‹ Notes pour servir à l'histoire de l'Englise française de Strasbourg, 1538-1794Chapitre 1 sur 63 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'Eglise réformée française jusqu'au dépari de

Jean Garnier,

Nous ne retracerons pas ici dans ses détails Torigine de la paroisse réformée de Strasbourg, ayant entrepris cette tâche, en partie du moins, dans une précédente publication. Le noyau de fidèles autour duquel se forma la première communauté de langue française dans noire ville était composé, comme on sait S de fugitifs lorrains et Uamands, bourguignons et champenois, réfugiés d'Angleterre et d'Italie, proscrits par les autorités ecclésiastiques et civiles de leur pays et désireux d^habiter un lieu où se prêchait «le pur Evangile». La situation géographique de Strasbourg, la largeur d'esprit de ses hommes d*Etat, la tolérance de ses premiers réformateurs, favorisèrent également Taccroissement rapide de cette jeune congrégation, dont la langue ecclésiastique fut le français, puisqu'il était la langue maternelle de la majorité d'entre eux. Calvin, éloigné lui-même de Genève, fut son premier pasteur, et de 1538 à 1541, pendant toute la durée de

1. On nous permettra de renvoyer pour l'histoire de l'Eglise réformée de Strasbourg pendant les années d558 à 1544, à notre étude sur Pierre Brully, ministre de V Eglise française, etc« Strasbourg, 1879, in-8.

son séjour à Strasbourg, il dirigea la paroisse qu'il avait, H vrai dire, créée et dans le sein de laquelle il implanta les doctrines et les traditions réformées.

Quand il retourna sur les bords du Léman, en septembre 1541, ce fut un ancien dominicain de Metz, fuyant sa ville natale, Pierre Brully, qui le remplaça comme conducteur spirituel de ce troupeau. Calvin ne cessa point d'ailleurs d'en suivre les destinées avec une sollicitude toujours en éveil, quoique rarement heureuse dans le résultat de ses efforts.

Soit que Brully fut plus pacifique et plus modéré qu'aucun de ses successeurs, soit que Tinfluenee de Calvin se fit encore plus directement sentir pendant la courte durée de son ministère, la paroisse française vécut sous sa conduite sans ces orages et ces dissensions intestines qui ne cessèrent de la travailler par la suite. Il la quitta, comme on sait, dès l'automne de 1544, sur Tappel des fidèles fla< mands, et mourut à Tournay d'une mort glorieuse, en février 1545, confessant sa foi jusque dans les flammes du bûcher.

Il avait eu parmi ses paroissiens un gentilhomme lillois, nommé Valérand Poullain, qui avait étudié jadis à Bordeaux sous Mathurin Cordier et qui était venu s'établir à Strasbourg pour échapper à la persécution. Ce dernier le remplaça dans ses fonctions pastorales, non sans éveiller au sein de la paroisse une opposition systématique, provenant sans doute de ce fait qu'elle n'avait point été consultée tout entière sur le choix du nouveau ministre. C'était d'ailleurs un homme turbulent, passionné — Calvin lui-même l'appellera plus tard «un brouillon» dans

une de ses lettres* — et peu propre au maniement d'une congrégation d'hommes comme celle à laquelle il devait présider. Bien peu d'entre les fugitifs alors réunis à Strasbourg s'y trouvaient établis sans espoir de retour. Chassés de leurs foyers, privés, en partie du moins, de leur fortune et réduits à solliciter des secours , largement accordés , il est vrai, mais pourtant insuflSsants pour le nombre croissant des nécessiteux^ ces hommes de nationalité diverse vivaient tristement au jour le jour dans un milieu étranger. Ils étaient naturellement portés à regarder toutes choses d'un œil sévère et à les juger d'un esprit chagrin. Ils avaient beaucoup souffert assurément, mais ils augmentaient sans cesse leurs ennuis par des querelles intestines ; si leur foi chrétienne était vive^ ils étaient encore loin toutefois de ce sentiment de support mutuel et de charité fraternelle qui constitue le fond même de la morale évangélique. C'est cet état général des esprits qu'il ne faudra point perdre de vue dans la suite ; nous risquerions sans cela de devenir injustes à l'égard d'hommes très-respectables pour la plupart, mais incapables de maîtriser leurs rancunes et leurs antipathies. Ils perdaient ainsi leur temps à des querelles personnelles souvent mesquines et y usaient des forces qu'il aurait mieux valu employer à combattre l'ennemi commun.

Poullain trouva parmi ses adversaires, nouveauxvenus pour la plupart, à ce qu'il prétend^ un Avignonnais qui s'appelait Jean Garnier et dont un groupe assez nombreux de fidèles aurait désiré faire

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