PRISES
Ces notes ont été prises pendant un voyage que j'ai eu r occasion de faire dans quelques parties de la Syrie au printemps et à Tautomne de Tannée dernière. Écrites à la hâte , elles n ont pas la prétention d'être un traité dogmatique sur la matière ou un Gaide des Voyageurs en Orient; loin de là : ce ne sont que de simples feuillets où j'ai noté mes impressions personnelles , et rien dé plus. On n*y cherchera pas le récit de découvertes archéologiques ou de longs aperçus historiques. Ce que je me suis borné à décrire , mais le plus fidèlement possible , c'est Taspect actuel du pays , la vie des campagnes de Syrie, les particularités qu offrent certaines coutumes de leurs habitants, qu'on avait jusqu'ici passées sous silence. Je livre ces notes telles quelles à l'impression , répugnant à un travail artificiel de coordination qui ne serait , pour des pays aussi souvent décrits que ceux que j'ai traversés, qu'une compilation fastidieuse et sans attrait, surtout pour le lecteur.
LMNTI-LIBAN.
Quand on sort de Damas par la porte nommée Bâh-Toama, vieux et très-beau reste de l'enceinte médiévale, on suit la route d'^Mep qui monte tout droit au nord , entre deux haies d'arbres de haute fiitaie, peupliers, platanes et autres essences , qui font de cette partie de la campagne un lieu de
promenade et de divertissement trës-fréquenté pendant la belle saison. Le pavé, fort inégal, est composé de pierres rondes dont les tètes ressortent; à certains endroits, le milieu de la chaussée est occupé par une voie en mauvais état, que la disposition des dalles, ainsi que leur grandeur, décèle comme un reste d*une route romaine. Nous laissons à droite le chemin qui mène à Sofàniyé, promenade fréquentée au commencement du printemps; on vient s* y rassembler tous les mardis : on donne pour ÇX|dilâation à cet usage T habitude où Ton était autrefois daller attendre l'arrivée de la caravane de la Mecque ; mais cette raison est tout simplement absurde. La caravane arrivant parla Route des Pèlerins, Derb el-Hadj ,
c'est-à-dire par Bouahi-Aîlah M\ »Ji^ et ie Méîdân, au sud de la ville, ce serait faire preuve de peu de bon sens que d'aller l'attendre le mardi à Sofâniyé , à Test de Damas , et le samedi au Merdj , qui est à l'ouest. Il y a là quelque vieil usage dont la raison n'est plus connue des indigènes \ Le Barâda passe ici sous un pont étroit en pierre, sans parapet; un canal amène l'eau nécessaire à la roue d'un moulin que l'on aperçoit à droite ; un café au bord de la rivière , encadré d*arbres toufius, ofire une place agréable où Ton peut à l'aise et au frais fumer le narghilé.
En poursuivant notre chemin , nous trouvons à gauche les restes d'une tour ou d'un minaret en ruines que l'on nomme Borctj-er-Rous « la Tour des têtes. » On raconte qu'il y avait autrefois là un faubourg de la ville , qu^au dernier siècle les habitants se révoltèrent contre les autorités turques ; que le pacha prit le faubourg d'assaut , fit couper et exposer en cet endroit les têtes des rebelles. Dix minutes plus loin, un caveau auquel on parvient par une dizaine de degrés contient une source qui est réputée comme donnant la meilleure eau de Damas ; on la nomme Zéïnabiyé, Après les chaudes journées d'été, quand le soleil, déclinant sur l'horizon, vient
' Sur les samedis, suhoût^ k Damas, voy. Ibn-Batoutah , Voy./ i, I> P- »97-
frapper dbliquement lé rideau d*arbres qui tempère 1-ardeur de ses rayons, Ton voit les Damasquins' sortir de) la ville et venir Gomme en pèlerinage goûter T eau. de cette source.
Bientôt après nous atteignons la limite eKtréme. des jardins; nous entrons dans la vaste plaine de Qàboun; les poteaux qui supportent les fils du télégraphe d'Âlep en rompent seuls la monotonie. Voici le village de Bené, au pied de la montagne; nous jetons un dernier regard sur Damas, et nous pénétrons dans im étroit wâdi aux flancs déchiquetés, rempli de rocs brisés et amoncelés; un quart d'heure plus loin, nous débouchons dans la fraîche vallée de Min^in. Il n*est pas de région plus stérile et plus désolée- que le versant oriental du I>jaba1-€harqî ; aussi les ^^ux dépressions où coulent le Barâda et le ruisseau de Min^Sn semblentelles des oasis dans ce désert. C'est près de ce dernier village que se trouve la source qui entretient la fertilité de cette région et arrose les jardins parmi lesquels on distingue les villages de Ma'raba , de Home et de Tdl-Min%i , offrant des sites pittoresques et des points de vue intéressants; Cette source jaillit d*un rocher creusé de nombreuses excavations qui servaient autrefois de tombeaux; un fût de colonne brisé et renversé, et quelques autres fragments • d*antiquités , in- * diquent l'existence en cet endroit d'un centre de population important.
Au-dessus du village commence une montée à pente assez rapide qui en qudques minutes conduit sur le long plateau où est située Séîdnaya ; bientôt nous voyons poindre , par^ dessus la crête d'une colline, le dôme du couvent grec : quelques pas plus loin nous pouvons distinguer l'ensemble de la bourgade.