‹ Notes statistiques sur l'Algérie et considérations sur l'origine et les effets de la crise actuelleChapitre 12 sur 64 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

DE L’ASSAimSSEmEHT DE LA MITIDJA.

La plaine de la Mitidja a été considérée depuis les premières années de la conquête comme une terre promise. Nous allons dire ce que nous pensons de sa salubrité et de sa fertilité.

La fertilité des terres saines est admise sans contestation ; là , peu ou point de travaux à exécuter pour le défrichement long et coûteux des terrains envahis par les palmiers nains. Le sol est généralement meuble et facile à cultiver ; la plaine est voisine de la ville d’Alger, marché admirablement placé pour la vente et rembarquement de ses produits.

Ces conditions sont très-favorables pour les colons sérieux qui seront établis sur les terres saines.

11 en sera un peu plus lard de même pour les zones marécageuses , mais seulement lorsque les travaux d’assainissement combinés, et marchant simultanément avec ceux de la culture des terres, auront modifié l’état sanitaire.

La Mitidja est moins une plaine qu’une vallée , qui commence à la rivière Ilamis et se prolonge de l'est à l’ouest sur une longueur de vingt-cinq lieues jusqu’au ruisseau Boukika, qui coule à l’ouest au pied de la montagne Chenouan. Elle est resserrée sur une largeur moyenne de six lieues entre la dernière chaîne de l’Atlas, faisant face au nord , et les coteaux moins élevés du Sahel, sur le versant opposé duquel se trouve le territoire d’Alger.

Le sol de la Mitidja est formé d’alluvions fangeuses, et couvert périodiquement d’eau en plusieurs endroits par les débordements du Hamis, de l’Arach , du Mazafran , de la Chiffa et des torrents formés par les pluies et la fonte des neiges, qui descendent de l’Atlas.

Le séjour périodique de ces eaux sur le sol , l’incurie des indigènes qui laissent engorger les canaux d'irrigation qu’ils établissent pour les besoins du moment et qu’ils abandonnent toutes les années selon le terrain qu’ils veulent arroser, et l'inculture des terres , sont les causes de la formation des marais.

De telles dispositions, si défavorables pour le renouvellement de l’air dans la plaine par des vents frais, lorsque ceux du midi peuvent la parcourir plus librement , y rendent la chaleur très-intense , ei il résulte du concours de cette élévation de température, qui active la décomposition des matières organiques, une abondante évaporation, le plus souvent transformée en brouillard épais, d’une odeur fade, comparée quelquefois à celle du chanvre en rouissage. Les combinaisons délétères sont moins dangereuses dans le jour qu’aux approches de la nuit: elles occasionent, dans les deux cas, aux habitants de la plaine non assainie, du mois de juin au mois d’octobre, des maladies dangereuses, que la nature de cet écrit ne permet point d’analyser.

11 s’agit d’apporter un remède à cet état de choses, qui s’oppose à la colonisation dos quartiers infectés, et de ceux qui les avoisinent de trop près.

Hâtons-nous de dire, avant d’aller plus loin, qu’Alger, quoique n’étant pas à l’abri des vents qui traversent la surface marécageuse de la plaine, se trouve cependant réunir les conditions les plus favorables par rapport à sa salubrité. Balayée par la brise de mer qui, chaque jour, lui amène sa salutaire influence; protégée au sud-ouest par les coteaux d’une gradation progressive d’élévation , et plus particulièrement garantie du côté de l’ouest par le mont Boudjaréah qui s’élève à environ 400 mètres de hauteur, celte ville se trouve dans des conditions on ne peut plus favorables de salubrité.

L’administration fait exécuter depuis quelques années des travaux de dessèchement susceptibles de rendre les marais insubmersibles . ils seront probablement terminés à la fin de 1849 ; mais tant que les colons ne laboureront pas les surfaces desséchées, elles resteront des causes d’insalubrité.

Bien que ces travaux soient la base de l’assainissement de la plaine, on est porté à désirer qu’il leur en soit adjoint d’autres ayant pour objet de modérer la rapidité du cours des rivières à leur sortie des gorges, et de leur donner une direction dans leur parcours, par des canaux d'irrigation, et aussi par quelques endiguements partiels ; de telle sorte que l’irruption désordonnée des eaux , et ensuite leur stagnation, au lieu d’être, comme aujourd’hui , un aliment pour les marais, devinssent par les moyens que nous indiquons ou par tous autres , une cause de fertilité et de salubrité.

Mais, ainsi qu’on l’a pratiqué avec tant de succès dans le dessèchement des terrains marécageux de Bouflarick, on devrait, si cela est possible, combiner le peuplement de la plaine, de manière à ce que ^es colons puissent défricher, labourer et planlerles marais desséchés, au fur et à mesure de l’exécution des travaux tendant à en empêcher la submersion.

C’est ainsi qu’il semble qu’on parviendrait à x’endre à la culture, une plaine jadis si riche, aujourd’hui presque inculte, insalubre, inhabitée ; sévissant pendant quatre mois de l’année par ses miasmes pestilentiels jusqu’à quelques kilomètres de la capitale de l’Algérie.

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