LE VIEUX QUÉBEC
“ Heureux le paysan qui se tient aux mancherons de sa charrue ! Je donnerais tout au monde, en ce momant, pour être dans mon champ et respirer l’âcre parfum des labours !”
Malgré ce dégoût personnel que le général avait pour son corps d’armée, il n’y a pas à se cacher que jusqu'à ce moment la marche de Montgomery avait été une promenade triomphale.
“ J’ai fait un doigt de cour à la fortune, écrit-il à un autre ami, et elle m’a sauvé. Je n’ai plus qu’une seule faveur à lui demander, et ma mission sera finie auprès d’elle.”
Cette faveur, c’était la prise de Québec ; hélas ! elle devait lui donner la paix de la tombe.
Quelques jours avant de tenter l’assaut, il causait avec un de ses aides de camp.
— La fortune, lui disait il, se donne aux braves !
NOTES SUR LE
Puis il se mit à parler de sa jeunesse, de son passé ;
— Je n’ai plus d’ambition, je n’ai plus que le sentiment du devoir. Quand j’aurai fait ce que ma consigne m’ordonne, je retournerai avec plaisir à la vie des champs. Je suis fait pour la verdure, le bruit des ruisseaux, le calme des prairies, la vue des plaines ondoyantes couvertes de blés jaunis, la senteur du foin, les paysages ensoleillés. Néanmoins, si l’occasion s’en présentait de nouveau, je n’hésiterais pas à quitter encore cette félicité champêtre pour mettre mes humbles connaissances au service de ma patrie.
Et se tournant vers Québec, il ajouta : — Nous allons réussir, malgré tous les périls qui nous environnent ; je me sens tout espérance, et mon âme déborde de courage et de résolution.
On était au 31 décembre 1775. Quel-
PRÎÎS-DEÎ-VILLE
ENDROIT ou MONTGOMERY A ÉTÉ TUÉ
ques jours auparavant en faisant une reconnaissance autour de la ville le général avait eu le cheval de sa cariole tué par un boulet.
Le corps d'armée de Montgomery était presque nu ; il était affamé. A ses hommes rangés en bataille, Montgomery tint ce langage :
— Soldats de New- York, vous n’aurez pas peur de suivre votre général partout où il vous conduira. — En avant ! marche !
A ce moment trois compagnies du détachement de Arnold refusèrent de marcher. Montgomery leur parla de courage, d’honneur. Ces mâles paroles les ramenèrent au devoir. Chaque homme pour se reconnaître portait écrit sur un papier ou sur une écorce ces mots : La liberté ou la mort.
Enveloppés dans une tempête de neige terrible, les soldats américains marchèrent jusqu’auprès de la barrière de Près-de-Ville.
Pendant ce temps-là, Arnold avec son
NOTES SUR LE
contingent se glissait du côté de Saint- Roch, avec mission d’enlever les barricades et l’artillerie du Sault-au- Matelot ; Livingston dirigeait une fausse attaque contre la porte Saint- Jean ; le major Brown en faisait autant du côté de la Citadelle.
A quatre heures du matin, toutes les colonnes ennemies étaient parvenues au rendez-vous assigné. Rien dans Québec ne décelait qu’on s’était aperçu de l’approche de l’ennemi. Rien au dehors n’indiquait à l’ennemi que l’éveil était donné, et que partout nos postes avaient été doublés.
Tout à coup deux fusées montèrent dans le ciel noir, et ce fut le signal.
Alors la ville s’enveloppa comme dans une ceinture de fer et de feu.
La porte Saint- Louis tremblait sur ses gonds, le Sault-au- Matelot versait la mitraille sur Saint- Roch. La porte Saint- Jean s’éclairait de sinistres lueurs. Une pluie de