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MOYENS DE PLAIRE

La force de persuasion d'un discours ne dépend pas uniquement de la valeur démonstrative des arguments apportés par l'orateur. Pour persuader, il faut sans doute commencer par instruire, mais, il ne faut pas oublier qu'il est aussi nécessaire de plaire à son auditoire. C'est le deuxième moyen de persuasion.

Un discours aura beau être solidement charpenté d'arguments clairs et puissants, si la manière de le présenter ou si la personne qui le présente déplaît à l'auditoire, il ne portera pas beaucoup de fruits. Un orateur qui aspire au plein succès devra donc s'appliquer à soigner ses charmes personnels et à s'assurer les dispositions favorables de son auditoire.

Qualités personnelles de l'arateur.

La rhétdrique n'a pas la prétention 'de faire naître chez les élèves des qualités qui n'existent pas même en germe, mais elle doit signaler les qualités requises pour s'assurer le succès et tracer un idéal à ceux qui veulent ««ttre tous leurs talents eh pleine valeur.

Les qualités d'un véritable orateur peuvent se diviser en trots classes: les qualités innées, les qualités acquises et les qualités mixtes,

Qpûlités Innées. Le talent oratoire est avant tout un don, une faculté naturelle, antérieure à toute étude et à tout exercice, qui est le partage de quelques hommes privilégiés. Il suppose plusieurs avantages qui se trouvent rarement réunis dans le même individu, et notamment:

( a) Une grande sensibilité qui- permet de recevoir les moindres impressions et de les transmettre aux autres avec chaleur. Ce don est essentiel. "Pectus est quod facit disertos." (Quintillien. )

b) Une grande facilité de parole; qui n'est pas seulement de la verbosité, mais une aptitude naturelle à trouver sans effort l'expression orale juste et heureuse pour exprimer ses idées et sas sentiments,

c) Une grande puissance d'affirmation qui indique une âme profonde et convaincue,

d) Un extérieur imposant ou du moins sympathique, joint à un organe sonore et musical.

Qualités acquises.

•^ a) Culture générale, c'est-à-dire instruction sous toutes ses formes, car les problèmes d'intérêt général ^ui se traitent en public sont

aussi nombreux que divers et compliqués. Le "pectus" serait absolument insuffisant s'il n'était alimenté par des connaissances très .étendues. De là la nécessité d'un cours d'études sérieux et complet.

b) Culture- littéraire s' étendant non-seulement à l'art d' écrire, mais aux secrets indiqués par la rhétorique pour maîtriser les coeurs par la parole,

c) Art de faire valoir et connaître son talent par un entraînement méthodique, par le choix judicieu:: des circonstances et l'emploi opportun de la réclame,

Qualités mixtes ou vertus qui se confondent avec le moeurs oratoires. On les appelle mixtes parce que tout homme les apporte en germe en naissant, et qu'il ne tient qu'à lui de les développer par la pratique. Ce sont les qualités que l'orateur doit posséder, ou du moins laisser voir, pour assurer à sa preuve toute le puissance possible, en plaisant à son auditoire et lui inspirant confiance,

a) La probité ou sincérité qui donne à l'auditoire l'impression que l'orateur ne veut trci per personne. "L'éloquence demande que l'on soit homme de bien et cru tel." (Féneion.) Si un orateur a la réputation d'être un incorrigible blagueur, les plus belles preuves qu'il pourra apporter à l'appui de sa thèse auront toujours un relent de blague.

b) La modestie qui consiste à s'oublier soi-même pour ne s'occuper que de son sujet. Elle exclut la prétention, la jactance, la suffisance. Elle est le signe de la probité et du vrai mérite et elle peut désarmer l'auditoire le plus prévenu- Elle écarte non^seulemnt toute forfanterie, mais aussi la mièvrerie, les plates excuses et l'humilité "à crochets",

c) La bienveillance. Le zèle que montre l'orateur pour les intérêts vrais de ceux qui 1' écoutent. Les hommes sont portés à croire plus facilement ceux qui paraissent être leurs amis,

d) La compétence qui consiste à posséder une autorité incontestable pour traiter du sujet en question. Elle; donne de l'aplomb à l'orateur et de la confiance aux auditeurs;

N.B.l Ces quatre vertus sont de mise dans tous les discours. Il y a une foule de circonstances qui exigent des vertus spéciales qui entrent sous l'étiquette de moeurs oratoires. Tels sont le désintéressement, ia piété, la bonté, le patriotisme, la douceur, le dévouement le mépris des plaisirs ou des honneurs, le désir de La gloire...

2. Il est -important de faire paraître ces vertus dès le début du àiscours, parce qu'il -faut d'abord plaire à ceux. qui nous écoutent et gagner leur confiance. Mais, dansle reste du discours, l'orateur ne doit pas démentir la bonne opinion qu'il avait donn& de lui-même. Dans ce but il observera fidèlement . les bienséances oratoires.

Bienséances oratoires.

Les bienséances oratoires consistent dans l'accord parfait des idées, des sentiments et du langage de l'orateur avec le sujet, les circonstances et l'auditoire. Elles peuvent se rapporter â la personne de l'orateur, à celle des auditeurs, à ceux dont on parle, au temps et au lieu où l'on parle.

Bienséances relatives à la personne de l'orateur. L* orateur ne perdra jamais de vue son âge, sa dignité, sa réputation. "Que l'orateur considère bien' ce qu'il est, pour bien dire ce qu'il faut, et rien de plus. Il appartient à Bossuet de parler de ses cheveux blancs, à Massillon de son expérience, à Bourdaloue de ses inspirations, mais, le pardonneraiton à tout autre qui n'aurait pas la même autorité? Ce qui fait plaisir dans la bouche d'un orateur à qui l'âge concilie tous les respects, devient indécent et déplait dans celle' d'un jeune homme."

Bienséances relatives aux auditeurs. Il importe que l'orateur étudie le caractère, les moeurs, les coutumes et les dispositions actuelles de ses auditeurs; qu'il considère leur degré d'instruction, leur âge et leur condition sociale. S'il ne connaît pas bien son auditoire, il lui sera difficile, pour ne pas dire impossible, de se concilier les coeurs et de frapper juste dans ses arguments. (Il est opportun de se rappeler les précieuses leçons d'Horace et de Boileau, Art poétique).

Exemples; Mirabeau, voulant ^aire voter la contribution du quart, porte le dernier coup aux volontés hésitantes par l'argument de l'intérêt personnel, si puissant sur les riches: "Contemplateurs stoiques des maux incalculables que la catastrophe d'une banqueroute vomira ■ sur la France, impassibles égoistes, qui pensez que ces convulsions du désespoir et de la misère passeront comme tant d'autres, et d'autant plus rapidement qu'elles seront plus violentes, êtes-vous bien sûrs que tant d'hommes sans pain vous laisseront tranquillement savourer les mets dont vous n'avez voulu diminuer ni le nombre, ni la délicatesse? Non, vous périrez, et dans la conflagration universelle que vous ne frémissez pas d'allumer, la perte de votre honneur ne sauvera pas une seule de vos détestables jouissances'."

Napoléon flattait la fierté: militaire de ses soldats.. Avant la bataille de Moscawa: "Voici la bataille que vous avez tant désirée. Désormais, la victoire dépend de vous, elle vous est nécessaire. Elle vous donnera l'abondance, de bons quartiers d'hiver, un prompt retour dans la patrie. Conduisez-vous comme à Austerlitz, à Friedland, à Witepsk et à Smolensjc, et que la postérité la plus reculée cite avec orgueil ce que vous aurez fait dans cette journée. Que l'on dise de . vous: il était à cette grande bataille sous les murs de Moscou!"

Bienséances relatives aux personnes don.t on parle. L'orateur doit avoir des égards pour le rang, l'âge, la dignité, la situation heureuse ou malheureuse des personnes dont il parle.

Bienséances relatives au temps et au liou. Le temps est tantôt gai, tantôt triste ou solennel. L'orateur ne parlera pas sur le même ton le jour des funérailles du premier ministre et pendant une soirée de carnaval. Il variera également le ton selon qu'il parlera dans une église, dans un camp, à la tribune ou sur une place publique.

N.B. Cette étude des circonstances ne peut pas toujours être faite à l'avance. L'orateur doit donc acquérir ce doigté si commode appelé "Psychologie des foules" qui permet à un étranger de se mettre au diapason de la foule. (Le discours est avant tout une oeuvre de tact et d' à-propos.)

Les précautions oratoires.

Les précautàons oratoires sont les ménagements que doit prendre l'orateur pour ne point blssser -ses auditeurs. Il doit les préparer à l'exposition d'une vérité dure ou désagréable, à la narration d'un fait peu croyable ou d'un détail peu noble, afin de ne pas offenser les délicats et de ne pas nuire à la cause qu' il- défend. Ce sont aussi les artifices, les tours étudiés, adroits et insinuants dont il se sert pour S3 concilier un auditoire prévenu. Les compliments et les concessions sont les plus en usage,

Exemples; Bossuet rappelant avec un tact parfait la rébellion de Condé: ."Puisqu'il faut une fois jarler de ces choses dont je voudrais pouvoir me taire éternellement."

Bossuet racontant le songe de la Princesse Palatine: " Elle voit paraître ce que Jésus-Christ n'a pas dédaigné de nous donner comme l'image de la tendresse; une poule devenue mère, empressée autour des petits qu'elle conduisait."

N.B. Ces différents moyens de plaire pourront peut-être paraître des détails sans importance. Cependant l'expérience des siècles a prouvé qu'ils eent un facteur puissant dans les triomphes d'un orateur. Ils ne sont pas toujours absolument nécessaires, ne s'emploient pas tous à la fois, mais, à un moment donné, ils sont, ou peuvent devenir de première importance»

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