‹ Notes pour servir à l'histoire des classifications dans les espèces du genre rosaChapitre 1 sur 18 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le but que nous nous sommes proposé en choisissant ce sujet, a été de présenter quelques observations relatives à l’iiistoire des classifications dans les espèces du genre Rosa. Ce n’est pas une monographie, travail qui, sans aucun doute, serait des f)lus intéressants, mais pour lequel nous ne sommes nullement préparé.

La première idée de ce ti'avail nous a été suggérée par l’étude de nombreux matériaux recueillis dans le département de l’Aube depuis quelques années et dont la détermination nous a souvent présenté des difficultés.

C’est donc des espèces de la Champagne méridionale que nous nous occuperons principalement, non sans toucher quelque peu aux formes le plus fréquemment cultivées dans nos jardins, ou qui présentent queh(ue intérêt pour l’histoire générale du genre.

Lxposer ce qui a été fait sur ce genre ardu, ce serait refaire l’histoire d’une partie considéral)le de la

botanique systématique dans ces dernières années : entreprendre une monographie de ces nombreuses formes ou espèces, ce serait une révision de tous les lierbiers des grands établissements scientifiques de l’Europe : et encore, chaque herbier particulier contient des formes spéciales, des variétés innomées. L’étude de ces matériaux desséchés présenterait d’ailleurs de grandes difficultés, devant lesquelles n’a pas reculé l’éminent botaniste belge, M. Grépin. En effet, dans l'herbier, la direction des tiges, la couleur des tleurs, l’épaisseur des folioles sont impossibles à constater : il en est de môme de caractères biologiques dont l’importance s’est révélée depuis quelque temps : le mode de végétation des organes souterrains.

Il est arrivé, d’après l’inspection de ces échantillons conserves, que de nombreuses espèces ont été créées arbitrairement ; espèces qu’il devient impossible bien souvent de retrouver dans la nature et que le botaniste consciencieux doit impitoyablement rejeter.

A propos de cette question des espèces dites critiques, espèces jordaniennes, il est bon de faire remarquer que le genre Rosa a dû réjouir tous les botanistes diviseurs qui ont presque à l’infini, pulvérisé les types anciens. Ces formes présentent souvent des caractères tellement subtils qu’il devient d’une extrême difficulté de les saisir, et encore quand on croit i)Ouvoir nommer une plante, est-on bien

sûr de sa détermination? Dans bien des cas, il nous a été impossible de l’etrouver exactement les caractères indiqués, nos plantes différant par des pllis ou des moins qui eussent suffi pour créer de nouvelles espèces.

Nous ne saurions trop nous élever contre cette tendance désastreuse, qui, à part quelques hommes de grande valeur, n’est exploitée que par des personnalités vaniteuses et ignorantes : rien en effet ne touche plus à l’ignorance que cette ostentation de savoir. D’ailleurs quelle confiance pouvons-nous accorder à des créateurs d’espèces, qui au bout de <|uelque temps en arrivent à ne plus reconnaître leurs créations.

Au début les travaux analytiques de la nouvelle école ont produit quelques bons effets ; ils ont montré que les anciens n’avaient pas toujours fouillé au fond des caractères spécifiques avec assez de soin, mais bientôt les abus sont survenus et l’ont emporté. La nouvelle méthode en est arrivé à faire la distinction spécifique du buisson, de l’individu, et encore sur chaque branche d’un buisson plusieurs petites espèces pourraient être établies.

M. Grépin, dont nous adoptons complètement les idées sur les classifications des roses, fait remarquer qu’il est impossible d’identifier deux échantillons provenant d’individus différents; on ne peut que les rapprocher.

Le grand tort que l’on peut reprocher à l’école

nouvelle c’est de ne pas s’ôtre inspirée snfüsainnienl de deux principes généraux qui jouent un rôle considérable dans les sciences naturelles ; la mlidarité des caraclères et Vexistence des variations parallètes. Ges deux principes dont nous dirons quelques mots plus loin, devront bien certainement par leur application servir de base à une classification raisonnée et raisonnable du genre qui nous occupe. La méditation des faits ({lü en découlent nous indique clairement que bien des espèces faites récemment doivent disparaître de la science.

De plus, pour bien apprécier les formes, les variations, il faut un .sentiment de l’espèce que tous ne possèdent'pas à un égal degré, sentiment qui rnampie à peu près complètement à beaucoup. Il est en effet des esprits qui ne sont point frappés des différences que peuvent imprimer à un même être végétal, les conditions différentes d’exi.stence, le milieu ambiant, le sol, etc. Ges gens aussi peu doués voient une rose différente dans chaque buisson, sans songer aux hcsus si fréquents, aux accidents individuels si faciles à rencontrer : en un mot « ils maïujuent de ce que Grépiii appelle le .sentiment, l’instinct de l’espèce. »

L’espèce est-elle nettement tranchée dans le genre [{osier? D’après les recherches de géographie botani(iue, nous pouvons dire qu’elle l’est autant sinon {)lus fpie dans beaucoup d’autres gem*es. Gha(|ue type est en effet compris dans des limites géogra-

j)liiqiies plus ou moins larges qu’il faut franchir pour trouver des espèces voisines également bien délimitées : une confusion véritable ne saurait donc régner parmi les espèces.

Voici comment Grépin définit l’espèce dans ce genre : « Les espèces me semblent être des types d’or- '( ganisation se révélant à nos yeux dans un ensemble « de caractères morphologiques et biologiques, types « susceptibles de se modifier en présence de milieux « divers, mais conservant toujours assez de notes « communes à tous leurs individus pour se faire « sentir ou reconnaître à travers leurs rnétamor- « phoses. » En d’autres termes : l’espèce c’est la réunion des individus semblables entre eux ou n’en différant que par des caractères peu importants et n’altérant point profondément leur organisation. Il est fort probable qu’en poursuivant ses investigations de ce côté et en s’inspirant de cette définition de l’espèce. On arrivera à démontrer que la même espèce peut être glabre ou velue en passant par tous les intermédiaires, glanduleuse ou églanduleuse sur toutes les parties ou seulement sur un certain nombre de ces parties : alors la taxonomie sera bien simplifiée entraînant avec elle une multitude do ces prétendues espèces qui n’ont pris naissance que dans le manque ù’imtmcl botanique. Les sections ellesmêmes ainsi ramenées à un très ))etit nombre de types pourront être supprimées.

Grépin a déjà fait faire un grand pas à la science

à ce sujet, eu s’efforçant de réunir tous les chaînons intermédiaires entre la foule de ces formes innombrables, approfondissant les modifications et établissant des séries paralkMes.

Les tendances mutuelles des deux, écoles en présence peuvent donc être ainsi exposées :

L’école des botanistes diviseurs veut de très nomlu’euses espèces obtenues par démembrement des anciens types ; l’autre école n’admet qu’un nombre assez limité de types spécifiques avec des variétés servant à relier entre eux la plupart de ces types.

Les premiers croient à l’autonomie de l’espèce, à son entière immutabilité ; les autres admettent quelques espèces autour desquelles rayonnent des variations en grand nombre ; ils attachent peu d’importance à ces types qui no sont que transitoires, leur descendance devant se transformer peu à peu.

Nous sommes avec ces derniers et comme eux nous sommes forcément partisans des idées transformistes qui pour nous peuvent seules expliquer les i)bénomènes biologiques, tant des végétaux que des animaux : idées basées sur cette hypothèse qui consiste à admettre que la somme des variations peut atteindre toute grandeur que l’on voudra, pourvu ({lie l’on considère un temps suffisamment long. Si l’on réfléchit en effet au temps considérable que doit traverser une plante cultivée avant qu’on puisse trouver dans ses variétés de nouvelles propriétés bien tranchées, avant que ces nouveaux caractères distinc-

tifs deviennent héréditaires, on arrive à conclure que depuis la première apparition de \<iplante archétype^ il a dû s’écouler un temps d’une effroyable longueur : d’ailleurs la géologie et la physique du globe nous ont depuis longtemps habitués à ces considérations.

Entre les tendances opposées des deux écoles, doit exister une juste mesure qui, nous l’espérons, finira un jour par se généraliser. C’est avec ce sentiment de juste milieu que le rhodologue pourra faire sortir l’étude des roses d’une confusion inextricable jus- (lu’ici, et déterminer la place précise des formes difficiles : il y aura là beaucoup plus de mérite qu’à ajouter vingt formes nouvelles à la flore, car, dit M. Gogniaux (1) : « Il y a plus d’avantage pour la « science à démontrer qu’une mauvaise espèce doit « être rejetée qu’à en créer deux nouvelles. »

(I) Ihdl. Soc. bot. de Belgique, XII, p. 138.

Page 1