‹ Notes servant à l'étude des préceptes de rhétoriqueChapitre 25 sur 38 · DE L'IMPROVISATION · texte numérisé non relu

DE L'IMPROVISATION

On appelle improvisation tout discours qui jaillet de source sans préparation spéciale immédiate.

Discours. Le mot discours est pris ici au sens très large, car, évidemment l'improvisateur ne respecte pas toujours toutes les lois de la rhétorique et ne saurait faire un chef-d'oeuvre d'enchaînement et de symétrie.

- qui jaillit de source. Celui qui de lui-même cède au besoin d'improviser est toujours sous l'effet d'une passion violente qu'il ne peut contenir et qui se répand en paroles enflammées. Dans ce cas, l'improvisation est le cri prolongé de la passion, le pathétique dans toute sa splendeur. Pour le véritable orateur, c'est l'occasion par excellence de faire valoir toutes les ressources de son talent.

N.B. Ce besoin irrésistible de parler en certaines circonstances a été constaté dans tous les temps et même dans le cours ordinaire de I la 'vie. L'enfant qui réplique, la femme qui dispute, etc. en sont des exemples frappants.

-sans préparation spéciale. Il est clair que toute étude qui enrichit l'intelligence et affine les facultés est une préparation plus ou moins lointaine à discourir sur n'importe quel sujet. L'improvisation n'exclut pas une telle préparation, mais elle exclut toute prévision de la circonstance spéciale qui amène l'orateur à exprimer des idées et des sentiments qu'il n'avait jamais songé à manifester en public.

En outre de l'improvisation proprement dite que nous venons de définir, il y en a deux autres espèces bien différentes: 1' improvisation forcée et l'improvisation partielle.

L'improvisation forcée, c'est l'effort d'un orateur qui n'est nullement sous le coup d'une émotion violente, mais qui est amené à parler, soit par une invitation indiscrète, soit par sa propre vanitç, soit encore par une démangeaison de parler que rien ne justifie. Dans le premier cas, c'est l'orateur qui est à plaindre, car- "Les petits mots arrachés à 1' improviste, disait un homme d'esprit, sont les grands maux des orateurs de quelque réputation." Dans les deux derniers cas, ce sont les pauvres auditeurs qui doivent souffrir, car cette improvisation forcée n'aboutit généralement qu'à du baffouillage, de l'incohérence et des répétitions. ;:

L'improvisation partielle ne couvre guère que la forme. L'orateur a déjà son pl*n tout f^.it, sinon sur le papier du moins dans sa tête; ses idées sont déjà plus ou moins enchaînées; il n'y a d'imprévu que les phrases pour exprimer ces idées et sentiments. C'est l'improvisation la plus commune et c'est d'elle que Berryer disait: "SaveBvous le secret des. improvisateurs? C'est qu'ils n'improvisent pas du

tout. Ils ont des idées -arrêtées. Ils se sont dit vingt fois, cent fois la même chose; ils se répètent tout simplement. Pour moi, je suis du métier, et je ne saurais- dire ce que je n'ai jamais pensé."

Ce genre d'improvisation n'est pas la mer à boire. Un homme intelligent qui a tant soit peu l'habitude de la parole peut .s'en^tirer assez bien pourvu qu'il garde son sang-froid et n'aille pas se lancer dans l'inconnu.

Conseils pratique's.

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