‹ Notes prises pendant un voyage en SyrieChapitre 2 sur 9 · LA FÊTE DE SI^ÏDNAYA · texte numérisé non relu

LA FÊTE DE SI^ÏDNAYA

Le village de Séîdnaya étage ses maisons bâties en pierres grossièrement taillées sur le flanc d'unç colline rocailleuse ,

détachée de la masse împosiuite du E>jabal-Charqî et se confondant à distance avec celui-ci. C*est un amoncellement de rochers grisâtres et nus : les demeures des paysans semblent se fondre avec eux; on croirait à distance voir des habitations de troglodytes, des cavernes creusées dans le roc; mais de près cette illusion disparaît. Au sommet de cette colline aux versants escarpés se dresse fièrement le couvent grec, avec ses hautes et solides murailles, son clocher tout neuf et son dôme recouvert de zinc. Cette demeure monacale n inspire aucune idée triste , loin de là ; les murs en belles pierres jaunâtres d'où émergent des constructions disparates, les unes en moellons, les autres recouvertes de badigeon, semblent être bâtis d'hier; c'est un enchevêtrement de cours, de corridors, de gzderies, d'escaliers, placés au hasard sur la surface irrégulière que présente le sommet de la colline. Ajoutez que les proportions de cette construction sont très-restreintes ; c'est une petite église , précédée d'une trèspetite cour; tout à fentour, de petites cellules, assez basses de plafond, reçoivent les pèlerins et les simples voyageurs. Le regard de l'étranger, habitué aux proportions gigantesques de la plupart de nos monuments, se fait difficilement à la médiocrité des dimensions dans les constructions modernes de rOrient, et celui qui lit un récit de voyages est plutôt porté à exagérer qu'à restreindre la grandeur des édifices qu'on lui décrit.

Du haut de la terrasse qui sert de toit au couvent. Ton jouit d'une vue très-étendue. Tout en bas s'étend la vaste et presque déserte plaine de Séidnaya, où le Jardin de la Vierge (Bisiân es-Séyyidé), dépendance du couvent, est seul à former une tache verte sur l'uniforme couleur grise du sol. A droite , les hauts sommets de l'Hermon ferment l'horizon ; en face , à l'autre extrémité de la plaine , Ma^arra montre ses maisons blanches , qui semblent de petits cubes de pierre isolés les uns des autres; au-dessus, les sommets bas et arrondis d'une chaîne de collines nous dérobent la vue de la plaine de Damas; enfin, à gauche, la masse imposante de

roches noirâtres qui forme le Djabai Abou^i-^Ata nous indique la direction de la route dAlep; au delà, cest le désert

Le 19 septembre (le 7, vieux style), veille de la fête, les paysans commencent à arriver par groupes. Il en vient de tous les villages des environs , et même d*assez loin , de Rachaîa, de Zahlé, du Liban. Ils vont les uns à pied, les autres à cheval , tous armés jusqu aux dents de fusils à un ou deux coups ,de tromblons iU^t Jî , de pistolets , et quelquefois , mais rarement, de revolvers, La petite troupe fait son entrée sans ordre, en hurlant des chants à tue-tête, enivrée par la poudre dont ils font une énorme consommation, el par Yaraq (eaude-vie) dont ils ne se privent guère les jours de fête. Les femmes viennent ensuite, juchées sur les bagages que portent des mulets; ces bagages se composent de quelques couvertures de coton piqué dont on s'enveloppe la nuit, et d'un panier contenant, avec quelques provisions, l'indispensable narghilé.

Ce défilé s'accomplit dans un désordre inexprimable. Les cavaliers, qui forment la têlo du cortège, caracolent, vont et viennent, et de temps en temps déchargent en l'air leurs tromblons chargés de poudre jusqu'à la gueule ; les piétons viennent ensuite, en rangs pressés, — leurs pas cadencés sont souvent réglés par une sorte de tambour-major, qui exécute des danses fantaisistes en agitant en l'air un sabre

recourbé. Les longs cheveux, le leffé m1 mal enroulé autour du tarbouch écarlate, les vêtements de couleurs disparates donnent à cette cohue un caractère toul à fait étrange; on croirait voir une invasion de barbares déguenillés, d'autant plus que les détonations dont ils vous assourdissent contribuent à entretenir cet le illusion , que leurs mines rébarbatives ne sont pas faites pour dissiper.

Montons au couvent. On y entre par une petite porte trèsbasse pratiquée au pied de la muraille ; deux ou trois marches à gravir, et nous sommes sur le parvis de l'église , bien étroit, resserré qu'il est entre la nef, qui occupe presque toute la

largeur de la cour, et la série de petits bâtinients carrés qu'ont fait bâtir les principales familles grecques orthodoKes de Damas, et où elles viennent passer quelque temps à Tépoque de la fête. De misérables escaliers et des galeries couvertes, le tout construit en bois, donnent accès au premier étage , qui est de plain-pied avec la terrasse. £n réalité , le couvent na qu'un étage, je ne saurais dire un rez-dechaussée, puisque cette construction est suspendue dans les airs ; au-dessus^ sont construites çà et là quelques chambres carrées, isolées les unes des autres, et s* ouvrant sur la terrasse.

Cest dans ces couloirs étroits et sur cette terrasse aux dimensions restreintes que vient s'entasser la foule dont nous avons vu l'entrée. Bientôt les hommes se réunissent d'un côté , les femmes d'un autre; deux ou trois robustes gaillards, ou quelques jeunes filles au teint défraîchi , hélas I se prennent par la main, d'autres surviennent, et voilà la^anse commencée ! Ces rondes de paysans se nomment dahké AJo^ ; danser en rond se dit dabak wîL^ \ Les rondes des hommes ont un chef, un coryphée; c'est ordinairement un improvisateur, et voici pourquoi : il chante des hymnes en l'honneur des principaux personnages présents , et en échange des louanges qu'il décerne , t1 reçoit un léger bakhchich. Une poésie improvisée dans de pareilles conditions doit laisser beaucoup à désirer ; généralement elle est d'une platitude rare. Les femmes se contentent de régler leurs pas sur des rondes populaires en dialecte vulgaire, dont quelques-unes sont fort jolies; je parie du rythme et de la mélodie , car autrement les paroles sont insignifiantes ou enfantines. Ces rondes se composent d'un refrain répété par toutes les personnes qui figurent

^ Il est inutile de faire remarquer que cette expression n'appartient point à l'arabe classique. Le dictionnaire arabe-français du P. Guche, si précieux pour Tétadcdes dialectes vulgaires de la Syrie, ne donne que la deuxième

forme du verbe, j}3ù «trépigner, piétiner». Cette danse porte le même nom {Debha) dans le dialecte de Mésopotamie. Cf. Layard, Discoveries in Nineveh andBabylon, p. 85.

dans la danse, et d'une série de vers que chacune dit à son tour, en solo. Parmi les refrains méritant de fixer lattention qui ont frappé mon oreille, je citerai ceux-ci :

Djina noàrid âl-mâyéh.

Nous somnifés descendues à )a source.

Et:

Moûch harâm êwh el-mohabbé, yà mouch harâm,

N*es^eiie point déshonnéte, la voie de Tamour?

La chorégraphie de ces rondes est assez compliquée. Les principales figures consistent en pas en avant et en arrière , agrémentés de qudques ronds de jambes , tout en avançant .très-lentement en cercle de gauche à droite. Cette description succincte est sans doute insuffisante pour que f on se fasse une idée exacte de la danse; mais il faut favoir vue pour en saisir les mouvements, et surtout pour y trouver quelque charme. Cette ronde a d'aiiieurs un caractère triste et grave , monotone même ; j'aime à penser que telles étaient les danses religieuses de fancienne Syrie. Le bruit cadencé des qcdtqab LftjLxi ou sandales de bois que portent les fenunes marque le rythme. De temps en temps, la figure devient plus animée ; les danseurs , la tète penchée en avant , la main dans la main et les doigts entrelacés, se soulèvent mutuellement en se serrant épaule contre épaude , et lançant le pied droit en avant, font le geste d*un honune qui écraserait quelque chose (tel est du moins ce que j'ai cru voir). Ce mouvement est accompagné d'une sorte de sifflement qui n'est peut-être que le hoquet des poitrines haletantes.

n est encore une autre sorte de danse qui s*exécute égsdement en rond , sur un mouvement allegro franchement marqué; mais les danseurs ne forment plus un cercle complet; au nombre de huit à dix , ou même moins , ils se tiennent par la main et tournent en rond lentement, tout en exécutant des pas variés assez semblables à ceux de la dahké dont j'ai dit quelques mots plus haut. Une flûte de roseau aux sons

tendres et doux, mais accompagnés d*un sifflement désagréable produit par la colonne d'air que Tembouchure divise en deux \ règle les pas. Le coryphée agite en Tair de temps en temps un mouchoir aux couleurs vives qu il tient à la main.

Tels sont les divertissements des paysans pendant la fête de Séîdnaya. La variété des costumes , depuis la robe taillée à r européenne des femmes de Zaldé jusqu'aux vodes bruns à (leurs jaunes des paysannes de Ma^loula , depuis le machlah du Bédouin jusqu'au vêtement bleu de roi à passepoib rouges des gendarmes libanais , forme un ensemble des plus pittoresques et des plus intéressants , et permet d'embrasser d'un coup d'ceil les difiérents accoutrements des habitants de la montagne. C'est là, surtout pour l'étranger, ie principal, attrait de la fête ; et c'est surtout à ce moment qu'il convient de visiter le couvent, qui parait bien triste quand le silence règne dans ses murs.

La principide antiquité de Séidnaya * est un monument de l'époque romaine transformé aujourd'hui en chapelle et placé sous l'invocation de saint Paul. Que ce soit un tombeau ou un sanctuaire , on n'est pas bien d'accord là>dessus ; mais la tradition du pays prétend qu'autrefois c'était le trésor du roi. De quel roi peut-il bien être question ? La légende n'entre pas dans ces détails; elle dit seulement que c'est le roi qui a bâti le couvent. Le directeur spirituel de la communauté

* Ces flûtes se tiennent comme notre flûte traversiére, mais Tembouchure n'en est point latérale; le tuyaa est ouvert aux deui bouts. La colonne d*aîr lancée avec force contre le bord de rembouchnre produit ce bruit incommode dont je viens de parler.

' Parmi les curiosités que Ton ne manque pas de visiter, se trouve encore une image miraculeuse de la Vici^, conservée dans un petit réduit disposé en chapelle et situé derrière Téglise. L'image , enfermée sous des vantaux Targent, est de style ancien mais de fabrication sans doute relativement moderne; car les voyageurs du moyen âge nous disent que le portrait qui existait de leur temps ne se distinguait plus qu'avec peine. Cf. Mandeville , Voyages^ cb. xi (p. 190 de la trad. de Wright, Early travels in Palestine) , et Sertrandonde la Brocqoière, t. V des Mémoires de l'Institut (161U p. 3o6).

grecque , un prêtre à barbe grisonnante , assure que Séîdnaya a été bâti vers Tan 5oo de notre ère , c est-à-dire sous la domination des empereurs de Byzance. Le village aurait-il été en ce temps la capitale d'un principicule arabe ?

A trois quarts d*heure de Séîdnaya , à lautre extrémité du plateau, on aperçoit les maisons isolées du petit village de Ma^arra. Une source d*eau claire mais peu abondante arrose un petit jardin bien étroit : c'est là tout ce qui se trouve de verdure dans ce stéiile endroit, choisi comme lieu dliabitation uniquement à cause de son air salubre. Quelques figuiers rabougris, espacés sur les versants d'une colline rocailleuse, poussent chétivement, privés d'eau, au milieu des pierres \ Derrière le village, une bande d'un blanc vif signale de loin le chemin qui mène directement à Damas , mais que Ton fréquente peu , d'abord à cause de sa mauvaise réputation, et ensuite parce qu'il offre une côte à la pente trèsroide. On nomme cette descente Sellimé*^ par allusion au mot selloam, qui en arabe vulgaire veut dire une échelle (pour sallam),

' A une demi-heure de Ma^arra se trouve la chapelle de Mar-Élias (Saint-Élie) , creusée dans les flancs d'un immense mur <le quelque cent mètres de haut, qui sépare brusquement la chaîne des collines qui s'élèvent au-dessus de Berzé et de Khân-Qosséîr, du massif principal de f Anti-Liban. Ce n'est qu'une simple petite salie carrée, dont le plafond est taillé en form'e de voûte ; au miïieu s'élève un autel où l'on vient quelquefois dire la messe; devant la porte, on trouve un puits creusé dans le roc. Pour y arriver, il faut se laisser glisser, en se retenant des pieds et des mains , sur un afireux

* Un terrain de ce genre , arrosé uniquement par Teau de pluie , qui ne tombe guère qu*en hiver, se nomme ha'l J^: les arbres qui y poussent donnent des fruits excellents, bien supérieurs à ceux qui proviennent des terrains de culture maraîchère , appelés X^ sa'ï,

* Ce nom , sous la forme Selima , se trouve sur plusieurs cartes comme désignant un village situé un peu à Test de la route de Ma^arra à DaoAs; c'est une erreur, car ce village n'existe pas. La carte qui est jointe au livre de M. Porter, Five years in Damascus , 2' édit. , ne porte pas ce nom.

sentier, véritable casse-cou ; des marclies sont taillées de distance en distance dans le rocher. On remonte par le même chemin. De la petite plate-forme qui précède la chapelle, on a une vue des plus étendues sur toute la contrée : tout au bas, les deux villages de Ma^roûné et de Hoféir; devant soi, la plaine de Damas et ses lacs ; à gauche , le désert de Syrie , semblable à une mer de glace, tant les montagnes accumulées qui le composent ont Tair de s'entrechoquer comme des vagues; au fond, perçant la brume, le plateau du Ledja et les montagnes du Hauran*

MA*LOULA.

Les six heures qui séparent Séîdnaya de Ma^loula se font dans une plaine assez monotone , ou pour parler plus exactement. Ton suit r immense plateau qui conmierice près du Sahrat-Dîmâs pour aller mourir au-dessus de Yabroud en se confondant avec les hauts plateaux de Nebk , de Dêr-'Atiyé et de ^Aritén (prononciation vulgaire de Qariatéîn). On longe une série de falaises abruptes , de nature basaltique , qui se trouvent à gauche de la route, tandis que, vers la droite, le regard embrasse librement les pentes arides et noirâtres de la montagne d*Aboul-Atâf qui découpe le ciel de ses pics escarpés. Quelques échappées, derrière nous, permettent d' entrevoir une dernière fois les jardins de la Ghoâla et les vert^ pâturages du Merdj ; enfin nous pouvons distinguer le commencement du désert et la route de Palmyre*

Nous apercevons bientôt le village de Bedda , entouré de jardins ; puis 'Akôber, dont les maisons de terre noire ont le plus triste aspect ; un village ruiné près duquel nous passons , c'est Mabiyé*, que le gouvernement turc fit détruire, il y a une quarantaine d'années , parce qu'il avait refusé de payer l'impôt. Tawâni nous montre ses habitations éparses , situées

^ Ce nom ne se trouve pas sur les cartes que j'ai entre les mains. Celle de Porter, op. laud. , marque remplacement des ruines.

au pied d'une haute colline sur le sommet de laquelle s élève le dôme d*un wéli. Les poteaux du télégraphe nous in> diquent la route d'Alep que nous croisons et que nous laissons pénétrer à gauche dans nne échancrure de la falaise ; c'est là que se trouve Djubb-^Adîn. Quelques minutes après, le chemin s'infléchit sur la gauche ; le terrain cède brusquement sous nos pas et nous laisse voir les jardins de Ma^loula. Un étroit passage au fond duquel coule un ruisseau d'eau vive , encaissé entre deux hautes murailles escarpées , donne accès au village lui-même.

Les maisons , de forme carrée , son< construites en pierre ; la façade en est recouverte de cet enduit blanc qu on nomme

hawwâra ih|^^> (sorte de craie); elles s*étagent les unes sur les autres, accumulées dans cet étroit espace, et comme écrasées par les flancs de la montagne ; des fragments de rochers accrochés à diverses hauteurs, et retenus dans leur course, font craindre à chaque moment quen se détachant subitement ils ne viennent détruire quelque maison et en faire périr les habitants. La vallée se bifurque , et le village s'étend également sur les deux branches de la fourche. A gauche , tout aii haut de la montagne , on voit le couvent grec catholique de Mâr-Serkis; à droite, à mi-côte, les cellules blanchies à la chaux du couvent de Mâr-Thékla , qui appartient aux Grecs orthodoxes, semblent sortir du milieu des rochers. Dans les parois de la montagne , qui semble ici former un mur, on voit une multitude de tombes, sorte de niches creusées dans le roc , au bas desquelles est ménagée une place à peine suffisante pour y mettre un corps ; d'autres excavations plus considérables sont composées d'une chambre au plafond de laquelle sont réservées des saillies trouées de façon à pouvoir y suspendre des lampes. Beaucoup de ces salles sépulcrales sont à moitié détruites par les pluies qui viennent ronger le roc; d'autres, mieux conservées, sont utilisées par les paysans d'aujourd'hui pour y faire le dibs ou mélasse de moût de raisin avec les produits des vignes qui croissent dans la montagne , au-dessus du village.

Parmi les lourdes roches qui se sont détachées du massif, il en est une sur laquelle est sculpté un bas-relief aujourd'hui bien fruste , mais où Ton peut encore distinguer quatre personnages et un cinquième qui semble un enfant. Le haut du bas-relief est taillé en plein cintre. D'ailleurs rien n*y est plus assez distinct pour que Ton puisse chercher à s'expliquer le sujet de cette représentation. La tradition locale rapporte que l'ancienne ville, la Maglada de Ptolémée, était située près de remplacement occupé par cette roche, dans Tendroit où se trouvent aujourd'hui les haîâdirs ^^Lj ou aires où l'on bat les épis du froment.

Le petit ruisseau qui fertilise les jardins de Ma^oâla sort de deux sources différentes , situées , Tune au-dessous du couvent de Mâr-Serkis , l'autre à côté et en face du monastère des Grecs schismatiques. Elles offrent toutes les deux cette particularité qu'elles se trouvent sous la montagne, dans une sorte de cave où l'on pénètre par un long couloir sombre et étroit (il faut, pour pouvoir y passer, se tenir courbé et presque accroupi) taillé de main d'homme. Il est d'usage dans ce pays d'aller prendre des bains dans ces cellules mystérieuses ; aussi nomme-t-on communément ces sources les Hammam ou bains de sainte Thékla.

Après avoir parcouru environ un kilomètre au milieu des jardins , les eaux du ruisseau disparaissent pour former un peu plus loin la source de *Aïn et-Tiné (du Figuier), qui a donné son nom au village y attenant et où poussent les seuls pistachiers de la contrée de Damas. Plus bas est la source nommée ^Awéînât (les petites sources) , où sont encore quelques jardins avec de frais ombrages. Enfin , on trouve une vallée déserte qui descend vers Djéroud et Qoutéïfé, bourgades situées toutes deux sur la route des caravanes de Palmyre.

La grande curiosité de Ma^oûla , ce qui fait que depuis . Burckhardt tous les voyageurs n'ont pas manqué de prononcer son nom, c'est qu'elle est le seul endroit de toute la Syrie (avec ses deux annexes de Djubb-^Adin et deBakh^a]

où Ton' parle encore le syriaque. Nul n ignore que Taraméen , après avoir été la langue vulgaire de la Syrie et de la Palestine pendant toute la durée de la domination romaine dans ces contrées (pour ne parier que des temps les plus rapprochés de nous), a totalement disparu devant la marche envahissante de la langue arabe , et qu*il faut aller jusqu à Ouroumiyya pour y trouver le syriaque encore vivant. Ma'loula est, par un privilège singulier, restée seule en possession de ce dîaiecte de ce côté-ci du Tigre et de TEuphrate^ Aucun des nombreux voyageurs qui ont signalé Texistence de cet idiome n^avait songé à prendre note des expressions qu'il entendait autour de lui et à en donner un vocabulaire ; mais dans ces demiires ^années, M. Albert Socin, professeur de langues prientales à Baie, a été passer six mois dans cette localité et a pu recueillir un vocabulaire complet'. Ce travail n'a pas encore vu le jour; il me sera donc permis de noter ici quelques mots entendus en courant, ou notés avec soin sous la dictée. Je ne me suis lié qu*à mon oreille ; la transcription est aussi exacte que possible. Je me dispense en outre de faire aucun rapprochement philologique, laissant ce soin à de plus autorisés; je me contente de signaler quelques ressemblances avec des mots de Tarabe vulgaire n appartenant pas à Tidiome classique :

LoAma a pain 1. iVo^^Afa' «morsure».

Halba « lait caillé » , nommé en ar. Nockkthu c baiser ».

léhen, Besnitha c jeune fille».

Basra « viande ». Chenitha « femme ».

' Je ne saurais mieux faire que dé renvoyer le lecteur à THûtoirc des Langues sémitîqoei diE, Renan, p. a 68, à* éàiU

* Je tiens ces renseignements de la bouche même des paysans de Ma*loûla. Si jamais ces lignes tombaient sous les yeux de M. Socin, je le prierais de me paldonner les erreurs involontaires que j'ai pu commettre.

' Le < L dans les féminins se prononce comme le th anglais dur; cette particularité est plus remarquable dans la prononciation des femmes que dan* celle des hommes. ~

J. As. Extrait n" i4. ( 1878.) 2

GhtArona «homme».

Besichâna •jardin».

GhMja « pouie. »

DUda •ooq».

Dabicha • miel » (arabe j«,i> ■ mélasse de faisin»).

Khalpa «chien».

Safréna «moineau».

Mm^aàia «fuseau».

Ze ficha «fusii à deux coups» (cf.

ar. Tulg. iBuL^, plur. ^ayi^, ({ja turc oÂ^ ).

MoJm «eau», (arabe vulgaire c^^, Rif^» mouéi, mèyé),

Mola karrisé «eau froide».

JVarta «rose».

Kkoappo «épine».

Tehouth warta bila khaappû « il n*y a pas de roses sans épines».

Khamkihtha «étoile».

Noura «feu» (io^.

SinoUha «plateau» (arabe vulg.

Â^JL^wo senijryé),

Nokra « lumière » ]\m^j.

Denpo «queue».

Denpo errekh «queue longue».

Sahva «lune».

Kkencha «messe».

Khotchma « anneau ».

Karcho «argent».

Besôna « garçon ».

AfecA^n huile».

Blota • ville».

Gkechra «pont».

Raîcha «tête».

Idakh «ta main».

Ghehmokh «tes sourcils».

Ednokh « tes oreilles ».

Thimmakh < ta bouche » (of. arabe

vulgaire de Syrie, dLfr', de 13

pour ^).

*Arôba «coucher du soleil».

Soasteha «jument ».

Chimcha «soleil».

Marfaktha «oreiller, coussin».

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