ARTICLE DEUXIEME - LES CIRCONSTANCES FAVORABLES A LA COMPOSITION
On n'a jamais inventé et l'on n'inventera jamais une méthode pour remplacer la réflexion et le travail; pas plus d'ailleurs qu'on est parvenu à trouver des recettes communes à tous les apprentis littérateurs. Cependant, à force d'observatior» , les rhéteurs sont parvenus à trouver quelques petits secrets du métier qu'il n'est pas inutile de connaître.
Partant du principe que pour bien composer, il faut être tout entier à son travail, et que les circonstances de temps et de lieu ont une certaine influence sur nos dispositions, ils recommandent de composer:
a) Le matin, avant que l'esprit se soit trop répandu. Alors, l'imagination n'a pas encore pris sa volée; elle est plus facile à maîtriser. On conseille également une certaine préparation la veille au soir. Quand on s'endort en ruminant son sujet, il se fait pendant la nuit un travail inconscient merveilleux.
b) Quand l'âme se sent isolée, le soir quand tout dort, quand tout est silence; après une déception, après un échec, quand l'âme se replie sur elle-même. "La solitude est la demeure naturelle de toutes les pensées; elle inspire les poètes, crée les artistes et anime, le génie." (Lacordaire. )
c) Apres la lecture d'un morceau qui nous a vivement impressionnés , après avoir entendu le discours d'un autre, surtout si le sujet a été mal traité et que l'on s'est senti tout bouillant d'idées par émulation. C'est l'histoire des vieux chevaux broutant paisiblement l'herbe de leur pâturage qui s'émeuvent tout à coup, en voyant passer d'autres chevaux en défilé, rubans et pompons au vent.
d) Pour le lieu, ils recommandent l'écart, l'endroit favori où l'on a l'habitude de réfléchir: à son bureau, sous l'orme, sur le banc rustique où l'on va souvent s'asseoir, etc. (Pour un fumeur, la pipe est
de rigueur, serait-elle éteinte.)