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et caressaient la transparence du marbre. Nous nous trouvions dans la retraite de la nymphe de Capri. De petites crêtes d'argent couronnaient les vagues légères, l’eau murmurait doucement, une fraîcheur délicieuse étaient partout répandue. Mais la nymphe était absente, et pour notre bonheur ! Le monde est ainsi fait : aussi longtemps que les déesses ont hanté cet asile, aucun mortel n’a pu les découvrir, et quand les hommes y pénétrèrent, elles avaient disparu : et la lueur mystérieuse de la grotte est seule restée comme un charmant reflet, comme un poétique souvenir des naïades qui se berçaient mollement sur les flots argentés ».
Gibraltar fascine Maximilien.
«C’est un rocher monstrueux qui s'élève comme un Titan gigantesque au-dessus de l'Océan et de la Méditerrannée. De quelque point qu’on le contemple il présente aux regards un aspect toujours nouveau. Gibraltar a la puissance et l'attraction à la fois séduisante et horrible, que ne manque jamais d'exercer la grandeur écrasante. En elle résident la beauté et l'attrait de
Gibraltar, ce rocher, chauve, dénudé, calciné par les rayons du soleil, image toujours changeante mais une image de l’éternei repos et de la force majestueuse. »
Mahon, la capitale de l'ile de Minorque est pour lui l’image de la mélancolie sans fin,
« Le pays tout entier me parut désolant, sans une ombre de poésie. Les moulins à vent jouent ici un grand rôle ; de toutes parts on voit leurs ailes tourner, de toutes parts on les entend gémir. Semblables à des arbres desséchés où à des fantômes gigantesques, ils se dressent au milieu d’une contrée nue et augmentent l’ennui qu’on y éprouve. Autant un moulin à eau, avec son écume et son bruit cadencé parait beau, animé et poétique, autant un moulin à vent, avec sa masse grisâtre et ses grands bras, semble laid, endormant, insipide. Le premier annonce Panimation et la fraicheur de l’eau ; le second a l'air d’un télégraphe destiné à nous écarter d'un pays avide et désert ; et c’est bien là, en effet le caractère de cette contrée. »
Lisbonne ne lui plait pas.
« C’est un immense amas de maison sur le bord d’un fleuve sans rien de caractéristique et de pittoresque. Pour être caractéristique il lui manque des édifices saillants et originaux ; pour être pittoresque il lui manque la campagne, La ville s'élève sur une colline et se termine brusquement à l'horizon sans avoir cet arrière plan si nécessaire à l'harmonie de la perspective. Tout cela est si étendu, si large, et se détache tellement sur le bleu du ciel que l’on cherche involontairement une chaîne de montagnes où la vûe puisse se reposer. On se représente L'sbonne comme une ville riche en monuments historiques, située dans la contrée la plus riante, sous le climat le plus doux. On l’embellit de tout l'éclat des teintes méridionales, de toute la magnificence d’une végétation tropicale ; on s'imagine que le Tage coule sous un ciel d'azur au pied d’antiques palais de marbres, portant sur ses ondes argentées des centaines de gondoles dorées et de gallions chargés de métaux précieux. Sur ces bords on se figure un peuple gai, chan-
tant des stances mélodieuses aux accords de la
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guitare, Pure fantaisie que tout cela ! La ville est grande mais disséminée sans aucun plan.
Il n’est pas rare de rencontrer des champs parmi les maisons, et les maisons sont d’une architecture vulgaire et monotone, »
Madère le console de Lisbonne.
« Le 4 juillet, au lever du jour, quand je montai sur le pont, il semblait qu’une œuvre magique se fut accomplie pendant la nuit. Sous les r°yons dorés du soleil des tropiques, au sein d’une mer étincelante et azurée, baignée dans un air limpide, une île majestueuse se dressait devant mot, une île de basalte, aux teintes violettes, revêtue de la verdure la plus fraîche du printemps. C'était une image saisissante et bien faite pour transporter l’âme et la remplir d’allégresse. Une sérénité céleste régnait dans ce tableau, et cependant il était saturé d’une légère vapeur. La lumière était d’une clarté surnaturelle, comme une âme qui se manifeste dans des yeux inspirés, Un air délicieux pénétrait à flot dans la poi-
trine allégée ; on pressentait un monde nouveau,
un paradis terrestre,
« J'ai beaucoup parcouru le monde, et je puis dire que je n'ai rien vû d'aussi beau. J'ai cueilli la rose des Alpes sur les glaciers étincellants ; j'ai traversé sur le fier coursier arabe les bois de cyprès de Smyrne ; j'ai ravi le nérium aux rives enchantés du golfe de Lépante ; je me suis bercé sur les flots azurés de la grotte de Capri ; j'ai dérobé des fleurs aux jardins féériques de l'Alhambra : mais ici je trouvais réunis tous ces trésors de la nature et je ne sais quoi encore d’inexplicable qui fait our moi de Madère un paradis terrestre. Est-ce l'air transparent comme le cristal, où respirer est une volupté ? Est-ce la variété infinie et enchanteresse des fleurs où leur parfum pénétrant ? et ce printemps éternel qui fait que juillet même a plus de charme ici que notre mois de mai? Est-ce enfin ce climat toujours égal, toujours frais et vivifiant, aussi beau dans la nuit que dans la journée, toujours caressant, toujours doux ? Je ne puis le dire, mais je sais du moins que j'ai véçu ici doublement, toujours heureux, toujours ravi, et que ce serait pour moi une félicité sans égale de posséder
une maison de campagne en ce pays.
28 MA'"TMILIEN
« La végétation de l'univers entier est représentée à Madère de la façon la plus grandiose. Les plantes du Nord, chênes vigoureux, fougères touffues, chèvrefeuilles odorants; celles del’Italie, châtaigniers et oranges ; les superbes camélias de la Chine ; le caféier d'Arabie que je n'avais pas encore vu ailleurs aussi fécond, aussi répandu ; le précieux ananas d'Amérique que je voyais aussi pour la première fois en plein air ; le bananier toujours chargé de fruits ; cent autres plantes rares qui ne se rencontrent chez nous que dans les serres des palais, où elles sont étiolées, et où cependant on les admire, sont ici comme chez elles dans leur éclat, dans leur fleur ; pui ajoutez à toutes ces espèces exotiques les vignes les plus précieuses du monde. »
La ville de Bahia l’émerveille. Quant au
nouveau monde, où la mort l’attendait sept ans
plus tard, il lui cause une curieuse sensation.
—€ Dès les premiers jours passés sur le sol d'Amérique j'ai senti le fardeau qui m'écrasait. » Et comme s’il avait eu un pressentiment, il
parle ici pour la première fois du Mexique,
—( Mon digne hôte nous montra un vieil ouvrage des plus intéressants sur le Mexique. On y voyait dessiné avec des armes et des costumes, un zodiaque des anciens mexicains.
Encore un pays que je visiterai si Dieu me prête vie, »
Les pages qu’il consacre à Alger, à Blidah, aux gorges de la Chiffah, aux paysages de l’Atlas, aux fantasias arabes, aux trappistes de Staouëli, à la réception que lui fait le général Yusuf, sont admirables de coloris et de vérité.
Puis Maximilien tourne la proue de sa frégate dans une autre direction.
—4 Aux confins de la civilisation se trouve dit-il, un pays sauvage qui porte le nom harmonieux d’Albanie. Ce sont des cantons forestiers ou l’homme et le sanglier, le turc et le chrétien se font tour à tour une chasse furibonde, et vivent animés de haines et de ressentiments implacables. En ces lieux, la messe se dit encore comme au temps de Dioclétien, dans les
trances de la peur ; les fidèles se rassemblent