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ÉTABLISSEMENT DES ORPHELINS DE BEN-AKNOUN

Beaucoup de travaux agricoles ont échoué faute d’agriculteurs gérants et de bons valets de ferme. Le temps n’est pas éloigné où l’utile et philantropique établissement de ben-Aknoun, près d’Alger, fournira des sujets capables.

Nous pensons qu’il est à propos de le faire connaître.

Cet établissement, commencé en 1 839, sous l’habile direction de l’abbé Brumeaud, a fait peu de progrès jusqu’à la fin de 1842, faute de 'ressources. A cette époque, son utilité fut mieux appréciée, et en 1844, la charité publique et l’administration civile lui vinrent en aide par quelques subventions.

En 1 845, le conseil supérieur d’administration fixa à f. 60 de première mise, et f. 21 ,50 par mois, la subvention des enfants adoptés par l’administration. De son côté, l’administration de l’armée accorda des secours en vivres, et en effets d’habillement hors de service.

Le nombre d’orphelins admis était de 153 en 1846, et de 190 en 1847 ; ils sont répartis dans les divers métiers suivant leurs dispositions. Les enfants tout-à-fait jeunes sont confiés à des femmes au dehors, sous la surveillance d’une sœur de Sainl-Vincent-de-Paul.

L’orphelin destiné à devenir colon ou paysan, apprend à lire, à écrire et à calculer. Il reçoit en outre les enseignements pratiques de culture, de métiers et d’industrie utiles au pays; on l’exerce au maniement d’armes et du cheval.

Les orphelins qui ne travaillent pas, vaquent à leur instruction élémentaire. Les travailleurs sont soumis à 8 heures de travail par jour, partagés en deux coupures , leur journée est complétée par 2 heures de classe ; ils dorment 8 heures et demie.

Les dimanches et fêtes, repos ; mais ils assistent aux offices et aux instructions religieuses.

L’état sanitaire de l’établissement de ben-Aknoun, est dans les meilleures conditions, il n’y a eu que 7 morts en 4 ans, sur un mouvement de 223 enfants.

Le personnel, indépendamment du directeur, se compose de 27 employés principaux, parmi lesquels on doit signaler 10 maîtres de divers métiers, tels que boulangers, tailleurs, cordonniers, forgerons, conducteurs instructeurs pour les travaux des champs.

Celte institution fournira à la colonisation une pépinière de sujets pour diverses professions, possédant une instruction morale et pratique satisfaisante, qu’ils saurontrendre utile au pays et à eux-mêmes-

.Nous venons d’énumérer quelques-uns des moyens qui nous paraissent pouvoir être employés pour redonner du mouvement aux affaires en général ; nous en avons indiqué quelques autres dans les diverses sections de cet écrit; mais nous répéterons ici, que le plus puissant, le plus efficace de tous, celui sans lequel la colonisation ne fera que végéter, ce sont les allocations de fonds dans le budget colonial, en harmonie avec le besoin d’attirer une nombreuse population laborieuse.

L’expérience des années passées, a démontré que les colons abandonnés à leurs propres ressources, lorqu’ils en possèdent, ce qui est l’exception, est un élément trop problématique, et que des allocations insuffisantes, assujetties d’ailleurs à des changements d’affectations ou de revirement de fonds, n’ont créé et ne pouvaient créer qu’un embryon de colonisation. Ce mode ne sert qu’à enfouir de l'argent sans résultats.

Il faut aborder de front la question de la colonisation par l’agriculture: ou on la veut vivace et productive dans un temps assez rapproché ; ou on veut la laisser se débattre maladive, impuissante.

Dans le premier cas, il faut que les chambres accordent les fonds nécessaires et que l’administration en fasse un emploi intelligent.

Dans le second cas, il faut l’abandonner à ses propres ressources, c’est-à-dire, à l’impuissance.

Mais dans cette dernière hypothèse, se présentent tout d’abord :

1° la question des effets de l’impopulation et de l’inculture sur l’avenir du pays ;

2° celle de l’incertitude du maintien de l’effectif actuel de l’armée et des dépenses qu’il impose à la métropole.

Si donc, d’une part l'agriculture, et par corollaire le commerce, n’acquièrent pas les fondements d’une existence certaine par l’introduction d’une nombreuse population productive, qui en est l'âme ;

Si d’autre part, l’effectif de l’armée est diminué avant l’augmentation rationnelle de la population agricole ;

On est amené à l’abandon de la colonisation et à l 'aveu que nous sommes incapables de coloniser, même le pays le plus fertile.

Telles ne sont pas assurément les intentions du Gouvernement, mais telles seraient les conséquences d’une économie mal entendue dans les allocations budgétaires, concernant la colonisation par l’agriculture.

Nous terminons ici notre travail. Nous croyons que la Providence a doté l’Algérie de grands éléments de prospérité. Nous avons la certitude que la colonie s’acquittera envers la métropole par l’a bondance de ses produits, sans chercher à faire concurrence aux siens.

L’œuvre fécondante d’une colonisation ne s’improvise point; l’action du temps est partout nécessaire. Et si l’on veut comparer ce qu’il a fallu d’essais et de sacrifices pour rendre productifs les grands établissements coloniaux, tels que Saint-Domingue avant ses désastres, la Jamaïque, la Havane, l’Inde Anglaise, Batavia, etc.; avec les résultats obtenus pendant les dix-sept laborieuses années qui viennent de s’écouler, on sera convaincu que les progrès relatifs de nos établissements algériens, ont été plus rapides. Mais ces dix-sept années passées au milieu des événements de la guerre et d’embarras divers, ont besoin d’être suivies de beaucoup d’autres plus favorablest pour fonder notre colonie sur des bases durables qui lui soient propres. Espérons que la Providence nous les accordera.

Alger le 7 janvier 1848.

FRANÇOIS 1ACROUTS.

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