‹ Notes statistiques sur l'Algérie et considérations sur l'origine et les effets de la crise actuelleChapitre 47 sur 64 · NATURE · texte numérisé non relu

NATURE

ANNÉES

des marchandises.

de France.

de l’étranger.

en plus.

en moins.

Quincaillerie . .

Mercerie .

Tissus de fil .

Tissus de soie .

Tissus de laine, bonneterie exceptée. . .

Tissus de coton. . . .

On voit par les tableaux qui précèdent, que, malgré le droit de 8 p. °jo dont les tissus étrangers étaient frappés, leur importation annulait presque celle des tissus similaires de nos fabriques ; car il en fut introduit en 1832, 1833 et 1834, pour une somme de f. 4,170,901, et seulement pour une somme de f. 547,096 provenant de nos fabriques, d’où résultait un excédant de f. 3,596,805 en faveur de l’étranger ; on voit aussi que les affaires se basaient alors sur une faible population et sur un effectif restreint de l’armée.

La colonisation était à l’état de projet; la culture se bornait à quelques expériences faites par des propriétaires des environs de la ville d’Alger ; et, quant aux propriétés rurales achetées dans la plaine, aucune n’avait été mise en rapport.

Si, à cette époque, et sous les conditions que nous venons d’indiquer, un port franc avait été établi à Alger pendant quelques années, on est porté à croire qu’il aurait produit de bons résultats pour la colonisation, en abaissant le prix des denrées alimentaires et en attirant, par le bon marché des vivres, une nombreuse population désireuse d’améliorer son bien-être, bien que ces résultats eussent été acquis au détriment de nos manufactures et de notre navigation marchande.

Mais aujourd’hui, alors que nos fabriques ont primé en Algérie les fabriques étrangères, que le commerce des tissus de coton est venu presque exclusivement dans les mains de nos manufacturiers; ainsi que les chiffres ci-après le démontrent :

Importation de tissus français en 1846 . f. 5,648,436

Id. étrangers id . 71,782

Excédant en faveur de la France . f. 5,576,654; mais aujour¬

d’hui, disons-nous, que pourrait-on espérer d’un port franc, alors que les dispositions des ordonnances du 16 décembre 1843 et du 13 décembre 1846, ont affranchi de tous droits d’importation les principales denrées alimentaires, ainsi que les principaux objets nécessaires pour les constructions, quelle que soit leur origine et le pavillon sous lequel ils sont importés, et dont voici la nomenclature : les grains et farines, légumes frais, bois à brûler, charbon de bois et de terre, bois de construction et de menuiserie, marbre brut et scié en planches, sans autre main d’œuvre, pierres à bâtir, chaux, plâtre, pouzzolane, briques, tuiles, ardoises, carreaux en terre cuite et en fayence, verres à vitre, fonte, fers et aciers fondus ou forgés, fer-blanc, plomb, cuivre, zinc, étains à l’état brut ou simplement étirés ou laminés, chevaux et bestiaux, plants d’arbres, graines pour semences, bitumes solides purs, mêlés de terre, et généralement tous les mastics bitumineux, fruits de table frais de toute espèce.

Que si, a celle franchise des droits, l’administration ajoute, comme il est à désirer, celle sur les vins français, les cafés, les sucres, les épices, les fromages; si elle abaisse le tarif des droits d’octroi sur mer ; quels pourraient être les avantages d’un port franc ?

Serait-ce un accroissement de la population, par suite de l’abaissement des prix des denrées alimentaires? Mais nous venons de dire qu’elles entrent presque toutes en franchise dans tous les ports de l’Algérie. L’accroissement ou la diminution de la population tient donc à d’autres causes.

Serait-ce sous le point de vue commercial ? Mais la législation actuelle des douanes, avec les modifications que nous indiquons plus haut et le concours d’autres moyens que nous indiquerons dans cet ouvrage, contribueront bien mieux qu’un port franc à relever les affaires commerciales.

Nous ajouterons, pour achever de démontrer notre opinion négative, qu’Alger et Oran sont dotés d’un entrepôt réel et d’un entrepôt fictif, qui permettent d’emmagasiner les marchandises avec un léger droit d’entrepôt, et de les réexporter sans droits, si on ne les met pas à la consommation.

Disons maintenant quelques mots sur les inconvénients d’un port franc.

Sous l’empire des ordonnances du 16 décembre 1843 et du 13 décembre 1846, nous avons vu ouvrir des débouchés considérables aux produits des fabriques françaises et aux produits vinicoles. Nous avons vu les progrès de la navigation marchande nationale ; ira-t-on de gaieté de cœur, et sans utilité pour la colonie, arrêter en faveur des étrangers l’élan donné aux fabriques, à l’industrie et aux produits vinicoles de la métropole? Ce serait mal reconnaître les sacrifices que la France s’impose en faveur de l’Algérie.

En fait, le port franc ne serait aujourd’hui qu’un établissement d’entrepôt pour faire la contrebande avec les côtes d’Espagne, au préjudice d’une nation amie, des intérêts de la France et au profit des produits étrangers, notamment des tissus de coton prohibés en Espagne ; et les bénéfices de ce commerce interlope incomberaient exclusivement aux fabricants étrangers et aux maisons de commerce qui les représenteraient au lieu où le port franc serait établi.

Après avoir démontré l’inutilité d’un pareil établissement, nous allons rechercher succinctement la valeur de l’emploi de quelques moyens qui nous paraissent plus propres à ramener la confiance et à relever les affaires. Les établissements de crédit se présentent tout d’abord à la pensée.

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