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LES LIEUX COMMUNS INTRINSEQUES

Les lieux communs intrinsèques sont au nombre de neuf et se groupent trois par trois:

La définition. La comparaison.

L' énumération des parties. Les contraires. Le genre et l'espèce Les choses qui répugnent.

Les circonstances.

Les antécédents et les conséquents.

La cause et l'effet.

La définition.

La définition d'une chose c'est 1' énonciation de ses qualités propres qui la font connaître en la distinguant de toute autre chose. C'est une proposition qui explique la nature d'une chose.

Il y a trois sortes de définitions: la définition nominale ou étymologique, 3i définition réelle ou proprement dite, et la définition négative.

La dû finit ion nominale, o u , é t ymol o g i que met en relief les différents éléments qui entrent dans la composition d'un mot pour en bien saisir la signification. : • '.-■■/ '!;' Le "principe sous-entendu est: "Tous les\mots sont censés

etre bâtis de façon rationnelle." Ce principe n'est pas rigoureusement vreiv Par -conséquent, les arguments basés sur la définition nominale n'ont guère de valeur logique. Cependant, dans la bouche d'un orateur, ils peuvent' créer une forte présomption et préparer le terrain pour une démonstration plus solide. On se sert de ces arguments avec avantage pour agir sur les passions.

Exemples; Prohibition: Action de défendre. C'est donc une barrière, une chaîne.

Féminisme: Théorie sur la femme. C'est donc un sujet, mesdames, qui vous intéresse tout spécialement.

La définition réelle, ou proprement dite, est l'énonciation des qualités propres d'une chose.

Il y a deux sortes de définitions réelles: la définition essentielle, ou philosophique, qui se compose du genre prochain e(t de la' différence spécifique; et la définition descriptive, ou oratoire, qui consiste à énumérer les qualités propres non essentielles de la chose définie. La première ne peut guère varier; elle sert donc de base à un argument inattaquable. La seconde, moins précise que la première, 'n'est cependant pas moins vraie, mais elle engendre une conclusion plus étendue. C'est pourquoi les orateurs la préfèrent.

Le principe sous-entendu dans les arguments basés sur la définition réelle, tant descriptive __ qu'essentielle, est le suivant: "Une chose est ce qu'elle est et ne peut être autre chose." La définition réelle a le caractère d'une photographie, d'un portrait pris d'après nature. On peut nier qu'une définition soit bonne; mais si on l'admet comme bonne, on ne saurait ; échapper aux conséquences.

Exemples: Prohibition: Mouvement qui tend à supprimer l'usage, la fabrication' et le trafic des spiritueux.

■ : Féminisme: Mouvement qui tend à mettre la femme sur le même pied que l'homme au point de vue des droits,

N.B. Les définitions réelles peuvent varier légèrement suivant le be- : soin pourvu qu'elles ne contiennent rien de faux. Le grand art pour l'orateur, c'est de savoir choisir la définition qui convient le mieux à sa thèse.

La définition négative, consiste d'ans l'énonciation des attributs qu'une chose n'a pas. Elle exige au moins un élément positif pour soutenir ces négations.

Le principe sous-entendu dans les arguments basés sur la définition négative est: "Une chose n'est pas ce .qu'elle n'est pas."

N.B. 1, Dans une définition négative on peut se contenter parfois de nier l'existence d'un seul trait dans la chose définie; généralement on en nie plusieurs.

2. Si certaines négations sont discutables, elles doivent être prouvées avant que l'orateur ait le droit de tirer sa conclusion générale.

3. La définition négative ne serait d'aucune utilité si elle ne conduisait pas, en vertu du principe de contradiction, à une conclusion positive.

4. A l'aide d'une définition négative, l'orateur peut charger la meilleure chose du monde d'un poids si lourd, qu'elle sera irrémédiablement "calée'» dans l'esprit d© eoe auditeurs fXJJxt

qu'ils aient eu l'avantage d'étudier le sujet. A l'aide du même procédé,il peut, s'il est habile, réconcilier l'auditoire avec une idée don t il ne voulait même pas entendre parler.

Exemples: Prohibition; mesure qui n'a pas de bon sens, qui n'est pas pratique. C'est donc une utopie.

Féminisme; mouvement qui "ne date pas de loin, qui n'a pas encore fait ses preuves. C'est donc un mouvement pour le moins suspect.

L'énumération des parties.

L'énumération des parties consiste à présenter les principaux aspects d'une idue pour la faire mieux ressortir, à exposer les circonstances d'un fait, ou à décrire les divers éléments d'un objet.

A cause des éléments étrangers qui y entrent, elle n'a pas la force démonstrative d'un argument tiré d'une définition réelle; elle conserve cependant une valeur considérable. Comme ici, l'évidence est souvent matière d'interprétation, un orateur peu scrupuleux peut, a l'aide de .cet argument, faire accepter sans preuve des affirmations étonnantes. C'est un truc dont les sophistes se servent avec libéralité et souvent avec succès,

L'énumération des parties bien faite doit remplir les conditlOiiO suivantes; elle doit être annoncée, suivie, intéressante et terminée.

Annoncée, c'est-à-dire que l'idée générale de la définition doit être exprimée clairement.

Suivie, c'est-à-dire, non interrompue par des digressions ou des preu» ves, car alors, elle cesse d'être un argument pour devenir un groupe d'arguments ou même un discours.

Intéressante; composée des traits les plus saillants.

Terminée; la partie de la définition qui n'est pas commentée doit ter-? miner la phrase; impossible de sf arrêter avant d'evoir épuisé la matière.

N.B. Les simples synonymes intercalés dans la définition n'ajoutent rien a sa valeur; au point de vue élocution, ils peuvent parfois agir sur les passions en produisant l'impression d'une grande abondance, indice d'une science profonde au d'une grande conviction.

Exemple ; Fénelon prouve qu'aucun obstacle n'arrête le zèle des missionnaires. "Ni les sables brûlants, ni les déserts, ni les montagnes, ni la distance. des lieux, ni les tempêtes, ni les écueils de tant de mers, ni l'intempérie de l'air, ni le milieu fatal de la ligne où l'on découvre un ciel nouveau, ni les flottes ennemies, ne peuvent arrêter ceux que Dieu envoie,"

Le genre et l'espèce.

Le genre. On appelle genre une notion plus ou moins déterminée qui est commune à au moins deux espèces: idée générale, étendue, comprenant plusieurs idées secondaires qui se ressemblent sous certains rapports. "Unum aptum îaossè .pluribus in quid' in'd eterminate . " La notion simple du genre s'accroît et se précise, â chaque espèce nouvelle, par l'addition d'une différence spécifique. .= .". i

L'espèce. C'est une des diverses parties du genre: un ensemble de notes qui sont propres à un groupe d'individus, et qui constituent leur essence.

La différence spécifique est une note spéciale qui, ajoutée au geïîre, constitue l'espèce ou essence.

Le genre ou l'espèce sont appelés: suprême , si tout à fait au haut de l'échelle; moyen, si entre le suprême et l'infime; et ' infime , si tout à fait au bas de l'échelle.

Exemple tiré de la zoologie.

REGNE ANIMAL (genre suprême) Diff. spécifique: avec vertèbres,

"VERTEBRES (genre moyen) (espèce supj) Diff. spéc.: qui allaitent leurs petits.

MAMMIFERES (genre iafiac) (espèce moyenne) Diff. spéc.: qui ressemblent au chat.

FELINS (espèce infime) Individus: le chat, le lion, le lynx...

On argumente du genre à l'espèce lorsque d'une idée plus générale on conclut à quelque vérité particulière. Le principe sous-entendu: "Tout ce qui essentiellement vrai pour un genre supérieur, est nécessairement vrai pour un genre ou espèce inférieur", est évident, et la force démonstrative de l'argument est parfaite

N.B. Cet argument se rattache aux doux précédents (définition et énumération des parties); il permet d'appliquer à l'espèce non seulement les notes essentielles du genre prochain, mais aussi tout ce qui est essentiel aux genres supérieurs; il va donc plus loin que les précédents,

Alors que la définition dirait: un félin est un mammifère qui ressemble au chat, l'argument du genre à l'espèce pourrait, dire: un félin est un animal, ou un vertébré, ou un mammifère qui ressemble au chat.

L'argument de l'espèce au genre procède par induction. Il consiste à aligner certaines constatations identiques dans différentes espèces pour arriver à conclure que ces attributs conviennent au genre tout entier. Pour qu'il ait une force démonstrative indiscutable, il . faut examiner toutes les espèces. C'est à cette condition seulement que l'orateur pourra bénéficier pleinement du principe à la base de cet ai—

gument:"Ce qui se réalise dans toutes les espèces san6 exception peut s'affirmer du genre." Généralement l'orateur ne passe en revue que quelques espèce, et son argument n'engendre que la vraisemblance,

N.B. 1, La marche normale de l'intelligence humaine procède de l'image a l'idée générale, et ce n'est que par une certaine culture qu'elle arrive à concevoir des idées précises de chaque espèce. Par conséquent, •n emploiera l'argument du genre à l'espèce en s'adressant à un auditoire d'élite, mais il sera généralement préférable d'employer l'argument de l'espèce au genre pour des auditeurs moins cultivés.

2» Les trois lieux communs que nous venons d'étudier s'obtiennent par l'étude de la nature d'une chose. Leur base commune est la définition et leur lien de parenté est évident»

3. Si l'étude, de la nature d'une chose est inaccessible à l'intelligence des auditeurs, il y a un autre moyen de les éclairer: c'est de prendre pour point de départ une chose qu'ils connaissent et de les a mener, par d'habiles rapprochements entre la chose connue et la chose à connaître, à saisir, certaines notions.- qu'ils ne pourraient atteindre directement. C'est le procédé. de la comparaison que nous all«ns maintenant étudier,

La comparaison. :

L'argument de comparaison consiste à tirer une conclusion logique des différences ou ressemblances de , deux choses que l'on compare, dont l'une est bien connue, l'autre moins. Il peut se définir: l'action de"' mettre deux choses en présence afin d'en faire ressortir leurs ressemblances ou leurs différences,,

N.B. Il ne s'agit pas de la comparaison littéraire dont le plus clair profit est der donner du coloris au s.'yle et qui relève de l'élocution, mais de la comparaison oratoire sur laquelle on peut baser un argument.

L'argument de comparaison peut être 'a pari' ou 'a fortiori' , L'argument 'a pari* commence généralement par "si" ou "de même que", et le lien qui relie- les .deux termes peut se réduire à "pareillement1*. Le principe sous-entendu dans ce- genre d'arguments est: "Les mêmes causes, dans les mêmes circonstances, produisent les mêmes effets, ou, Des analogues, dans les mêmes circonstances, produisent des effets analogues,** Si l'on compare absolument les mêmes causca, absolument dans les mêmes circonstances, la conclusion est certaine et la force démonstrative de l'argument est incontestable. Comme en général, la comparaison se fait entre choses simplement analogues, dont les circonstances ne sont pas absolument les mimes, il arrive que la conclusion déduite ne soit que vraisemblable.

L'argument 'a fortiori' commence par "si" et le lien entre les termes est "à plus forte raison", 11 est basé sur le principe i "Dans les mêmes circonstances, les mêmes causes,' mais" plus fortes, produiront les mêmes effets, maie plus forte." Il a la même valeur démonstrative que l'argument 'a pari*. On peut procéder du plus au moins, ou du moins au plus.

.Exemple; s; A paritl.Si un enfant bien né aime sa mère, pareillement un bon citoyen doit aimer sa patrie,

i 2. Athalie tâchant de justifier ses fureurs:

mJ' aurais vu massacrer et mon père et mon frère, Du haut de son palais précipiter ma mère, Et moi, reine sans coeur, fille sans amitié, Esclave d'une lâche et frivole pitié, Je n'aurais pas du moins à cette aveugle rage, Rendu meurtre pour meurtre, outrage pour outrage, Et de votre David, traité tous les neveux Comme on traita d'Achab les restes malheureux?"

A fortiori: Montalembert défendant l'Eglise: "Permettez-moi une comparaison familière. Quand un homme est forcé à lutter contre une femme, si celle-ci n'est pas la dernière des' créatures, elle peut le braver impunément: elle lui dit: Frappez, mais vous vous déshonorez, et vous ne me vaincrez pas. Eh bienï l'Eglise n'est pas une femme, elle •• est bien plus qu'une femme, elle est une mère.

N.B. L'exemple et la parabole se rattachent à l'argument de comparaison.

L' exemple : Témoignage d'un fait utile à persuader. On y conclut du ; plus au moins, du moins au plus, d'égal à égal, ou d'unt chose à son contraire. Tantôt on raconte le fait en l'amplifiant, tantôt on se c • contente de le rappeler, tantôt on en accumule plusieurs. Exemple : Auguste dans le Cinna de Corneille:

"Sylla m'a précédé dans ce pouvoir suprême, Le grand César mon père en a joui de même, D'un oeil si différent tous deux l'ont regardé-, Que l'un s'en est démis, et l'autre l'a gardé. Mais l'un, cruel, barbare, est mort aimé, tranquille, Comme un bon citoyen dans le soin de sa ville; L'autre tout débonnaire, au milieu du Sénat, A vu trancher ses Jours par un assassinat."

La parabole et l'apologue: récits allégoriques ou basés sur la réalité, destinés a faire ressortir une vérité pratique ou morale.

L'hypothèse ou fiction oratoire imagine une chose pour en tirer une

conclusion favorable à sa thèse.

Exemple. Massillon sur le petit nombre des élus: "Si Jésus-Christ paraissait dans ce temple, au milieu de cette assemblée, la plus auguste de l'univers, pour nous juger, pour faire le terrible discernement des boucs et des brebis, croyez-vous que le plus grand nombre de tout ce que nous sommes ici fût placé à sa droite?"

Les contraires.

L'argument des contraires consiste à mettre en présence deux choses opposées, et à tirer de la constatation des effets de l'une la conclusion des effets de l'autre. Le principe sous-entendu est toujours: "Deux forces absolument opposées, appliquées à la même chose, produiront des effets opposés,

Pour construire un argument valable des contraires, il faut trcuver deux contraires véritables. Deux; contraires parfaits sur toute la ligne, sont assez rares, mais il s'en trouve plusieurs qui sont absolument contraires sur un point donné. Le plus souvent l'argument des contraires n'a pas de force démonstrative, parce que" les coatraires mis en ligne ne sont contraires qu'à certains temps ou sur certain point. Cependant l'argument crée 'toujours une forte prés.r^jttioû,

Exemples: Sur le terrain religieux, Catholiques et Orangistes sont toujours aux prises. Or, Les Catholiques tiennent 'mordicus' aux écoles confessionnelles. Donc, c'est assez pour que les Orangistes s'y opposent.

Pour démontrer la gravité du scandale: '"Vous êtes cet homme de péché, cet antéchrist dont parle l'Apôtre; car Jésus-Christ a sauvé l'homme, et vous le perdez; Jésus-Christ a formé de véritables adorateurs à son Père, et vous les lui ôtez; Jésus-Christ nous a acquis par son sang, et vous lui ravissez sa conquête; Jésus-Christ est le médecin des âmes, et vous en êtes le corrupteur." (Massillon),

N.B. Si l'orateur donne à son argument 1?. forme interrogative ou dubitative, il se sert alors d'une arme extrêmement dangereuse. .. Ex.» Vous connaisses tous l'animosité des Orangistes contre les Catholiques, Croyez-vous eue si l'Eglise n'avait pas toujours été le champion de l'indissolubilité du mariage, les Qrangistes seraient si zéléa pour prôner le divorce?

Voilà un appel direct aux passions-, l'orateur n'affirme rien de lui-même, il se borne à suggestionner. Mais il y a cent contre un à parier que l'auditeur va tirer lui-même la conclusion que l'orateur désire, et il sera d'autant plus convaincu qu'il lui semblera que cette ^OAtUuiWJ. est une trouvaille personnelle que personne ne lui a imposée,

Les choses qui répugnent „

L'argument basé sur les choses qui répugnent consiste' a mettre en présence deux choses qui s'excluent mutuellement, et à conclure de l'existence de l'une à ta non-existence de l'autre. Le principe sous-entendu n'est rien autre que le principe de contradiction.

De deux propositions contradict i :^, il est absolument nécessaire que l'une soit vraie et l'autre fausse, La valeur démonstrative de l'argument est donc parfaite. • •

N.B.1»I1 ne faut pas confondre la "contradictàire^d'une proposition avec la proposition "contraire^'» La proposition contradictoire est la simple négation de l'autre

Ex.: Ce mur est blanc, Contradictoire; Ce mur n'est pas blanc.

Contraire: Ce mur est noir, rouge,,,

2* Il arrivera souvent que l'orateur rapprochera deux choses qui semblent répugner au premier abord, et profitant du fait que l'auditoire n'a- pas le temps de vérifier si la répugnance est absolue ou non, tirera une conclusior ou' il donnera comme certaine. Cette conclusion

sera discutable sans doute, mais elle aura une influence considérable sur l'auditoire. Ce genre d'argument peut servir de base à un dilemne, qui est toujours difficile à réfuter.

Exemple : Si une femme réclame un droit dont l'exercice répugne avec une ou plusieurs obligations que la nature même impose aux personnes de son sexe, ce droit est évidemment chimérique. Or, pour exercer les fonctions de législateur, une femme doit se dérober à la procréation des enfants, à tous les embarras et à toutes les charges qui s'en suivent. Donc, les fonctions de législateur ne doivent pas exister pour elle,

3, Les choses qui répugnent absolument sont plus rares qu'un vain peuple pense, et les sophistes sont ceux qui le savent le mieux.

Les circonstances.

Les circonstances sont les pa rticularités qui accompa- ■gnent un fait, et lui donnent sa physionomie propre, surtout au point de vue moral. Elles sont pour un fait ce que les accidents sont pour la substance.

S'il s'agit d'un acte moral, elles sont atténuantes, ou aggravantes, selon qu'elles en diminuent ou qu'elles en augmentent la gravité. Les principales circonstances sont énumérées dans le vers latin: "Qui s, quid, ubi, per quos, quoties, cur, quornodo^ quando."

Qui s: la personne et tout ce qui s'y rattache immédiatement comme le rang, l'éducation, le caractère, l'âge, la patrie, la parenté, la renommée, la vertu, le génie...

Quid: La nature de la chose dont il s'agit: difficile ou facile, noble, héroïque, honteuse, désastreuse, lucrative...

Ubi: le lieu, sacré ou profane, public ou prive,.,

Per quos: les agents qui ont enncoaru -1 l'exécution, tùc beifcpli'ctes...

Quoties: le nombre de fois que la chose a eu lieu. ,

Cur: la cause finale, le but que l'on se proposait.

Quomodo : la manière, l'ordre dans lequel tout s'est passé

Quando : le temps où le fait s'est accompli, de jour ou de nuit, en temps prohibé ou permis...

Autre chose en effet, est d'étudier un acte en soi, sans le placer pour ainsi dire dans son cadre, et autre chose est de l'étudier dans les circonstances qui peuvent le modifier profondément. Autre chose aussi est d'étudier la moralité d'une action en théorie, et autre chose de l'étudier dans un cas concret. En théorie, une action tire sa mora~ lité de son sujet, mais, en pratique, pour mesurer la moralité d'une action, il ne faut jamais oublier de tenir compte des circonstances.

Exemple ; S'il s'agit dfun meurtre.

Circonstances de personne :

Le meurtrier; peut être un fou, un homme ivre, un homme provoqué, un homme qui défend sa vie menacée, un homme qui agit sous le coup d'une passion plus ou moins légitime, ou avec préméditation, avec un luxe de cruauté.,.

La victime; peut être un injuste aggresseur ou une personne innocente, un bienfaiteur ou un ennemi du meurtrier...

Circonstances de but et de motif.

Cn peut tuer pour voler, pour se venger, pour défensa vie, sa patrie ou ses enfants,.,. La fin ne justifie pas lea moyens, mais elle peut permettre d'invoquer comme excuses l'erreur, l'ignorance, la bonne foi, le volontaire indirect...

Circonstances de manière: meurtre instantané, prémédité, avec tortures. Circonstances de lieu.-, Un meurtre dans une église serait sacrilège.

L'argument de circonstances consiste à tirer une conclusion des circonstances d un ac+e pour en établir la physionomie propre, ou, s'il s'agit de l'ordre moral, l'exacte moralité. Le principe sousentendu dans le dernier cas est: "Plus il y a de délibération et de volontaire dans une action, plus la responsabilité est grande." Tel est le principe général; il y a plusieurs principes secondaires, selon les diverses circonstances,,

Exemple : Annibal relève le courage de ses soldats en leur montrant que lés lieux où ils se trouvent rendent la fuite impossible: *A droite et. à gaujhe, de-ux mers vous enferment, et nous n'avons pas un seul bateau pour fuir. Devant vous est le Pô, plus large et plus violent que le Rhône, et derrière s'élèvent les Alpes,., Soldats, c'est ici qu'il faut vaincre ou mourir,"

N.B. La différence entre cette classe de lieux communs et les deux précédentes est la suivante. Les arguments des deux premières famille* ont surtout pour but de démontrer la vérité ontologique; ceux de la dernière se rapportent presque exclusivement à la recherche de la vérité morale, ou, s'il s'agit d'un fait qui n'est pas du domaine moral, cn l'étudié, pour ainsi dire, 'ab extrinseco' .

Quand il s'agit des causes libres, les preuves de circonstances ne peuvent jamais donner une certitude absolue. Cependant, dans certains cas, les preuves de circonstances peuvent être tellement nombreuses, et tellement fortes, qu' elles 'engendrent une certitude morale.

Les antécédents et les conséquents.

On appelle ant écédent s \ "Ce qui, une fois admis, entraîne nécessairement telle conséquence.' (rSrucker), ou : "L'ensemble des faits passés qui montrent dans une certaine cause une propension, une aptitude ou une inclination à afalre ou à ne pas faire ce qu'on veut lui attribuer.

Les conséquents sont:"Cequi, une fois admis, suppose nécessairement tel principe." (Brucker), ou: Un ensemble de faits qui ne découlent pas nécessairement d'une cause donnée, mais qui resteraient inexplicables si on* voulait les attribuer à une autre cause que cellelà.

L'argument par les antécédents consiste à énumérer les circonstances déterminantes qui précèdent le fait. Le principe sousentendu est le suivant: "Les causes physiques agissent d'après des lois immuables, et les causes libres, à moins de motifs extraordinaires, agissent d'après leurs habitudes acquises ou selon les inclinations qu'elles ont montrées dans lt pasèé."

Exemple: Michel a toujours été brutal, mainte et mainte fois il a fait des menaces à sa femme, il l'a battue, martyrisée. Donc, il est vraisemblable de penser que c'est lui qui a tué sa femme.

L'argument par les conséquents consiste à énumérer les circonstances déterminantes qui suivent un fait. Le principe sous-entendu est le même que dans le css précédent.

Exemple : Depuis la découverte de la victime, Michel a quitté sa demeure en secret, il s'est enfui sans dire où il allait, ses compagnons de travail affirment qu'il était toujours sombre et préoccupé, qu'il tremblait en voyant des hommes de police. Bref, il s'est conduit comme s'il était vraiment le meurtrier. Donc, il est probable que c'est lui qui a fait le coup.

La oause et l'effet.

Le mot cause comprend tout ce qui fait qu'.une chose est ce qu'elle est. Les- philosophes en enumèrent bien des espèces. Les principales sont: la cause formelle que nous avons traitée dans la définition; la cause efficiente (auctor - cuis); la cause instrumentale (quibus auxiliis) ; la cause finale (cur).

Il est incontestable que la connaissance de ces 'différentes causes peut servir énormément p»ur affirmer, faire valtir, préciser les propriétés de la chose en question. La connaissance des causes est absolument nécessaire pour déterminer la moralité d'une action.

Les principes qui peuvent servir de base â l'argument de cause à effet sont nombreux. "Il n'y a pas d'effet sans cause"; "Nerno dat quod non habet"; "Telle est la cause tel sera l'effet"; "Causa causae, causa causati"; "Une cause nécessaire et totale étant donnée, l'effet suit nécessairement"; "Il y a toujours proportion parfaite entre une cause et ses effets"...

Il est à remarquer qu'il suffit de bien connaître une cause pour bien se rendre compte de tous ses effets possibles, tandis qu'il ne suffit pas de bien' connaître certains effets pour avoir une idée complète de la cause»

Si l'argument de cause à effet est mis à part dans le groupe des arguments de circonstances, c'est qu'il est employé plus

fréquemment et parce qu'il a une force plus grande que les autres, a cause de sa relation étroite avec le principe de causalité.

La valeur de l'argument de cause à effet est absolument indiscutable quand il s'agit de causes physiques qui agissent toujours d'après des lois fixes et immuables. Quand il s'agit de causes libres, les conclusions ne sont pas toujours aussi certaines. Dans l'argument de l'effet à la cause, il ne faut pas oublier qu'un effet peut avoir plusieurs causes en même ■ temps et qu'il peut être causé par des facteurs absolument étrangers entre eux.

Exemples; Effets de la volupté d'après Cicéron:

"La nature n'a pas déchaîné de fléau plus terrible que les voluptés du corps. C'est par elles que l'on trahit son pays, qu'on ruine les Etats, qu'on entretient de secrètes intelligences avec les ennemis... En;- In, il n'est point de crime, point de forfait où n'entraîne la séduction des voluptés."

Effets du vice, par Lamennais î "Le premier effet, l'effet inévitable des habitudes voluptueuses, est de lier les puissances de l'âme, et d'en exclure toute autre pensée que celle des vils plaisir» dont elle s'est rendue l'esclave. Distrait par des désirs sans cesse renaissants, obsédé d'impurs fantômes, l'esprit perd sa vigueur et sa fécondité, tout s'altère et dépérit,' la mémoire s'éteint, le caractère s'^ énerve, le coeur se dessèche. On ne sait plus aimer, ni compatir, ni répandre les délicieuses larmes de itettendrissement . Le visage même s'empreint d'une expression dure et repoussante."

Nécessité de bien connaître tous les lieux communs.-

Pour un critique, la connaissance complète de tous les lieux communs est absolument indispensable. En dernière analyse, tous les arguments peuvent se réduire aux lieux communs que nous venons d'étudier. Pour en bien peser la valeur, il faut en comprendre exactement la nature et la portée.

. Pour les orateurs, la connaissance des lieux communs, sans être indispensable, est d'une grande utilité. Elle leur permettra de faire un sage triage de leurs arguments et de bien adapter leurs discours au besoin de 1: auditoire. Elle leur épargnera surtout bien des recherches inutiles quand il s'agira de traiter un sujet moins connu.

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