‹ Notes pour servir à l'histoire de l'Englise française de Strasbourg, 1538-1794Chapitre 54 sur 63 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

V Eglise française de ^76l à 1789.

Trois semaines après avoir reçu la démission de M. Ou, les scolarques Gonflaient les fonctions devenues vacantes à un autre Strasbourgeois, Natbanaël Rhein, sorti du Gvmnase en 1744 et consacré au ministère en 1758. L'arrêté de nomination est daté du 5 février 1761. Nous ne savons presque rien de ce ministre de TEglise française. Notre catalogue manuscrit le désignant sous le titre de ludimoderalor et diaconus, nous en devons conclure qu'il reprit la direction de Técole luthérienne française, soit qu'elle ait continué d'exister jusque-là, soit qu'elle ait été seulement rouverte à cette date. Rhein semble n'avoir point été fâché d'échapper à cette rude besogne *, car nous l'y voyons renoncer dès 1764 pour se présenter à la cure de Schilligheim vacante alors. Il fut nommé à ce poste et l'occupa jusqu'au moment de sa mort, arrivée le 4 dé-

1 . Le Magistrat semble avoir voulu alléger sa tâche, car il essaya de lui donner un vicaire dans la personne de Jean-Georges Stuber, le pasteur du Ban-de-la-Roche dont nous avons déjà mentionné le nom. Sluber vint à Strasbourg, fît même un sermon d'essai ^1763), mais renonça fînalement à cette place, sans que nous sachions rien de précis sur ses motifs. Baum, /. G. Stuher, p. 52.

cembre 1775 i. C'est de lui que descendent sans doute les honorables représentants actuels de ce nom, dans Tindustrieuse cité, notre voisine.

Un nom bien connu dans le monde ecclésiastique et théologique d'Alsace; au milieu duquel il a représenté, dans des générations successives, les tendances les plus diverses, se rencontre, après le départ de Rhein, sur la liste des prédicateurs français. Originaire de Strasbourg, comme son prédécesseur « Philippe- Jacques Redsiob était le (ils de Jean-Jacques Redsiob, tailleur et bourgeois de notre ville, et de Marie Huck, veuve Escher. Il était né le 18 février 1726 et occupait déjà le poste d'aumônier du régiment Royal-Allemand, lorsqu'il accepta ces fonctions nouvelles, en même temps que celles de régent de Técole française. Mais il ne monta qu'une seule fois dans la chaire de Saint-Nicolas. Installé le 20 décembre 1764, on le nommait en effet, avant la fin même de Tannée, pasteur de la communauté de Vendenheim. Il dut se rendre immédiatement à ce village, où les registres paroissiaux le montrent fonctionnant dès le 13 janvier 1765. Mais il n'eut que peu de temps la direction de sa nouvelle paroisse. Après avoir langui pendant cinq mois et demi, nous le voyons s'éteindre d'une maladie

1. Les indications que mon ami, M. Adolphe Stuber, pasteur à Schiltigheim, a bien voulu me fournir sur ce personnage, d'après les données recueillies jadis par feu M. l'inspecteur Lange, l'un de ses prédécesseurs, concordent avec les données de nos manuscrits, sauf que Rhein y est appelé Jonathan. Peut-être portait-il les deux prénoms. Son fils, Geoffroi Rhein, dirigea pendant la Révolution une école française à Schiltigheim^ où les harangues et les chants patriotiques alternaient avec l'enseignement proprement dit.

de poitrine, à Tâge de trente-neuf ans, le 31 octobre 17651.

Si ces deux ministres n*ont guère fait que passer dans la paroisse, de sorte qu*il nous a été impossible d'en rapporter autre chose que les noms, le successeur de Redslob nous arrêtera plus longtemps, tant à cause de sa valeur personnelle qu'en raison de la durée de son ministère. Nous pouvons d'au* tant mieux nous renseigner sur sa personne, qu'il existe de lui une autobiographie qui nous fournit des détails exacts et précis, sur la première partie au moins de sa carrière '. Philippe-Jacques Muller était né à Strasbourg, le 23 mars 1732, d'un appariteur du Magistrat et de Marie-lillisabeth Rapp, flile d'un pasteur dé Dorlisheim. Après avoir terminé ses études au Gymnase -en 1746, il débuta dan^ la carrière académique, soutint, en 1750, une thèse «sur la pluralité des mondes» et devint maître-èsarts l'année suivante. Il se mit ensuite à l'étude de la théologie et y consacra cinq années. En 1756, le colonel de Murait, commandant un régiment suisse au service de la France, l'engagea comme précepteur de son fils et l'envoya en cette qualité à Zurich, où il connut Breitinger et d'autres personnages distingués et célèbres. Accompagnant en 1758 son élève à Cologne, ville dans laquelle le régiment de M. de Murait se trouvait alors en garnison.

1. Nous devons ces renseignements à M. Gerold père, pasteur à Vendenheim, qui a eu l'obligeance de faire pour nous des recherches dans les archives de sa paroisse.

2. Programma ad orationem inauguralem qua.... Phil. Jacohus Millier munus professoris theologiœ, etc. Argentorati, Heitz, 1779, fol.

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Millier poussa par les Pays-Bas jusqu'en France, s'arrêta pendant huit mois à Saint-Quentin pour y mieux apprendre le français et se rendit de lu dans la capitale, dont il fréquenta surtout les bibliothèques. Il avait été pr(Ss de son élève pendant plus de quatre ans quand il revint à Strasbourg, en 1760. Créé docteur en théologie quelques mois plus tard, Muller fut désigné par les scolarques comme vicaire de la paroisse française en 1761. Mais au moment d'entrer en fonctions, il fut appelé à Paris, pour y suppléer M. de Bser, le chapelain de l'ambassade de Suède, et dut rester dans celte ville jusqu'en avril 1762. Il ne retourna pas immédiatement dans sa patrie, mais y revint par la Hollande et l'Allemagne. Suffraganl à Saint-Pierre-le-Vieux en mai 1763, il dut échanger ces fonctions vers la fin de 1764 contre celles de ministre de TEglise française, quand Redslob fut parti pour Vendenheim.

Millier resta pendant dix-huit ans prédicateur de la communauté française de Saint-Nicolas, tout en remplissant successivement une série d*autres fonctions qui rélevèrent peu à peu jusqu'au sommet de la hiérarchie ecclésiastique de l'ancien Strasbourg. Nommé professeur de sixième au Gymnase en 1766, il passait deux ans plus tard en cinquième, était appelé à suppléer, dans cette même année 1768, le théologien Nicolaï, qui se trouvait en voyage, et pour le récompenser de cette suppléance bien remplie, l'autorité supérieure l'appelait en 1770 à la chaire universitaire de logique et de métaphysique. Ce ne fut qu'une transition pour arriver à l'enseignement de la théologie ; il l'aborda

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en 1779^ ayant été nommé, le 12 septembre 1778, titulaire de Tune des chaires théologiques de TUniversité. En 1782, Millier devenait chanoine du chapitre deSaint-Thomas et, peu de tempsavant le début de la tourmente révolutionnaire^ en 1788, il était nommé président du Couvent ecclésiastique. Nous le retrouvons plus tard, au milieu des agitations de la Terreur , mais nous devons terminer, avant d'arriver à cette époque, ce que nous avons encore a dire sur l'histoire de notre paroisse et de ses conducteurs spirituels^ avant 1789.

Millier était, d'après le témoignage d'un homme qui l'avait beaucoup connu, un esprit philosophique» d'une science étendue, d'un goût épuré, mais il n'était pas prédicateur. Ses sermons étaient des dissertations de philosophie chrétienne, écrites en langage abstrait, débitées assez froidement d'après un manuscrit qui ne quittait point l'auteur. Si quelques rares auditeurs, plus intelligents, s'intéressaient à ces exposés philosophiques, ils restaient absolument incompréhensibles à des auditeurs sans culture intellectuelle ^ Cette tendance de son esprit attirait à Millier les attaques de ses collègues plus orthodoxes. En 1780, on se plaignait auprès des Oberkirchenpfleger de ce qu'il ne voulait reconnaître dans la religion que des concepts philosophiques. Un peu plus tard, quand il fut devenu professeur, on l'accusa de laisser discuter des thèses scandaleuses, au point de vue de la doctrine, bien entendu'.

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