De 1'. entraînement à l'improvisation partielle. Il est
reconnu que seul l'improvisateur est capable de donner a l'expression de sa pensée la vraie forme oratoire, et que celui qui compose ses discours dans tous les détails et l'apprend de mémoire jusqu'à la moindre syllabe, est condamné à n'être toute sa vie qu'un orateur de deuxième ordre, serait-il d'une correction impeccable dans la forme.
Cependant, à moins de dispositions oratoires exceptionnelles, appuyées sur une culture extraordinaire, dans toutes les circonstances de quelque importance, un orateur doit toujours se faire une loi d'écrire ses discours en entier et de les apprendre par coeur. Insensiblement, avec la pratique, il arriverai se délivrer de cette servitude, à profiter des incidents fortuits et de 1' inspiration du moment, c'està-dire, à régler de plus en plus sa parole sur lés' dispositions actuelles de son auditoire.
Il vaut mieux faire un apprentissage un peu plus long et ne pas devenir un de ces 'phraseurs qui',' doués d'une certaine faconde, se contentent d'enfiler des phrases aussi creuses que sonores, où les mots ronflants et les tirades tiennent lieu d'idées.'
Les commençants en particulier, sont mis en garde contre le danger de vouloir improviser pour s'épargner du travail. Pour improviser convenablement, il faut sans doute moins de 'travail la plume, a la main, mais il 'faut en revanche une préparation directe- plus laborieuse au point de vue de la. réflexionv-- ■'
2« Ce qu^il faut faire quand des amis indiscrets, nous in-
vitent à parler a brule-pourpoint. ""! ~~ ~~
ft) Tout homme public, et même tout homme instruit, qui 'se' risque dans un banquet ou autre célébration populaire, doit être assez avisé pour se demander à l'avance: "Si on m'e demandait de, parler, qu'est-ce que je pourrais bien leur d'ire?" Etant donnée la' rage des Canadiens pour les discours, ce péril est^ toujours à prévoir. Une invitation prévue nous expose beaucoup moins, à; perdre la tête et nous donne le temps de délibérer si l'on doit refuser ov: accepter.-.-.. ... '
b) Si par malheur, l'orateur est absolument pris à 1' improviste, il peut refuser carrément comme le fit un jour Lacordaire en disant: "Quand vous voudrez me' faire, faire un discours, vous m? avertirez en temps et lieu," ou encore, répondre comme ce brave Directeur de collèges "Mesdames et
Messieurs, j'en suis bien fâché, mais je ne puis improviser quand Je ne suis pas préparé."
Si l'orateur accepte, il doit le faire sans se faire prier, et s'appliquer à gagner du temps, pour donner à son esprit le temps de s'orienter et de mettre en ligne quelques idées. La première minute est donc employée pour ne rien dire ou dire des riens. Les uns l'emploient à donner des excuses que tout le monde écoute sans en croire le premier mot; c'est là un vieux jeu auquel un homme intelligent ne devrait pas avoir recours. Il est préférable d'adresser des compliments aux organisateurs de la fête, aux dames, aux orateurs qui ont déjà adressé la parole. Ces compliments sont de parade, tout le monde le sait, mais on les accepte toujours avec satisfaction.
c) Il importe d'aveir quelque part dans ses méninges une provision de "divisions portatives'' qui s r adaptent à tous les sujets.
Si vous voulez parler de la nature de la fête: bazar, distribution de prix... dites que la chose est raisonnable, utile ou même nécessaire, agréable, glorieuse, en expliquant pourquoi, et vous avez déjà un discours passable.
Si vous préférez parler des effets d'une chose: envisagez ces effets au point de vue de l'individu, de la famille ou de la société, au point de vue de l'âme ou du corps, au point de vue social, national, religieux. "•>
S'agit-il de faire l'historique d'une société ou d'une institution: parlez du passé, du présent et de l'avenir.
Si les orateurs qui vous ont précédés ont épuisé ces divisions, parlez des motifs: intérêt .gloire, équité, charité, zèle, etc.
Enfin, on peut parler de sujets connexes qui se rattachent directement ou indirectement, de près ou de loin à la circonstance actuelle, à condition de bien amener le sujet.
Avec de telles précautions, il faut qu'un homme intelligent ait ingurgité- bien des verres ou qu'il lui pende tout un jambon au cerveau, pour qu'il ne puisse pas se tirer d'affaire.
QUATRIEME PAETIE-ACHON ou DEBIÏ
• L'action ou débit est l'élément complémentaire de la parole, il achève de manifester la pensée et le sentiment en rendant animée la récitation des mots qui les expriment. Il parle à l'oreille aussibien qu'à la Tue et consiste dans l'emploi rationnel des sons expressifs et des gestes. "L'âm: se chante dans les voix; elle se peint dans le geste . " (Longhaye . )
C'est le débit qui assure à la parole vivante toute sa force convaincante et persuasive. Pour obtenir ce résultat, il doit être vrai ou naturel, un et agréable.
Vrai ou naturel. Le débit sera vrai ou naturel s1 il est en harmonie avec les idées et les sentiments de celui qui parle. Pour bien débiter quoi que ce soit, il faut donc d'abord bien comprendre ce que l'on dit, puis, il faut le dire à l'auditoire, à ceux qui sont là devant nous; il faut leur parler de la voix, du geste, du regard.
Un. L'unité consiste dans l'harmonie entre les différents éléments;diction, jeux de physionomie et gestes.
Agréable. Il ne doit rien contenir qui puisse mal impressionner l'oeil ou 1' oreille.
Les deux éléments essentiels du débit sont: la diction, ou gouvernement de la voix, eJ; la mimique , ou gouvernement de la personne, visible en tant qu'exprimant l'état d'âme.
La diction.
Une bonne diction doit être: correcte, aisée , variée et expressive.
Correcte. La correction de la diction comprend*
a) La prononciation pure des voyelles et des diphtongues.
b) L'articulation nette des syllabes,
c) La bonne accentuation des mots. L'accent tonique consiste dans le ton UC jpeu plus marqué dont on prononce dans un mot une syllabe particulière.
Les principales règles de l'accentuation sont les suivantes:
1. Dans les mots de deux syllabes, avec ou sans finale féminine, c'est ordinairement la deuxième qui est accentuée. Ex. premier, jaloux, jalouse.
2. Dans les mots de trois syllabes, ordinairement la première et la troisième sont accentuées. Ex. monument,
3. Dans les mots de quatre ou cinq syllabes, ordinairement la deuxième et la dernière sont accentuées. Ex. anatomie.
Il y a exception à ces règles dans les cas suivants: l°Si dans un mot i] y a une voyelle grave ou^on correspondant, l'accent portera dessus et sera plus fort eue l'accent tonique.
i t 2° Dans les doubles consonnes, on appuie sur les syllabes où a lteù
le redoublement. La même remarque s'applique au cas où un r est sui- ' vi d'une autre consonne et exige une vibration. 3° Les nasales' doivent être exprimées avec plus de force que les
syllabes ordinaires.
Aisée, "Tout artiste qui se fatigue est un artiste médiocre." (Talma.)
a) Il faut apprendre à aspirer et à respirer de façon à ne pas s'essouffler.
b) Il faut proportionner le déploiement de son organe à ses forces physiques, aux dimensions de la salle et au nombre des auditeurs.
c) Il faut éviter la volubilité fiévreuse, les éclats de voix, les cris assourdissants et la lenteur excessive.
Variée. En plus de la voix normale on fait généralement usage de deux intonations accessoires, l'une plus basse et l'autre plus haute.
a) On emploie la voix normale dans les sujets les plus fréquents,
b) L'intonation ou voix élevée s'emploie dans les scènes comiques ou pour proférer des cris ou imprécations.
c) La voix basse s'emploie dans les apartés, les phrases confidentielles, ou pour exprimer une fureur concentrée..
Expressive. La voix doit remplir une triple fonction.
a) Traduire le texte: dire à l'oreille ce que la parole dit à l'esprit.
b) Achever le texte: dégager les sous-entendus. Ce qui suppose que l'on sache lire entre les lignes, que l'on comprenne le texte. Pour cela, pause sensible, puis ton qui, convient aux mots suivants.
c) Accompagner librement le texte: y faire vibrer ses propres sentiments.
N.B. Les moyens de rendre la parole expressive sont:
1. l'accent de la phrase: donner une sonorité particulière aux termes qui ont le plus d'importance.
2. Les pauses et les silences: respecter les repos indiqués par la ponctuation (sauf quelques rares exceptions: qui, que...) et par le sens.
3. Le ton: intonations et modulations de la voix, qui manifestent les sentiments que suggère le texte.
La mimique,
La mimique est l'éloquence du corps; elle doit être l'interprète fidèle de l'âme. Elle comprend; l'attitude du corps, le Jott fto La physioaonie, et le geste.
L'attitude du corps doit être "noble et mâle, et ressembler plutôt à celle d'un soldat sous les armes ou d'un athlète, qu'à celle des acteurs sur la scène. La position la plus favorable, si l'auditoire est en face ou à droite, est de se poser sur la jambe gauche et d'avancer un peu la jambe droite. La position inverse, si l'auditoire est à gauche.
.Le jeu de la physionomie. "Tout dépend du jeu de la physionomie, dont le
pouvoir réside surtout dans les yeux", qui doivent avoir tour à tour de là vivacité, du calme, de la pénétration, de la gaieté..
Le geste. Le geste doit être sobre, vrai, et beau.
Sobre. Il faut ne souligner de gestes que les idées principales. Par conséquent, supprimer les mouvements inutiles et surtout les tics et ■les manies. ■'
Vrai. Le geste doit être en conformité avec l'idée ou le sentiment exprimé.
Beau. Pour être beau, le geste doit respecter l'harmonie des lignes et des mouvements, la cadence de la marche, la proportion des' intervalles.
Voici quelques règles pratiques au sujet des gestes.