MOYENS DE TOUCHER - LE PATHETIQUE
Le mot pathétique vient du grec , 'pathos' , qui signifie affection, passionc II se dit d'une foule de choses: scène pathétique, adieu pathétique, et en général de tout ce qui est de nature à émouvoir et à toucher. L'expression "faire du pathos" s' emplie en mauvaise part pour signifier: faire de l'émotion à contretemps.
En rhétorique, on définit le pathétique: "l'art de gouverner les passions par la parole."
L'art, c'est-à-dire science appliquée et double science: celle des principes de la rhétorique, et surtout la science du coaur humain qui s'obtient' par le commerce avec les autres hommes, l'étude de soi-même et la lecture des grands moralistes.-
-de gouverner, d: exciter ou ëa calmer au besoin, de monter ou de descendre la gammr de l'amour à la haine,
- les passions, les. mouvements indélibérés de la sensibilité affective, qui nous portant vers un objet ou nous en détournent, et qui sollicitent la Volonté à les suivre.
-par la parole. Parole, est employé ici au sens très large: . parole écrite ou parlée, gestes, jeux de physionomie.
Le pathétique est un des grands ressorts de l'éloquence; l'orateur doit le faire jouer fréquemment. "Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours. Elles sont comme un art de la nature dont les règles sont infaillibles, et l'homme le plus simple qui a de la passion persuade * mieux que le plus éloquent qui n'en a point." (La Rochefoucauld). Il n'est jamais permis d'exciter une passion mauvaise qui porte la volonté au mal; on ne doit jamais troubler la hiérarchie naturelle des facultés, mais, dans ces limites, l'orateur doit savoir exciter les passions qui l'aideront à parvenir à son but et calmer celles qui y font obstacle.
La science du coeur humain; Différence entre le mécanisme de la volonté
et celui de la sensibilité.
La volonté est une faculté inorganique par laquelle nous nous portons vers le bien ou noue nous détournons du mal, connus et présentés comme tels à la volonté par l'intelligence.
L'intelligence présente son objet à la volonté sous différents aspects:
a), comme honnête ou déshonnête, selon qu'il est' ou qu'il n'est pas conforme à notre nature raisonnable;
b) comme glorieux ou honteux, selon qu'il est ou qu'il n'est pas digne de considération;
c) comme utile ou nuisible, selon qu'il est un moyen de parvenir à un autre bien ou un obstacle qui nous en prive;
d) comme agréable ou désagréable , selon qu'il est une source de palisir ou de souffrance.
Les arguments de persuasion se réduiront donc à faire ressortir un ou plusieurs de ces aspects pour déterminer la volonté. Plus l'intelligence connaîtra ce bien ou ce mal, et plus ce bien ou ce mal sera grand, plus aussi la volonté s'y portera ou s'en détournera. C'est donc le devoir de l'orateur d'augmenter ou de rectifier cette connaissance et de préciser la quantité de bien et de mal contenu dans l'objet.
La sensibilité affective est une faculté organique qui nous porte aussi vers certains objets ou nous en détourne. Le moteur de la sensibilité ce sont les sens et l'imagination.
Dans les conditions ordinaires, la sensibilité devrait normalement suivre le mouvement de la volonté, mais, elle est parfois sollicitée dans un sens contraire. Alors il y a désaccord, conflit, entre la volonté et la sensibilité, entre la chair et l'esprit.
Grâce à sa liberté, la volonté peut toujours Remporter sur la sensibilité et résister victorieusement aux passions. Si les passions l'emportent parfois, ce sera, non pas en agissant directement sur la volonté mais indirectement, à savoir:
a) en détournant l'attention des motifs présentés par l'intelligence et en la concentrant sur les biens fictifs ou réels, mais relatifs et immédiats., que présente l'imagination;
b) en troublant l'équilibre de l'organisme, et en paralysant ainsi le jeu normal des facultés, en un mot, en rendant toute délibération im-
i possible.
Dans les deux hypothèses, l'action modératrice de la raison est entravée; nous devenons le jouet de nos passions, nous sommes en quelque sorte frappés d'aveuglement et nous perdons' de vue des vérités qui paraissent évidentes dès que le brouillard de l'émotion se dissipe. C'est ce qui faisait dire aux Anciens: "Quos deus vult perdere, prius dementet." C'est ce qui fait dire aux irascibles, aux jaloux, et aux amoureux: "J'étais fou, je ne savais pas ce que je faisais."
N.B. Il ne faut pas oublier cependant qu'en vertu du libre arbitre, la volonté peut toujours résister aux démonstrations les plus claires et refuser d'agir, lors même qu'elle comprend ce qu'il y a à faire. C'est pour. vaincre cette résistance ou ce 'parti pris qu'il faut recourir aux passions. L'orateur devra don'c soit provoquer des passions dans le sens de la volonté, soit remplacer les passions existantes par des passions conformes à la direction qu'il veut donner à la volonté.
Les différentes passions.
Toutes les passions humaines peuvent se ramener à deux chefs principaux: l'amour et la haine. Ces deux passions ont d'innombrables filles, et le clavier qui unit oes deux pôles du coeur a autant de notes qu'il y a de nuances entre l'amour profond et la haine ardente. Si l'âme tend à s'unir avec l'objet qui lui. est présenté, c'est l'amour; si elle tend à s'en éloigner, c'est la haine.. .Les passions, au nombre de onze, se divisent en deux grandes catégories: les passions de l'appétit concupiscible et les passions de l'appétit irascible.
Les passions de l'appétit concupiscible consistent soit dans le désir de posséder le bien qui semble nous convenir, soit dans l'horreur du mal redouté. Chaque passion qui nous pousse vers un objet a sa passion contraire qui nous en- détourne.
a) Amour, par lequel nous nous complaisons en ce qui est bon. . Haine , sentiment de répulsion pour le mal (tout ce qui n'est paa t
Ex.: Le soldat aime l'honneur, hait la trahison.
b) Désir, sentiment par lequel nous aspirons à. posséder un bien que nou:;
n'avons pas.
Aversion, sentiment par lequel nous nous détournons du mal qui nous menace et nous fuyons pour lui échapper. Ex.: Le commerçant désire le succès de son négoce, et s'efforce d'écarter la ruine qui lui paraît éminente.
c) Jouissance ou plaisir, émotion délectable que donne la possession du
bien désiré: c'est le repos, le terme du mouvement. Tristesse ou douleur, accablement pénible, souffrance qui accompagne la présence d'un mal ou la privation d'un bien. Ex,: L'exilé jouit en revoyant sa patrie, la mère souffre de la perte de son fils.
Les passions de l'appétit irascible consistent à s'irriter contre un obstacle qui s'oppose a la possession du bien, et dans la poursuite de ce bien malgré l'obstacle, ou,' au contraire, qui consistent à craindre l'obstacle jusqu'à abandonner la poursuite du bien,
a) Espérance, si nous avons la perspective de l'emporter contre l'obs-
tacle.
Désespoir, si nous avons la perspective de nous heurter en vain contre l'obstacle.
Ex. ; Napoléon espéra la victoire aussi longtemps qu'il crut devoir compter sur Grouchy; il désespéra lorsqu'à sa place, il vit arriver Bliïcher,
b) Peur, appréhende la lutte parce qu'elle est pénible.
Audace, ou courage, affronte résolument la lutte, parce que la seulement est le moyen d'atteindre le but,
c) La colère, s' emporte contre ce qui fait, ou a fait, obstacle à la
possession d'un bien. Son stimulant est l'injustice ou le mépris dont on a été victime, N.B. La colère n'a pas de contraire.
Chacune de ces passions a son ressort particulier que l'orateur doit connaître et faire jouer au bon moment. Chacune a aussi pour effet commun d'entraîner la volonté- encore hésitante vers un bien, ou de l'en détourner selon le cas. Un orateur qui sait faire intervenir la passion au bon moment aura deux fois plus de chance de persuader, même lorsque ses preuves ne seront pas toutes :sans réplique.
L'art. d'exciter les passions.
La: condition essentielle pour ■ émouvoir les autres est de s'émouvoir soi-même. "Si vis me flere, dolendum est tibi ipsi" disent les anciens. Il faut être vivement e-b sincèrement ému. L'expérience universelle est là pour l'attester: l'homme vraiment convaincu et vivement ému manifeste sa conviction et son émotion. parr des signes naturels auxquels personne ne se trompe. La même' expérience montre que rien ne Choque comme la passion de commande, la récitation froide de tirades pathétiques.
Pour éprouver en soi-même une émotion un peu vive, il faut avoir reçu de la nature deux facultés: sensibilité et imagination. La sensibilité consiste d- ns une 'disposition naturelle, qui permet à un orateur de ressentir vivement, les moindres impressions et de les transmettre aux autres, non seulement sans rien en perdre, mais souvent, en les augmentant considérablement. Les 'musiciens,' les malades, les fiévreux, et en général tous les nerveux jouissent visiblement de cette faculté.
Chez certains orateurs, la sensibilité est si grande qu'ils vibrent sous l'action de leur propre parole, à un tel point que s'abandonnant parfois aux mouvements impétueux de leurs sentiments, ils oublient pour ainsi dire leur auditoire pour s'adresser aux objets eux-mêmes de leur pensée.
L' imagination consisté dans cette fi culte inventive et créatrice qui permet a un orateur de 3S peindre à lui-même une situation comme s'il la voyait, de faire un récit d'une maniera si vive et si énergique, qu'il met les personnages comme vivants devant son auditoire. Cette imagination 'est assez 'puissante pour donner, à l'orateur d'abord, puis aux auditeurs l'illusion du réel et du vécu, lors même qu'il s'agit do choses' purement imaginaires.
: Chez l'orateur en action, le pathétique, c'est le jeu
de ces deux facultés à la fois, ou du moins de l'une d'elles, jeu rehaussé par les artifices d'une diction appropriée.
On peut exciter les passions de deux manières: directement et indirectement, d'où pathétique direct et pathétique indirect.
Directement. On peut exciter les passions directement, soit:
a) en faisant appel aux sentiments des auditeurs ouvertement, par des interrogations directes, des apostrophes, des tours de phrases répétés, comme il s'en rencontre dans toute péroraison bien: faite;
b) en exhalant le sentiment surexcité qu'on éprouve ..soi-même, par l'interpellation directe et l'apostrophe, par l'exclamation. Ex. : "QUousque tandem abutere, Catilina, patientià nostra."
"0 tempora', 0 mores*."
N.B. "Violenta noh durant." Plus un mouvement est violent, plus il doit être bref. Si l'on doit prolonger l'émotion, .il importe de la calmer peu a peu après l'avoir portée au paroxysme, et "la" faire descendre à un degré où l'on pourra la maintenir.
Indirectement. On peut exciter les passions indirectement soit- en proposant un raisonnement .soit en évoquant un tableau. Si. l'orateur présente avec force à quelqu'un les motifs qu'il a d'aimer ou de hair, il excite en lui l'indignation, l'amour ou la haine, bien qu'il lui laisse le soin 'de tirer lui-même la conclusion. De même, s'il lui présente un objet ou un fait, en faisant vivement ressortir dans ce fait ou cet objet ce qui est de. nature à émouvoir la sensibilité, il" obtient le même résultat. -
N.B. Le pathétique direct n'est que le complément exprimé du pathétique indirect. Avec un auditoire de choix, lé pathétique indirect suffit, et il est souvent plus, efficace et plus apprécié, mais avec la foule, il est toujours plus avantageux de recourir au pathétique direct -pour ne pas manquer son effet.
Il ne faut pas oublier que la volonté suit naturellement la raison, et que la sensibilité, normalement, suit la volonté. Si dore on atteint la raison énergiquement , la sensibilité sera atteinte également. Les motifs à invoquer varient suivant la passion qu'on veut exciter.
a) Pour provoquer l'amour désintéressé, véritable, envers quelqu'un, on fera ressortir dans le raisonnement les grandes qualités de celui qui est mis en cause, surtout ses qualités intellectuelles et morales; ou encore f on rappellera les' bienfaits qui lui sont dûs. Exemple: "Tout l'univers est plein de sa magnificence... ....D'un joug cruel il sauva nos' aieux, Les nourrit au désert d'un pain délicieux; Il nous donne ses lois, il se donne lui-même, Pour tarit de bienfaits, il commande qu'on l'aime.
Exemple; "Tout l'univers est plein de sa magnificence... ...D'un joug cruel il sauva nos aieux, " Les nourrit au désert d'un pain délicieux; Il nous donneuses lois, il se donne lui-même, Pour tant de biens, il commande qu'on l'aime." (Ath'alie,I,4)
b) Podr exciter la haine on montrera oo que certaines actions ont d'odieux, d'inique, d'inhumain, d'horrible, de mauvais, ou d'opposé à ceux qui écoutent.
Exemple; Aman veut exciter la haine d'Assuérus contre les Juifs; "le les peignis puissants, riches, séditieux, Leur Dieu même ennemi de tous les autres dieux." (Esther.Il)
c) Pour- faire désirer, convoiter, une chose, il faut énumérer les biens qu'elle procure, les maux qu'elle écarte, 'en, insistant sur l'importance et la gravité de ces biens ou de ces maux.
Exemple; Napoléon à ses soldats: "Je veux vous conduire dans les plus fertiles plaines 'du monde. De riches provinces, de grandes villes seront en votre pouvoir; nous y trouverons honneur, gloire, . | et richesse."
3) Poar exciter la joie, faire ressortir. la grandeur de l'événement qui en est l'objet, et l'importance de ses conséquences.
e) Pour exciter la tristesse ou le regret, montrer la grandeur du bien matériel (richesse, santé, bien-être) ou moral (honneur, paix) enlevé ou perdu.
N.B. Lq honte n'est qu'une espèce de regret cause par la perte de l'honneur. L'honneur n'est autre chose que l'estime de,s autres et de soi-même,
f) Pour exciter l'espérance ou le désespoir, montrer suivant le cas, qu'un dessein peut on ne peut pas être réalisé.
g) Pour provoquer la crainte, on fera considérer les, obstacles que présente une décision ou les conséquences redoutables qui en découlent. C'est le plus puissant levier à la disposition de l'orateur.
Exemple ; "Tremblez donc devant moi, hommes superbes et dédaigneux qui m' écoutez', l'abus ingrat de toutes les espèces de grâces, la nécessité du salut, la certitude de .la mort, l'incertitude de cette heure si effroyable pour nous, 1' impénitence finale, le jugement dernier, le petit nombre des élus, l'enfer, et par-dessus .tout l'éternité, l'éternité', voilà les sujets dont je viens vous entretenir, et que j'aurais dû réserver pour vous seuls." " (Bridaine.)
h) Pour exciter la colère ou l'indignation de quelqu'un, on lui montrera qu'il est injustement traité, méprisé, haï; que ses adversaires s'opposent à ses projets sans raison, de parti pris.
Exemple; Montalembert contre-les vainqueurs du Sonderbtmd: "Ces fiers vainqueurs dont on nous fait l'éloge, savez-vôus ce qu'ils. ont fait au lendemain de leur victoire?- Ils ont ose écrire, de leur sanglante plume, le nom de saint Vincent de Paul dans un décret d'expulsion, et d'expulsion contre- ses Soeurs de Charité qui sont l'objet du culte, de 1! admiration et du respect du monde entier. Et comment les a-t-ron expulsées? Comme des bêtes fauves, en leur, donnant trois fois vingt-quatre, heures pour évacuer le canton, sans pensions, sans in-
demnité, sans pudeur; elles ces saint:-.? femmes, ces filles de saint Vincent de Paul,"
i) Pour exciter la pitié-', montrer combien celui qu'on veut faire bénéficier de ce sentiment est à la 'fois digne d'estime et malheureux.
On peut exciter'les différentes passions en se servant de tableaux au lieu de raisonnements. On fera alors usage de couleurs, en décrivant une scène, une situation, un fait. Il s'agit de mettre en relief ce qui est de nature à provoquer l'impression que l'on veut créer. Le groupement de mots pittoresques, le réalisme des descriptions et la manière dramatique de faire, une narration en constituent tout le secret.
L'art de calmer les passic is. '
Nous avons déjà vu quelques manières de calmer les passions en parlant des précautions oratoires: compliments, concessions, etc. Il y en a d'autres qui se confondent plus ou moins avec celles déjà mentionnées.
a) Opposer à la passion surexcitée le sang-froid de la raison. A moins d'avoir affaire à des gens dépourvus de toute délicatesse morale, et qui s'animent les uns les autres, ee moyen est généralement infaillible. Le seul fait de se trouver en face d'un homme calme, maître de soi, qui, avec fermeté et énergie, nous, fait entendre le langage de la froide raison, suffit généralement pour nous rappeler au 'sens de la juste mesure.
b) Adroite concession, qui consiste à donner à la passion surexcitée une certaine satisfaction, qui peut lui être accordée sans grand in-
• convénient, puis, peu à peu, ou bien lui substituer un sentiment contraire, ou bien encore, la laisser subsister, mais de façon à la détourner vers un autre objet.
Exemples: Raymond Brucker à la foule qui avait envahi l'église Saint-Laurent, à Paris, en 1348: "On ne rend pas justice à l'ouvrier..." Il feint de partager les idées de ses auditeurs; on l'applaudit; mais soudain, par un trait de génie, il retourne contre eux cette majeure qu'ils viennent d'acclamer: "N'applaudissez pas, malheureux*, sachez qu'il n'y a, dans tout l'univers, qu'un seul ouvrier digne de ce nom, et vous ne lui rendez pas justice, vous le blasphémez'. "
L'homélie de Saint Jean Chrysostome en faveur d'eutrope est un autre exemple.
c) Manier à propos la plaisanterie et provoquer l'hilarité. C'est une arme dangereuse, si l'orateur manque son coup, car, alors, il s'expose à faire rire à ses dépens; mais c'est une arme infaillible si elle produit son effet, car l'hilarité et la colère s'excluent. La plaisanterie pleine de bonhomie et d'originalité rate bien rarement. Le mot d'esprit trop malin paraît parfois plus cruel que plaisant.
Exemple : Le mot de Montalembert "Robespierre, Néron..." provoque de l'agitation et du bruit à gauche. Un des membres d'écrié: "Je demande la parole." Le président Dupin ramène le calme en ridiculisant l'interrupteur par cette question malicieuse: "Est-ce pour Néron?" Hilarité générale.
Quelques conseils pratiques sur l'emploi du pathétique.
1, L'emploi du pathétique requiert trois conditions 'principales:
a) la sincérité: il faut être ému soi-même pour émouvoir les autres.
b) La brièveté: Un appel trop prolongé à la sensibilité l'épuisé ou la blesse. Il faut de la mesure. "Rien ne tarit si vite que les larmes" dit Cicéron. L'ennui,- .le ridicule même sont voisins du pathétique, comme la folie est souvent voisine du sublime.
c) L' à-propos: Il faut d'abord se demander si le sujet que l'on traite comporte l'emploi du pathétique, et dans quelle mesure. "Appliquer les grands mouvements de l'âme aux petites affaires, c'est chausser la cothurne à un enfant et lui mettre en main la massue d'Hercule," dit Quintilien, Il faut de plus, dans les sujets qui admettent le pathétique, choisir le bon moment. Les mouvements passionnés demandent généralement une préparation; s'ils sont produits brusquement, bien souvent ils choquent, et parfois ils font 'rire.
2, Comment introduire le pathétique; Il est à noter que tout raisonnement s' adressant à l'intelligence contient un' élément qui, développé d'une manière appropriée, peut exciter indirectement les passions. Forcez la note de l'honnête et de l'agréable, vous provoquerea l'amour; forcez la note de l'injustice et du nuisible et vous provoquerez la haine. Pour forcer la note il suffit d'insister sur la quantité en termes saisissant-s, et de débiter sur un ton approprié.
N.B. Les mouvements pathétiques ne tolèrent pas les distinctions, les réserves, les explications. Toutes ces informations sont censées avoir été données comme .préliminaires. Le pathétique, pour conserver toute sa portée, exige "champ net".
Avec un auditoire instruit, on peut se dispenser de tirer la conclusion d'un raisonnement pathétique, et se contenter comme finale de brèves exclamations qui manifestent l'émotion de l'orateur. Ce genre d'auditoire préfère tirer lui-même les conclusions, et il est d'ailleurs, généralement en garde contre l'appel aux passions. Pour le pathétique de tableau, on ne saurait omettre de signaler au moins la conclusion qui s'impose. Dans tous les cas, il faut éviter les conseils timides et les simples suggestions; il faut finir par des commandements impérieux.
Avec un auditoire ordinaire, il est plus sûr, en guise de conclusion, de sortir tous les jeux du pathétique direct, qui est le complément naturel du pathétique indirect.