SOMMAIRE
I. Cour spirituelle ou Officialité; chapelle et celliers en dépendant; leur situation ; prison de l'Officialité; sa situation. — II. Cour temporelle ou Cohue; prison de cette cour; leur situation. — III. Porches. — IV. L'établissement des fortifications, entourant la cathédrale et le palais épiscopal, compromet la solidité de l'église. Travaux de consolidation. Exhaussement considérable du sol à l'extérieur d'une partie de l'édifice. — V. Voie longeant une partie du côté méridional de la cathédrale et reliant à la Grande-Rue le Manoir épiscopal et le Doyenné. — VI. Cloître Saint-Pierre; cimetière du clergé; leur emplacement. — VII. Halles et marchés: 1. la Blarie ou Halle aux blés, 2. la Poissonnerie, 3. le Marché aux fruits, 4. le Marché du Croquet, 5. la Halle de la cordonnerie, 6. la Peuferie ou Halle des fripiers. Droits de Coutume perçus sur les marchandises exposées en vente. — VIII. Droits de ville : 1. Fenestrage , 2. Havage, 3. Tavernage , 4. Masurage , 5. Fumage, 0. Corbillonnage, 7. Préage, 8. Asnage. — IX. Rentes épiscopales; leur origine; leur nature. Difficulté de les servir résultant des guerres. Leur réduction volontaire. Reprise de possession du gage ou substitution d'un nouveau débiteur. — X. Procédures suivies tant à ce sujet que pour le recouvrement des droits de ville. — XI. Jury de douze veours. — XII. Coopération des conseillers en Cour-laie et des sages assistants à l'administration de la justice. — XIII. Jurés de ville. — XIV. Serments contractuels. — XV. Qualifications en usage dans les actes. — XVI. Ile Saint-Ursin; son emplacement. — XVII. Déplacement du lit de la rivière de Touques. — XVIII. Tuilerie de l'évêque. — XIX. Maisons de Lisieux appartenant à des établissements religieux du voisinage et à des ecclésiastiques n'habitant pas la ville. — XX. Fontaines. — XXI. Rues. — XXII. Eclaircissements souhaités.
Tout le monde sait que 1 evèque de Lisieux, à son titre ecclésiastique, joignait, depuis le xi° siècle, celui de comte de Lisieux ; de là, une double juridiction, celle de l'évêque et celle du comte.
Comme évèque, il exerçait une juridiction ecclésiastique dans toute l'étendue du diocèse (1). Le siège de cette juridiction était établi au xv° siècle, rue Cadoc, aujourd'hui rue au Char, non loin de la Grande-Rue ; c'était ce que l'on appelait alors la Court espirituelte ou le Manoir officiai (2).
Les bâtiments affectés à ce tribunal ecclésiastique, au nombre desquels se trouvait une chapelle , avaient une importance
(1) Cependant, le Chapitre éleva maintes fois la prétention d'avoir seul la juridiction spirituelle dans la cathédrale et sur les chanoines, et de son côté aussi le doyen du Chapitre soutint souvent que pareille juridiction lui appartenait dans la ville et dans la banlieue de Lisieux, et ce en vertu d'une bulle d'exemption , dont l'évêque contestait l'existence. Delà des luttes qui se prolongèrent durant plusieurs siècles, avec des alternatives diverses.
[i) Le Chapitre avait aussi son officialité, pour juger les causes ecclésiastiques de la ville et de la banlieue. Cette autre Cour spirituelle siégeait probablement en la salle capitulaire.
notable, en rapport avec l'étendue de la juridiction spirituelle de l'évèque ; ils occupaient le fond d'une vaste cour dont l'accès était par la rue au Char, et dont quelques dépendances confinaient probablement à la Grande-Rue.
A l'appui de cette assertion, nous invoquerons d'abord un acte d'échange du 21 juillet 1321 (f° 16 du Cartulaire), renfermant le passage suivant : « In manerio et curia officiali lexoviensi, in vivo Cadoc. » L'on y rencontre en outre deux contrats, qui vont encore mieux préciser la situation du manoir officiai. L'un, est un acte du 18 février 1431 (f° 48), suivant lequel Zanon de Castiglione, évèque de Lisieux, fieffé à Anthoine de Castillon, seigneur du Besnerey, « certaines places vuides con- « tenantes environ vingt trois perques de terre, avecques les « murailles et vieux ediffices dessus estans... assis en la par- « roesse Saint Jaque dudit lieu de Lisieux, jouxte la rue Ca- « doc d'un costé, d'autre costé aux maisons et terres de la « haulte rue de la Boucherie, aboutant d'un bout à Guilbert « Piel, à cause de sa femme, et d'autre bout au pignon de la « maison de la Court espirituelle de mondit sgr l'evesque... « Ainsy comme le tout se pourporte en longe et en lay, par « les enseignemens des murailles anciennes d'environ les dictes « places, avec les entrées d'icelle places et autres ediffices qui « sont soubz la chappelle de la dicte court. »
Comme l'on voit, Antoine de Castillon achetait ainsi de l'évèque, outre le terrain de vingt-trois perches dont on vient de parler, l'édifice existant sous la chapelle de l'Officialité. Or, cet édifice souterrain, l'acte de fieffé indique sa destination : c'était un cellier, ou plutôt une partie des celliers que l'évèque possédait dans le sous-sol du manoir officiai , ce que démontre le second acte dont nous allons parler. Cette aliénation restreinte eut naturellement pour condition, que l'acquéreur maintiendrait ce cellier dans un état tel que la solidité de la chapelle se se trouvant au-dessus et qui restait la propriété de l'évèque,
ne fut pas compromise, et que, de son côté, celui-ci ne ferait rien au-dessus du cellier qui pût nuire à l'acquéreur.
On vient de voir que le pignon du grand bâtiment de l'Officialité confinait au terrain acquis par Anthoine de Castillon ; et, comme dans ce mur était pratiquée une porte par laquelle on descendait dans les celliers, il fut encore convenu que cette porte serait murée : « Et pour ce que eu dit pignon, par bas, a « certaines entrées pour aller es celliers dessoubz la dicte court, « ilz seront condempnées et closes, affin qu'ilz ne portent preju- « dice à l'un ne à l'autre. »
Le second acte dont nous avons parlé, porte la date du 13 juillet 1445 (f° 47) ; c'est une autre fieffé faite par Pasquier de Vaux, successeur de Zanon de Castiglione au siège épiscopal de Lisieux, à Jehan le Muet, écuyer et à Guillot Guibert, bourgeois de Lisieux, « des scelliers qui sont en l'ostel de mondit « seigneur l'evesque, de soubz où l'en tient de présent la court « et juridiction espirilueUe de mondit seigneur, assis en la « parroesse Saint Jaque en la rue Cadoc; ainsi que le toutembas « se pourporte en lonc et en lay, depuis les fondemens de terre « jusques aux sommiers et planchiés du sollier d'icelle maison, « qui jouxte d'un costé au pavement d'icelle rue Cadoc, d'autre « costé etc. » — Cet acte, comme celui de 1431, renferme l'engagement réciproque des parties, de ne rien faire au-dessus comme au-dessous du sol du manoir officiai, qui puisse porter atteinte à leurs droits respectifs.
Peut-être est-ce un des celliers de ce manoir que nous avons retrouvé sous une maison en bois, dont la construction parait remonter à la fin du xve siècle, située dans la Grande-Rue, n° 35, du côté et à peu de distance de l'Hotel-de-Ville. C'est une vaste cave, d'une conservation parfaite, aux voûtes ogivales, soutenue sur des piliers ronds, et qui offre, dans tous les cas, un spécimen fort curieux des constructions civiles au xin0 siècle. Il ne pa-
ralt pas impossible en effet que les dépendances, certainement considérables, du manoir officiai, se soient étendues, par derrière, jusqu'à la Grande-Rue.
La Cour spirituelle de l'évèque de Lisieux, comme sa Cour temporelle, dont nous allons maintenant parler, avait ses prisons particulières. L'on a supposé que ces prisons étaient dans une antique construction qui subsiste encore à l'encoignure de la place Hennuyer et de la rue de la Chaussée. Nous ne connaissons toutefois aucun titre établissant ce fait. M. le vicomte Louis de Neuville, qui a fait une étude très-approfondie de notre vieux Lisieux, pense que cette maison n'a jamais eu la destination qui vient d'être indiquée: il la considère comme une dépendance d'un manoir canonial.
Comme comte de Lisieux, et en vertu des privilèges attachés à la suzeraineté féodale, l'évèque exerçait encore dans la ville et sa banlieue, une juridiction de police; il avait même dans le ressort de cette seconde juridiction, ce que l'on appelait alors la haulte justice , c'est-à-dire le droit de connaître de toutes les causes criminelles et civiles qui pouvaient s'y produire.
Au xve siècle, la juridiction civile et criminelle de l'évèque avait son siège dans un local désigné alors sous le nom de Court temporelle (1) et plus souvent sous celui de Cohue, situé
(1) On le trouve indique' sous cette dénomination dans plusieurs litres de l'époque, notamment dans un acte de fieffé du 22 septembre 1458. (fo 39), cité plus bas.
Au xvn° siècle, ce tribunal s'appelait simplement la Juridiction.
Voir au cartulaire , une note remontant à cette époque, ajoutée ;\ un acte de fieffé du 25 mars 1446 (f 87).
à droite d'un passage dit la Venelle de la Ronce, servant d'accès à une propriété assez importante appelée le Manoir de la Ronce. Ce manoir se trouvait sur le derrière de la Grande- Rue, entre cette rue et la cathédrale , non loin du cimetière Saint-Pierre. La Cohue, dont les dépendances étaient beaucoup moins importantes que celles de la tour spirituelle, était bâtie à peu près sur l'emplacement de la maison qui forme actuellement l'encoignure de la Grande-Rue et de la place Saint- Pierre. Au nord de cette maison existe encore l'ancienne Venelle de la Ronce, convertie en passage couvert, connu maintenant sous le nom de Allée de la Ronce.
Aujourd'hui encore, dans les anciennes îles normandes de Jersey et de Guernesey, l'on désigne sous le nom de Cohue, le Palais ou la Cour de Justice.
C'était du reste, au moyen âge, la dénomination sous laquelle on désignait, en Normandie, le local dans lequel siégeait le juge du premier degré de juridiction.
On trouve, en effet, dans une ordonnance de l'Echiquier de Normandie, de l'année 1383, la disposition suivante :
« Item, que les Baillifs et Vicomtes soient diligens d'aller en « Cohue dedans prime le premier jour de leur auditoire, et aux « autres jours subsequens, continuellement dedans sept heures « du matin et dedans deux heures de relevée , afin que le « peuple puisse estre mieux et plustost expédié. »
La situation du bâtiment dans lequel était établi la Cohue de l'évêché, est déterminée dans plusieurs actes du cartulaire de Lisieux ; nous nous bornerons à en citer trois.
Les deux premiers sont des contrats de fieffé du Manoir de la Ronce. Dans l'un, portant la date du 30 mars 1412 (f° 78), les immeubles vendus sont ainsi désignés : « Certain héritage .. « avec les maisons et ediffices estans sur iceluy, le tout assis
« es parroesses de Saint Germain dudit lieu et de Saint Jaque
« de Lisieux ; jouxte certain héritage... appartenant au dit
« Richard du Boulay, d'un costé, et d'autre costé à la saillie
« monseigneur de Lisieux (la sortie du manoir épiscopal) (1), où
« l'en a acoustumé vendre les fruitages ; aboute d'un bout à
« l'eritage du chappitre et à certaine venelle estant auprès la
« cohue monseigneur de Lisiex, en la quelle l'en a acoustumé
« tenir la jwidicion temporelle d'iceluy seigneur, etc. » — Dans l'autre, daté du 7 avril 1421 (f° 80), se trouve la désignation suivante : « Certaines maisons et héritages et pourpris,
« tieulx que ilz sont et ainxi comme ilz se pourportent en longe
« et en lay, assis en la dicte parroesse de Saint Germain et en
« celle de Saint Jaque au dit lieu de Lisieux, en la bourgoisie
« d'icelle ville, jouxte la cohue où l'en tient les plès ordinaires
« dudit lieu de Lisieux. »
Le troisième acte est une transaction en date du 13 janvier 1458 (f° 72), entre Thomas Bazin, évêque de Lisieux et Jehan Leudes, bourgeois de cette ville, statuant « tant sur le degout « de la maison que ledit Leudes a de nouvel fait ediffier jouxte « la petite venelle à la quelle aboute la cohue ou auditore de « la juridicion temporelle de niondit sgr l'evesque, que de « certaine huisserie et yessue que iceluy Leudes voulloit faire « en sa dicte maison sur icelle venelle et avoir dalles en icelle « pour esgouter les eaues de ladicte maison. »
De même que l'Officialité avait ses prisons spéciales, la Cohue avait aussi les siennes. Elles se trouvaient à peu de distance de ce tribunal, proche le cimetière de l'église Saint-Germain. Adossées
(U A cette e'poque, comme nous allons le voir plus bas, la cathédrale et le palais épiscopal étaient entourés <le fortifications, indépendantes de celles de la ville , alors inachevées. L'entrée de cette enceinte fortifiée, dont il est ici question, devait se trouver au sud du parvis de l'église.
aux fortifications du palais épiscopal (dans l'enceinte des quelles était la cathédrale), elles occupaient une partie de l'emplacement des anciens fossés de ces fortifications. C'est du moins ce qui parait résulter d'une transaction datée du 27 novembre 1442 (f° 73), où se trouve le passage suivant : « Comme Pierres le « Crosnier defflmt eust en son vivant prins à fieffé de révérend « père en Dieu, monsgr Pierres (Cauchon), par la permission « divine evesque et comte de Lisieux, certaines places vuides « assises en la ville de Lisieux, en la parroesse Saint Ger- « main dudit lieu, auprès et joignant des murs de la closture « de l'ostel épiscopal de mondit sgr, où soulloient estre les fossés « de la fortitfication dudit hostel, au bout de devers le ciini- « tière de la dicte église de Saint Germain, à l'endroit des « prisons de mondit sgv l'evesque. »
Les maisons comprises entre le bâtiment où siégeait la Cohue et les fortifications du manoir épiscopal, étaient pourvues de porches ; elles avaient leurs façades à l'ouest, du côté de la place, où existait ce que l'on appelait au xv° siècle, la saillie monseigneur , c'est-à-dire la sortie de ce manoir. C'est sur l'emplacement de ces maisons qu'ont été depuis édifiées celles qui se trouvent actuellement entre la cathédrale et l'allée de la Ronce, et qui limitent la majeure partie du côté est de la place Saint-Pierre.
Les anciennes maisons dont il est question, étaient construites en bois et avaient leurs pignons tournés vers la place ; leurs porches étaient soutenus par des poteaux massifs, régulièrement espacés, auxquels on donnait et l'on a conservé le nom dépôts. Des constructions semblables se rencontraient en d'autres quar-
tiers de la ville (1). Il en existe encore de pareilles dans plusieurs localités de la Normandie , notamment dans une ville voisine, Bernay.
Les porches des maisons avoisinant la Cohue de Lisieux, avaient une largeur de six pieds ; le sol qu'ils occupaient faisait partie de la voie publique et, à ce titre, appartenait à l'évèque. Aussi, les propriétaires des maisons au-devant desquelles ils étaient établis, n'avaient-ils le droit d'y déposer aucune marchandise ou autre chose, encore moins de se les approprier sous une forme quelconque.
En 1458, l'un d'eux, Jehan Leudes , bourgeois de Lisieux, désirant réédifier celle qu'il possédait sur la place de la cathédrale et supprimer, à cette occasion, le porche régnant audevant, demanda à Thomas Bazin, évèque de Lisieux, d'acheter le sol de ce porche, afin de pouvoir avancer le rez-de-chaussée de sa nouvelle construction sur la même ligne que la partie supérieure. Sa requête fut favorablement accueillie, et il intervint, à ce sujet, entre lui et l'évèque , un marché dont les conditions furent réglées par un acte en date du 22 septembre 1458 (f° 39). « Comme Jehan Leudes, bourgois de Lisieux, est-il dit « en cet acte, feust en volenté de faire construire et ediffier de < nouvel, le devant de la maison en la quelle il demeure pour « le présent, assis es parroesses de Saint Jaque et Saint Ger- « main de Lisieux, jouxte d'un costé la place de devant l'église « cathedral de Saint Pierre de Lisieux, en la quelle on vent les « fruitages, d'autre costé les hoirs de Colin du Boullay, d'un « bout les hoirs Jehan Verel et d'autre bout une venelle estant « entre la maison dudit Leudes et la maison de la court tem- « porelle du révérend père en Dieu monseigneur l'evesque et
(1) Rue des Boucheries notamment, il y avait « les porches de la « Paticerie » V. acte du 11 mai 1453 (C 25).
« comte Je Lisieux et le cimitière de la dicte église de Saint « Pierre de Lisieux. En la quelle ediffice ledit Leudes eust « vollentiers comprins et emply l'eritage wy (vide) estant soubz « le porche de sa dicte maison, pourveu qu'il pleust à mondit « seigneur lui baillier et fieffer à rente. Pour la quelle cause « feust tourné devers mondit seigneur et lui eust remonstré « que ledit héritage vuy ne luy valloit riens et que trop mieulx « lui valloit baillier et lieffer à rente, à fin de eslargir et croistre « sondit ediffise. A quoy mondit seigneur eust eu sur ce advis « et deliberacion et après esté content et d'acord de baillier et « fieffer audit Leudes ledit héritage wy, contenant six pies de « lay et trente pies de lonc, etc.
« Et euquel ediffice ledit Leudes pourra faire assoir le post « de sa dicte maison , qui sera le bout d'icelle par devers la « maison de la court temporelle de mondit seigneur, tout à la « ligue et au droit du post du dehors de la maison de la dicte « court de mondit sgr. »
Au moyen âge, la cathédrale et le palais épiscopal étaient, comme on le sait, entourés de fortifications , flanquées de tours et protégées par des fossés profonds. C'était dans cette enceinte que les habitants de la ville et des environs, alors que la contrée était pillée et ravagée par les Anglais , venaient mettre leurs personnes et les objets les plus précieux qu'ils pouvaient emporter, à l'abri des atteintes de l'ennemi (1). La muraille
(1) « Ou quel chastel le peuple de la ville de Lisieux et d'environ a « acoustumé soy retraire et avoir son refuge en cas de nécessité et « péril. » — Lett. pat. de Charles VI, roi de France , du 9 oct. 1400 (Cartul. de Lis. f 6).
d'enceinte était à une faible distance de la cathédrale , du côté méridional de l'édifice (1). Lorsque, vers le xive siècle, cette muraille fut établie et surtout lorsque l'on creusa les fossés, en défendant l'accès , on compromit gravement la solidité de la cathédrale, dans sa partie la plus rapprochée. De là, la nécessité d'y faire des travaux de consolidation importants ; les piliers de la tour centrale avaient fléchi et le portail méridional menaçait ruine. L'évèque Alphonse Chevrier, prétendit alors que c'était le Chapitre qui était obligé de faire faire à ses frais les réparations ; de son côté, le Chapitre soutint que c'était une charge qui incombait à l'évèque seul. Pour le règlement de ce différend, on résolut de recourir au pape. Mais, comme en attendant , la situation périclitait , il fut convenu que provisoirement une somme de 2,000 livres, allait être affectée à ces réparations, à raison de 500 livres par an, durant quatre ans, et que l'évèque et le chapitre avanceraient chacun moitié de ces annuités , sauf à se régler ultérieurement à ce sujet.
Ce fut vraisemblablement à cette époque que durent être établis les deux immenses contre-forts qui soutiennent le portail du transept sud de la cathédrale et que fut détruite la partie des fortifications du manoir épiscopal faisant face au côté méridional de cet édifice.
Comme on avait pensé que c'était en faisant les fondations des fortifications et en creusant les vastes fossés régnant au pied des murailles, que l'on avait mis en péril la solidité de l'église, on s'empressa de combler les fossés vers ce côté de l'édifice. On
(1) En ce moment (Mars 1874), en faisant le nivellement des terrains qui se trouvent en face ce côté de la cathédrale, à quinze mètres de cet édifice et à cinq mètres vers l'est de l'emplacement de la sacristie démolie il y a trois ans, on retrouve les fondations de l'ancien mur du manoir épiscopal.
fit plus : on y amoncela une grande quantité de terres, de manière à exhausser notablement le sol primitif de la place, sur laquelle s'avançait alors le transept sud de la cathédrale, place qui portait alors le nom de Place Saint-Pierre. La rue du Paradis actuelle occupe une partie de son emplacement. Cette rue a conservé jusqu'à la Révolution de 1789, son ancien nom de Place Saint-Pierre, comme le prouvent les plans de Lisieux, faits en 1783 et 1785.
Avant ces travaux d'exhaussement, le niveau du sol extérieur du transept sud de la cathédrale, ne devait pas, selon toute vraisemblance, dépasser celui actuel du transept nord ; en sorte qu'au lieu de descendre plusieurs degrés , comme on le fait maintenant, pour entrer dans l'église par le portail sud, on y pénétrait à l'époque dont il est question, en gravissant une dizaine de marches au moins.
Non-seulement ce portail a été enfoui, mais encore la majeure partie du côté méridional de l'édifice, comprise entre la rue du Paradis et la grande place, à laquelle on a récemment donné l'ancien nom de cette rue, celui de Plact Saint-Pierre. L'on remarque, en effet, que le niveau du jardin qui longe ce côté de l'église, est beaucoup plus élevé que le sol de cet édifice ; et personne n'ignore cependant que le pavage de la nef et de ses collatéraux a été surélevé de 80 centimètres environ. Or il serait contraire aux règles les plus élémentaires de l'art architectural, d'admettre que, dans l'origine, alors d'ailleurs qu'aucune nécessité n'existait d'agir ainsi , on ait souffert que le sol extérieur de cette partie de la cathédrale, contigu aux murs , restât en contre-haut de plusieurs mètres, du pavage intérieur de l'édifice,
Outre cette première raison de fait , il en est une autre que nous allons exposer et qui nous parait plus décisive encore.
Nous trouvons cette preuve dans la disposition des ouvertures d'une construction souterraine, remontant au xme siècle, établie
à 30 mètres environ de la cathédrale, sous le rez-de-chaussée d'une maison, située à l'encoignure de la rue du Paradis et de la Grande-Rue, actuellement occupée par M. Mignot. Or, cette construction fort curieuse, dont les voûtes sont du style ogival primitif, avait vers l'est, du côté de la rue du Paradis ( anciennement Place Saint-Pierre), des fenêtres grillées, qui originairement se trouvaient au rez-de-chaussée de cette rue et qui aujourd'hui, bouchées dans presque toute leur hauteur, ne forment plus que des soupiraux de cave. Les trous dans lesquels était scellée la grille verticale qui protégeait chacune de ces ouvertures, sont encore parfaitement visibles. Le sol actuel de cette construction, qui a dû être lui-même exhaussé d'environ 3 mètres, se trouve cependant aussi d'environ 3 mètres en contre-bas du niveau actuel de la rue ; ce qui démontre encore quelle énorme surélévation a été donnée au sol, en cet endroit et dans le voisinage.
De temps immémorial, un chemin public, large de 12 pieds, ayant son point de départ au bas de la rue du Paradis, avait existé contre la cadrédrale, au sud de cet édifice, en face du chœur. Ce chemin était destiné à mettre en communication avec la Grande-Rue, d'une part, le palais épiscopal et ses dépendances, en contournant la chapelle de la Vierge, et, d'autre part, le Doyenné, en se prolongeant directement vers ce manoir. Au xve siècle, le Chapitre se plaignit que des empiétements eussent été commis sur cette voie par l'évèque Pierre Cauchon. Dans le but de prévenir toute difficulté à ce sujet, l'évèque passa avec le Chapitre un arrangement que nous trouvons relaté en ces termes, dans un acte postérieur à son décès, en date
du 13 septembre 1448 (f° 32) : « Et depuis nagueres par cer- « tain appointement fait par entre feu monsgr Pierre Cauchon « en son vivant et pour lors evesque dudit lieu de Lisieux, « d'une part, et les doyen et chappitre de la dicte église de Saint « Pierre, d'autre, certaine partie d'icelles places, montant douze « pies de lay et tout au lonc d'icelles places de la dicte lar- « geur, eust été ordonnée, entre aultres choses, estreetdemou- « rer, à tous jours maiz, en chemin, pour servira aller deladicte « grant rue, par derrière la dicte église de Saint Pierre à l'ostel « episcopal de mondit sgr l'evesque et en pluseurs autres he- « ritages appartenais à mondit sgr l'evesque et aus dis de chap- « pitre, assis en derrière de ladicte église et du pourprins dudit « hostel episcopal. »
Il est encore fait mention du même chemin, dans les termes suivants, en l'acte du 13 septembre 1448, cité plus haut : « Cer- « taines places et masures assises en la ville et cité dudit lieu « de Lisieux, en la parroesse de Saint Jaque... aboute d'un bout « au pavement de la grant rue et d'autre bout au chemin qui « tend de l'église de Saint Pierre, par auprès de la chappelle « nostre dame, à l'ostel du doien dudit lieu de Lisieux. »
Du même côté de la cathédrale, en face de la nef, derrière la ligne de maisons qui s'étend de la rue du Paradis à la place Saint-Pierre, se trouvait le Cloître Saint-Pierre. Ce fait est constaté dans un acte du 9 septembre 1436 (f° 46), contenant fieffé de « deux maisons... assises en la dicte parroesse de Saint « Jaque en la grant rue... jouxte d'un bout aux murs de la « closture du clouaistre Saint Pierre de Lisieux et d'autre bout « à la dicte grant rue. » Une annotation mise sur cet acte au
XYiie siècle, précise la situation de ces maisons et est ainsi conçue : « Pour deux maisons rue Estroicte. » — Or nous verrons plus bas que la rue Etroite formait au xve siècle, un tronçon de de la rue que, dans toute son étendue, de la Porte de Paris à la Porte de Caen, l'on appelait alors, comme on l'appelle encore aujourd'hui, la Grande-Rue.
Dans l'espace qui vient d'être déterminé, devait aussi se trouver, suivant M. Louis de Neuville, le cimetière réservé au clergé.
L'indication de l'emplacement qu'occupaient au moyen âge, les halles et marchés de Lisieux, peut offrir un certain intérêt ; nous allons donc donner, au moins pour quelques-uns, les renseignements qu'il nous a été possible de recueillir.
1. — La Halle au blé ou, comme on l'appelait alors, la Blariese trouvait auxive siècle, rue du Moulin-à-Tan ; mais vers la fin de ce siècle, elle dut être reportée ailleurs. Ces deux faits semblent établis par un acte d'adjudication du 7 mars 1387 (f° 94), d;ns lequel l'immeuble vendu est ainsi désigné : « Une « place vuide séante en la parroesse Saint Germain de Lisieux, « contenant trente et quatre pies de lonc et autant de lay, jouxte « le bout de l'éritage où souloit seer la Marie, par les bournes « mises, d'un costé; et la rivière du moulin à tan, d'autre costé; « haboute à Jehannin de la Porte, d'un bout, et au chemin « passant devant lelit moulin, u'aut're bout. »
Le 23 avril 1433 l'évêque P. Cauchon fit dresser un Coustumier ou Livre de Taxe des redevances et droits seigneuriaux dus au comté de Lisieux, sur toutes marchandises exposées en vente
à Lisieux (1). Ce Coustumier, qui fut confirmé par Henri VI, roi d'Angleterre le 14 décemdre 1437, fixe sous l'art. 11, les droits afférents à la Coustume de la blarye.
2. — La Poissonnerie était rue Cadoc, aujourd'hui rue au Char, probablement sur une des places souvent mentionnées, mais sans indication de nom, dans le Cartulaire de Lisieux, lesquelles se trouvaient vers l'extrémité de cette rue, du côté de la Grande-Rue (2).
En tous cas, il n'est pas douteux que la halle au poisson était bien dans la rue Cadoc : les deux actes que nous allons indiquer, l'établissent d'une façon précise.
Dans l'un, en date du 11 février 1292 (f° 40), contenant fieffé d'un manoir situé rue au Char, connu au moyen âge et aujourd'hui encore sous le nom de Manoir de la Licorne, cet immeuble est désigné de la manière suivante : « Union manerium « cum omnibus edificiis ejusdem.. . situm in parrochia sancti « Jacobi Lexoviensis, inter vicum per quem itur de piscio- « neria apud ecclesiam sancti Jacobi Lexoviensis, ex uno « capite, et vicum qui nuncupatur Baallie (autrefois rue du « Bailli, maintenant rue de la Paix), ex altero. »
Dans l'autre, qui est un contrat d'échange, en date du 21 juillet 1321 (ibid. f° 16), on lit : « In manerio heredum Auberedœ la Seynière, ante piscinariam juxta donium Guillermi de Bosco. »
(1) L'original de cet intéressant document historique se trouve aux Archives de la ville de Lisieux.
(2) Peut-être ces places étaient-elles celles qu'on de'signe sous le nom de Places à la Coudraie. dans un acte du 31 août 1399 (f° 30), contenant la fietfe de < une maison avecques le fons de l'eritage et le gardin der- « rière... assis en ladicte parroesse (Saint Jac jnes)... aboute d'un bout à « la rue de la Boucherie et d'autre bout aux Places à la Coudraie. ^
Cette dernière citation, à elle seule, ne prouverait rien, mais, par sa corrélation avec d'autres passages du même acte d'échange, elle va nous permettre d'établir que la maison de Guillaume du Bosc, voisine de la Poissonnerie, se trouvait bien dans la rue Cadoc. Il est dit, en effet, dans l'acte en question , d'une part, que cette maison était contigûe à celle des héritiers de Durand Baudri (1); en second lieu que l'héritage Baudri se trouvait devant le manoir de l'Officialité (2) ; enfin que l'Officialité avait son siège rue Cadoc (3).
La Coustume de la Poissonnerie fait l'objet de l'art. 17 du Coustumier de P. Cauchon.
3. — Le marché aux fruits et aux légumes, se tenait proche le parvis de la cathédrale, à l'entrée du manoir épiscopal, dans le voisinage de la Cohue. On lit en effet dans deux actes déjà cités, l'un portant la date du 30 mars 1412 (f° 78) : « Jouxte « d'un costé... d'autre costé à la saillie monseigneur de Lisieux, « où l'en a acoustumé vendre les fruitages; aboute d'un bout à « l'eritage du chappitre et à certaine venelle estant auprès de « la Cohue monseigneur de Lisiex » ; et dans l'autre, en date du 22 septembre 1458 (Ibid, f° 39) : « Jouxte d'un costé la place « de devant l'église cathédral de Saint Pierre de Lisieux, en laquelle on vent les fruitages. »
La Coustume des fruitages est réglée sous l'article 7 du Coustumier de P. Cauchon.
4. — Le Marché du Croquet, l'un des plus importants de la cité, se tenait en face du cimetière Saint-Jacques, sur une place
(1) In domo qui fuit Durandi Baudri, juxta domum qui fuit Guiltermi de Bosco.
(2) In domo heredum Durandi Baudri, sito ante curiam officiaient lexoviensem.
(3) In manerio et curia ojficiali, in vico Cadoc.
qui portait le nom de Place du Croquet et que l'on désignait encore en 1785 sous celui de Place du Crochet. Cette place avait pour limites : d'un coté, le mur de soutènement des terres du cimetière, desquelles le niveau était alors surélevé d'environ quatre mètres (1) ; en face, le côté ouest de la place du Marchéaux-Bœufs ; d'un bout, le perron de l'église Saint-Jacques, et d'autre bout, l'entrée de la rue du Marché-aux-Bœufs , à sa jonction avec la rue d'Ouville.
La situation de ce marché est clairement déterminée dans une sentence du 21 juin 1451 (f° 45), où l'on parle de « la rue « tendant de la porte d'Orbec à la rue Cadot (rue au Char), en « passant parmy la place où siet de présent le marchiè du Cro- « qitet, »
Les marchandises mises en vente sur le Marché du Croquet étaient le lin, le chanvre, le fil, la laine en suint, la laine filée, le saindoux, les peaux vertes, les cuirs, le beurre, le fromage, etc.
Presque toutes ces marchandises étaient vendues au poids et pesées au moyen de balances à bras inégaux, appelées plommées. Au bras le plus court était suspendue, au moyen d'un crochet (en idiome normand croquet), la marchandise à livrer. Delà, parait-il, la dénomination de Marché du Croquet.
Le Coustumier de P. Cauchon détermine (art. 2) la quotité
(1) Ce mur a été démoli à la fin du siècle dernier; il maintenait à un niveau supe'rieur les terres du cimetière, non-seulement à l'ouest du coté de la place, mais encore au sud du côté d'une rue dite la rue du Cuir Verd, dont l'emplacement est occupé aujourd'hui par une partie de la place du Marché-aux-Bœufs ; et à l'est, du côté d'une autre rue, dite la rue du Mouton Blanc. — A l'angle sud-ouest de ce mur, au bas de la rue du Cuir Verd, était pratiqué un escalier par lequel on montait au cimetière.
des droits dus à la Coustume du Croquet, suivant la nature des marchandises qu'elle comprend.
Le droit de percevoir les redevances auxquelles les marchandises exposées en vente sur chaque marché, se trouvaient assujetties, était habituellement affermé par l'évêque. Il n'était permis d'en vendre aucune en ville, ailleurs qu'aux marché» ou halles spécialement désignés pour chacune d'el!es. On voit dans une sentence rendue par le sous-sénéchal de Lisieux, le 8 janvier 1456 (f° 82), que Jehan Hellouin et Jehan Guillart. fermiers de la Coutume du Croquet, s'étaient plaint que Perrin de Rivière , bourgeois de Lisieux , eût indûment vendu et livré « ung millier de camvre » en l'hôtel de Guillaume Martin, situé dans la Grande-Rue, et qu'ils se fussent ainsi exonérés de la taxe de 40 deniers, à laquelle cette quantité de chanvre eût été assujettie, si elle eût été vendue sur le Marché du Croquet. Et il résulte de cette sentence que de Riviers acquiesça à la réclamation des fermiers de la Coutume; qu'il leur paj'a la redevance de 40 deniers et que de plus, il dut prendre l'engagement de verser à l'évêque une amende de 12 sous tournois pour la contravention.
5. — La Halle de la Cordonnerie était située à l'extrémité sud de la rue des Boucheries, au milieu de cette rue, proche la rue aux Fèvres. C'est ce que constate un acte de fieffé du 31 janvier 1454 (f° 58), où le terrain vendu est ainsi désigné : « Certaine place et masure wyde, contenant trente trois pies de « long et vingt trois pies de ley, assise en la ville et cité dudit « Lisieux, devant le bout de la Halle de la Cordonnerie dudit « lieu, en la parroesse Saint Jaque ; jouxte, d'un costé, à certaine « maison et héritage qui fut et appartint à messire Laurens « Menart, en son vivant prestre. et depuis à Taillefer de la « Remonnerie ; d'autre costé, à la rue tendant de la rue de la < Boucherie à l'ostel Robin Hamel ; aboute, d'un bout, à la voie « par où l'en va à l'ostel qui fut Veteuil , que tient à présent
« Jehan Brunet, à cause de sa femme, et, d'autre bout, à la rue « tendant de la rue auxFèvres au Marchié du Croquet (1). »
Les droits dus à la Coustume de la Cordonnerie sont réglés dans le Coustumier de P. Cauchon (art. 13).
6. — Dans un acte du 21 juillet 1321 (f° 18), il est encore question d'une autre halle , se trouvant sur la paroisse Saint- Germain, mais dont la situation précise nous est inconnue : c'est celle désignée sous le nom de halla ou hallœ pannorum, que nous croyons être la Halle des Fripiers, appelée Peuferie dans le Coustumier (art. 19).
Les redevances imposées par ce Coustumier aux marchands exposant leurs marchandises en vente sur les marchés ou dans les foires se tenant en ville, n'étaient pas les seules que ceux-ci eussent à payer aux évèques de Lisieux.
D'autres taxes féodales, comprises sous la dénomination générale de droits de ville, et dont la nomenclature se trouve fréquemment donnée dans le Cartulaire de Thomas Bazin (2), étaient encore mises, d'une façon permanente, à la charge , les unes, des marchands seuls , et les autres , de tous les bourgeois marchands ou non marchands.
(1) En 1785, la rue allant de la rue aux Fèvres à ce marché , portait le nom de rue du Tour du Crochet.
(2J Voir notamment actes du 7 mars 1387 (f° 94); du 30 mars 1412 (f« 79) : du 7 avril 1421 (f° 80) ; du 27 novembre 1442 (P 73) ; du 13 juillet 1453 (P 75) ; du 13 janvier 1458 (P 71) ; du 22 septembre 1458 ((« 39).
Ces taxes étaient le fenestrage, le havage, le taternage, le masurage, le fumage, \ecorbillonnage, lepréçgeet l'asnage.
Les trois premières étaient des redevances que les marchands seuls devaient à l'évèque, indépendamment des droits de Coutume, suivant la nature du commerce qu'ils exerçaient.
1. — Le fenestrage était l'impôt dû pour l'étalage. Fenestre se disait alors pour étal : témoin ces vers de Villon :
Et les aucnns sont devenuz
Dieu mercy ! grans seigneurs et maistrea,
Les autres mendient tous nudz
Et pain ne voient qu'aux fenestres.
Grand Testament, xxx.
On donnait aussi quelquefois à cet impôt le nom de denier de sep/naine (1) ou de denier soursepmaine (2), attendu qu'il était d'un denier par semaine.
2, — Le havage était le droit de prendre des grains, des haricots, des fruits, etc., exposés en vente sur les marchés ou sous les halles, autant que la main pouvait en contenir.
A Paris, le droit de havage était attribué à l'exécuteur des hautes œuvres. Au moment où ils venaient de s'en libérer, les marchands étaient marqués au dos ou sur le bras avec de la craie. Cette coutume amena des désordres , à la suite desquels le havage fut supprimé.
Le droit seigneurial de havage ou de haverie était appliqué en Normandie, non-seulement aux marchandises exposées en vente, mais encore, si ce n'est partout, au moins dans certaines
(1) V. sentence du 16 mars 1453 (f 95).
(2) V. constitution de rente du 28 mars 1457 (f 94).
parties de la province, à celles transportées par eau. C'est ainsi, par exemple, que le seigneur de Château-sur-Epte avajit droit de haverie et de chaussée, sur toutes celles transportées sur l'Epie etpa-santpar la chaussée des Bordeaux (V. la Vicomte de l'Eau de Rouen, de M. Ch. de Beaurepaire, p. 222).
3. — Le tavemage était imposé aux hôteliers, cabaretiers, etc., comme prix de la concession qui leur était accordée, de vendre des boissons. Cette taxe était de 38 deniers ou 19 manceis ; elle était due, dit un acte du 20 décembre 1456 (f° 39), « pour chacune personne vendant es dictes maisons et masures « taverne de vin, de sidre et autre beraige. » Y étaient seuls assujettis, les débitants qui achetaient des boissons pour les revendre ; ceux qui se bornaient à vendre les boissons provenant de leurs récoltes dans le comté de Lisieux, en étaient exempts. C'est du moins ce que parait établir un acte du 10 juillet 1450 (f° 26), suivant lequel un nommé Jehan Robillart, reconnaît que, comme détenteur d'un hôtel situé dans la Grande- Rue, il doit à l'évêque Thomas Bazin, entre autres droits de ville, celui de tavemage, « se ainsy est, ajoute l'acte dont « s'agit, que ledit Robillart, ses hoirs ou ayans cause, vendent « ou facent taverne en la dicte maison, d'autre sydre ou beraige « que de leur creu en la dicte ville et banlieue d'icelle. »
Les autres droits de ville desquels il nous reste à parler, étaient dus par les habitants, commerçants ou non commerçants, auxquels ils étaient applicables.
4. — Le masurage (1) était un cens de cinq deniers, dû pour chaque maison.