EPILOGUE
neur. On a trouvé au contraire très simple que la suprême magistrature du pays fût décernée à M. Thiers.
On aura beau ergoter sur le pouvoir constituant de l'Assemblée nationale, sur Tintrigue parlementaire qui a inspiré la proposition Rivet, sur les misères de la situation, sur la pauvreté des raisons données en faveur de la quasi-constitution qui vient d'être votée. Il y a dans tout ce qu'on dit un fonds de vérité, mais rien qui touche à la question. Si Ton avait procédé avec plus de régularité, le résultat eût été le naême. Au point de vue des données inflexibles de la raison d'Etat, la seule règle qui gouverne les choses de la politique, M. Thiers était le successeur désigné de Napoléon III.
M. Thiers n'a pas pris part matériellement à la révolution du 4 septembre; mais il l'a préparée, et il Tarenduepossible. Depuis sa rentrée sur la scène politique, en 1863, il n'a eu qu'une préoccupation : se poser en antagoniste de l'empereur et détruire le régime inauguré en 1852. Un moment on a pu croire qu'à force de jouer le jeu de M. Thiers, Napoléon III finirait par le battre ; après le 2 janvier 1870, M. Thiers lui-même s'avouait vaincu. Malheureusement pour lui. Napoléon III commit deux fautes capitales : le jour oi\ il inaugurait le régime parlementaire, il choisit M. Emile OUivier, au lieu d'appeler M. Thiers ou les hommes de M. Thiers. En
second lieu, à la veille du plébiscite, il rompit avec M. Thiers et écarta du pouvoir ses amis et ses partisans. Ce fut dès lors entre M. Thiers et l'empereur le signal d'une guerre à mort.
Le 4 septembre. M. Thiers, ennemi des moyens violents et amoureux de la légalité, aurait voulu que la révolution se fit par la Chambre. Au fond, il acquiesçait à ce que la déchéance de l'Empire fût prononcée et à ce qu'un gouvernement provisoire fût constitué. Il refusa de faire partie du gouvernement proclamé à l'Hôtel de Ville ; il se contenta de conseiller à la Chambre d'accepter les faits accomplis. M. Thiers avait si bien l'oreille de la majorité qu'elle se soumit immédiatement. M. Thiers a ainsi donné à la révolution" du 4 septembre une sorte de sanction morale.
Après Sedan, on ne pouvait plus faire qu'une guerre de désespoir. Il n'y avait plus d'armée; le siège de Paris dans ces conditions ne pouvait être, comme on l'a dit. qu'une héroïque fohe. La guerre à outrance devait achever notre défaite et compléter notre ruine. M. Thiers avait compris tout cela. Aussi accepta-t-il un rôle qui devait faire de lui la personnification de la paix. Il entreprit ce fameux tour d'Europe, qui n'amena aucun résultat si ce n'est de bien établir l'état d'isolement dans lequel se trouvait laFrance, mais qui constituaàM. Thiers, au point de vue du patriotisme, une situation hors