AVIS
Ceux qui liront ces notes comprendront pourquoi je les ai conservées. Il y a dans les incidents qui s'y trouvent matière à un poème dans le genre du Lutrin
de Botleou, ou à une comédie comme savait en faire le spirituel Labiche. .
Outre ce motif, j'en ai eu un autre plus sérieux : l'honorable M. Alexandre Chauveau, président du comité du monument de Champlain, qui a mené cette entreprise à bonne fin avec use activité et un taët qui ont êté universellement reconnus, se propose de garder, pour l'avenir, les livres de délibérations qu'il à tenus. Ces livres ne renferment qu'une partie des pièces contenues ict; voilà pourquoi je les at réunies en brochure, afin qu'on puisse s'en rendre compte.
L'abbé H.-R. CASGRAIN, Québec, ce 15 oétobre, 1898.
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Nec quæro bellum nec vito.
En 1896, je fus nommé l’un des membres du comité chargé de rédiger les inscriptions qui devaient être placées sur ce monument. L'extrême difficuité que j'ai de lire, à cause de la faiblesse de ma vue, m’engagea tout d’abord à refuser d'en faire partie, dans la crainte de ne pouvoir me bien rendre compte des projets à discuter. J'en avertis le Président, Mgr Laflamme, et je m'abstins d'assister aux deux premières assemblées. Ce ne fut que Sur les instances pressantes et réitérées d’un des membres du comité, M. l'abbé Lindsay, que je me décidai à me rendre aux réunions. M. l'abbé Lindsay s'était, paraît-il, adressé à un latiniste qui lui avait remis deux inscriptions. Il me les lut un soir que j'étais allé souper chez lui, au monastère des Ursulines, et me pria instamment de me rendre au romité, où il pensait que mon appui pourrait faire adopter plus facilement l’une des deux inscriptions. La majorité de ce comité semblait préférer que tout fût fait en langues vulgaires, française et anglaise. J’eus le tort de me laisser persuader, et ce fut le commencement de petits conflits littéraires plus amusants pour la galerie que pour les acteurs. Peu importe; je crois pouvoir dire que, par la franchise avec laquelle j’ai exprimé mon opinion, j'ai épargné au comité quelques bévues qui auraient pu être mises à sa charge. J'en signalerai trois que je crois bien caractérisées.
La première a trait au nom même de Champlain qui était tronqué dans les deux inscriptions latines,
La seconde était dans la suite de ces inscriptions qui, comme je l’ai prouvé et comme oï. en est convenu, étaient trop vagues, pouvant s'appliquer presque entièrement à d’autres personnages. ae SA EST Das
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La troisième était dans la rédaction défectueuse de l’inscription française qui résumait la vie de Champlain. Il suffit, pour s’en convaincre, de la comparer avec celle qu’on peut lire sur le monument et aue j'ai rédigée à la demande de M. Chauveau.
Après ce court exposé, j'arrive aux détails de ce qui s’est passé. Voici d’abord le texte de l'inscription latine qui parut avoir le plus de chance à'’être adoptée :
Summo viro Samuel Champlain, Qui, Dei hominumque caritate instinctus,
Hanc urbem Quebecum sescentis exantlatis laboribus condidit, Ejus, quæ tanta novæ Franciæ futura erat gloriæ Fundamenta jecit, ipse exordium fuit,
Cum privatæ tum publicæ prudentiæ nobilissima Genti Canadensi Factis, edictis, scriptis reliquit documenta Memores, ut decet, posteri atque animo grati Monumentum Collatis sumptibus,
Posuere.
A. D. MDCCCXCVIII.
La première objection que j'ai eu à faire au comité sur l'inscription qui précède, est celle-ci : A la seconde ligne, on lit: SAMUEI CHAMPLAIN. Il suffit d'ouvrir les Œuvres de Champlain, édition Laverdière, vol. I, p. XI, note, pour constater que dans son contrat de mariage, Champlain luimême s'est fait désigner sous le nom de: SAMUEL DE CHAM- PLAIN. C'est donc ainsi évidemment qu'il entendait que son nom fut écrit. De quel droit alors peut-on l'écrire autrement qu'il ne le voulait lui-même ?
Le Comité s'est rendu sans objection à cette remarque, et a modifié ainsi le commencement de l'inscription :
Summo viro Samuel de Champlain
Le texte qui suit contient une nouvelle rédaction de l'inscription, faite à la demande de M. l'abbé Lindsay.
Summo viro Samueli de Champiain Qui Fe Dei hominumque caritate instinctus, Post multas ac dissitas plagas Solerter, intrepide, patienter expioratas Hanc urbem Quebecum sescentis exantlatis laboribus condidit, Qui rebus pace ac bello præclaræ gestis Prima ejus, quæ tanta Novæ Franciæ futura erat, glotiæ Fundamenta jecit, ipse exordium fuit ; Qui factis, edictis, scriptis Nobilissima genti Canadensi Cum privatæ tum publicæ prudentiæ edidit documenta ; Posteri Admirationis, observantiæ, pietatis causâ, Monumentum Collatis sumptibus Posuere
Québec, 30 novembre 1896.
Monsieur Lindsay, Chapelain des Ursulines, Québec,
Mon cher Chapelain,
Chacun était si empressé de donner son avis au comité d'hier que je n'ai pu expliquer ma pensée au sujet du passage de l'inscription: /ei hominumque caritate instinctus. La tentative de colonisation faite par la marquise de Guercheville et les Jésuites me semble plus mériter cet éloge que Champlain avec ses compagnons ; car elle était toute catholique et en vue de la conversion des sauvages. Si vous jetez un coup d'œil sur l'ouvrage du P, de Rochemonteix, vous y verrez, vol, 1, p. 8,: ‘‘Ies catholiques se mirent du c°té des mécontents, en voyant l'œuvre d'une colonisation essentiellement catholique confiée au lieutenant général de Monts. calviniste.'" Une inscription comme celle dont vous vous occupez doit être strictement historique et ne pas donne: ‘ieu à des discussions, Or, je crois que vous n’en êtes pas encore rendus 1à, Vous savez qu'ici nous sommes trop portés à faire du panégyrique : c'est ce qui me met en défiance, Pre-
se 10:
nons garde qu'un jour ou l’autre le P. de Rochemonteix nous dise, comme à l’auteur de l'Histoire de M2r de Laval, que nous sommes tombés dans un tel enthousiasme, pour ne pas dire plus, que nous en avons perdu de vue la vérité, (textuel).
Le tout humblement soumis,