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Au même moment un chef républicain suivi de quelques hommes, gravit notre plateforme en courant, ordonna impérieusement de diriger la pièce vers la Cruz, de la faire servir provisoirement par mes artilleurs désarmés, en menaçant ceux-ci de les fusiller s’Ils bronchaient, et enfin de nous conduire sous bonne escorte, Gontron et moi, devant le général Velez, qui devait se trouver dans l’intérieur de la Cruz. Ces ordres furent exécutés ponctuellement.
Ceux qui nous escortaient ne trouvant pas ce général, nous menèrent devant le commandant du bataillon de Nuevo-Léon, qui donna l'ordre de nous conduire inmédiatement à Pateo, en bas de la Cruz.
Le jour commençait à poindre. On nous fit revenir sur nos pas. ÆEn rentrant dans le jardin de la Cruz, nous rencontrâmes le colonel d’étatmajor Manuel Guzman, qui venait d’être fait prisonnier à l'instant, en allant visiter nos postes. Ii fut confié aussi à notre escorte.
—Mais que se passe-t-il donc ? me demanda
le colonel avec émotion.
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Je lui racontai en peu de mots l'infamie du colonel Lopez.
—C'est impossible, me dit-il en pâlissant.… msis c’est impossible ce que vous me dites là ; lui le favori de l'Empereur! Demain il allait être compris dans les promotions de généraux de brigade.
On nous fit monter tous trois sur la plateforme, occupée une heure auparavant par la petite troupe du misérable Yablowsky, l'ami de Lopez, puis passer de l’autre côté en sautant sur des briques séchées au soleil, disposées hâtivement en escalier.
Nous comprimes sur le champ que l’ennemi avait pénétré par là.
Quelques minutes après nous étions parmi les assiégeants. On nous plaça entre deux longues haies de baïonnettes, établies comme si on s'attendait à :ccevoir beaucoup de prisonniers.
Voici maintenant ce qui se passait dans l’intérieur de la place,
IT Une fois le jardin de la Cruz et le Panthéon surpris, les républicains se hâtaient de prendre possession de tout l'édifice, ce qui leur était très facile, étant guidés par Lopez, protégés par l'autorité de ce dernier, par le sommeil de tous et par l’obscurité de la nuit.
d Le colonel Rinco Gallardo, officier supérieur A républicain, occupait avec ses troupes les hau- | teurs du Couvent, les escaliers, les cours, toutes | les issues ayant désarmé avant le réveil la gendar- | merie, la compagnie du génie, le bataillon de l'empereur et les volontaires de Queretaro.
Les républicains se jetaient ensuite sans bruit / sur l'artillerie formée sur la place de la Cruz, | et qui attendait là le moment donné pour la sortie. Ils s'emparaient de même de la flèche pi défendant la gauche de la Cruz, de l’église atte- El nante, des travaux de la droite, de l'hôpital, des | magasins, du parc d'artillerie qui se trouvaient
pa LE aussi de ce côté.
La petite réserve, composée d’une partie du
3° de ligne mexicain qui reposait dans la cour
d'entrée et dans les couloirs de l'hôpital, fut désarmée et faite prisonnière avec la facilité qu'on retrouve dans tous les détails de cette surprise, grâce au colonel Lopez. Ce misérable guidait les républicains et donnait des ordres pour prévenir ou empêcher toute résistance.
Comme personne ne soupçonnait ni ne comprenait ce qui se passait, il n’y eût pas un coup de feu de tiré, pas ui ‘ri d’alarme de poussé, tandis que le quartier genéral et ses annexes tombaient au pouvoir de l’ennemi au milieu d’un calme fantastique.
La position de la Cruz, position dominante et clef de la place, entraînait la chute de Queretaro. Les républicains s’occupèrent aussitôt que l'aurore apparût, de terminer l'occupation si facilement commencée.
Dans le moment où les assiégeants prenaient la Cruz, Yablous!' l’unique complice de Lopez, et ensuite Lopez lui-même, couraient donner l'alarme à l’empereur et au général Castillo, en les faisant réveiller par l’effrayante nouvelle que
l'ennemi entrait à la Cruz, et qu'il s'était déjà
emparé par force du Panthéon ; nouvelle fausse, sciemment donnée, puisque les républicains en ce moment même n'avaient pas achevé de se rendre maîtres de tout l'édifice et des attenants, et ce sans résistance.
Devant cet imminent péril, l’empereur fit appel à tout son sang-froid. Il dit au général Castillo, au prince de Salm-Salm,—tué plus tard le 18 août 1570 à Saint-Privat,—et à son aidede-camp Pradillo qui venaient d’entrer chez lui :
—Sortir d'ici ou mourrir, voilà l'unique chemin.
L'exécution suivit rapidement la pensée.
Saisissant ses pistolets et quelques papiers importants, il descendit les escaliers suivi par les autres.
Maximilien était coiffé d’un large sombrero
de feutre blanc bordé d’or, et son uniforme de
général de division était recouvert d’un caban qui le protégeait contre la fraîcheur du matin.
Cette circonstance et la semi-obscurité des couloirs l’empêchèrent d’être reconnu par une sentinelle républicaine qu’il rencontra en bas.
Elle prit pour un de ses chefs cet homme ainsi vêtu et venant à elle avec tant de sang-froid. Le factionnaire présenta les armes. L'Empereur répondit au salut et passa. Iltraversa les cours ; quelques secondes après il était sur la place de la Cruz.
Le jour apparaissait en ce moment, montrant au regard de Maximilien toute l'étendue du désastre. A la vue des républicains, l'Empereur arma son revolver et dit à sa suite :
— Andelante ! Marchons !
Dès les premiers pas il fut arrêté, Lopez était présent et, soit qu’il pensât pouvoir encore sauver les apparences, soit qu’il fut saisi d’un remords tardif, il s’approcha du chef républicain et il lui dit de laisser passer ces quatre personnes qui n'était que des parsanos, des pékins.
Celui-ci exécutait religieusemgnt —et pour causes — toutes les instructions du traître. Il donna l'ordre demandé, malgré les insignes mili. taires portées par l'Empereur et par sa suite. Elles démentaient les paroles de Lopez.
Sans perdre de temps à demander des explications à Lopez, l'Empereur se dirigea vers le
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Cerro de la Campanas, afin d'y réunir quelques troupes pour résister jusqu’au dernier moment, où pour s'ouvrir un passage à travers les assiégeants.
En passant devant la Grande Auberge servant de quartier à son escorte et aux hussards, l’Em- 1 pereur envova aux commandants l’ordre de faire seller et de le rejoindre de suite au Cesro de las Campanas.
On lui amena son magnifique cheval; mais, trait qui caractérise parfaitement Maximilien, il : 1 refusa de le monter, par ce que, à ses côtés, son chef d'état-major le vieux général Castillo et le général prince Salm-Salm allaient à pied.
Il s'arrêta ensuite un instant au palais dépar- | temental d’où il expédia au général Miramon | (l l'ordre de réunir ce qu’il pourrait de troupes et | d’accourir avec elles.
HE 4 Durant ce temps, le colonel républicain Rincon Gallardo, toujours guidé par Lopez, pénétrait au centre de la place, s’emparait de la tour Al et du couvent de San Francisco, où se trouvait
notre parc d'artillerie général, faisait prisonnier
le chef d'escadron Becerra qui y commandait, et qui avait reçu le traître sans défiance aucune.
Quelques moments après l’escorte impériale et l’escadron des hussards austro-mexicains qui allaient rejoindre l’empereur, vinrent à passer devant San Francisco. Lopez qui était leur chef direct les arrêta au passage, leur ordonna de mettre pied à terre, fit prisonnier le capitaine Paulowski, ses officiers et ceux de l’escorte impériale, et commanda aux cavaliers de déposer leurs armes ramassées de suite par les républiblicains. Il en fût de même de tous les détachements qu’il rencontra.
Cela fait, Lopez, suivi d’une troupe républicaine qu’il devança un peu, se dirigea vers le palais départemental où l’empereur attendait Miramon. Le traître se présenta hypocritement devant le souverain qui, dans son étonnement, lui demanda :
—Mais que se passe t-il donc, colonel ?
—Sire, répondit Lopez, en montrant les républicains qui débouchaient d’une rue, tout est perdu. Voyez, l'ennemi nous suit de près.
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