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les marches de la basilique de Saint-Pierre;quand je visitai pour la première fois, à la clarté de la lune cet immense Colysée ou règne un silence de mort ! Quelle ardeur de désir et d’impatience quand je parcourus pour la seconde fois le désert—le désert sans limites—quand sur un rapide coursier je dévorai l’immensité des sables brûlants pour aller méditer l’origine des Pyramides ? Comme les heures me semblaient longues, tandisque je traversais les montagnes de Juda pour visiter en pélerin le sépulcre du Sauveur ! Combien fut solennel le moment où je franchis la dernière crète des rochers, et où mes yeux découvrirent les coupoles de Sion qui s’élevaient vers le ciel ! De pareils moments ne se présentent qu’en voyage ; il n’y a rien de plus noble ni de plus pur dans la vie humaine ! »
Maximilien a surtout voyagé en Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Asie Mineure, Il est allé un peu partout : il a vécu à Madère. Il a visité l'Algérie, lAlbanie, ; il a traversé la ligne, a passé des heures charmantes à Bahia etau Brézil. Il a étudié le royaume des Deux Siciles,
« étrange pays. »
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Il a écrit des pages enlevées sur Naples et le roi Ferdinand, sur Florence et les beaux arts, Séville et l’Andalousie, Grenade et les Maures, les iles Baléares, Valence, Lisbonne, Funchal, Alger, sur un coin de l’Albanie et du Monténegro, sur les forêts vierges du Brézil. Il a la plume d’un historien quand il analyse d’une main exercée la chronique de ce pays ; quand il nous raconte le passé des fiers Guanches ; quand il nous dit leurs traditions, leur religion, leurs coutumes, leurs migrations, leurs combats. Profond observateur, Maximilien écrit en connaisseur sur les hommes, les villes, les paysages, les tableaux de maîtres, les merveilles de l’architecture qui pendant des années ont défilés devant ses yeux. C'est le côté artistique de cet esprit simple et vibrant que je viens vous montrer dans cette étude. Nous oublierons donc un instant cet empereur qui a été grand pendant la vie, encore plus grand devant la mort. Nous apprécierons à sa juste valeur le travailleur, le penseur, l'écrivain.
Laissons parler Maximilien : il en est temps.
Le 30 juillet 1851 Maximilien, quittait son palais de Miramar.
—( Le soleil était à son lever, nous dit-il. Je fis à la hâte un tour de jardin, je cueillis les dernières violettes, je p'omenai mes regards de tous côtés ; enfin je descendis l'escalier de marbre de l'embarcadère et je m’éloignai avec la chaloupe le cœur oppressé d’une mélancolie profonde.
Le monde est ainsi fait. Possède-t-on les plus beaux, les plus admirables sites, ceux-là même que vous envient les riches de la terre, on fuit.»
Et pourtant il l’aimait son château de Miramar, sis sur un des bords les plus enchanteurs de l’Adriatique : il l’aimait autant que l’océan, ce qui n’est pas peu dire pour un marin.
Plus tard dans un jour d'expansion, n'est-ce pas ainsi qu’il en parlait ?
« —La mer vibre et chante des légendes merveilleuses : elle roule l’écume blanche des va-
peurs, et dépose au pied du château le frais baiser des nymphes. ‘Et quand elle recule bruyante, un frisson agite l'air des salles : c’est la réponse qui s'échappe de la fière demeure de Miramar, parfum de fleurs bercées par le vent du soir emporté vers la mer bleue. Les rayons du soleil couchant embrasent la barque : .le crépuscule enveloppe encore l'occident, et déjà la lumière de la lune éclaire le levant ; elle étincelle tremblante sur l'onde.
» Le silence se fait sur la vaste mer ; on n’entend que le bruissement de la barque qui, sur les flots phosphorescents glisse vers ies bords. fleuris. Elle vole vers eux, guidée par la lampe qu'on voit briller au balco: comme un phare lointain.
» L’esqu'f s'arrête près du château. Une rose: tombe du balcon. Alors la vague bruit et chante de nouveau : d’elle s’élève un chant d’amour, et chancelante elle atteint la rose, la rose divin gage de celle qui porte mon nom. »
Mais, trève de souvenirs. hélas ! oui, le 30 juillet 1851, Maximilien fuyait Miramar.
Maximilien fuyait sur sa belle frégate la ÆVovara—la Novara sur laquelle il allait faire une partie du tour du monde, la Movara qui devait le conduire au Mexique comme empereur, et qui devait l’en ramener mort et défiguré par les balles mexicaines, Est-ce que les navires seraient comme des livres ? Auraient-ils leurs destinées ? ÆHabent sua fata libellr.
Ses premiers impressions de voyage sont sur Naples et sur le Vésuve.
«A mesure que se fait l'ascension du volcan, la belle vie terrestre ne se montre plus que par de rares échappées ; on se voit entouré de l’image incolor > de l’universel néant. De sombres murs, d'énormes blocs grisâtres, de noires masses, des montagnes de cendres mouvantes et de laves calcinées se dressent de toutes parts et enveloppent le groupe des pauvres voyageurs qui s’aventurent au milieu de ce royaume de la mort, immense, lugubre au milieu de cette dévastation de la nature, dans cette vallée de la mélancolie. Les deux pointes de Monte Somma du Vésuve étaient autrefois réunies ; mais les entrailles du
globe se révoltèrent ; la montagne s’entrouvrit et par le gouffre béant se répandirent des flots de lave qui se refroidissaient À la longue et formèrent la mer inanimée, pétrifiée, incolore, entourée d’un sable de cendres mouvantes, qui sépare les deux sommets. Le regard se promène avec angoisse sur ces masses monotones qu'ont enfantées la montagneet devant lesquelles toute vie s’estenfuie. Par intervalles seulement on aperçoit au loin, comme de rares clartés dans une nuit ténébreuse, quelques fragments de paysage, la ville de la joie, les flots argentés de la mer, la riante et fertile plaine. Ainsi enveloppé par la mort, le voyageur songe involontairement à ces âmes meurtries auxquelles il ne reste plus que de beaux souvenirs. Naguère elles étaient, comme les autres, verdoyantes; mais éloignées de la foi, privées des secours d’une religion consolatrice elles se sont abimées dans une mélancolie profonde. Leur observation peut avoir quelque attrait pour le psychologue, mais elle nous remplit le cœur d’une tristesse infinie.
» Nous voilà arrivés dans l’enfoncement qui sépare l'extrémité des deux points du Vésuve.
Quel coup d'œil, quelle sensation inexprimable | Les escarpements étaient revêt ; de souffre blanc : le sol de lave était tout noire; la cendre grisâtre, des morceaux de soufre jaune et rouge gisaient à terre çà et là. Des vapeurs bouillantes s'échappaient de dessous les grands blocs de lave ; le paronama de Naples et de la mer nous était caché par le cône de la montagne. La vapeur et le brouillard voilaient le firmament : l'air était tantôt froid et âpre, tantôt d’une lourdeur étouffante et surchargé de souffre. Tout respirait la mort et la destruction, On devinait sous ses pieds l’action de forces puissantes et inconnues, on voyait des couleurs comme on en voit jamais ; on se sentait enveloppé d’une atmosphère toute nouvelle ; on ne croyait plus vivre sur notre belle terre, mais au sein du chaos, au milieu des éléments primordiaux avec lesquels Dieu créa le monde, parmi les vapeurs empoisonnées qui planaient sur l’abîime avant que l'air et l’eau eussent été séparés, avant que le soleil eut séché et animé toutes choses.
C'était. un de ces aspects qui ne peuvent se
décrire et qu'il faut avoir contemplés pour se faire une idée du travail de la nature et comprendre combien l’homme est petit, et petite est sa science ! Nous n’étions pas encore au bout du cratère que j'étais impressionné par la vûe de ce qui m'entourait comme je ne l'avais été par aucune autre chose dans le cours de ma vie.
« Le cratère a réellement quelque chose d’une gueule, de la gueule des dragons légendaires ; ce sont bien là les couleurs cont l'imagination se plaît à révêtir ces monstres fabuleux. L’intérieur du cratère exhale ces mêmes vapeurs empoisonnées et humides qui enveloppaient jadis de terreur et de mort les chevaliers chasseurs du dragon.
(A la hauteur où j'étais, sur le bord de l’abime, je me sentais comme perdu ; je croyais être sur les confins d’une autre planète, sur le seuil mystérieux d’un monde étrange et nouveau. Je me sentais abandonné au lieu de cette solitude, au sein de ce chaos silencieux : j'étais comme environné des frissons des mondes légendaires ; sans mes amis qui étaient là, une indicible épou-
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vante m'eut chassé de ces lieux, et j'aurais fui devant les forces muettes et assoupies de la nature. Je ne me sentais pas assez fort pour résister à de pareilles impressions ; j'étais comme subjugué par le charme mystérieux et souverain de ces puissances so” erraines. Déjà des spectacles moins étranges font frissonner l’homme quand il est seul ; un entourage de glace ou de granit, la chute d’une cascade de rocher en rocher lui font croire souvent que l’eau l’enchante et l’attire, que le murmure sinistre lui parle, et si alors un orage vient à gronder dans le ciel, si l'ouragan mugit, si la foudre enveloppe d’un réseau de feu le pauvre abandonné, son cœur tressaille et se resserre, il jette autour de lui des regards d'angoisse, comme si le tonnerre menaçait son âme défaillante, comme si chaque trait de foudre lui était destiné ! Il y a de la vérité dans ces impressions ; c’est le langage de la mature qui remplit de frayeur la conscience de l'homme et iui fait voir son néant ; c’est la force mystérieuse et profonde des éléments que l'homme frivole ne considère pas quand ils
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sommeillent, mais dont les avertissements sont d'autant plus redoutables dans leurs reveils momentanés,
« Nous sortimes enfin, nous quittâmes les bouts du cratère et nous redescendîmes dans la sombre vallée. Je me retournais encore par moments pour contempler le vieux Vésuve, cr laboratoire de la nature, où il est donné à l’homme de se rapprocher des forces primitives, Une image triste et nue se dresse devant nous avec des couleurs d’un autre monde, avec une majesté imposante et terrible. On se croit transporté à l’époque où la race pécheresse ne foulait pas encore un sol enfermant dans son sein les germes de la vie, et où la molle masse d'argile n’avait pas encore été touchée par le souffle du Tout Puissant. L'esprit de Dieu semble encore planer sur la terre et sur les eaux, méditant sur la matière inerte avant de prononcer les paroles de vie, le far créateur, qui devaient retentir comme un tonnerre à travers la nature, Le Vésuve est une portion survivante du chaos, sans autre nuance que le gris terne et mort qui est la teinte fonda-
mentale de toutes choses.
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« Voilà ce que nous enseignent ces époques primitives vers lesquelles nous reporte la montagne géante ; mais elles nous font en même temps soulever le voile de l'avenir. De même que Dieu a créé, il détruira ; de même que les différentes couleurs ont été engendrées par le gris, ces couleurs admirables, vivants témoignages de l’œil tout-puissant, s’effaceront un jour pour retourner à la teinte fondamentale. Comme le feu qui purifie, comme la nature est sortie de la fumée et des nuages, si belle que Dieu luimême s’est réjoui de son œuvre et à dit : « Elle est bonne », un jour viendra où les nuages et la fumée soustrairont de nouveau le vieux globe pourri aux yeux fécondants du Créateur.
« Tout obsédé de ces pensées redoutables, je demandai un asile à la petite église de l'Ermitage pour y implorer le pardon de mes péchés. Quand la société toute entière se trouva réunie, l’aumonier de la frégate nous dit la sainte messe, et l’on reprit à la hâte, à travers de riches vignobles le chemin de Résina. Le ciel s'était
éclairci, la perspective était encore plus riante
que dans la matinée ; au milieu d’une verdure incomparable et baignée par les ots étincelants de la mer, Naples apparaissait dans toute sa magnificence à nos yeux éblouis.
« Dans cette ville, le peuple #7. Il n’est pas moralement atrophié, replié sur lui-même comme dans les autres villes ; tous ses faits et gestes s’exécutent en plein air. Son activité se déploie dans la rue, et c’est pour le voyageur nouvellement débarqué un spectacle d’un attrait sans égal, un merveilleux divertissement. Les boutiques sont à l'air, libres et découvertes ; les comestibles sont entassés par les rues. Au milieu
des plus beaux produits du midi vous voyez les
moutons et les pourceaux, les chiens et les enfants jouer et se bousculer. Ceux-ci sont les derniers vrais petits Murillos ; ils vont et viennent hardiment dans leur costume primitif, entre les boutiques de macaroni et les gargotes, et attrapent leur diner là où ils le peuvent, au besoin même dans le fumier. A tous les coins de rue pour ainsi dire, on voit des caisses de bois aux couleurs vives sur lesquelles s'élève un berceau à
colonnes, orné d’oranges et de feuillage et entourant l’image d’une Madone. Derrière ces colonnes se trouvent de petits barils allongés, posés horizontalement ou verticalement selon la circonstance et versant de l’eau fraiche.
» Le soir arriva calme et pur : le soleil, s’abaissait à l'horizon. Nous avions devant nous la ville et sa mondaine munificence, ses palais, ses musées, ses villas couronnées de verdure, de fleurs, sa physionomie sensuelle et joyeuse : les flots dorés du golfe baignaient les rives enchantées de Castellamare, et au milieu des bois d’orangeri apparaissait la poétique Sorente, la ville aux belles femmes. Une vapeur violette enveloppait le Vésuve : la riche et fertile cawpana se déroulait à nos pieds, et tout autour de nous au milieu du parfum des fleurs, du bruissement des cyprès et des lauriers, des voluptueuses caresses de la brise du soir, parmi ces monuments de marbre, la mort étendait son empire.
| quoi tend votre agitation joyeux Napolitains ? Où allez-vous ainsi en dansant ?
Vous allez au tombeau ; et les myrtes ont beau
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répandre leur parfum, la rose épanouir ses brillantes couleurs, le nérium et le laurier frémir harmonieusement, le marbre resplendir et étaler des inscriptions orgueilleuses.... la tombe, la froide tombe est le sinistre terme du pèlerinage
terrestre. »
Naples pour Maximilien est la ville du plaisir et du printemps de la vie ; Florence celle des âmes fatiguées et rêveuses. Gaëte est le port dans lequel la barque de Pierre jeta l’ancre pour se mettre à l'abri des tempêtes du monde.
« Déjà, écrit-il dans son livre de bord, les portes toutes béantes de l'enfer se flattaient d’avoir
vaïnc 1 la tiare trois fois sainte ; déjàelles croyaient
le chef de la chrétienté tombé pour ne plus se
relever. Tout à coup, parmi de sombres nuages, d'effrayants éclairs, le tonnerre retentit. Il ébranla les cieux, et les réels supports du prince de ce monde entendirent en tremblant une voix qui criait :
—Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle !
«Le pasteur des âmes trouva dans sa fuite un refuge assuré sur les rockers de Gaëte, et les portes de l'enfer durent engloutir de nouveau la tourbe écumante et retomber sur elles-mêmes devant la force du Tout- Puissant, Une plaque de marbre placée au haut de la citadelle indique l'endroit ou l'illustre fugitif donna un jour le seul bien que lui eussent laissé les orages du monde, et que tant de créatures humaines voulaient encore recevoir malgré la fureur de ses ennemis, la bénédiction apostolique. Pie IX apparut sur ce rocher et prononça à haute voix sa toute puissante bénédiction. Des témoins oculaires n'ont affirmé que ce fut un spectacle singulièrement imposant de voir le prince de l'Eglise se dressant au dessus des remparts, dans son simple habit blanc, et prononçant d’une voix calme et ferme les paroles sacrées sur la foule des fidèles qui abimés dans un muet recueillement courbaient la tête devant lui. Le lieu semblait merveilleusement choisi pour un acte aussi sublime
et aussi solennel, »