‹ Notes statistiques sur l'Algérie et considérations sur l'origine et les effets de la crise actuelleChapitre 64 sur 64 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le travail qui précède a été clos le 7 janvier 1848 : ainsi que nous Payons démontré par les tableaux qui l’accompagnent ; la crise était en voie d’heureuses améliorations dès le 2me trimestre de 1847, et tout faisait espérer la reprise prochaine d’une activité progressive dans les affaires; lorsque les contre-coups des événements survenus à Paris depuis l’établissement de la République, sont venus aggraver la situation : les effets en ont été désastreux pour l’Algérie. Le peu de crédits que les capitalistes de France et de l’étranger lui accordaient encore, lui ont été radicalement retirés; la Banque de France a renoncé a établir un comptoir à Alger : dès-lors toutes les transactions sont tombées dans un marasme complet; le numéraire a disparu; la population diminue par des émigrations journalières; la valeur des propriétés est tombée si bas, qu’en ce moment le produit des ventes par suite d’expropriations forcées ne suffirait pas pour payer intégralement le créancier hypothécaire inscrit en premier ordre; et dans certains cas, c’est à peine s’il suffirait pour payer les frais de poursuites.

Cet état de choses empire tous les jours : il est urgent que l’Assemblée nationale intervienne et prenne la résolution formelle, ou de venir au secours de l’Algérie, par des moyens prompts et efficaces, ou de ne la considérer désormais que comme une position militaire.

Dans le premier cas, les moyens transitoires ne seraient que des palliatifs qui engloutiraient de nouveau des millions sans utilité pour le pays, au grand détriment de la France.

Dans le second cas, cette terre où tant de sang a été si glorieusement versé, où tant d’établissements ont été fondés par l’État et par des particuliers : celte terre, que la confiance et les sacrifices de la nation appelaient à des plus heureuses destinées, serait donc abandonnée ?

Oui, il faudrait abandonner l’Algérie comme colonie agricole, si elle devait continuer h être un gouffre d’argent sans profit pour la France et pour les colons.

Non, si l’Assemblée nationale veut résolument entrer dans les voies propres à changer la face des choses au point de vue colonisateur, et allouer les fonds sagement nécesaires.

Or, nous le répétons avec une profonde conviction, la colonisation par l’agriculture est le seul moyen de conserver l’Algérie, de la peupler et de la rendre productive : et n’oublions pas que tant que l’élément civil ne dominera pas, la sécurité de la conquête repose sur le maintien d’un effectif nombreux de l’armée.

Nous dirons, en terminant, que nous considérons comme un moyen puissant de peupler et de coloniser l’Algérie, son annexion immédiate à la France, soit par une loi, soit par un article de la Constitution, suivis sans retard de l’introduction des codes et des institutions publiques , sauf les modifications jugées nécessaires selon les besoins réels et bien entendus du pays. Plus tard, lorsque l’Algérie aura acquis la haute position que ses richesses naturelles, habilement administrées, lui donnent la confiance d’atteindre , nous regarderons comme un acte paternel et de justice devant > couronner l’œuvre du gouvernement, de la doter de la plénitude des lois qui régissent la mère-patrie.

Le mal est grand ; nous disons plus, il y a péril. C’est à l’Assemblée nationale, c’est à la sollicitude des membres du gouvernement d’aviser aux moyens quf doivent et peuvent seuls sauver ce beau pays. Nous avons foi dans sa destinée et dans les sympathies de la France, qui voudra sauver et protéger une terre glorieusement conquise par ses enfants.

Alger, le 1er septembre 1848.

FRANÇOIS LACRODTS

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