A LA PLACE OAUPHINE, EN
directs qu'ils reçoivent d'une foule d'amateurs qui ne les connaissent point, et qui raisonnent, chacun, suivant leur degré de connaissances, et vous conviendrez qu'il en faut beaucoup pour juger des tableaux de commençants, qui n'ont jamais ce faire, cette couleur, cette correction de dessin qui frappent la vue, et qui sont plutôt remarqués de la multitude. Aussi que de jugements faux n'entend-on pas porter à ses oreilles ! L'un nous dit : C'est mauvais! sans vous donner de raisons et sans même écouter celles que vous voulez lui alléguer, l'autre s'écrie avec enthousiasme : Ah! que c'est beau! sans faire un plus long examen, et sans même avoir regardé le tableau.
Sur quoi compteront-ils, ces jeunes peintres? La critique déplacée doit les décourager; l'éloge outré doit les enivrer. Il faut donc qu'ils prennent le terme moyen, et écoutent plutôt l'homme juste et éclairé qui les jugera à la rigueur, en indiquant les défauts qu'il trouve, et les beautés qui lui plaisent.
Les journaux, en rendant compte delà dernière exposition, se sont contentés de parler de quelques artistes, dont le talent leur a paru le plus digne d'éloges; mais leur silence à l'égard des autres n'est-il pas un peu désespérant pour ces derniers? Car tous ceux qui portent leurs ouvrages à la place Dauphine meurent d'envie de se voir dans le journal. Vous les voyez, le lendemain, courir les cafés, s'emparer en tremblant de la feuille famatoire, jeter un regard mal assuré sur l'article peinture, et se dire, avec un serrement de cœur : Voyons si j'y suis?..,.
Ceux dont on a parlé mettent furtivement le numéro dans leur poche, et vont le montrer à tous leurs amis ; mais ceux que l'on a oubliés le laissent douloureusement sur la table et s'en retournent piqués de n'être point dans le journal : n'importe de quelle manière, ils eussent toujours été enchantés d'y lire leur nom.
C'est d'après ces réflexions, monsieur, que je me suis déterminé à vous envoyer cette lettre, où je prétends vous parler de plusieurs de ces jeunes artistes : je n'oublierai que ceux qui n'auront rien fait du tout de saillant.
Les bornes du Journal de Paris sont trop limitées pour qu'il
puisse donner plus d'étendue à cet article ; mais votre PantkéoD est assez vaste pour eontenir le mien, qui, d'ailleurs, traite une matière qui n'est point du tout étrangère au temple des Muses. J'entre en matière, et je vais juger, j'ose m'en flatter, sans rigueur, et surtout sans partialité.
M^ Le Roux de la Vd.le.
Il est juste de commencer par tes onvràges d*uD sexe qui, éé^ doué par la nature de tontes les qualités aimables, est encore bien plus digne de plaire quand à ces qualités il joint un talent agréable, subliaM nème et dont l*éiude est si difficile.
M"* Le Roux de la Ville nous a donné le capitaine Morden^ arrivant d^Italie pour voir sa cousine Clarisse Harlowe, C'est j ustement la veille de la mort de cette infortunée : Le capitaine reste firappé de la trouver dans un état si âéploroMe,
Ce tableau est d'un b<Mi ton de couleur ; les ^pressions y sont vraies et bien senties : mais il pèche un peu par le dessin et les lumières; les figures y sont à peu près sur le même plan, ce qui leur donne, si j'ose le dire, le dessin d'un bas-relief. Du reste, il est très intéressant : on y découvre surtout de grandes dispositions pour l'histoire.
M'"* Le Roux de la Ville est, je crois, élève de M. David.
Deux dessins, dont l'un représente U Dépari de Régulus ; et l'autre, un petit si;yet tiré d'une églogue de Virgile : c'est une mare qui pleure sur k corps de son fils.
Ces deux dessins sont lavés à l'encre delà Chine. Ils sont très corrects; la femme à genoux est très-belle ; en nn mot, Il y a beaucoup de mérite dans ces deux ouvrages.
Peut-être pourrait-on reprocher à l'artiste d'avoir un peu trop caractérisé l'en&nt, et mis ses figures trop sur le même plan. Je crois que cela nuit à l'effet.
11 y avait aussi de M"® M. V. un bas-relief d'après l'antique, dessiné à la pierre noire, qui mérite d'être distingué. Enfin cette jeune personne m'a paru digne du plus grand encouragement.
M"" Nanine Vallain.
Vn portrait de femme debout, et qui peint Ce portrait est très-agréable et d'une jolie couleur. Le satin est bien dans l'effet.
Une autre figure, d'une femme qui jette de l'encens. Elle est fort bette; mais la touche en est molle : je la crois copie*
A LA PLACE DAUPHINE, E!f 1788. M
M"" Lambert.
Un portrait au pastel dans le genre de M™» Guyard.
Une touche fort agréable, beaucoup de dispositions, voilà ce que j'ai remarqué dans ce portrait, et j'ose espérer que, si cette artiste travaille, elle nous donnera des morceaux précieux et plus faits.
M. DuBOS.
Tableau à Thuile, représentant une femme pevjmnl un portrait : un jeune homme est derrière elle.
On peut dire que ce tableau est bien composé ; mais les deux figures sont trop sur le même plan. Le ton est trop cru de couleur ; et pour vouloir mettre de la légèreté dans le dessin, on a rendu, je crois, la femme un peu trop maigre.
Ces défauts peuvent disparaître avec le travail. C'est toujours beaucoup qu'une bonne composition.
M. NaLDKT, âgé de 15 ANS.
Jupiter voulant qn'Atride fût comblé de gloire, envoie la déesse Iris à Hector pour lui défendre de combattre. Dessin sur papier bleu, à l'encre de la Chine, et blanc.
Ce charmant dessin donne la plus haute espérance de l'auteur puisqu'il n'a que 15 ans. Il y a du feu, une belle composition et une facilité de touche qui surpasse son âge; si toutefois ce n'est pas une copie.
M. MUBERT.
Une danse champêtre. Le dessin est fort joli ; mais il manque d'efifet : les lumières en sont trop égales. Il a néanmoins du mérite.
M. Créville.
Quatre tableaux, parmi lesquels il y en a de fort agréables; partout une bonne intention de couleur; mais, dans son tableau d'Alchîmie, il y a, snf le fond, un glacis qui feit tort à l'ouvrage. J'espère beaucoup de ce talent.
Une élève de M"*^ Le Brun.
Une dame tenant des fleurs. Ce tableau est bien composé, bien ajusté ; il tient de l'école d'où il sort, pour la grâce. J'y ai remarqué une intention de couleurs etde belles dispositions. Les fleurs sont fort jolies, cependant un peu sèches.
M. Boquet.
Beaucoup de tableaux et d'études de paysages dans lesquels on remarque