ARTICLE PREMIER - LES OBSTACLES A LA COMPOSITION
Les principaux obstacles à la composition sont: l'ignorance, l'impuissance de l'imagination, et l'impuissance de l'effort.
L' ignorance du vocabulaire et de la grammaire. On admet qu'un illettré ordinaire, peut converser toute sa vie avec ses semblables sans trop de difficulté avec un vocabulaire de cinq cents mots. Ce mince bagage ne suffit pas pour composer convenablement le moindre discours. Il faut de toute nécessité un vocabulaire plus abondant qui ne peut s'acquérir que par la fréquentation des hommes instruits et surtout par la lecture.
La connaissance approfondie de la grammaire est aussi absolument indispensable à la composition, car "le beau, c'est le bon sens qui parle bon français." (Louis Veuillot.) La grammaire et le dictionnaire sont donc deux livres que celui qui compose doit toujours avoir à la portée de sa main.
L'impuissance de l'imagination.
L'imagination est incontestablement le grand instrument, le facteur principal de tout effort littéraire. Or, chez les uns, elle a*«st pas encore éclose, chez les autres, elle n'est pas disciplinée. Avant de songer à composer, il faut avoir soin de développer son imagination, et pour cela il n'y a qu'un moyen: la lecture.
C'est une grave erreur que de vouloir empêcher les élèves de" lire, ou de les réduire à la ration. Sans doute, dans cette matière, comme 'dans toute autre d'ailleurs, il faut de la mesure, "est modus in rébus", mais il faut se rappeler qu'il' n'y a pas de cours de littérature possible pour un enfant qui n'a jamais ou presque pas lu» Il ne saurait comprendre la portée des règles qu'on lui enseigne et encore moins en faire l'application dans les morceaux de son cru. Le professeur le plus dévoué perdra son temps à corriger les fadeurs que cet élève pourra aligner sous le titre de compositions littéraires.
Il faut donc que les élèves commencent par lire; bien plus, il est désirable que tous les élèves aient la rage de la lecture. On n'obtiendra jamais ce résultat en forçant un enfant à ne lire que des classiques et des livres trop sérieux qui n'ont aucun mordant sur son esprit.
Que l'enfant lise d'abord ce qui convient à son âge: des contes merveilleux, des romans d'aventures, fussent-ils de troisième ordre, pourvu qu'ils ne soient pas immoraux. Quand il sentira son imagination s'éveiller, quand il aura pris le goût de la lecture, alors, mais alors seulement, on pourra lui passer des livres choisis, afin d'édifier ea formation vraiment littéraire. Pour avoir méconnu ces exigences de la nature et pour avoir forcé un enfant à absorber trop tôt des aliments qui ne lui convenaient pas, on a souvent réussi à le convaincre pour le reste de sa vie que la lecture est une corvée et non pas le plus profitable et le plus délicieux des délassements. Le résultat invariable de ce système, c'est qu'une fois échappé à la férule, un jeune homme ainsi gavé ne lira plus que dans les moments où il lui est impossible de s'amuser autrement. Alors, adieu toute culture littéraire.
S'il faut cultiver son imagination, il faut aussi la discipliner, "Laissons agir l'imagination, mais que la raison tienne toujours la bride de ce coursier dangereux." (Bossuet.) Les rêveries prolongées, sans but, rendent l'imagination incontrôlable. Quand arrive le moment de la réflexion sur un sujet déterminé, la vagabonde prend aussitôt la clef des champs et toute composition devient alors impossible.
L'impuissance de l'effort.
L'impuissance de l'effort est une faiblesse que l'on remarque surtout chez les. personnes d'un talent facile. Comme elles ont tout appris comme en se jouant, elles sont peu familières avec 1' application prolongée. Si donc, l'inspiration se fait attendre, elles abandonnent de suite la partie, ou, si l'inspiration ne les sert pas jusqu'au bout, on a des compositions inégales et insoutenues.
Le travail de composition est certainement l'effort le plus pénible ajue l'on puisse exiger d'un enfant, naturellement volage et étourdi. Comme ce travail est une des sources les plus fécondes d'inspiration, les élèves doivent s'y .astreindre fidèlement s'ils veulent acquérir quelque facilité dans tous les genres littéraires. Les compositions de classe n' auraient-elles pour effet que de forcer un enfant a vaincre se paresse naturelle qu' il conviendrait de lui en imposer une chaque semaine.