s'échappe de sa blessure avec abondance.

On le mena chez un médecin ; après l'avoir pansé, il alla dénoncer sa présence aux républicains !

Le général Méjia, plus heureux, parvenait à atteindre le Cerro de las Campanas avec une petite troupe de cavalerie et se réunissait à Maximilien.

Le colonel Gonzalez, des dragons de l'Impératrice, averti à temps, faisait seller à la hâte et

accourait former son régiment dans la plaine située au pied du Ceiro.

L'empereur n'attendait plus que l'arrivée du général Miramon dont il ignorait le sort, pour foire une trouée.

Tous ces faits se passaient avec une rapidité incroyable ; simultanément, dans toutes les lignes arrivaient comme portées par des courants électriques, les funestes nouvelles de l'entrée des républicains dans la place, de la trahison du colonel Lopez, de la blessure de Miramon et de la présence de l'empereur sur le Cerro de las Campa7ias.

La confusion devint horrible. Les républicains faisaient sonner à toutes volées les cloches des églises et tiraient sur tous ceux qu'ils rencontraient dans les rues.

Les, cris de Viva la libertad / l'idée que toutes les lignes de défense étaient menacées par derrière, l'assaut que les assiégeants se disposaient à donner, les décharges d'artillerie, l'apparition des républicains sur différents points, tout fit naître une panique générale. Les chefs

perdirent la tête. Presque toutes les forces assie'geantes, moins la cavalerie, s'engouffrèrent dans les rues de Queretaro. La petite armée de Maximilien disparut en quelques minutes, dispersée ou faite prisonnière.

Instinctivement les officiers cherchaient à gagner le Cerro de las Campanas. Quelques-uns bien montés y parvinrent, mais ceux restés à pied étaient promptement atteints par les républicains.

Du Cerro, l'Empereur dominait ce désastre immense, irréparable, sans pouvoir rien faire pour l'arrêter.

A ce moment las Campanas offrait un spectacle vraiment poignant.

L'espèce de redoute qui le surmontait, outre sa garnison, était remplie d'officiers et de soldats de tous corps et de toutes armes. Ils s'y étaient réfugiés comme des naufragés sur un radeau. A chaque instant, il en arrivait de nouveaux et l'on se croyait obligé de leur faire abandonner leurs montures, même de leur refuser l'entrée. Plus humains que le commandant, les artilleurs les laissaient pénétrer par les embrasures.

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].a redoute était le point de mire de toutes les batteries assiégeantes. Les républicains tournaient aussi contre le Cerro nos propres pièces dont ils venaient de se saisir.

La position n'était plus tenable. Aussi l'empereur attendait-il Miramon avec impatience. Il demandait si on n'apercevait pas ce dernier parmi les groupes qui accouraient ventre à terre. Il interrogeait les nouveaux arrivants pour en avoir des nouvelles.

— Je n'attends que lui, disait Maximilien aux généraux Castiilo et Mejia : je ne veux pas le laisser en arrière.

Mais après avoir formé son régiment des dragons de Fimpératrice le colonel Gonzalez vint à remi>ereur pour prendre ses instructions. Il lui annonça que IMiramon avait été blessé à la joue et qu'on était en train de lui faire une douloureuse opération.

Alïecté par cette nouvelle, l'empereur prit à part les généraux Méjia et Castiilo et leur demanda si franchement il leur paraissait possible de rompre les lignes de l'ennemi.

Le général Méjia prit une longue-vue et après avoir examiné attentivement la situation des lignes et des masses de cavalerie républicaine, ainsi que les obstacles à franchir, il répondit :

— Sire, passer est impossible : mais si Votre Majesté l'ordonne, nous tâcherons de le faire. Quant à moi je suis prêt à mourir.

Il fallait prendre une détermination. Le feu de l'artillerie républicaine redoublait ; les projectiles arrivaient et se croisaient sur la redoute. On ne pouvait y répondre que par cinc] pièces. Les colonnes assiégeantes ap[irochaient. Les dragons de l'impératrice — l'ancien régiment de Lopez — ne pouvaient rester plus longtemps formés à découvert au pied du Cerro sans être promptement exterminés par une pluie de feu.

Le colonel Gonzalez et ses braves officiers maintenaient les dragons avec difficulté. Ceux-ci, dont les rangs étaient troués à chaque instant, voulaient charger ou se mettre à couvert.

Convaincu de l'impossibilité de tenir plus longtemps et de l'inanité de toute espérance Maximilien se décida à envoyer son officier

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d'ordonnance Pradillo en parlementaire à Escobedo, afin de demander des garanties pour ses fidèles troupes, s'offrant lui-même en sacrifice à l'ennemi.

Pradillo descendit et s'élança au grand galop dans la plaine, à la recherche d'Escobedo, tandis qu'on arborait le drapeau blanc et que les quelc^ues canons du Cerro se taisaient.

Ces signaux ne sufl^rent pas aux re'publicains. Leur artillerie continua d'envoyer une grêle de projectiles pleins et creux sur les impériaux, tandis qne leur infanterie s'avançait impunément de tous côtés.

Devant ce dernier acte de déloyauté, l'empereur comprit que tout était fini et sans attendre le retour du parlementaire devenu inutile, il se rendit à discrétion aux chefs républicains Riva Palacio et Corona. Les dragons de l'Lnpératrice se dispersèrent.

Sur l'invitation des chefs républicains, l'empereur descendit du Cerro pour être conduit avec sa suite au couvent de la Cruz. Là, le grand vaincu dut essuyer un premier outrage.

C'était un misérable en proie à l'ivresse, un nommé Davalos, ancien commandant d'auxiliaires de la division Marquez passé honteusement aux dissidents un an auparavant, après avoir soustrait la caisse de son corps. Il avait été comme de coutume bien accueuilli par les autres. Ils en firent un chef important.

Arrivé l'un des premiers devant l'empereur, ce Davalos prit son revolver, l'arma et en porta plusieurs fois le canon à la tête et au cœur de l'auguste vaincu, en lui demandant avec colère s'il était bien Maximilien.

Les officiers menaçaient de se jeter sur ce misérable. Une lutte sans merci devait s'en suivre. L'empereur pour remi)êcher fit encore preuve de sang-froid, et sans un geste de crainte, en souriant dédaigneusement, il répondit qu'en effet il était bien Maximilien.

Le bandit vaincu par ce sang-froid et ce grand air abaissa son arme et mu par un caprice d'ivrogne, il pria l'Empereur de lui accorder la foveur d'une cordiale étreinte. Maximilien en passa par là.

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Riva Palacio et Escobedo traitèrent l'Empereur avec plus de conside'ration.

Il remit son épée au géne'ral en chef des re'publicains, puis pendant quelques minutes ils s'entretinrent à part, et remontant à cheval suivis des officiers impériaux et d'une forte escorte, ils se dirigèrent vers la Cruz en traversant la ville. La population mise au fait était dans l'épouvante et dans la consternation du crime de Lopez.

Arrivés sur la place de Cruz, Maximilien mit pied à- terre ainsi que ses fidèles serviteurs. On leur fit abandonner leurs chevaux, leurs armes et ils entrèrent, comme criminels d'État, dans une prison.

Je n'ai pas besoin de vous raconter les suites de la trahison du traître Lopez, vous les trouverez dans le beau livre que M. Albert Hans va bientôt publier sur le Lopez. J'en ai donné une idée dans mon livre De Québec à Mexico. J'y ai dit que dans cette ville de Queretaro souillée par Lopez, le général Ramon Mendez avait été vendu pour six dollars par une prostituée, puis fusillé ! J'ai montré à la postérité le général Thomas Mejia fusillé par Escobedo à qui il avait deux fois sauvé la vie ; le cadavre du général Vidaurri tout bleui de ioups de pied et les cheveux blancs maculés d'immondices après avoir été passé par les armes sur un tas de fumier ; le général O'Horan déchiré et mutilé par une populace avinée ; le général Miramon livrée par le médecin qui l'avait pansé et exécuté malgré une blessure

mortelle ; son frère le général Joaquim Miramon ayant eu un pied mutilé devant l'ennemi mis à mort sans jugement ; le colonel Campos commandant de l'escorte particulière de l'Empereur trouvé mourant sur le champ de bataille, adossé à un mur et fusillé sans pitié; Maximilien jugé par les membres d'un soi-disant conseil de guerre dont le plus âgé avait vingt-trois ans et froidement assassiné sur ce même Cerro de /as Canipaiws, où il s'était si bravement défendu !

Assez de ces détails ; assez de cette épouvantable boucherie.

Plus tard, on î-ût qu'après avoir livré Queretaro, Lopez s'occupa de voler l'équipage, les papiers, le nécessaire d'argent de Maximilien, de cet empereur qui avait été le parrain de son fils, et qui lors de cette occasion, lui avait fait présent d'une maison à Mexico !

Lopez n'en était pas rendu à sa première trahison. Le 8 juillet 1854, le général Santa Anna devenu président de la République flétrissait ainsi la conduite de cet officier pendant rinvasion américaine de 1847.

— (t Son Altesse Sére'nissime le général Président a ordonné qu'on expédiât un congé absolu—excluant du service— au sous-lieutenant du régiment actif de Monterey, Miguel Lopez, désormais rayé pour toujours du cadre, et qui a mérité cette mesure pour son infâme conduite à Tehuacan, où il souleva l'escorte de S. E. le Président, qui commandait les forces opérant contre les Etats-Unis.

« On fera connaître cette mesure à tous les militaires composant l'armée, pour qu'ils se persuadent bien que si le gouvernement suprême récompense les bons serviteurs qui se distinguent par leur patriotisme et leur loyauté, il châtie aussi ceux qui sont indignes d'appartenir à la Glorieuse carrière des armes.»

Qu'ajouterai-je au récit donné par mon ami le capitaine Albert Hans ? Quand l'effervescence causée par cette pénible campagne du Mexique fut passée, le monde entier conspua et maudit Lo])ez.

Déjà, dans une séance solennelle du conseil de la Légion d'Honneur, le colonel Lopez qui

avait été créé chevalier lors du beau combat de cavalerie de San Lorenzo, avait été dégradé. Cette décision fut l'objet d'un décret inséré au Moniteur. Il fut lu à la parade, sur le front de bandière de chaque régiment de France.

Là ne devait pas se borner le châtiment de Lopez.

Un jour, rencontrant le général Rincon Gallardo, après la chute de Queretaro, et après avoir reçu le prix du sang — $10,000, — il lui dit :

— Colonel, vous avez de l'influence : je n'ai que mon épée. J'espère que vous voudrez bien me recommander pour une place dans l'armée libérale.

— La seule place que vous méritez, répondit le colonel, c'est aux branches d'un arbre avec la corJe au cou.

A Puebla, où résidait sa femme, ce fut encore pis. Elle ne voulut pas le recevoir et elle lui cracha à la figure. Mais le colonel n'était pas homme à s'en laisser imposen II la battit en pleine rue, au point de la laisser pour morte sur la place, elle et ses enfants. Revenue à elle et

poursuivie de nouveau par son mari, madame Lopez alla se réfugier dans une église d'où, elle ne sortit que pour se mettre sous la protection de la police.

Voilà ce que racontent les journaux mexicains de l'époque.

En ces temps là on vendait aussi a profusion dans les rues des villes du Mexique une pièce de vers dédiée à Lopez.

Elle a été traduite ainsi en français. Elle servira de dernier mot pour qualifier ce misérable.

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