Zanchius Capellse, 25 juillet 1563 {0pp. XX
déposé, comme refusant de se soumettre aux lois religieuses de la république, et pour bien montrer que ce n'était point là, pour ainsi dire, une querelle personnelle, les Conseils de Strasbourg ordonnaient le 19 août 1563 la fermeture de Téglise Saint- Andréa Le culte régulier de la paroisse réformée française prenait 6n.
Les champions de Torthodoxie luthérienne avaient enfin remporté la victoire. Mais en fermant le lieu de culte et en expulsant le pasteur, on n'avait pu faire partir le troupeau tout entier. Il restait beaucoup de huguenots a Strasbourg, les malheurs des guerres civiles en amenaient sans cesse d'autres, et panni eux bien des personnages illustres dans Thistoire de la Réforme. Le Magistrat dut user à leur égard d'une certaine tolérance. Dès 1569, il permettait aux fugitifs de se réunir dans des maisons particulières, puis il alla jusqu'à leur accorder des prêches publics^ mais avec défense de dispenser les sacrements et d*accomplir les cérémonies baptismales, funèbres et autres. Garnier, l'ancien ministre de la paroisse, ramené dans nos murs par les hasards d'une vie errante, après avoir été professeur à f université de Marbourg (1555), puis prédicateur à la cour de Cassel (1562), et en dernier lieu l'un des ministres de la paroisse réformée de Melz (1564 — 1566), fut pendant un temps qu'il nous est impossible de fixer, mais qui dut être court, le guide et le consolateur de ces nouveaux émigrés. Lorsqu'il fut retourné en Allemagne, où il mourut à
i. Sebald Biihler, Fragments de chronique, publiés par M. I.iblin, d'après le manuscrit de Grandidier, dans la Revue d'Alsace, année 4872, p. 123.
Cassel, en 1574, il eut pour successeur un ministre nommé Jacques Grenon, dont M, Mseder place les débuts bientôt après le départ d'Houbray ^ Pendant une série d'années, il put vivre sans trop de tracas^ grâce à i'obscurité volontaire dans laquelle il se résignait à rester '. Nais en 157S il eut, dit-on, la malheureuse idée de se faire régulièrement reconnaître comme ministre de Strasbourg" par un synode des réformés d*Âlsace, convoqué dans la ville même. Le Magistrat fut blessé de ce qu'il regardait comme une provocation coupable à son égard, et le 36 mars 1576, il agréait une protestation du Couvent ecclésiastique, toujours préiiidé par Marbach, contre les agissements de Grenon. On Taccusait de séduire la jeunesse en lui enseignant le catéchisme de Genève, d'empêcher ses auditeurs de prendre la Gène dans les paroisses allemandes, en les adressant pour la célébration de cet acte à ses collègues réformés de Phalsbourg ou de Sainte- Marie-aux-Mines, et en6n d'être un sujet de scandale pour les bonnes âmes de la cité.
Grenon ne réussit point à se justifier de ces accusations, et, après d'assez longs débats, les Conseils
i . Houbray se rendit à Paris et fut nommé, dès Tannée suivante» pasteur aux environs de la capitale. Rœhrich, III, p. 115.
^ 2. En 1575^ Jean Sturm, toujours sympathique aux réformés, obtenait même pour lui du Chapitre de Saint-Thomas, quelques rézeaux de froment. Ch. Schmidt, Jean Sturm, p. 181.
5 . Peut-être TafOuence extraordinaire des fugitifs en cette même année 1575 força-t-elle Grenon à se montrer davantage et à se produire d'une façon plus ostensible. Les procès-verbaux du Magistrat du 6 janvier 1576 mentionnent la présence de 15398 Français à Strasbourg, ayant séjourné successivement dans nos murs pendant Tannée précédente.
de la république faisaient droit aux réclamations des prédicateurs, par un arrêté solennel, daté du 20 février 1577. Il portait que TEglise française serait déGnitivement fermée S et qu'il ne serait plus permis aux réfugiés établis à Strasbourg de suivre un prêche ou de tenir des conventicules particuliers, pour ne pas exciter encore les controverses théologiques. «On ne décrète cependant aucune inquisition à leur égard ; nul ne leur disputera leur droit de bourgeoisie, ni les forcera à se convertir. SMls ne veulent point se joindre h PEglise luthérienne, et y trouver la félicité éternelle, qu'ils restent dehors* !»
Nous terminerons Thistoire de cette première période sur ces paroles un peu dédaigneuses, mais cependant encore empreintes d'une certaine Margeur d'esprit qui contraste avec la conduite de tant d'autres autorités politiques du temps. L arrêt final est prononcé cette fois, la sentence est exécutée, la paroisse réformée française a bien cessé de vivre. Elle n'avait pas vécu quarante ans.
1. Â vrai dire, il n'y avait plus d'Eglise. Les calvinistes se réunissaient, au dire de Biiheler (trad. Grandidier), ndans le corps de logis sur la derrière de la maison Salzmann, soi tuée rue appelée Jungfraugassu, Revue d* Alsace, 1872, p. 430.
2. Rœhrich, Reform. im Elsass, 111, 117, d'après le manuscrit déjà cité de Schadseus .