Recueil des pièces authentiques, passim
% Strobel, Gescb. des Elsasses^ VI, p. 345.
sentant Foussedoire ne consentit à signer Télar* gisseroent de Blessig que le 13 brumaire de Tàn III (5 novembre 1794)*,
Mais, si les ecclésiastiques emprisonnés étaient rendus à la liberté, les églises et les temples res* taient fermés. Tout exercice du culte était un délit grave aux yeux de la loi. Aussi, le décret de la Convention qui autorisait la reprise des cérémonies religieuses, à la date du 21 février 1795, fut-il accueilli par la majorité de la population strasboup geoise avec une gratitude profonde. Le 10 mars siiivant, Tun des anciens ministres de la paroisse française, le docteur Blessig, célébrait le premier cuJte protestant à Tauditoiré du Témple«-Neuf, et bientôt les services religieux furent repris dans toutes nos églises, bien que les pasteurs fonctionnassent à peu près gratuitement, aucun culte n'étant salarié par TEtat , et la Terreur ayant englouti la plupart des revenus appartenant aux fabriques d'église.
Ce fut quelques mois plus tard seulement que Strasbourg vit se réorganiser un culte français. Engel allait être appelé comme pasteur à Colmar et ne tenait pas sans doute à remonter en chaire à Saint-Nicolas. Ce fut alors qu'un théologien strasbourgeois, placé pendant la Terreur sur la liste des
1. Nouii recommandonB comme lecture attachante et comme renfermant de cyrievx tableaax de mœurs, les lettres de Blessig écrites du Séminaire à sa femme. Ils se faisaient parvenir cette correspondance dans le double fond d'une cafetière, dans des œufs évidés» etc. La sérénité constante du prisonnier, son enjouement au plus fort du péril» sa confiance mébranlable en DieU; nous inspirent pour son caractère une haute estime. Fritz, Lehen Blessig's, il, p. 337-511.
suspects et qui n'avait échappé à la prison qu'en se réfugiant dans l'intérieur de la France, revint dans sa ville natale. U s'appelait Jean-Daniel Brunner, était né le 30 décembre i756 et se trouvait alors dans sa quarantième année. C'est lui qui» sans aucun titre officiel, entreprit, en 1796, de réunir autour de lui les protestants strasbourgeois de langue française , appartenant à la Confession d'Augsbourg, et qui fut ainsi le créateur de la nouvelle paroisse française de Saint-Nicolas. DéBnitivement reconstituée lorsque le premier Consul eut organisé les cultes par la loi du 18 germinal de Fan X, Brunner en fut le premier pasteur officiel. Petit enfant, j'ai joué bien des fois sur les genoux du vénérable vieillard. C'était mon arriëre-grand-père. Mais ce détail même me rappelle qu'il est temps de déposer la plume et de céder la parole à un autre. Aussi bien sommes-nous arrivés au but que nous assignions à notre travail, dès le début. Autant que le permettaient des matériaux bien incomplets, nous avons essayé de suivre le développement de TEglise française de Strasbourg depuis ses origines au XVP siècle jusqu'à la Qn de l'époque révolutionnaire. A partir de ce moment, l'histoire de la paroisse devient pour nous presque une histoire <)e famille. Peut-être ces souvenirs personnels, qui nous ont mis la plume à la main, nous ont-ils entrainés dans certains détails trop minutieux, et avons-nous ainsi lassé la patience de nos lecteurs ^
1. Ces pages seraient trop incomplètesy si nous n'ajoutions en note un mot au moins sur les personnages qui figurent dans ce dernier chapitre» et que l'historien futur de la paroisse moderne de Saint-Nicolas ne retrouvera plus sur son chemin. Le professeur
Nous leur en demandons pardon en arrêtant ici ce fragment de notre histoire religieuse locale. Il forme en même temps Tun des chapitres d'une histoire de Tinfluence française en Alsace» et peutêtre intéressera-t-il, à ce titre, au-delà même du cercle étroit de notre petite paroisse de Saint- Nicolas. Qu'il nous soit permis d'exprimer, en terminant, les vœux les plus sincères pour Tavenir de cette Eglise française de Strasbourg dont nous venons de retracer le passé. Puisse-t-elle continuer à remplir sa tâche modeste, mais utile, au sein de notre Eglise d*Alsace, en restant Gdële à Tesprit de concorde et de support mutuel, sans déserter jamais la grande cause du spiritualisme chrétien !
Millier mourut bientôt après les événements que nous venons de raconter, sans que nous puissions indiquer ici une date précise» et sans avoir repris des fonctions universitaires ou ecclésiastiques. Pries émigra, en 1794» en Allemagne, s'attacha pendant quelque temps à la famille de M. Frédéric de Tiirckheim» puis vint échouer à Moscou comme précepteur. Au dire du biographe de Blessig (Fritz, 11, p. 142), il y serait mort au bout de quelques années, frappé d'apoplexie, pendant qu'il jouait du clavecin. Mathias Engel fut nommé pasteur à Colmar, en 1797, puis inspecteur ecclésiastique, il y mourut en 1811, au moment où il allait prononcer un panégyrique pompeux de Napoléon I, à l'occasion de la naissance du Roi de Rome ; son ami Blessig, en publiant ce discours après sa mort, ne rendit pas, à notre avis, grand service à l'atcien et fougueux républicain. Blessig lui-même continua ses fonctions de prédicateur au Temple-Neuf; il devint, lors de la réorganisation des cultes, inspecteur ecclésiastique et membre du Directoire de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg, professeur de théologie à l'Académie protestante (plus tard le Séminaire protestant), et mourut, après une carrière pastorale, aussi longue que bénie, le 17 février 1846. Haffper survécut à tous ses collègues. Lui aussi reprit ses prédications à la paroisse allemande de Saint- Nicolas, fut professeur au Séminaire, puis à la faculté de théologie, inspecteur ecclésiastique, siégea au Directoire et mourut le 27 mai 1831, âgé de près de quatre-vingts ans.