Diarium, fol. i08b
lent d'une crise déjà bien longue. PoursuivanI au sein de TEgUse luthérienne la suprématie des éléments ecclésiastiques, le Couvent avait insisté auprès du Magistrat pour établir dans toutes les paroisses du territoire strasb.ourgeois une inspection régulière {Kirchenvisitation) des communautés, pour vérifier la fidélité confessionnelle des pasteurs et Tobéissance des fidèles aux prescriptions de la discipline ecclésiastique. Le but en lui-même était très-louable, au point de vue de Tépoque, et Ton sait d'ailleurs que, sur ce chapitre, l'Eglise réformée partageait absolument la manière de voir de l'Eglise luthérienhe. Mais, dans le cas présent, cette inspection officielle, faite de concert par le président du Couvent et les représentants du Conseil, permettait d'imposer, d'une manière indirecte, la Confession de foi rivale à l'adversaire jusqu'ici toléré.
Le 4 mars 1SS4, les délégués du Magistrat, accompagnés de Marbacb, se présentaient au temple français et , prenant la parole en latin^ annonçaient la ferme volonté des Conseils que dorénavant la Confession d'Âugsbourg fut reconnue dans tous les lieux de culte établis sous leur gracieuse protection. Garnier dut traduire à ses ouailles la harangue officielle et répondre à la sommation directe qui lui était ainsi adressée Ml le fit d'une manière assez embarrassée, déclarant adhérer à la Confession d*Augsbourg «pourvu qu'elle
1. Diarium Marhachiif fol. 145 b. Nous devons dire que Mar* bach ne mentionne pas même la restriction partielle dont il est question dans la lettre de Garnier à Calvin.
fût bien comprise et bien interprétée ^ » C'était atisfaire médiocrement au désir des zélateurs de rorthodoxie luthérienne, qui prétendaient que leur interprétation seule était la bonne et savaient bien que Garnier ne voulait point Taccepter; aussi bien la déclaration du ministre de la paroisse française ne mit-elle aucunement un terme à la lutte qui venait de s'engager. Calvin, que tant de souvenirs et de relations personnelles rattachaient encore à Strasbourg, intervint lui-même un peu plus tard en faveur de ses adhérents et de ses compatriotes. Bien qu'il eût eu des différends personnels avec leur conducteur spirituel', il n'en écrivit pas moins une longue lettre à Marbach, le priant de ne pas soutenir les «vauriens» (nebulones) qui l'attaquaient sans cesse, le conjurant sur un ton de prière qui ne lui était point habituel, «d'épargner ce déchirement à ses entrailles» et d'être persuadé que «si l'homme de Dieu, Luther, vivait encore, il se contenterait assurément de la confession de foi présentée par Garnier'*».
Il écrivait aussi à Garnier lui-même, pour lui dire qu'il ne voyait aucune raison sérieuse à ne point signer la Confession d'Augsbourg, dégagée des commentaires des théologiens ultra -luthériens de Strasbourg *.