‹ Notes rectificatives pour servir à l'histoire des microscopes. Adressées à Messieurs les membres de l'Académie royale des sciences de FranceChapitre 3 sur 12 · ACADÉMIE DES SCXEWCES DE PARIS · texte numérisé non relu

ACADÉMIE DES SCXEWCES DE PARIS

Séance du 25 août.

Depuis que le Microscope, dans les mains de M. Raspail , est devenu un moyen puissant d’observation , le débit de cet instrument s’est considérablement accru (i), et les opticiens ont pu tenter de nouveaux perfectionnemens. M. Selligue , le premier, construisit, en 1824» un Microscope à

objectifs achromatiques (2), chaque objectif était formé d’un crown et d’ün flint , etl on en prenait jusqu’à quatre pour les plus forts grossissemens. Fresnel , dans son rapport à l’Académie , signala ce perfectionnement comme très-avantageux pour les grossissemens de quelques centaines de foismais il reconnaissait que l’on ne pouvait aller au delà ^ sans rencontrer les défauts des Microscopes ordinaires^).

Quelque letns après (4), M» Amici abandonna ses miroirs elliptiques pour les objectifs achromatiques 5 mais afin de donner autre chose que l’appareil de M. Selligue, il plia son tube en équerre, et, opérant la réflexion intérieure de la lumière sur l’hypolhénuse d’un prisme de verre, il fit voir horizontalement ce que l’on devait apercevoir dans une position verticale. Cette innovation, qui, sans modifier en rien la puissance du Microscope occasionait uhe triple déperdition de lumière, devait, comme tous les essais ridicules des gèns à grand renom , obtenir les éloges des membres les plus influons de l’Académie (5) ; ce qui ne manqua pas d’arriver, en haine des succès de

(1) Le débit des Microscopes ne s’est véritablement accru , que parce que cet instrument a été considérablement amélioré par les lentilles achromatiques , et beaucoup de perfectionnemens qui ont été faits au Microscope avant les publications de M. Raspail, qui cependant a popularisé l’usage de cet instrument.

(2) M. Selligue n’a jamais construit de Microscope, mais il a conseillé à MM. Chevalier, père et fils, de faire de ces instrumens , en y adaptant des lentilles achromatiques. Le Microscope achromatique présenté à l’Académie, par M. Selligue, a été établi entièrement par MM. Chevalier.

(3) Fresnel trouva des défauts au Microscope Selligue (construit par MM. Chevalitr ) , mais cela tenait seulement à ce que les lentilles n’ayant pas un assez court foyer, on était forcé de mettre tout le pouvoir amplifiant dans les oculaires , ce qui nuisait à la netteté et à l’achromatisme ; Ces verres avaient aussi une petite ouverture, et les crown étaient tournés vers l’objet selon les indications de M. Selligue.

(4) Quelques mois s’écoulèrent , et MM. Chevalier, père et fils, construisirent un Microscope achromatique à doubles lentilles achromatiques ayant chacune un foyer de quatre lignes, ce qui donnait un pouvoir achromatique amplifiant de deux lignes. Les surfaces planes desobjectifs étaient tournées vers l’objet, et ces verres avaient une lai'ge ouverture.

(5) Celte innovation du prisme ne modifie en rien la puissance du Microscope , mais elle rend l’instrument plus eommode et susceptible d’être appliqué au dessin des objets et à la mesure exacte de leurs dimensions réelles , ce n’est donc pas un essai

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M. Raspail. M. Vincent-Chevalier se rail à en Construire pour les capacités scientifiques de Paris; mais il fut bientôt reconnu que les éloges académiques avaient porté à faux, et le riche Microscope d’Amici se trouva abandonné pour un autre ins-

trument beaucoup plus parfait et moins cher (6).

Lebaillif, cet amateur des sciences qui réunissait chez lui tous les observateurs et les artistes de Paris, lesquels lui amenaient un grand nombre de savans étrangers, possédait des Microscopes de tous genres-, il voulut encore faire la dépense du premier Microscope d’Amici , construit par V. Chevalier (7). Le magnifique appareil fut posé sur la table d’essais : comme il écrasait les autres Microscopes, ses rivaux (8) ! ceux-ci n’avaient coûté

que cinquante écus (9) , et le nouveau venu se payait tout aujuste mille francs. Mais grand fut le désappointement des observateurs : la lumière affaiblie ne laissait pas voir avec assez de clarté les objets, dont quelques-uns , très-visibles dans les Microscopes ordinaires, disparaissaient entièrement dans celui d’Amici (10). Lebaillif rapprocha alors quelques verres , et , au moyen d’un tube de carton, il produisit un Microscope d’une clarté

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ridicule. Un prisme n’occasione pas une triple déperdition de lumière , mais seulement il peut en absorber un peu par le passage au travers de la masse de verre , ce qui ne nuit aucunement aux observations.

Les lentilles achromatiques d’Amici étaient beaucoup plus puissantes et mieux disposées que celles de Selligue , puisqu’elles avaient sept ou huit Jignes de foyer chacune , que les flints étaient tournés vers les objets , et que ces verres avaient une large ouverture.

(6) Le Microscope d’Amici n’a jamais été abandonné par personne. Tous les observateurs qui ont acheté de ces instrumens , s’en servent toujours avec avantage et satisfaction ; tels sont MM, Adolphe Brongniard , Audoin , le Baron Séguier , le vicomte Gassini , Lebaillif, etc,, etc,

(7) Trois ans ou même cinq ans plus tard, M. Lebaillif n’en a pas fait de même pour le Microscope, dit de M. Trécourt, queM. le rédacteurpréconise ici. Il n'a pas voulu dépenser 150 /. pour un instrument qui ne lui présentait aucun avantage sur ceux beaucoup plus parfaits qu’il avait en sa possession.

(8) C’est en 1827 que M. Lebaillif a acheté son Microscope d’Amici ; à cette époque , et pendant encore plusieurs années , il n’avait pour rivaux que le Microscope de M. Charles , celui de M. Selligue, le Microscope achromatique vertical de MM. Chevalier, ou ceux horizontaux construits par M. Amici luimême.

(9) Cette phrase ne s’applique à rien , elle indique seulement que M. le rédacteur a peu de mémoire pour les dates , ou qu’on lui a donné de mauvais renseignemens. En 1827 il n’était aucunement question ni des Microscopes à 150 fr. ( V oyez la lettre de M. le Baillif , année 1829, page 27 ), ni de MM. Trécourt, Georges Bouquet, etc. Us ne s’étaient pas encore faits prôner par le National. Le deuxième Microscope construit par M. Trécourt et C ‘. , a été vendu à M.de Norremberg, professeur à d’Armstadt, août 1831.

(10) Avec un Microscope horizontal on peut voir tout aussi bien qu’avec un Microscope vertical , tout est , pour ainsi dire , dans la perfection des lentilles.

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et d’une netteté admirables, qu’il opposa victorieusement à tous ces dispendieux appareils : le résultat de cette comparaison ne sortira jamais de notre mémoire (i i).

C’est alors que M.Trécourt, qui s’occupait depuis long-tems de Microscopes , eut l’idée d’en construire un(i2) qui fût mieux achromatisé que celui

de Selligue (i3) et qui pût se vendre à bas prix. Il tailla lui-même les premiers verres dans les ateliers de M. Bouquet , et le nouveau Microscopefut monté par M. Georges Oberhauser, connu des savans et des marins en particulier par son simple prénom. Les essais faits chez Lebaillif montrèrent la grande supériorité de ce nouvel instrument sur tous les autres du même genre : il reçut le nom de Microscope achromatique réduit.

Ce Microscope a deux systèmes d’oculaires , qui font varier le grossissement d’un quart-, mais la pièce principale est l’objectif, système de trois lentilles achromatisées. Ce système ternaire est bien préférable aux systèmes binaires de Selligue (*4), comme nous le prouverons tout - à - l’heure. M. Georges vend aujourd’hui son Microscope i5o francs avec un seul grossissement ; chaque grossissement ou système ternaire coûte 24 francs en sus -, et si l’on prend dix systèmes, grossissant de vingt à mille fois, le prix sera de 4<>o francs ( 1 5) . M. Trëcourt possède une série de systèmes achromatiques jusqu’au grossissement de 2,25ofoi^, et nous avons soumis son appareil à des essais comparatifs. Voici ce que nous avons observé.

Le Microscope de Selligue perd son achromatisme vers le grossissement de deux ou trois

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(I l) Le Microscope de carton de M. Lebaillif était toujours armé de lentilles achromatiques du microscope horizontal , il avait de faibles oculaires , il n’est donc pas étonnant qu’il ait été très-clair et très-net.

(12) M. Trécourt ne s’est point construit luimême un Microscope, il a fait faire des lentilles pendant deux années à M. Magnien , opticien , puis après à M. Bouquet , en copiant celles d’un Microscope fourni à M. Lacoste (voyez page27), en désespoir de ce que MM. Chevalier ne voulurent pas lui vendre de leurs lentilles , sans qu’elles fussent jointes à un de leurs instrumens.

(13) Les lentilles achromatiques avaient été perfectionnées depuis le Microscope présenté à l’Académie par M. Selligue. MM. Chevalier père et fils construisirent en 1825, les Microscopes les plus parfaits qu'on ait jamais vus (page 28). Je prends pour témoin de ce fait positif, M. Turpin qui s’est toujours plû à reconnaître l’excellence du Microscope vertical qui lui a été fourni par MM. Chevalier. — M. Trécourt n'a rien mieux achromatisé , seulement il a cherché à faire construire un microscope économique , par MM. Georges et Bouquet. Cet instrument, il le vend 150 fr., et M. Charles Chevalier le donne pour 90 fr.

(14) Les lentilles du microscope de Selligue se superposaient par deux , par trois ou par quatre , ainsi que le constatent les Annales des sciences na turelles\ M. Trécourt n’a donc rien trouvé de nouveau.

(15) Ce Microscope se vend 90 francs seulement (chez Charles Chevalier , au Palais-Royal), avec deux oculaires et trois lentilles achromatiques.

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cents fois (16); le Microscope de M. Trécourt conserve un achromatisme parfait jusqu’aux plus forts grossissemens. Jusqu’à celui de mille fois, les objets sont vus avec beaucoup de netteté et une clarté suffisante. Au grossissement de 760, le grain de fécule de pomme de terre nous a présenté des détails de texture qui échappent au Microscope de Selligue : alors apparaît le hile du grain et la structure écaillée de son tégument autour du hile comme centre, structure qui s’aperçoit déjà au Microscope simple de M. Raspail (17) , construit par Deleuil. Les grossissemens supérieurs à mille fois , au Microscope de M. Trécourt , sont aussi parfaits que le permet la nature des verres; mais alors se présente un phénomène optique qui nuit à ce genre d’observation : ce sont les franges colorées. Ces franges, produites pat1 la diffraction de la lumière sur le bord des objets, sont entièrement indépendantes des lentilles; elles existent sans ces lentilles, qui ne font que les rendre visibles par le grossissement. Nous avons compté jusqu’à six franges tout autour d’un grain de fécule, franges parfaitement violettes d’un côté, et rouges de l’autre; ce qui prouve le parfait achromatisme des lentilles( 1 8) . Et comme ce phénomène se reproduit avec netteté, au grossissement de 2,260 fois, et sous la vive lumière du soleil, nous arrivons à cette conclusion, vraiment remarquable , que l’on possède aujourd’hui des lentilles microscopiques parfaitement achromalisées, jusqu’à l’énorme grossissement de plus de deux mille fois. Ceci fait beaucoup d’honneur à M. Trécourt, l’inventeur du nouveau microscope (19), et la France peut se

glorifier à juste titre, puisqu’elle laisse bien loin derrière elle l’Italie et l’Angleterre.

Nous n’avons plus qu’un mot à ajouter, tou-

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(16) Le Microscope de Selligue ayant été construit en 1824, il ne peut être comparé avec ceux qu’on fait maintenant à cause du peu de grossissement de ses lentilles , mais aussi faut-il se reporter au tems où il a été fait. Pourquoi, puisqu’il sagit de comparaisons, ne pas les faire avec les Microscopes de l’époque, ceux de M. Amici ou de M. Charles Chevalier .

(17) Le Microscope dit de M. Raspail n’est autre que celui de Cuff, gravé dans l’ouvrage d’EUis sur les corralines ( année 1 7 56 ) .

(18) Les franges dont on parle ici ne sont pas toutes produites parla diffraction, elles sont très-souvent causées par un manque d'achromatisme ; du reste il est ridicule d’essayer la bonté d’un Microscope smon grain de fécule , et surtout de faire l’expérience an soleil où la rétine, étant affectée par une trop vive lumière , est incapable de transmettre des sensations bien exactes.

(19) M. Trécourt n’a rien inventé , car le Microscope qu’il a fait annoncer par M.Saigey n’est pas nouveau. La forme générale est celle du Microscope de voyage, qui se vend à Munich* pour 96 fr., et que M. Chultz a apporté à Paris; les lentilles ont été copiées des microscopes de MM. Chevalier ( pag. 27), et les diaphragmes sont de M. Lebaillif.

* Voirie tome us, année 1816 de la Bibliothèque universelle qui fait suite à la Bibliothèque bjitannique.

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chant le microscope queM. Charles Chevalier, fils de M. Vincent Chevalier, a présenté à l'exposition des produits de l’industrie, et dernièrement à l’Académie des sciences. Ce microscope lui a valu une médaille d’or du jury de l’exposition -, cette récompense était bien acquise par l’instrument, mais non par l’opticien. En effet , c’est un Microscope magnifique, à nombreux accessoires, payé i ,5oo par le Collège de France ; mais ces systèmes achromatiques sont ceux de M. Trécourt (20), vendus à M. Chevalier par M. Bouquet, qui maintenant les livre, tout montés, au commerce. Nous avons examiné ce microscope, comparativement à/celui de M. Georges Oberhauser, il y a identité parfaite pour les lentilles, dont les trois pièces se vissent de l’un à l’autre microscope. M. Charles Chevalier aurait dû changer le pas de ses vis et mieux déguiser son emprunt.

Il ne faut pas confondre ce riche Microscope avec un Microscope simple de M. Charles Chevalier, qui lui a valu une seconde médaille d or de la Société d’encouragement , sur le rapport de M. Séguier fils. Ceci n’a aucune valeur scientifique (21). Il s’agit de rapprocher deux ou trois lentilles piano-convexes pour augmenter le grossissement (22) \ le tout est monté sur un pied semblable à celui duMicroscope simple de M. Ras-

pail (23) et se paie i5o francs au lieu de 3o fr.

que coûte ce dernier instrument (a4)>

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