TRÈS CHÈRE JANET
Je saisis la première occasion pour vous dire que ma santé est bonne. J'ai poussé une pointe sur Saint- Jean. avec le petit corps d’armée que j’ai amené avec moi de Ticondéraga Là nous avons trouvé le navire ennemi monté de seize canons, tout prêt à mettre à la voile. Nous n'avions que deux pièces d'artillerie sur affût, ce qui n'était pas suffisant pour mettre le siège devant la ville ou pour essayer de détruire le vaisseau anglais qui était sous la protection du fort. On en revint alors à l'adoption d’un projet qui avait déjà réuni l’assentiment de la majorité, celui de jeter une estacade sur le chenal à l’Ile-aux-Noix. Nous sommes à la veille de terminer ces travaux. Nous ne savons pas encore à quoi nous en tenir sur l’attitude que les Canadiens vont prendre vis-à-vis de nous. Néanmoins un M. Hazen, résidant à Saint-Jean, qui me paraît être un homme de jugement, est
d'avis qu’ils ne prendront pas les armes contre nous,
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nous,
GÉNÉRAL RICHARD MONTGOMERY 39 mais qu'ils ne prendront pas non plus l'offensive en notre faveur. Quand nous serons sûrs de leur amitié et que toute défiance aura disparu, nous lancerons de forts détachements dans l’intérieur du pays, et nous nous en rendrons maîtres, si toutefois M. Carleton ne reçoit pas de renforts.
Nous avons eu une escarmouche avec les Indiens ; deux de nos meilleurs officiers ont été blessés, et neuf ou dix de nos soldats ont été tués. Tout a été confusion et cohue dans cet engagement. Les soldats de New-York ne savent pas se battre sous bois, tandis que les gens du Connecticut s’en sont bien tirés pour la plupart ; mais vers le soir, l'ennemi lança quelques bombes sur nous, et il y eut alors une panique qui me déplut fort. A force de voir le danger, ils finiront, je l'espère du moins, par s’y habituer.
Le général crut prudent de donner l’ordre de s'éloigner un peu avec les embarcations et les chaloupes. L'’embarquement se fit dans le plus grand désordre, et la seule excuse possible pour pallier ce fait, c'est que nos troupes n'étaient composées que de conscrits. Je leur ai fait honte ; du moins j'ai essayé de mon mieux. Pourvu que ce scandale ne se renouvelle plus ! Ils me font l'effet de me craindre. Tant mieux,
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Ce pauvre Schuyler est tellement malade, qu’il est devenu un object de compassion et de pitié pour tout le monde.
Je vous ai écrit de la Pointe-à-la-Chevelure, ainsi qu’à votre digne père. Faites-lui lire cette lettre ; elle est pour vous deux, car je suis trop pressé de besogne pour en écrire une autre. En cas d'accident, et si par hasard on faisait circuler à Albany le bruit qu’il me serait arrivé quelque chose de fâcheux, je donne l’ordre à Walter Livingston de vous envoyer cette lettre par l’express.
Adieu, ma très chère Janet. Comptez toujours sur ma vive affection. |
RICHARD MoNTGOMERY.
Parmi les curieux soldats de Montgomery se trouvait un certain Quackenbosh. Ce brave a trois poils demandait invariablement un congé d'absence dès qu’il prévoyait que la poudre allait chanter. Un jour son général surpris de cette persistance, se tourna vers le capitaine de la compagnie de ce couard et lui dit :
‘ —Je crois que ce butor sous bois devrait
GÉNÉRAL RICHARD MONTGOMERY 4l
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'ilest prendre son essor de suite, 7 fkine this pour quach in the bush had better at once be discharged.”
ainsi De reste La troisième lettre de Montgomery est ettre ;
56 de | datée du camp sous Saint-Jean, le 6
-ident, octobre 1775.
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: Ma CHÈRE JANET,
-ux, je
nvoyer C'est dans la plus profonde des anxi‘tés que je vous écris ; une lettre de votre père me dit que vous
ES Eur êtes malade, Pourquoi n'a-t-:l pas gardé pour luimême cette triste nouvelle ? Je suis assez malheureux sans cela.
ERY.
Tous mes vœux sont pour votre prompte recouomery vrance.
. Ce Il y a peu de changements ici, depuis ma dernière ement lettre. J'attends toujours des renforts. Il m’en est it que venu, mais ces troupes tombaient de suite malades,
et elles rentraient au pays à mesure qu'elles arriénéral Pay q
vaient. Depuis assez longtemps nous sommes comme a vers d ‘
des rats à demi noyés : nous mangeons, nous dormons, ouard nous marchons, nous nous traînons dans un maré-
cage, Heureusement le temps s'est mis au beau et devrait nous faisons des vœux pour que cela continue.
mg gue eme,
La Corne de Saint-Luc et quelques citoyens influents de Montréal vont me faire certaines propositions. Saint-Luc est roué et madré, mais je veux lui damer le pion en envoyant un ÆVew-Englander traiter avec lui.
Si nous avions le triple ou même le double des troupes que nous commandons ici, tout serait fini depuis longtemps, La basse classe du peuple veut notre succès, mais nos faiblesses, nos terreurs, notre manque de discipline les déroutent complètement. De plus, ils craignent les représailles des leurs quand nous serons partis,
Je suis chagrin d'apprendre aussi que votre mère et votre père sont malades. J'espère qu'ils seront en bonne santé quand cette lettre vous parviendra. Mon affection est toujours autour de vous tous, ainsi qu’auprès de votre grand-père.
Adieu, ma chère Janet ; croyez moi pour toujours
à vous, RICHARD MONTGOMERY.
La lettre suivante nous révèle un côté du caractère du général américain : Camp sous Saint-Jean, octobre 9, 1776.
Je reçois ce soir, chère Janet, trois lettres qui vont jusqu’au 23 septembre. Flles m'annoncent l’agréable
nouvelle de votre retour à la santé. J'espère bientôt en recevoir d’aussi bonnes sur le compte de votre père et de votre mère.
Vous avez raison, j'aurais pu donner à votre frère Henri une promotion de major. Tant que je vivrai, j'espère que le désintéressement et la générosité que l'on doit aux étrangers m'empêcheront de faire du népotisme et de servir ma famille ou moi-même aux dépens du public. Henri est un beau soldat, plein d’élan, mais il n’a pas l'expérience qu’exige un pareil grade. J'admets avec vous qu’il y a des officiers dan: ma brigade qui valent bien moins et pis encore, — mais je ne transigerai jamais avec ma conscience,
Je vous ai toujours fait un aveu qui pour moi est une grande vérité. Je suis tout à fait incapable de prendre de l'autorité sur l'humanité prise en bloc ; c’est pour cela que j'aime tant la vie tranquille, et que je ne demande qu'à quitter le service. Je suis trop sensible ; personne plus que moi ne ressent autant la canaillerie, l'ignorance et l'égoïsme qu’à chaque instant on retrouve chez ses semblables. Tout ce que je peux faire c’est de retenir ma colère quand
j'ai affaire à de pareilles gens.
On m'a fait sortir de mon heureuse obscurité sans
me consulter. J'ai même combattu longtemps l’idée
DR Gagne
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de me mettre ainsi en évidence. Vous le savez mieux que personne, Aussi, croyez-moi ; dès que je pourrai, sans forfaire à l'honneur, me décharger du poids qui me pèse, je retournerai à mon foyer, à ma famille, à ma ferme, et je jouirai sans ostentation, à plein cœur, de cette paix que je ne saurais trouver dans la position que j'occupe en ce moment.
Le général Schuyler peut revenir dans quelques jours. Son retour à Ticondéraga a été une très heureuse affaire, Autrement nous aurions été obligés de faire retraite, à demi morts de faim, et de laisser les malheureux Canadiens à eux-mêmes. La Providence fait beaucoup pour nous, quand nous faisons si peu pour nous-mêmes.
Les pourparlers avec de Saint-Luc n’ont abouti à rien. Le gouverneur a dû avoir vent de l'affaire. Saint-Luc qui se sentait compromis à fait remettre ma lettre au gouverneur même, par un courier indien. Carleton donna aussitôt l'ordre de la brûler sans la lire. En faisant cela, peut-être voulait-il, ne pas avoir un prétexte pour traiter sévèrement de Saint-Luc.
L'expédition du Kennebec me rend anxieux. Si elle réussit, elle frappera un grand coup. Nous sommes sans poudre, et si l’on ne nous en envoye pas, la campagne sera longue, car il faudra prendre l'ennemi par la faim.
Puisque vous le désirez, gardez votre dame de compagnie française. Henri se porte à merveille, ainsi que les deux officiers que vous mentionnez dans votre lettre. Villette a été malade.
Je vous écris de ma tente auprès d’un feu. C'est la première belle journée que nous ayons eue depuis longtemps. Je n’hivernerai pas dans les forts. Il est possible que je sois obligé de rester au Canada ; mais, si la chose est en mon pouvoir, j'irai certainement vous rejoindre.
Tous mes bons souhaits pour votre grand-père. Mes araitiés aux fillettes.
Adieu, ma chère Janet, croyez-moi votre très affectueux,
Dans sa cinquième lettre, il annonce une
. victoire. Ce triomphe passager était-il dû
au bruit étrange qui s'était répandu dans les campagnes du côté de St. Jean? La rumeur circulait que les troupes américaines étaient invulnérables. Une dépêche interceptée assurait que les soldats de Morgan—entre autres—é/atent vêtus en tôle: c'était véfus en
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| toile qu'il fallait lire. Voila ce que peut faire | | une coquille, même à la guerre ; mais laissons causer Montgomery. Il écrivait à sa femme :
Montréal, 13 novembre 1775.
Ma CHÈRE JANET,
| L Les Bostonais sont entrés ce matin dans la ville.
Depuis deux nuits déjà, le gouverneur et sa faible
garnison l'avaient abandonnée. Ils retraitent vers
FA Québec, où ils courent une chance d’être pris par
Arnold, qui est dans le voisinage de cette ville.
Je fais appel à toute ma vertu et à toute ma patience pour tenir tête à la légion de femmes qui ne cessent de m’importuner au sujet de leurs maris ou de leurs frères faits prisonniers.
Vous pouvez vous fier à moi : aussitôt que toutes
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ces affaires seront débrouillées, je retournerai au pays. Nous vivrons heureux sur notre propriété. Je in : me porte à ravir et j'ai bien hâte de vous revoir. Adieu, ma chère Janet, Croyez à ma sincère affection.
RicHARD MONTGOMERY,
La sixième lettre de Montgomery parle encore des probabilités de son retour. Cette
La
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pense nuit et jour.
Montréal, 24 novembre 1775