‹ Notes relatives aux inscriptions du monument de Champlain [microforme]Chapitre 7 sur 7 · ERNEST GAGNON · texte numérisé non relu

ERNEST GAGNON

Québec, 31 octobre 1897.

Monsieur Ernest Gagnon, Québec.

Monsieur,

I1 me serà facile de répondre, et en très peu de mots, à votre longue épître. C'est précisément parce que j'ai la plus grande admiration pour Champlain que je crois qu'il faut être très difficile sur le choix d’une inscription. J'ai répété plusieurs fois à la séance que si l’on proposait une inscription latine qui pût soutenir la comparaison av°: celle du monument voisin de Montcalm et Wolfe, je l’accepterais pour ma part. Mais celle qu'on a présentée ne souffre pas, selon moi, cette comparaison; et j’ai eu le soin de consulter pour cela des personnes qui savent le latin tout aussi bien que qui que soit du Comité. Du moment qu'on n'en présentait pas d'autre, j’en ai conclu qu'il valait mieux une simple inscription en anglais et en français. Voilà tout. Pourquoi m'’a-t-on traîné malgré moi dans ce Comité? On pouvait si bien se passer de moi. Aujourd’hui on aurait l'inscription :

Summo viro Samuel Champlain

Quant à l’autre inscription, vous n’aviez qu'à la rejeter après examen, si vous ne goûtiez pas le latin de Léon XIII. Cela n'aurait pas rendu meilleure la première.

Veuillez agréer mes salutations.

H.-R. CASGRAIN, Ptre.

J'en viens maintenant à l'inscription française du monument, Voici le premier projet qui fut proposé au Comité :

Samuel de Champlain né à Brouage, en Saintonge, vers 1567 ; servit, durant la Ligue, dans les armées du Roi en qualité de Maréchal des logis ; visita les Indes-Occidentales de 1599 à 1601 ; séjourna en Acadie de 1604 à 1607 ; fonda Québec en 1608 ; explora le pays des grands lacs ; commanda plusieurs expéditions contre les Iroquois de 1609 à 1615; d'abord Lieutenant des Vice-Rois de la Nouvelle-France, puis nommé Gouverneur en 1628 ; mourut à Québec, dans le fort Saint-Louis, le 25 décembre 1635.

La faiblesse de rédaction de l'inscription qui précède ne peut manquer de frapper quiconque a étudié la vie et les voyages de Champlain. Quoi de plus insuffisant, en particulier, que ce passage : ‘‘ visita les Indes-Occidentales......, séjourna en Acadie ! Visita les Indes !...... comme si Champlain n'avait fait que d'y laisser sa carte de visite ; séjourna !.. Mais non ; il fit bien autre chose que de séjourner. De 1599 à 1607, il explora les Indes et l'Acadie, en consignant ses observations dans les pages que l’on connaît.

A la demande de M. Chauveau, je fis la rédaction qui suit de l'inscription, qui a été adoptée sans modification, et qu’on peut lire aujourd'hui sur le monument Champlain. La traduction anglaise a été faite par le Dean Norman, recteur de l’église anglicane de Québec.

Samuel de Champlain né à Brouage, en Saintonge, vers 1567 ; servit à l'armée sous Henri IV en qualité de maréchal des logis ; explora les Indes Occidentales de 1599 à 1601 ; l’Acadie de 1604 à 1607 ; fonda Québec en 1608 ; découvrit le pays des grands lacs ; commanda plusieurs expéditions contre les Iroquois de 1609 à 1615 ; fut successivement lieutenant-gouverneur et gouverneur de la Nouvelle-France et mourut à Québec, le 25 décembre 1635.

L'opinion est faite maintenant sur le monument de Champlain. On a pu en juger aux fêtes de son inauguration: le public en masse en a été content. Ceux qui ne le sont pas n'osent guère le dire tout haut. C'est la meilleure réponse aux reproches et aux invectives, dont on m'a gratifié pour avoir enseveli l’oraison latine de M. Lindsay.

Les petits incidents consignés dans ces Notes ont été pour moi un sujet d'observations dont j'ai fait mon profit. J'ai appris une fois de plus à distinguer de la foule un homme d'esprit, qui a du monde: chaque fois que j'ai rencontré depuis lors M. Chapais, il s’est montré à mon égard le gentilhomme qu’il a toujours été, courtois, aimable comme si nous

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n'avions pas eu ensemble la moindre passe-d’armes. Le saint homme, Ernest Gagnon, au contraire, qui avait coutume de m'arrêter souvent dans la rue pour causer, m'évite, ou passe en détournant la tête, genus irrilabile.

M. Lindsay est plus convenable, mais froid, très froid. Lui qui m'invitait fréquemment à sa table n'est pas prêt de me prier. Sa dignité a été évidemment offensée : songez que c'est un ancien directeur de collège, et qu'il est chapelain de l'antique monastère des Ursulines. Homme d’une vaieur réelle, il a eu la malchance de ne jamais commander qu'à des écoliers ou à des nonnes, dont il est l’oracle.

Mon refus d'admirer quand même a été pour lui comme un coup de canne en plein visage, dont il gardera longtemps la cicatrice.

Disons entre nous, qu'il y a bien trop de membres du clergé à qui l'habitude de voir tout se courber devant eux, a donné cette morgue qui les rend incapables de supporter la moindre contradiction. Ce défaut est beaucoup moins fréquent chez les laïques qui trouvent plus souvent quelqu'un pour leur répondre.

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