‹ Notes pour servir à l'histoire de l'Englise française de Strasbourg, 1538-1794Chapitre 2 sur 63 · Calvin à M. de Falais, 18 mai 1S47 {0pp. XII · texte numérisé non relu

Calvin à M. de Falais, 18 mai 1S47 {0pp. XII

son pasteur après le départ deBruIly ^ Cédant à Topi* nion publique et, semble-t-il, à Tintervention du Magistrat lui-même, il consentit, dans les premiers jours dejanvier, au partage des fonctions pastorales, Garnier et lui devant prêcher à tour de rôle chaque jour. Cet arrangement, conclu sur les instances de l'illustre Jean Sturm, premier recteur du Gymnase de Strasbourg et Tun des anciens de la paroisse, avait également reçu Tapprobation de Martin Bucer, le plus influent alors d'entre les théologiens de notre petite république. Mais ce partage même ne put apaiser les adversaires de Poullain. Le Magistrat^ pour faire confirmer solennellement le nouvel état de choses, convoqua la paroisse, ou plutôt — si nous en voulions croire Poullain, trop intéressé pour être un témoin sûr en sa propre cause — il convoqua surtout les adversaires du ministre en fonctions, Jean Sturm, Pierre Martyr de Vermigli, Emmanuel Tremellius de Ferrare, pour ne nommer que les plus connus. Ils étaient prévenus contre Poullain, nous dit celui-ci, pour différents motifs ; ainsi le docteur Andernach était contre lui parce que sa femme lui avait afBrmé que Garnier était un bien

1. Les savants auteurs de la France protestante {IX, 249) ont exprimé des doutes, à notre avis peu justifiés, sur les différentes dates qui se rencontrent dans l'histoire du prédicateur strasbourgeois. En voulant séparer celui-ci du professeur de Marbourg, et dédoubler ainsi son individualité, ils ont oublié l'extrême mobilité des hommes de ce temps, auquel le besoin de mouvement, de lutte, d'aventures, faisait quitter à chaque instant les positions les plus désirées d'abord, pour aller autre part reprendre le combat. Garnier n'est point resté en Hesse^ comme MM. Haag semblent le croire, il a circulé entre Strasbourg, Genève, Cassel, Metz et Marbourg sa vie durant; cette simple observation, qu'il importait de faire dès l'abord, suffit pour écarter les scrupules de ses biographes.

meilleur prédicateur. II fut donc facile à ce dernier d'obtenir de la congrégation réunie qu'on procéderait régulièrement à un nouvel examen des deux candidatures. Avec Tautorisation de Bucer, le concurrent de Poullain prêcha quatre sermons d'essai pendant les jours suivants. Après quoi, les fidèles, passant au vote^ déclarèrent unanimement quMls voulaient Garnier pour ministre, et demandèrent au Magistrat de le désigner comme tel. Poullain se montra fort irrité de cette décision, mais il fut surtout affecté d'entendre insinuer qu'il avait usurpé sa place contrairement aux préceptes deTEvangile^ Il s'en plaignit amèrement à Calvin et quitta Stras-^ bourg quelques semaines plus tard, avec un jeune comte d'Isenbourg dont il était devenu le précepteur. Il parait cependant s'être réconcilié plus tard avec son ancien compétiteur. Nous le voyons, en effet, lors de son passage a Strasbourg, en décembre 1S45, avoir des relations amicales avec Garnier et transmettre à Calvin les salutations de son successeur*.

Son existence postérieure ne se rattachant pas directement à notre sujet, ne nous arrêtera guère. Il résida successivement en Angleterre et en Allemagne, et trouva partout moyen — c'était^ il est vrai, chose plus facile encore que de nos jours — d'engager de violentes querelles avec ses collègues. On nous rapporte sur son compte un assez joli mot de Myconius, le réformateur de Baie : «Si les chré-

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