ARTICLE DEUXIEME: S '"HCES FE PREUVES - LES LIEUX COMMUNS
Le moyen le plus naturel de trouver des preuves est évidemment l'étude approfondie du sujet à traiter qui en donne une connaissance complète. Cette étude demande beaucoup de travail et de recherches, et la tâche paraîtrait parfois impossible, si les anciens rhéteurs, n'étaient parvenus, à force d'observations, à localiser ce qu'ils appellent "les lieux communs oratoires" ou "topiques" e Cas lieux communs embrassent les principaux aspects de toutes les questions possibles et constituent des sources de preuves-,
Les lieux communs oratoires se divisent en deux grandes classes: les lieux communs intrinsèques et les lieux communs extrinsèques.
Les lieux communs intrinsèques donnent des pr aves tirées du fond même du sujet. Ils supposent la méditation profonde de la question, envisagée sous toutes ses faces. Ils plaisent davantage aux esprits d'élite.
Les lieux communs extrinsèques donnent des preuves prises en dehors du sujet, mais, se liant étroitement avec lui» Ils supposent de la mémoire et de l'érudition, et font généralement pvus d'impression sur les foules.
Exemples;
j« Si je prouve qu1 il faut aimer le prochain en invoquant la ressemblance de nature, l'unité d'origine, le bonheur de l'amour mutuel, j'emploie des preuves intrinsèques c- Si pour prouver la mime chose, je me base sur l'Ecriture sainte, sur des exemples historiques, j'emploie des preuves extrinsèques.
2* A prouver; "Personne n^est à sa place dans un Etat où le prince ne gouverne pas. lui-même."
Preuve intrinsèque; "En effet, le mérite est négligé, parce qu'il est trop modeste pour s'empresser, ou trop noble pour devoir son élévation à des sollicitations ou à des bassesses; l'intrigue supplante les plus grands talents; des hommes souples et bornés s'élèvent aux premières places, et les meilleurs sujets demeurent inutiles."
Preuve extrinsèque (tirée de l'histoire dû peuple juif); "Souvent un David, seul capable de sauver l'Eta;, n'emploie sa valeur, dans l'oisiveté des champs, que contre les animaux sauva se s, tandis que des chefs timides , effrayés de la seule présence de Goliath, sont à la
tête des années du Seigneur. Souvent un Mardochée, dont la fidélité est même écrite dans les monuments publics, gui, par sa vigilance, a découvert autrefois des complots funestes au Souverain et à l'Empire, seul en état, 'par sa probité et par son expérience, de donner des bons conseils et d'être appelé aux premières places, rampe à 1% porte du palais, tandis qu'un orgueilleux Aman est à la tête de tout, et abuse de son autorité et de la confiance du Maître." (Massillon. )
Remarques»
1. Les lieux communs sont des sources où l'orateur peut puiser au besoin; mais, il ne faudrait pas s'imaginer que pour faire un discours présentable, il fallût absolument faire le tour de toutes les sources et exiger de chacune d'elles une contribution quelconque. Si, par bonheur, un orateur a déjà tous les matériaux nécessaires, il est inutile d'en chercher d'autres.
2. Dans les lieux communs, l'orateur trouvera quelquefois des arguments et presque toujours des éléments précieux pour mieux développer sa pensée. Si donc, un de ces lieux communs ne peut produire au moins la base d'un argument, il devient inutile au point de vue de l'invention.
3. L'avantage des arguments tirés des lieux communs, c'est qu'ils s'appuyent presque tour dur des principes connus et indiscutables. Donc, ils ont une force démonstrative plus grande et ils permettent à l'orateur de s'écarter parfois du syllogisme rigoureux qui engendre souvent l'ennui.
4t " Bien que très utiles, les lieux communs ne sauraient ce-
pendant suppléer au talent ni au travail sérieux. De plus l'orateur parfait ne devrait être étranger à aucune science. "Que l'orateur sache non seulement tout ce qui tient de près à l'éloquence, mais encore une multitude d'autres choses qui paraissent n'y avoir point do rapport. Qu'il connaisse le culte, les lois, les moeurs, les opinions, les usages des peuples. Que l'antiquité soit dévoilée à ses yeux, et qu'il ait dans sa mémoire tout ce que renferme de plus intéressant l'histoire des grands empires, des royaumes et des républiques fameuses. Qu'il possède les vrais principes de la philosophie et de la morale. Qu'il ait des notions exactes des sciences et des arts. De cet amas de connaissances, jailliront à chaque instant des traits de lumière qui répandront le plus beau jour sur les vérités qu'il voudra mettre en évidence. Ainsi £*ra£~ tra-t-il toujours parler avec compétence et autorité sur les matières les plus diverses." (Cicéron.)