‹ Notes pour servir à l'histoire de la musique à LilleChapitre 1 sur 9 · A LILLE · texte numérisé non relu

A LILLE

Les ménestrels

et joueurs d’instruments sermentés du XIV e au XVIII e siècle.

On appelait « ménestrels », au moyen âge, ceux qui jouaient d’un instrument de musique quelconque : trompe ou trompette. hautbois ou cornet, guiterne ou violon, etc. Selon toute apparence, ils faisaient, à Lille, l'office de « wettes » ou de guetteurs, veillant, du haut du clocher de Saint-Étienne, aux surprises de l’ennemi, aux feux de meschef ou autres calamités ', sonnant les heures du travail et des repas 2 , et annonçant, de leur « hobette » du beffroi, l’ouverture des réjouissances publiques. Cet emploi remontait à une époque très reculée, car il en est fait mention au plus ancien compte connu 3 . Ils précédaient « la bonne fierte » à la grande

1. « A Pierart d'Avenne et Mahieu son fils, wettes au cloquier de S* Estevene, pour au commaod deschevin avoir sur les m jours de monstre de la teste de Lille daràin passé esté audit cloquier en wettant et jeuant de leurs instrumens pour le seurté de la ville... » (Compte de 1382). — « A Brehon Maillet menestrel de la trompette son sallaire d’avoir esté wettier au cloquier S» Estevene pour manifester les inconvéniens des feus de mescbief, xv mois commencés à S 1 Jean ( 1433) et llui à Saint Remy (1434) xxv fl. » (Archives communales de Lille, compte de 1434).

2. « A Pierre Paris, menestrel et trompette, un au avoir sonné les cloques des ouvriers du disner, du reson (goûter) et la cloque des vespres aux heures accoutumés iv fl. valant vi 1. xn s. (Compte de 1458). — Le 23 janvier 1527, il est ordonné aux trompettes et ménestrels « pour ce mandés en halle » de sonner chaque jour les cloches à l’heare accoutumée et de jouer de leurs instruments, à peine de perdre, par les défaillants, les gages de v s. (Reg. aux Mémoires).

3. « As wetes... pour xxxvm jours kil furent ou clokier... cxin s. » (Compte de 1301-1302, publié par A. Richebé, p. 57.)

procession annuelle accompagnaient les hommes d’armes à l’ost 1 2 , allaient h la rencontre des hauts personnages attendus 3 ; en un mot, les ménestrels étaient, dans toutes circonstances, au service de la ville 4 Il existait cependant une distinction entre eux, car les hautbois restaient plus spécialement attachés au magistrat, à qui ils rendaient les honneurs en maintes occasions.

Sous le vocable de Notre-Dame du Joyel, les ménestrels formaient une confrérie érigée en la chapelle des Ardents, près de la Fontaine-au-Change, sur le marché ; leur médaille a été reproduite par Van Hende, dans sa Numismatique lilloise.

Lors de l’établissement de la Bourse, cette confrérie fut transférée en l’église Saint-Etienne, dans la chapelle de Notre-Dame de Lorette. Chaque année, le plus jeune des confrères portait solennellement, à la procession dite de

MÉDAILLE DE N.-D. Dl) JOYEL

1. « Pour le sallaire de ni ménestrels, cest assavoir Tortre, Hanotin et Baudet, liquel jouèrent ledit jour [de la procession] devant le fiertre, cascun de son mestier, à cascun xn gros vallaut xxxvi s. vu d. ... Item à Jovenere pour jouer de le ghisterne devant le fiertre, vi gros de ni s. x d. (Compte de 1364). — « Item pour un los de vin donner as dessus dits meuestrels pour boire ensanble au revenir de le pourcession, xxii s— Pour le desserte diceulx meuestrels, xxxv s. » (Comptes de 1372 et 1389;.

2. « As ii menestreulx qui accompagnèrent à Loiug xim glaves envoiés par la ville, il s. gros par jour... As n menestreulx qui accompagnèrent les gens de guerre envoies de Lille à Saint Valéry. » (Compte de 1338). — « As deux menestreulx qui accompagnèrent xx arbalestriers et xvi glaves dirigés de Lille sur Pont-â-Veudin. » (Compte de 1359). — « As ménestrels de la ville par courtoisie pour aller a Calais devers le roy, v escus de iv 1. » (Compte de 1360). — « A mi manestrez chest ass[avoir] Hanotin, Baudet, Ronel et Hennek[in] leur sallair de au c[om]mand deschev[ins] jeuer de leur mestier quant les Alemans passèrent et rapassérent p[ar]mi ceste ville a cascun de ni premiers uomés xl gros et André Henuekin xx gros. » (Compte de 1368, f° 36, v°.) — En août 1418 : « à Jehan de Beaurepaire qu’il a paie que donne fu eu courtoisie à ni meuestrels et i trompette qui juèrent de leurs instrumeus devant les arbalestriers envoiés par la ville au service du roi et de notre très redoubté seigneur le duc en leur armée mise sus pour résister contre les Englois estant à siège devant Roeu. » (Compte de 1419).

3. Us reçoivent trois écus de 50 sols pour avoir joué au clocher et en la halle « quand le roi [Jean-le-BonJ fut chi » (compte de 1335) ; on les envoie à sa rencontre à Calais lorsqu’il rentre en France, en octobre 1360. — Us vout attendre le comte de Flandre, Louis de Male et sa troupe, aux portes de Tournai, « quant de Audenarde ils repairerent. » (Compte de 1381).

4. « A Brission Üestailleurs pour i menestrel as freres meneurs quand li coules de Flaudres donna a megnier (manger), u sols ». (Compte de 1338, f° 14). — a A NVille Bresot et sen compaiguou manestrez pour avoir jeué de leur mestier pour manifester et resioir la feste de Lille ainsi quil est accoutume de faire cascun

la Sainte-Chandelle, célébrée le second dimanche après la fête du Saint-Sacrement, une « torse » de cire formée des gouttes qui découlaient du cierge miraculeux d’Arras * 1 . Au retour, il allait la déposer sur l’autel de Notre-Dame de la Treille à la collégiale Saint-Pierre. En 1708, les administrateurs de la confrérie déclarèrent manquer de fonds pour couvrir les frais de cette dépense autrefois supportée par la ville.

Malheureusement ces braves gens ne furent pas toujours à la hauteur de leur charge et, parfois, il fallut avoir recours à des étrangers plus habiles 2 . On dut même en envoyer dans des écoles spéciales, pour leur faire apprendre la musique 3 .

Les joueurs de hautbois, ainsi que les autres ménestrels^ prêtaient serment devant le rewart 4 ils portaient comme insigne, sur la poitrine, un émail aux armes de la cité 5 . Outre leurs modestes appointements, on leur accordait des gratifications pour services extraordinaires et, de plus, chaque année, une robe l’été 6 , un manteau et un « flassard », sorte

an, xl s. » (Compte de 1400). — « Item pour les frais de ung feu qui se fit sur le marché et pour le sallaire des ménestrels qui juèrent de leurs instrumeus pour faire feste à cause des dites nouvelles [de la paix]. » (Compte de 1419).

1. « A Singneur Pierron de la Barre pour i cappon de torse de îx 1. et ni I. de ctiire à faire une torse pour le candele des ménestrels. » (Compte de 1357).

2. En 1304, les èchevins tirent venir deux ménestrels de Douai qui « trompèrent devant le liertre » et en 1400 le messager de la ville alla à Tournai quérir deux ménestrels de la trompette. Pendaut son séjour à Lille, de 1434 à J451, un étranger, .lean Zorines, reçut 12 I. par an et un ménestrel de Saint-Omer, Josse Speillart, toucha, l’année 1476, une somme de 8 1. 8 s. a veu la chierté des vivres, pour luy aydier a vivre, en regard qu’il est honneste et fort expert en son stil de trompette. »

3. Un subside est accordé en 1437 à d’anciens ménestrels « pour eulx aydier à susporter leurs despens en allant aux escolles à Cambray pour apprendre des nouvelles canchons. » D’autres vont à Beauvais, à Saint-Omer ou simplement a Lille, à la collégiale Saint-Pierre.

4. Le 23 juin 1400 : « Jehan Le Thierry fils de François natif de Mesnil fust reçu à estre menestrel de la ville et fist le serment es mains du rewart de la ville. » (Reg. aux Mémoires, f° 44.)

5. « Le samedy Ve jour de febvrier [1423. v. s.] eschevins estans en grant nombre en la halle ont accordez à Abreham Maillet, trompette, Grart Bresot, Lotard Cambier et Lotard Eighelin, ménestrels, de porler une ensigne dargent ou sont les armes de la ville pour designer quils sout ménestrels de ladite ville, et ce jusques au reuvoy et à la voulenté deschevins et pour ce quils sont obligez de suivre l’Espinette et à duItrès festes— (Reg- aux Mémoires, f° 45). — Sur cet insigne, voir Archives historiques et Littéraires , 1855, t. IV, p. r>9.

6. a A Collart de Fins, detailleur, pour x aunes de drap lanet a xxim s. laune par eschevins conseil et huit hommes donné aux trompettes et trois ménestrels de ladite ville pour faire chascun une robe à la procession darrainement passe. » (Compte de 1482, f° 121.)

de couverture, l’hiver ; les instruments étaient quelquefois fournis par la ville 1 . Au nombre de quatre ou cinq, ils recevaient, à titre de gages, une somme variable ; leur commission était libellée dans les termes suivants :

De toutte ancienneté la ville a eu cincq joueurs d’instruments musicaux qui sont sermentez. Leur fonction est de jouer du hautbois au beffroy 2 3 tous les samedis de l’année, la veille des testes solennelles, d’aller aux processions solennelles, en manteau rouge avec un plastron d’argent portant l’escusson de la ville, aller de nuit la veille de l’an à la porte de chaque magistrat jouer des hautbois, et, en faire de même le jour de la Toussaint à l’hOtel de ville après la création de la Loy. Et pour cela ils reçoivent annuellement chacun 39 florins a .

Nos ménestrels tiraient divers bénéfices de leur profession : pendant les fêtes de l’Epinette, ils jouaient aux banquets qui en étaient le complément et prêtaient leur concours dans les cérémonies religieuses, fêtes publiques, réjouissances populaires, ainsi qu’aux « actions » représentées en halle échevinale, à la Toussaint ou aux Garesmaux 4 , à celles données par les écoliers des jésuites, à qui ils enseignaient également la danse 5 ; ils pouvaient aussi louer leurs services aux particuliers, bourgeois ou magistrats, pour noces, baptêmes, festins, bals, sérénades, etc. 6 . Mais les malheurs des temps, épidémies, guerres et autres causes, diminuaient leur « gaignage », lors-

1. a A Nicolas Turpin, joueur d’instruments sermenté qu’il a appaié parachapt par luy faict pour ceste ville, et eslre mis au beffroy, d’un double bas hautbois aultremeut appelé bombarde, y compris xl s. pour l’avoir faict raccoustrer xuni 1. » (Compte de 1589). - Le hautbois, quoique de facture grossière, était assez perfectionné à cette époque. Sa tablature ne dépassait pas une octave et demie environ, le son était aigre, dur ou rauque selon qu’il s’agissait d’un dessus, d’une taille ou d’une basse.

2. « Le 31 octobre 1527, fut faite les hobettes pour jouer des hautbois au beffroy de la ville » (Chronique de Chavatte).

Page 1