‹ Notes pour servir à l'histoire de la guerre de 1870Chapitre 21 sur 21 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

ligne. Cette situation grandit encore quand, de retour de ce voyage diplomatique, M. ïhiers se trouva à Tours et à Bordeaux en présence de Gambetta. Quoique n'ayant aucune position officielle, il s'occupa à contre-balancer et à contrecarrer la politique du dictateur, en groupant autour de lui toutes les influences qui, à un moment donné, pouvaient rendre la paix possible.

Au mois d'octobre 1870, la paix pouvait être signée, si le gouvernement delà défense nationale avait compris que son rôle était fini. Mais au lieu de se résigner à la fatalité de leur situation, les membres du gouvernement profitent de l'échauffourée ridicule du ol octobre pour se faire donner par la population de Paris un bill d'indemnité. Forts de l'adhésion qu'ils ont obtenue, ils rejettent avec mépris l'armistice sans ravitaillement qui leur était proposé et qui était cependant une condition de salut. Dans les pourparlers engagés pour l'armistice, M. Thiers se place fort habilement au second plan, et quand l'armistice est repoussé, il décline avec beaucoup d'adresse la responsabilité du refus. Du rapport qu'il publia à cette occasion, il ressort clairement que M. Thiers a voulu la paix et que, si la guerre continue, il faut en accuser Trochu et Jules Favre.

La dictature de Gambetta s'accentue de plus en plus. Les conseils municipaux sont dissous, puis

les conseils généraux. Tout le parti conservateur et libéral proteste. M. Thiers se place à sa tête et mêle sa voix aux observations qui s'élèvent de toutes parts. Devenu ainsi le défenseur des libertés municipales et départementales, M. Thiers, déjà désigné comme Thomme de la paix, est de plus en plus signalé comme étant le seul homme capable de mettre fin à la déplorable anarchie qui s'est superposée à la guerre étrangère.

Arrive le moment suprême oii Paris, épuisé et affamé, est acculé à une capitulation depuis longtemps prévue. Si l'ennemi veut profiter de la victoire, il peut, suivant le mot du prince Frédéric- Charles, aller partout. Qui se présente pour limiter le désastre? M. Thiers. Avec son habileté ordinaire, il laisse à JulesFavre la tâche humiliante de régler les préliminaires de paix. Il veut bien être l'arbitre entre M. de Bismarck et le gouvernement de la défense nationale; mais c'est sur le gouvernement de la défense nationale que portera, aux yeux de la nation, le poids de ce traité qui nous enlève deux provinces et nous arrache cinq milliards. A lui le beau rôle; aux autres les démarches ingrates et compromettantes.

Viennent les élections, et l'on aura ce spectacle inouï d'un citoyen porté dans un grand nombre de départements et éhi par 26 collèges. La France avait soif de paix, et le nom de M. Thiers était

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synonyme depaix. Peu importeiitles conditions auxquelles la paix est obtenue. On sait que, depuis trois mois, M. Thiers est l'adversaire de la résistance à outrance, et cela suffit; personne ne songe à lui en vouloir des charges écrasantes imposées par l'ennemi et à lui reprocher la perte de deux provinces.

Après la signature des préliminaires de paix, il y a un moment de défaillance dans le gouvernement. A force de ne voir que la province, on perd de vue Paris, Paris qui a supporté cinq mois de siège et qui a subi l'occupation dégradante des Prussiens. M. Thiers a manqué certainement de prévision entre le 28 janvier et le 18 mars. Il n'a pas suffisamment insisté pour que l'Assemblée vînt siéger à Paris. De là l'insurrection du 18 mars et le règne de la Commune.

Sans doute, il y a lieu d'en vouloir à M. Thiers d'avoir mis un peu trop de lenteur dans la répression. Il a pour excuse l'état de désorganisation dans lequel se trouvait Tarmée. Par contre, il a déployé une grande activité pour former une armée nouvelle, aussitôt que les pourparlers avec M. de Bismarck le lui ont permis. L'insurrection a été vaincue, et M. Thiers peut revendiquer la plus grande part dans la victoire.

Enfin, au milieu des partis qui divisent les assemblées, M. Thiers s'est toujours posé en mode-

rateur. Prenant part à toutes les intrigues, et n'en laissant réussir aucune, parce que, après tout, il tient à conserver la situation que les événements lui ont faite, il était rhomme non pas indispensable, mais inévitable. En lui décernant la magistrature suprême, il n'est pas un parti qui ne Tait considéré comme sauvegardant l'avenir. M. Thiers est un coussin accepté par tout le monde pour amortir les chocs.

M. Thiers est-il à la hauteur de la fortune qu'il s'est taillée dans nos désastres? C'est ce que le temps nous apprendra. Une seule chose qui soit en ce moment indéniable, c'est qu'il était impossible, étant données les circonstances, que le pouvoir ne tombât pas entre ses mains

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