VOYAGEUR ET HOMME DE I ‘TRES
Maximilien était avant tout un chrétien, un philosophe, un savant, un poète et un homme de lettres,
Je l'ai connu au Mexique ; j'ai fait son portrait dans le livre que j'ai publié alors sur cette longue et douloureuse campagne. Vingt trois ans se sont écoulés depuis. Ils n’ont pas modifié mes idées sur l’empereur.
Maximilien était de haute taille, svelte, bien découplé. Son allure était lente, majestueuse,
un peu roulante comme celle des marins. Dans
la limpidité de son œil bleu venaient se refléter la bonté et la clémence ; sa figure pleine d’expression était encadrée par de longs et soyeux favoris blonds,
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L’instruction de l’empereur était solide.
Archéologue érudit, naturaliste distingué, c'était lui qui écrivait à son médecin avant de s’interner dans cette ville de Queretaro qui devait le voir fusiller :
—( Périr l’épée à la main, c’est le sort possible, mais il n’y a point de honte ! Comme je regrette que les sciences de la paix ne puissent fleurir à côté de celles de Mars ! Quelles belles choses vous auriez trouvées sur toute la route de Mexico ! Ainsi, dans ce bois de Calpulapam j'ai vu, pendant que les balles sifflaient autour de nous, de superbes papillons voltiger çà et là tout tranquillement. Ici, à Queretaro, nous avons découvert un nouvel hémiptère. Il a des mandibules doubles qui étonnent tout le monde. Si j'avais pu emporter des flacons, j'en aurais, malgré la préoccupation de la guerre, conservé quelques-uns pour vous les montrer.»
L'empereur était fort sur les sciences exactes.
Quand il était officier de la marine autrichienne —où il est parvenu au grade d’amiral—il passait pour un des meilleurs navigateurs de l'Europe.
MAXIMILIEN 3 Je tiens ce fait de la bouche d’un homme qui s’y entendait, le célèbre commodore Maury de a marine confédérée américaine.
Il est de tradition dans l’armée autrichienne d’être polyglotte. Ses officiers savent presque tous deux ou trois langues vivantes Maximilien en parlait sept avec une facilité, une éloquence presqu'incroyable. Pour ma part, je lui ai entendu prononcer de l’anglais de façon à ne pas être désavoué par le scho/ar le plus difficile du Royaume-Uni.
Nature de poète et d'artiste doublée des vertus énergiq 3 et chevaleresques du soldat, Maximilien ne restait pas inactif au milieu des rares loisirs que lui laissaient ses croisières, ses travaux administratifs, et plus tard la gouverne d’un empire.
Il faisait des vers ou écrivait ses mémoires. Plus d’une page remplie d’exquise délicatesse et du plus fin esprit d'observation -se trouve ainsi disséminée parmi ses œuvres posthumes. Vous en jugerez dans l'instant.
En 1862, Maximilien faisait publier à Vienne ses premiers livres. Ils ne fûrent tirés qu’à cin.
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quante exemplaires destinés à la famille royale et aux cours étrangères, L'année. suivante il résolu d'en mettre une édition à la portée du public. Elle s’imprimait à Leipsick.. Ce fut un écrivain allemand connu sous le pseudonyme de Halm, mais dont le vrai nom était celui de Münch-Bellinghausen, qui fût chargé des revises. Interrompue pendant le court règne de Maximilien cette publication fut reprise après sa mort, en 1867, et: menée à bonne fin par les ordres de l’empereur d'Autriche,
Ces divers travaux sont intitulés :-
« Souvenirs de ma vie.—Esquisses de voyages. — Aphorismes.— Poésies. Ils ont été traduits par M. Jules Gaillard, sous les yeux et avec les cor-
rections des revises françaises faites par l’em-
pereur lui même.
Maximilien se plaisait à répéter :
— Jamais on n’éprouve d'aussi nobles émotions que dans les voyages lointains.
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Dans une lettre à l’Impératrice sa mère, il disait :
«— Quelles douces sensations n’ai-je pas éprouvé dans mon premier voyage le long des côtes, quand je me dirigeais vers cette noble Acropole d'Athènes, cette citadelle divine où brille encore la flamme du génie grec, où ses pensées immortelles semblent vivre encore dans le marbre ? Avec quelle anxiété, quelle attente n’ai-je pas gravi le Vésuve pour épier les secrets de l’activité infatigable des puissances souterraines ? Avec quelle ardeur impatiente ne suis-je pas entré à la 7ribune de Florence, ce sanctuaire de l’art, pour y étudier, dans une admiration silencieuse, ces chefs-d'œuvres éternels, depuis ceux du siècle de Phidéas jusqu'à ceux de l’époque florissante de Raphaël Sanzio ? Et pour admirer l’Alhambra, ce rève mystérieux des enchanteurs arabes, avec quelle hâte n’ai-je pas traversé la fraîche verdure des bois, sans m'arrêter à ces buissons de roses, à ces fontaines jaillissantes qui m’environnaient ? Comme mon cœur battait, quand je passai la porte du Peuple pour entrer dans la ville éternelle ; quand je montai
Russes DS