SUR LES
Ayant eu l'occasion de publier ici même une série de notes sur les Guêpes et sur les Cavaliers, je ne comptais pas avoir à y revenir. Deux importantes éditions parues en ces derniers temps, l'une des Guêpes par M. Starkie, l'autre des Cavaliers par M. van Leeuwen, appellent la discussion sur des passages que je n'avais pas touchés (1). Dues à des hellénistes consommés et informés à souhait, enrichies en outre d'un commentaire abondant qui n'esquive aucune difficulté relative soit à la constitution du texte, soit à l'interprétation, elles marquent une étape dans la critique des deux comédies, et provoquent à de nouvelles études. De là les notes qui vont suivre. Comme elles ne portent que sur des endroits prêtant à la controverse, je voudrais qu'on ne se méprît pas sur l'esprit qui les a dictées. Nul plus que moi n'est recon-
(1) The Wasps of Aristophanes, with introduction, metrical analysis, critical notes, and commentary by W. J. M. Starkie, London, Macmillan, 1897, in-16.
Aristophanis Equités. Cum prolegomenis et commentariis edidit J. van Leeuwen, Lugduni Batavorum, Sijthoff, 1900, in-8°.
naissant envers les deux éditeurs pour tout ce qu'ils nous ont apporté de solide et de neuf. Loin de le méconnaître, je tiens au contraire à leur rendre hommage en insistant sur des points où je me trouve différer d'avis avec eux.
Notes sur les Guêpes.
100 Tov âXsxTpuova ù, oç rfi â'f ÉtJTOpaç, ecp-rj o<[/ êÇeyeÊpeiv auxov dva7î£7T:£i.<7fji£vov, Tcapà twv Ùtc£u8ùvwv è'^ovTa ypri'çX.cczot..
On s'accorde à traduire ce passage de la sorte : « Le coq qui chantait le soir, il dit qu'il s'était laissé séduire pour s'éveiller tard, et avait reçu de l'argent des prévenus. » M. Starkie insiste : dcp' è^Trépaç, dit-il, ne diffère guère du simple Icr-spaç, c'est-à-dire qu'il signifie, comme l'affirme un précédent éditeur, statim post solis occasum.
Comment ne s'est-on pas aperçu du non-sens? On ne réveille que les gens qui dorment; or, à Athènes, on passait la soirée à dîner, non à dormir, et l'on veillait même assez tard. Et de toute manière, le bonhomme ne pouvait pas exiger qu'on l'éveillât quand il faisait encore jour.
Il n'y a pas que les éditeurs d'Aristophane qui se soient mépris sur cette locution. Depuis le Thésaurus, les dictionnaires en donnent une définition défectueuse, encore que le sens exact ne soit pas difficile à déterminer par l'analogie. Dans toutes les tournures de ce genre, duo signifie à partir de, au sens de immédiatement après : dno Seiuvou, non pas : dès l'entrée de table, mais post
ccenam, absolutd cœnd; dans notre pièce même, trois vers plus loin, àîto 8op7tfri<rro0, cœnd peractd, statim a cœna. Il en est de même de âcp* fesitépaç, te soir e7anJ écoulé, après le soir accompli, en d'autres termes une fois la nuit venue, à la nuit close.
Que tel est bien le sens de cette locution, partout mal rendue, je vais essayer de le démontrer par quelques exemples. D'abord par Thucydide, VIII, 27. Les Athéniens, en train d'assiéger Milet, apprennent que la flotte des Péloponésiens va paraître. Cette nouvelle leur est apportée, notez-le bien, sur le soir, irepl 8e0^v y$yi ctytav (c. 26). Les généraux tiennent aussitôt conseil, et, sur l'avis de l'un d'eux, ils décident de lever le siège, après avoir embarqué les blessés, les troupes de terre et tout le matériel. « Et les Athéniens, laissant leur victoire incomplète, s'éloignèrent de Milet acp' hanipaç euOù;. » Je défie de traduire autrement que dès le commencement de la nuit. Encore ont-ils eu fort à faire, la nouvelle n'étant arrivée qu'au déclin du jour, pour délibérer et terminer tous les préparatifs que l'historien énumère.
Autre exemple, tiré de Xénophon, Anab. VI, 3, 23. Dans la Thrace asiatique, il arrive aux Grecs de camper sur une colline, d'où ils découvrent les feux de l'ennemi. Ils en allument eux-mêmes, puis les éteignent après avoir dîné. Le lendemain ils marchent à l'ennemi, et, surpris de ne trouver personne, ils apprennent que les Thraces se sont retirés euQùç à<p' ecrTïspaç. Encore une fois, je défie qu'on traduise : dès le début de la soirée. Car une armée n'allume pas ses feux quand il fait encore jour, et on nous dit que les Grecs n'avaient éteint les leurs qu'après le dîner. Le lendemain tout s'explique : les Thraces, ne
voyant plus de feux allumés, s'étaient imaginé qu'on les attaquerait avant le jour, et voilà pourquoi ils avaient décampé « dès l'entrée de la nuit ».
Voulez-vous un texte plus décisif encore? Lisez cette autre phrase de Xénophon, Hellén. VI, 4, 25 : « Quand ils eurent dîné, les soldats, avant de se coucher, reçurent l'ordre de suivre leurs chefs, lesquels les menèrent, dès la nuit close, par la route de Creusis. » Remarquez que l'auteur vient de dire que les polémarques avaient décidé qu'on partirait Ja nuit, w; r/jç vuxtô; Tcoptuffof/ivoyç.
'Acp' b-Tispaç se trouve encore Thucydide III, 112, VII, 29, et Lucien, Songe, 1, où il doit s'expliquer de la même manière. Et qu'on ne vienne pas nous objecter le passage suivant des Helléniques (II, 4, 24), le seul qui à première vue pourrait prêter au doute : « Les cavaliers passèrent la nuit à l'Odéon : dans leur défiance, ils montèrent la garde le long des murs, à partir de la nuit avec leurs boucliers, vers l'aube avec leurs chevaux. » Xénophon a omis de consigner qu'ils avaient passé la soirée à dîner et à veiller ensemble, ce qui allait sans dire pour des lecteurs grecs.
Quand on voulait spécifier à partir du soir, avec le soir, on employait les expressions : è<raipa$ y^yvo^év/iç ou yevopLEvriç (Plat. Rép. X, 621 A, Xénoph. Cyr. I, 4, 17), èffiuepaç £7rt.Y8V0{Ji.£V7iç (Xén. Hell. VI, 5, 17), â4ua T$j è<J~£pqi (Thuc. VIII, 27) ou efc t^v èarcépav (Xén. Hell. 1, 6, 20).
"QQei <rù TroXXoùç twv XîOtov upôç ty\v Qûpav, xai ty\v SàXavov IjJiSaXXe uâXiv êç tov p.oyXôv, 201 xal Trj 8ox(ô wpoffBstç tov ôXpiov tov (liyav
âv6(7a<; Tt TCOO(TXÛX».TOV.
Je ne crois pas qu'il y ait rien à changer à ce passage si tourmenté par les éditeurs. npoaxùXurov àvùaaç Tt t?î 8oxw tov ôXjxov tov fjLÉyav est excellemment grec; il ne s'agit que de préciser les termes. HpocrBetç ne doit pas faire difficulté, ïtpo<m8évat xàç Qùpa; étant une expression reçue pour fermer la porte (1). Le participe aoriste est pris ici absolument : une fois la porte fermée. Thucydide (IV, 67) a usé de la môme ellipse : ïr\ aualja xwXujjia oua-a TCpoTQeiTva'., « le char empêchant qu'on fermât (la porte) ».
Les interprètes entendent par (AÉyaç 6'Xpioç un grand mortier, ce qui me paraît inadmissible (2). A quoi pou-
(1) Ilpoaôstvat xàç Oupaç, HÉROD. III, 78; 7cpo<rci'8ïi<u xtjv ôupav, Lysias, Meurtre d'Erat., 92, U; 7rpoa£0saav xàç ôupaç, Pausanias, II, 35, 6; aoyxXeïffat, sictxXsurai, ècp* ou xal irpoaôeïvai ttjv 6ûpav, Pollux, X, 25.
(2) Tout autre est le cas au v. 238. Là le doute n'est plus possible, car il s'agit d'une boulangère. L'oXfxoç est bien un mortier, non un pilon comme on l'a prétendu. Hésiode avait depuis longtemps fait la distinction (Trav. et Jours, v. 423) : ô'Xjaov fjiiv xpiTudo^v Tà(j.vsiv îmepov 8è vpiizr\yjjvt « on taille dans le bois un mortier haut de trois pieds et un pilon long de trois coudées. » Depuis lors le sens de ces deux mots n'a jamais varié (Cf. entre autres Hérod. I, 200; Arrien, Entret., ni, 12; Lucien, Herm., 79; Pausanias, V, 18; Diogène Laërce, IX, 10. 59). A Athènes, on broyait le grain sous la meule ; mais à Byzance on continuait suivant l'ancienne mode à le piler dans un mortier, lequel était de bois, comme le prouve le texte d'Hésiode. Pline aussi parle d'une pila lignea 'XVIII, 112).
vait servir un tel mortier dans un ménage athénien? Ce n'est certes pas à broyer le blé, vu qu'on était dans l'usage d'acheter le blé tout moulu, comme le fait très bien remarquer M. van Leeuwen (sur le v. 238). De plus, il est évident que l'objet désigné devait être à portée. Comment supposer qu'un mortier à blé se trouvât à point nommé devant la porte? Sans compter qu'il ne se serait guère prêté à être roulé, posé qu'il était sur une base très haute appelée ùcpoXjjuov (1).
Reste l'autre acception de ôX^oç, celle de cylindre, qui est l'acception primitive et homérique. Hésychius : 7rept.<fep7ï<; X£9oç, p.àp;jiapoç, xûl'.vBpoç; Eustathe : ô'Xp.o; XtQoç £<jtI cTpoyy'jXoç xu^Lvôpoeio^ç. Le piyaç 6'Xuoç serait donc le rouleau de bois ou de pierre servant à tasser et aplanir la terre. La présence d'un pareil ustensile n'est pas pour surprendre. Les rues d'Athènes n'étaient point pavées; elles abondaient en pierres (v. 199), qu'il fallait éviter de heurter du pied (v. 247 et 275); en outre, elles ne manquaient pas à chaque ondée de se transformer en bourbiers (v. 257). On conçoit sans peine que dans une maison bien tenue il y eût à demeure, près de la porte, un cylindre pour aplanir le vestibule extérieur et peutêtre la cour.
Nous sommes moins renseignés encore sur le sens exact de Boxoç. Le scholiaste l'explique par &m$ézti$. Mais qu'est-ce que l'aVripàt^ç? Puisque nous sommes réduits aux inductions, voici ce qui paraît le plus probable. La demeure de Bdélycléon est une spacieuse mai-
(1) Il en est question dans un fragment d'Aristophane (15o, Dind.). — Voir la peinture de vase dans Duruy, Histoire des Grecs, t. H, p. 109.
son, précédée d'un large vestibule, lequel servira tout à l'heure de théâtre au procès de Labès. La porte d'entrée est doue une porte à deux battants. Si l'on considère que cette porte s'ouvre en dehors, selon la coutume antique, et non en dedans, comme chez nous, on est amené à supposer que le ooxôç n'est autre chose que le battement, c'est-à-dire la barre de bois dissimulant l'endroit où se joignent les vantaux (en latin replum?). Le mot <fr?ip&n\î répond parfaitement à cette définition, et aussi, ce me semble, la note du scholiasle : « il dit d'appliquer l'o),[jio; au bas de la porte, contre l'extrémité de l'àvTipârr,? ». Je traduis donc :
Crie ià-dedans. derrière la porte close. Toi. entasse force pierres du côté de la porte. Renfonce l'écrou dans la barre, et contre le battement, quand tu auras fermé, hâte-toi de rouler le grand cylindre.
£Û£. Tt Xeyst.ç ; àXXà vùv opQpo; SaGùç. BAE. Nt) tov ài ' o<bi y' ap 'àvsarrixaa-t. vûv. 218 tîïç aito usa-wv vuxTfov ye uapaxaÀTja-' àsi Xû^vouç e^ovTeç
« Par Zeus, c'est donc qu'ils se sont levés tard aujourd'hui. Car c'est toujours dès la fin de la nuit qu'ils viennent le chercher... » Gardez-vous de traduire : dès le milieu de la nuit. Tout à l'heure on faisait se lever Philocléon avant le soir. Ici on le montre partant sur le minuit pour se rendre au tribunal. C'est un peu excessif, mais Aristophane n'y est pour rien. La nuit se divisait en trois parties ou veillées (d'où le pluriel vûxteç) : le soir, la nuit et l'aube. Al {lierai vjxtsç ou to {AsaovûxTtov
était donc la partie moyenne. La locution coco fxéffwv vuxtwv, comme nous l'avons montré à propos du v. 100, signifie : à partir de, de suite après la nuit, c'est-à-dire à la petite pointe du jour.
Nous sommes en mesure maintenant d'entendre le v. 216 : « Que dis-tu? Mais nous sommes en pleine aube à cette heures Sosias ne croit pas à la venue des dicastes; il est trop tard, l'aube étant à ce point avancée. Car tel est bien le sens de opBpoç (3a6uç, partout mal interprété. Pour les Grecs, l'aube profonde, à l'inverse de ce que disent les lexiques et les commentaires, c'est l'aube avancée, la pleine aube, comme éa-Tcspa ou vù£ {3a9ewr signifie une heure avancée du soir ou de la nûit (1).
Hippocrate, dit quelque part Socrate, est venu heurter à ma porte tïjç uapsXQoùffriç vuxtôç TauT?,<H, fa% (3aôeo^ opGpo'j (2) ; traduisez : la nuit dernière, Vaube étant encore en son plein, car nous venons de voir que l'aube faisait partie de la nuit.
Ailleurs, par contre, Criton rassure Socrate en lui expliquant que le matin, loin d'être écoulé, ne fait que commencer, puisqu'on en est à l'opQpoç (3a9u; (3).
Enfin dans YËpithalame d'Hélène de Théocrite, les vierges de Sparte reprochent en badinant à Ménélas de n'avoir point laissé jouer leur compagne è$ SaQùv ôp9pov, jusqu'à la pleine aube, c'est-à-dire jusqu'à son propre lever (4).
(1) Plutarque, Apopht. d'Alex., 479 D; Lucien, Comment écrire l'histoire, 28; Lucius ou Vâne, 34 et. 06. [%) Platon, Protagoras, 310 A.
(3) Id., début du Criton.
(A) Théocrite, XVIII. 14.
259 'AXa' oÙToa-t p-ot. jbôpîopoç çaÉvrcai watouvri,
xoùx e<rO' Ô'tto)!; oùy ^{jiepùv TETTapcov tô ~A£l<770v uo\op àvayxaiws è'^et. xov Oeov Tco^a-au s-eiat, yoùv Toifftv Xù^voiç oùxoil uLux-zyceç. <p lAeî o' ôxav TOUT 7) ttoelv Oetov [xàXlffTa. Sevrât. 8s xal twv xap-rap-wv axta p.*/; 'cru TzpyaL ûSwp yevs<r()at. xàTUTtveùam (3opst.ov oakoiç.
Ce petit morceau, qui caractérise si bien la nigauderie des héliastes partisans de Cléon, reste en son genre un modèle malgré tout le mal qu'on s'est donné pour le gâter. D'abord poppopoç, changé en fjiàpfjiapoç par G. Hermann. Si Ton ne saisit pas ce que la logique gagne à ce changement, on voit fort bien ce que le dialogue y perd. Car £ôp£opoç répond au xov iztikbv cpûÀai-at. du v. 248 et au xov tiyiXôv 7up(3àa-eiç du v. 257.
Ensuite la plupart des éditeurs tiennent pour suspect le v. 265, certains vont jusqu'à le supprimer, sous prétexte 1° qu'au lieu de Ô7av tout' il faudrait Ô7av 70O70 yévTiTat; 2° que tcoe^v ûstov est incorrect. Pour moi, j'admire avec quelle assurance des atticistes nés sur les bords du Rhin ou de la Sprée déclarent telle tournure admissible, telle autre non. "Oxav tout' rj n'est pas attique, en êtes-vous bien sûrs? On ne dirait pas en français : quand cela est, pour quand cela arrive ou quand cela se voit; mais on ne dirait pas non plus, comme en grec : r(v ^prjorov rj ti, s'il survient quelque aubaine (1) ; r[ tl; s£o8oç, s'il se fait quelque expédition (2) ; 07s tocv Sàjjia}
(1) Arist., Gren., v. 599.
(2) Nuées, v. 579.
8'y}v, quand se passèrent les événements de Samos (1); ôrav 7j <J^ï}, quand il fait froid (2) ; ôrav fjisv % iSdpewv, eàv 8s voTtoç ^, lorsque souffle le Borée, ou si souffle le Notos (3), et cent expressions pareilles. "Ots TaÙTa tjv, quand cela se passait, ou simplement alors , est une locution favorite de Xénophon (4) ; et je vous lais grâce de quantité d'autres, comme eortv ors, i7 y a des fois que, il arrive que, ecrnv otcwç, i7 peut se faire que, etc. Pour nous résumer, disons, voulez-vous, que ô'xav tout' % est la vraie tournure attique et trahit son original. Un Grœculus (il est entendu que chaque fois que nous sommes arrêtés par un texte, la faute en est au Grœculus qui a mal copié), un Grœculus n'aurait pas manqué de mettre oxav toùto yèvrrzaLi.
De même pour tcoeiv Ostov. Vous admettez qu'on écrive Zeùç uei ou Zeùç noei uowp, et pourquoi pas Zeùç 7co£lÙ£t6v? Si Zeus peut produire de l'eau, par quelle raison mystérieuse lui est-il interdit de produire de la pluie? Le terme peut vous déplaire, mais la caution n'est pas bourgeoise, comme dirait Molière, et elle ne sutlit pas pour écarter un vers d'ailleurs excellent.
La lin du morceau a été non moins maltraitée. Ici ce n'est plus la forme, c'est la pensée même qu'on déclare en défaut. Les philologues en savent long, paraît-il, sur les phénomènes des saisons en Grèce. On croirait à les lire qu'ils ont passé la moitié de leur vie à cultiver des potagers dans l'Attique. Je ne relèverai pas les prétendues
(1) Eupolis, Fragm. Com. grœc, éd. Meineke, t. Il, p. 493.
(2) Xénophon, Chasse, 5, 9.
(3) Md., 8, i.
(4; Anab. 1, 10, 15, 111, 1, 33; Hellen. II. 3, 36.
corrodions dé Hamakcr et autres sur ces deux vers. Elles so résument dans cette objection de M. van Leeuwen : le vent du Nord ne peut en aucun cas être profitable aux fruits. Or cette assertion est tout à fait inexacte. Car précisément les fruits « qui ne sont pas hâtifs » ne viennent a bien, au moment de r<kwpa, que lorsqu'aux ondées qui caractérisent cette saison (1) succède un bon vent de Borée (2), le Borée étant un vent sec, en quoi il diffère du Notos qui, son nom l'indique, amène la pluie (3). Je ne citerai pour preuve que ce passage de V Iliade :
(b; 8' ÔY dTrwpivoç popi/jç veoapôs 'âXtoV aity àv^pavr) ■ ^atpei 8é fuv ôortç èôetpYj,
« Ainsi dans la saison des récoltes quand le souffle de Borée sèche soudain un champ nouvellement arrosé, celui qui en a le soin est comblé de joie (4). »
Quel meilleur commentaire souhaiterait-on de notre texte? Ce que j'en conclus pour ma part c'est que le verbe iTzmvzw serait peut-être mieux rendu par souffler après que par souffler sur (5).
On voit également que l'argument qu'on a tiré de notre passage pour fixer la date de la représentation aux
(1) 'OTrwpivôç ôVPpoç, Hésiode et Homère, II. XVI, 385.
(2) '07riopivô; (3opéa<;, Hom.
(3) Dans ses aphorismes, Hippocrate cite concurremment aù^^pôç xat pdpeioç, puis votioç xai £7uo{i.j3po;, Apfior. 3° sect. il, 12 et 13.