IL XXI
(5) Cf. êirwuveiv, £7u{3aÀÀeiv, È7U7u'7rceiv, etc. 'Eiïi7ivslv a positivement ce sens dans un passage d'Aristote, Probl. 26, 46.
Grandes Dionysiaques est dénué de fondement. C'est de l'dTiwpa (juillet-août) qu'il est question ici. Les vieillards ne font que débiter un lieu commun; oui, un simple lieu commun, ainsi l'a voulu le poète. Rien de plus amusant que le radotage de ces barbons, faisant les entendus, et rappelant d'un air capable des vérités si naïves qu'on sourit à les écouter. Les sept vers d'Aristophane valent à eux seuls tout le portrait de l'dSo)ia-^ç dans Théophraste.
496 ''Hv ôe yriTStov TipoamTrj toclç acpûouç r^ud^d Tt, r\ Xa^avoTuwXLç 7iapaj3)v£<|;a<7à cpi<n BaTÉpw
Droysen, Hickie et les autres traducteurs, ainsi que ceux des éditeurs qui ont annoté ce passage, en donnent une interprétation fautive. Ils n'ont pas tenu compte de la valeur spéciale de irpoç dans le composé 7tpo<raiTerv, lequel signifie ici demander en plus, par-dessus le marché. L'homme qui réclame un porreau pour assaisonner ses aphyes compte bien l'obtenir gratis. C'était, paraît-il, la coutume à Athènes. De même chez nous les poissonniers sont dans l'usage de faire don à ceux qui achètent des anguilles du bouquet d'herbes servant à les accommoder au vert. La marchande de légumes, qui a écouté, n'admet pas cela. Elle se voit frustrée de son bénéfice : « Un porreau gratis? s'écrie-t-elle. Est-ce que tu vises à la tyrannie, ou crois-tu qu'Athènes te soit tributaire pour les condiments? »
A Tipoom-ew correspond exactement TrpoapàMstv, donner par-dessus le marché. Ce dernier verbe est employé de la
( it? )
sorte dans au fragment d'Antimaque. Un Athénien qui a fait emplette de goujons de mer pour un repas de noces réclame également la prime à lui due suivant l'usage, upoo-paXsLv éxéXe'jcxa tov fyQuo-wXïiv. Et le malandrin de poissonnier, o Tot/topO^oç, de répondre : « Ta prime sera de connaître la provenance de ces goujons : ils sont de Phalère. Ailleurs tu n'aurais trouvé que des goujons de bas lieu (1). »
Autoç ôe KXitov ô xexpa^ôà{jt.aç p.6vov r^àç où
[Tcepvrpwyet.,
597 aXkoi 'fvkoLTzei ùiol ^etpoç e/wv xod tocç p.utaç
[âTrapiùvet..
On s'est mépris sur le sens du dernier vers, faute d'avoir saisi la nuance exacte de l'expression Stà yetpoç e^etv. On a cru qu'il s'agissait de la main, alors qu'il s'agit du bras. II n'y a pas d'erreur plus fréquente et contre laquelle il faille se tenir plus en garde. Non seulement ys(p ne désigne pas toujours la main, mais c'est à vrai dire le terme propre pour désigner le bras. Cela résulte des témoignages précis et unanimes d'Hippocrate, Palladius, Galien et Démétrius de Phalère. On me dispensera de citer les textes, ils ont été recueillis par Larcher dans une note de son Hérodote (t. II, p. 424). La main, suivant Galien, s'appelle proprement axpa %e{p, l'extrémité du bras, et cette expression se lit en effet dans
(1) Fragmenta Comic. grœc, éd. Meineke, t. III, p. 118.
Xénophon et dans Platon (1). Quand Homère désigne par yetp la main, il ajoute volontiers i-nX xap?t<jî (2).
Je citerai au hasard un certain nombre de passages où ce mot ne peut se traduire que par bras : Hom. IL XI, 252, v'jÇe os y.iv xol-zol %apa f/iffTjv, ayxwvoç evepQev, « il le blessa au milieu du bras, au-dessous du coude » ; Hérod. II, 121, ôfa©Ta|i.ovTa êv tw w^io t^v %££pa, (< avant coupé près de l'épaule le bras»; Arist. Gren. v. 201, oiïxouv TcpopaXeî tÔ3 ^eîpc xàxTeveiç ; « veux-tu porter en avant les bras et les étendre »; Xénoph. Equit. 12, 5, àpurzepccyeïp, Taù-nr) £7iat.voù{jL£v to eùp'/ifjisvov otiXov, ttiv ^stTpa xaXoupivYjv, « le bras gauche pour lequel nous approuvons la défense qu'on a inventée et qui s'appelle brassard»; Théocr. 22, 3, ye?paç ImÇeùIjavTa [Jiia-aç (3o£Otat.v Ipiao-LV, « ayant ceint ses bras jusqu'au coude de courroies de peau de bœuf » (Virg. JEn. V, 403, duroque intendere brachia tergo). De même Sis/eiv xkç écarter les bras (pour séparer
les combattants), Tiaparnav t. courir les bras ballants, et cent expressions pareilles.
On me reprochera, je le sais, d'enfoncer une porte ouverte. Néanmoins je ne crains pas d'insister. Car trop souvent on est tenté d'oublier la distinction; les traductions latines mettent constamment manus où il faudrait brachium., et même les lexiques spéciaux, Ast pour Platon, Ellendt pour Sophocle, Dindorf pour Eschyle, n'indiquent d'autre sens que celui de manus.
1) Xénoph. Cyrop., VIII, 8, 17; Platon, Protag., 352 A. — De là Je nom donné à la lutte des mains, àxpo^sipiafAdç, par opposition au corps à corps, crup-TrXox-n.
i-2) Iliade, V, 458; VIII, 328; XVIII, 594.
II s'ensuit, sinon toujours de purs contresens, du moins une impropriété de termes bien caractérisée. Ainsi l'on traduit couramment ^wporoveîv par voler à mains levées. Les Grecs entendaient : voler à bras levé, et en elîct on tendait le bras très liant, en le découvrant jusqu'à l'épaule (1). Ce n'est que de la sorte qu'oïl comprendra le mot de cette femme dans fÈcdésie : « Comment nous souvenir de lever les bras, accoutumées que nous sommes à lever les jambes? » Car l'antithèse est ici entre les jambes et les bras, comme dans Platon, <jxéXir| %tâpèq T£ ou xaï ark&T) r& t'o-a raiç x£P°^ (^)* Quand au contraire ^eCps; signifie les mains, on les oppose aux pieds, yspaî xe xai izoai (3).
Une foule de tournures où entre yap sont susceptibles d'une double interprétation ; car on aurait tort de conclure de la parité d'expression à la parité de sens. INous allons le démontrer par des exemples probants :
l^etv ev tou<; %ep<nv : 4° « Il arrive que l'on cherche ce qu'on a dans les mains », ol Év ra£ç */epcrlv ïyovzeq Ç^rouffi* evtoTE 6 e^oufft (Platon, Rép. IV, 452 D) ; 2° « Voilà que je porte dans mes bras mon enfant », ïytù h yeipeaviv àprtaç rsxvov (Soph. Anl. 1298; Ëur. Aie. 201).
yspow pafftàÇeiv : 1° a L'arc que je porte dans les mains », a paaTaÇw yepow (Soph. PM. 655); 2° « Alceste est portée dans les bras (des serviteurs) », ev yzpoïv paraferai (Eur. .4 Je. 19).
. Tcpô xetP^v çépetv ou jSaarâÇeiv : 1° « Les tablettes que tu as encore dans les mains », oéXrov V upo xeP<*>v £Tt paffràÇetç (Eur. /p/i. 56) ; 2° « Moi qui porte ceci
(1) Arist. Ecclés., 263 et suiv.
(2) Platon, Tim., 45 A, et Batk/., 189 E.
(3) Id., Protag., 339 B
(le corps d'Hémon) dans les bras », xà fxev izpb x^pùv Tâ8s tpépwv (Soph. ,4ftf. 1279).
Il en est de même de 8ià yspoç e^etv : 1° « les mimes (de Sophron) que Platon, au dire de Douris, avait toujours à la main », piu.o'jç oOç âsl 8ià ^ecpoç e^eiv AoOpiç cp^o-i tov ffocpov IIXàTwva (Athén. XI, 504 C). D'où, au figuré : tenir en bride, avoir la main haute sur, comme dans Thucydide : ?à twv ^w^àyjùy 8ià yzipbç e^etv (II, 13).
4° Mais il signifie, d'autre part, Jemr sur le bras, d&véyetv T7) ysipt (1), et c'est le cas de notre passage. La preuve s'en trouve dans YAntigone de Sophocle, quand le chœur, voyant s'avancer Créon portant le cadavre de son fils, s'écrie : « Voici le roi tenant sur son bras un monument insigne de son égarement », \kYr\u! iTzla'i\\kov oia yst.pô<; 6%wv (v. 1258). Et ici encore il existe un sens métaphorique, celui de choyer, soigner avec sollicitude, entourer de prévenances. Que pareille image était familière à l'esprit grec, c'est ce que montre la locution équivalente citée par Xénophon, év Taïç àyxocAaiç 7tspi<pspstv (2). Pour moi, je ne fais aucun doute qu'ainsi l'entendait Musonius, quand, pour marquer une étroite intimité entre le maître et l'élève, il disait : « 11 faut que le disciple ne quitte pas son maître et que d'autre part le maître tienne sur le bras son disciple », ô p.sv p.av6àvwv o-uveit, tw 8i8ào,xovTt, ô 8s 8t,8à<rx(i)v 8tà /sipoç ïyoi tov [/.avGàvovra (5). Et quoiqu'en latin manus ait rarement le sens de bras, il convient, selon moi, d'interpréter de la même manière ce passage de Cicéron : Sic amplexabantur, sic in manibus
(t) Pausanias, V, 18, 1.
(2) Cyrop. VII, 5, 50.
(3) Stobée, FloriL, 56, p. 372.
habfibant, sic fovebant, sic me prœsente osculabantur (1). Cicéron, connue il lui arrive souvent, use ici d'un hellénisme.
Quant à çpiAà<y<rei,v, pour garder avec un soin jaloux, veiller sur, couver des yeux, il est inutile, je suppose, de citer des exemples. En somme, Cléon est comparé à une nourrice veillant sur son poupon : « Il nous couve des yeux en nous portant sur son bras et écarte les mouches. »
699 Ttio twv àel 8yi|juÇ6vtwv oux oio' otzt\ éyxsxùxÀïja-at..
Je crains qu'on n'ait mal entendu ce passage. 01 àel oViUuÇovTeç ne signifie pas « ceux qui ont toujours à la bouche le mot 8yju.o<; » ni « les éternels flatteurs du peuple ». ArifjtiÇetv, c'est être ou se dire partisan du peuple (Cl. fjnriStÇeiv, <piXiTOt(Çetv, etc.). Quant à dei, il est distributif et signifie tour à tour, successivement; on le rend en latin par quisquis, quoties qui, omnes qui. Il n'y a pas d'idiotisme plus fréquent. Esch. Prom. 937, tov xpaToùvT âe£; Hérod. IX, 116, toG ouel SacnXeiJovTo; ; Thucyd. II, 37, ol àel lv àp^rj ovreç; Plat. Ménon, 80 A, tov àel 7cX7\<ndÇovTa ; décret des EtolieilS, tov arpaTayov xai touç <xuvé8pouç ael toùç evàp^ou; (Rec. des Inscr. grecques de Ch. Michel, n° 68). Même hellénisme dans Cicéron, Verr. V., 12 : Omnes Siciliae semper praetores.
Traduisez : « Tu es réduit à l'étroit, je ne sais comment, par ceux qui tour à tour font profession d'aimer le peuple », ou « par toute la succession des partisans du peuple. »
(1) Epist. ad fam. I, 9.
Kav eypy) ^ea-rjjji^vôç,
Il faut y regarder à deux fois dès qu'il s'agit d'un terme servant à spécifier une division quelconque du jour ou de la nuit. N'allons pas traduire, comme on l'a fait jusqu'ici : « Et si tu te lèves à midi. » Personne à Athènes ne se levait à cette heure; plutôt aurait-on été tenté de se coucher, pour échapper au gros de la chaleur. Le mot jjie<77j|ji{3p(a ne signifie pas plus midi (1) que f^at. vùxtsç ne signifie minuit (2). Il désigne toute la partie moyenne de la journée, comprise entre le matin (Tcpwi) et la tombée ou le déclin du jour (SeOôrç), que suivait le crépuscule (8e&yï cty£a). C'est ainsi qu'en français ce qu'on appelle la pleine lune embrasse une semaine entière (5).
Le dernier éditeur des Acharniens a eu tort de fixer aux environs de midi l'heure où s'ouvre la première scène. Les assemblées du peuple avaient lieu de bon matin, jamais à midi, le climat ne le comportant pas. L'erreur provient du v. 40 : aXV ol rcpuTcfcveiç yàp obzod jjie<77i{jt.|3pt.vo£. On reproche aux prytanes de s'être attardés le matin et de n'arriver au pnyx que lorsque, pour parler
(1) Midi se dit en grec [xsar^pta axaOepà (Platon, Phèdre, 242 A).
(2) Voir ci-dessus la note sur le v. 218.
(3) Ces nuances sont parfois difficiles à rendre, aujourd'hui que nous n'avons plus les mêmes divisions du jour. L'expression de Molière « le haut du jour», s'il était permis d'en étendre la signification, répondrait assez bien à |jisaï)|jt(3pi'a. 'EyetpeaÔat [*£<7T)[j.(3ptvo<; a son équivalent dans l'idiotisme français dormir la grasse matinée.
comme Platon, è% £w(hvoû uearifx[3p{a yéyove (1), c'est ii
savoir quand la journée, dans le sens restreint du mot, a déjà commencé.
EuX^eyévTeç yàp xaQ ' èapioùç, aWuep etç TavGprjvia, ol uèv Yip.wv oUTrep ap^tov, ol 8e Ttapà xoùç êvoexa, 1109 ol 8'èv ù8euo Eua^oua-'' ol 8e Tipoç toCç Tet,^{ot.ç
^uji|3e|3'j(7p.£vot, ttuxvov, veùovxeç e£ç ttjv yviv, (j.oXiç waTiep ol a-xto^xeç ev toù; xuTxàpotç xtvouuevot.
« Réunis par essaims, comme dans les guêpiers, les uns d'entre nous, soit chez l'archonte, soit auprès des Onze, soit à l'Odéon, jugent; les autres se tiennent contre les murailles, étroitement pressés, courbés vers la terre, bougeant à peine, telles les larves dans leurs alvéoles. »
Si les éditeurs s'étaient donné la peine qu'avait prise Aristophane d'étudier les mœurs des guêpes, ils ne se seraient pas mépris sur ce passage, et nous auraient épargné les fort nombreuses conjectures qui le dénaturent.
Un point d'abord, essentiel à préciser, c'est le sens de Ta zeiyioi. Les anciens nous ont averti de ne point confondre xeC^oç, muraille de ville, avec m^ov, mur de maison (2). Et en effet, si Tzïypç signifie mur ou paroi,
(1) Lois, IV, 722 C.
(2) Ammonius : Tsfyrj xal xei^i'a 8tatpépet : tei'^yj [jiv yâp £<?xi xà xwv irdÀEoov, xst^t'a 8è xà xûv olxtcov.
en général, et notamment mur d'une ville (mœnia), on ne citerait pas un exemple où m^wv soit pris dans ce dernier sens. Le poète mentionne trois des tribunaux d'Athènes : d'abord celui où siège l'archonte. L'archonte, sans épilhète, c'est l'éponyme; d'après un ancien grammairien, ce tribunal était situé sur l'Agora, près des statues des héros éponymes; il se peut que ce fût le Prytanée. Vient ensuite le tribunal des Onze, c'est-à-dire leParabyston,et enfin l'Odéon. Quant aux mots Ttpoç zoïq zeiyiou;) ils ne peuvent, nous venons de le voir, désigner un quatrième édifice, et c'est à tort que les auteurs de traités spéciaux se sont autorisés de ce passage pour conclure à l'existence d'un tribunal « près des murailles » (4).
Ces mots se rapportent donc nécessairement à ^uiipepu(Tu.évoi. D'où il suit que ol 8s qui les précède marque le second terme de l'alternative dont le premier est représenté par ol Reste à savoir quelles sont les murailles dont il est ici question. Un texte d'Aristote nous permet de répondre d'une manière précise. Dans un chapitre de V Histoire des animaux consacré aux guêpes, nous lisons : « Elles déposent du couvain, comme le font les abeilles, en forme de gouttelettes sur le côté de l'alvéole, et ce couvain reste attaché à la paroi. 11 ne s'en trouve pas à la fois dans toutes les alvéoles ; mais dans quelques-unes se trouvent des guêpes déjà grandes, dans quelques autres des nymphes, dans d'autres encore des larves. Et tant que ce ne sont que des
(1) Schômann, Antiquités grecques, t. 1, p. 544 de la trad. fr. — Meier u. Schômann, Der Attische Process, p. 180. — Caillemer, Dict. des antiq. gr. et rom., t. III, p. 194. — G. Gilbert, Handbuch, p. 445.
nymphes, elles ne bougent pas et l'alvéole est bouchée (1). » Voilà évidemment à quelle circonstance le poète Tait allusion, et la chose devient des plus claires, quand on se rend compte de ce qu'était un tribunal athénien.
Quel que fût le local où ils siégeaient, les juges occupaient une enceinte délimitée par une balustrade en bois, Bpùcpaxroç, laquelle pour les maniaques révélait une sorte de caractère sacré (v. 831). Une unique porte à claire-voie, xiyxXÉç, en ouvrait l'accès (v. 775). Au fond de la salle une estrade, s TjU.a, était réservée aux présidents, aux plaideurs et aux témoins. Enceinte et berna constituaient le tribunal proprement dit. Mais ce n'était pas tout. Hormis quelques cas spéciaux, les séances étaient publiques. Autour de l'enceinte se tenaient des auditeurs parfois très nombreux. Ce sont eux que l'on désigne sous le nom de ol axpoxra'!, oi eljwOev nàpovceç, ol TcepieaTTixÔTSç eijwQev xai àxpowjjievoi., ol TrpoffsaTïixoTeç -rcpôç tw 8txaaT7ipt({) (2). A tout bout de champ les orateurs invoquent leur témoignage ou en appellent à leurs souvenirs. Or de quoi se compose cet auditoire? Aristophane nous le dit, et la moindre réflexion le confirme : d'intéressés et de curieux sans doute, mais avant tout de dicastes qui sont de loisir. Car, du moment où ils ne jugent pas eux-mêmes, à quoi veut-on que ces gens-là,
{i) 'Evacpiâai 8s yo'vov, coairsp al fjtiXixxai, ô'aov axaXay[j.ôv elç xo ■nrXàytov xoo xoxxàpou, xal 7cpoaô'^exat irpôî xq!> xolytp. Ou^ à'fjux oè uaat xoiç xoxxapoiç svsaxt yo'voç, àXX' èvtoiç jjlsv tjÔtj |j.syàXa svsaxtv, svîoi; 8s vujjicpa'., èv xo"tç 8s axtoXrixsç sxi. Kal sW av vufAcpai toaiv, àxtvTjxi'Çouai xal ÈTraX^Xnrxai 6 xoxxapoç. Hist. Anim. 1. V, c. 23.
(2) Platon, Apol. S^cr- s 25 A; Démosth., c. Onet., 32; pro Corona, 196; Eschine, c. Tim., 34, et passim.
dont les procès sont Tunique passion, passent le temps, si ce n'est à entendre plaider? Et comme la plupart sont chargés d'ans et hors d'état de rester debout, qu'ont-ils de mieux à faire que d'aller s'asseoir le long des murailles (xà Tei/^a dans Aristophane, Ta zd-ffl dans Aristote), et de demeurer là tout courbés, mais attentifs malgré tout et ne bougeant pas plus que des larves dans leurs alvéoles ? La comparaison d'un dicastère à un guêpier est donc d'une justesse parfaite. Chaque guêpier contient deux classes de guêpes; d'abord celles qui sont actives et piquent de leur aiguillon : ce sont les dicastes en fonction (ol j/ev SixàÇouffi); ensuite les nymphes et les larves, collées aux parois, immobiles, penchées la tête en bas (car elles sortent de l'alvéole la tête la première) : ce sont les dicastes auditeurs (ol 8s çujjLpepuçrjjisvot) .
Quant à l'anacoluthe ou passage de la construction avec un verbe défini, 8wàÇou<ri, à celle avec un participe, Çup.Se^ua-jjL£voi. , elle ne fait pas difficulté. Car elle n'est pas rare, surtout avec pv-oe (Cf. Kùhner, § 753 et 727 A 4).
Du banquet narré par Xanthias (vv. 1299 à 1323) et du but que s'est proposé Aristophane dans la seconde partie des Guêpes.
Après avoir donné à son père quelques leçons de savoirvivre, Bdélycléon s'est décidé à le mener dîner chez un ami. Le récit de ce qui s'est passé à ce banquet nous est fait par l'esclave Xanthias, et débute en ces termes : « Ce vieux est décidément la plus pernicieuse des pestes, et des convives il a de beaucoup le vin le plus mauvais.
Pourtant il y avait là Hippylos, Antiphon, Lycon, Lysistratos, Tbéophraste, la bande de Phryûichos. De tous ceux-là, il était de loin le plus ribaud. » Pareille entrée en matière caractérise suffisamment, ce semble, l'objet d« la réunion. A moins d'avoir sur les yeux la chassie dont parle quelque part le poète, on devine du premier coup qu'il s'agit d'une partie de débauche. Seul un critique qui fait métier de se singulariser, M. Mùller-«Strùbing, s'était avisé d'y voir tout autre chose, savoir un banquet politique, mieux que cela, un banquet d'oligarques, présidé par l'orateur Antiphon. M. van Leeuwen avait fait justice en quelques lignes de cette fantaisie baroque, et l'on pouvait croire qu'il n'en serait plus question. Mais voici que le dernier éditeur des Guêpes, tout en faisant certaines réserves, la reprend pour son compte.
Il y a donc lieu d'insister. Puisqu'on paraît l'avoir oublié, on nous permettra de rappeler : 1° que dès le début Bdélycléon a annoncé l'intention, une fois son père désabusé, de le faire vivre « en galant homme comme Morychos » (1), lequel Morychos passait à Athènes pour le modèle accompli du gai compagnon, du gourmand toujours de noces, ne vivant, selon l'expression d'un comique, « que pour la joie, sans nul souci de rien (2) »; 2° qu'après avoir quelque peu débourré son père, Bdélycléon le mène chez Philoctémon, « afin, dit-il, que nous puissions un temps nous enivrer (3) ». Philoctémon, sui-
(1) Guêpes, v. 506.
(2) Platon, Fragm. Comic. Graec., éd. Meineke, t. II, p. 652.
(3) Guêpes, v. 1252.
vant le scholiaste, était un débauché tenant table ouverte; mettons, si vous y tenez, que le scholiaste ait inventé cela, toujours ne pouvait-il inventer autre chose, n'y ayant que Muller-Strùbing pour supposer qu'on ira faire carrousse dans la demeure d'un chef de parti; 5° que le chœur qui a assisté à l'entretien félicite le vieillard d'avoir renoncé à ses âpres façons et à son dur régime « pour se livrer en plein aux délices et à la mollesse (1) ».
Lisez maintenant le récit de la petite fête et des propos tenus par les convives, vous serez encore mieux édifié. En vérité, il faut avoir perdu le sens pour voir dans Hippylos l'historien Thucydide ; dans Lycon (Lycon, un aristocrate ! ) l'orateur qui se fera plus tard l'accusateur de Socrate; dans l'ignoble Antiphon le fils de Sophilos, l'orateur et le penseur illustre qui fut, au dire de Thucydide, l'un des hommes les plus vertueux d'Athènes (2), enfin dans Phrynichos le fougueux oligarque, l'un des principaux fauteurs de la révolution qui donnera le pouvoir aux Quatre-Cents.
Ce que sont les convives réunis chez Philoctémon, nous l'ignorons. Lysistratos est le « mauvais plaisant » du v. 787, « l'homme imprégné de tous les vices, qui grelotte sans cesse et crie à la faim plus de trente jours chaque mois (5) ». Antiphon, fils d'Andocide (pas de l'orateur, qui n'avait point d'enfant), est un autre affamé du même acabit (4). Si nous ne sommes pas mieux informés sur le compte d'Hippylos, Lycon et Théophraste, cela n'a rien
(1) Guêpes, vv. 1450 et suiv.
(2) Thucydide, VIII, 68.
(3) Acharniens, v. 855.
(4) Guêpes, v. 1270.
de surprenant, puisqu'il s'agit précisément de gens, connus sans doute de toute la ville, mais parfaitement étrangers aux choses de la politique.
Reste Phrynichos lequel, bien qu'absent, est ici le personnage principal dont les autres ne sont que « les entours ». Symmaque, dans l'antiquité, avait averti que ce Phrynichos est le célèbre acteur et danseur tragique, fils de Choroclès (1). Il faut féliciter M. van Leeuwen d'avoir accepté le premier sans hésitation cette manière de voir.
Aristophane en voulait beaucoup à Phrynichos. Déjà l'année précédente il avait flétri ses mœurs dans une allusion fort transparente des Nuées (2). Cette fois il cherchera à flétrir à la fois ses mœurs, sa coterie et son art.
Le poète avait pour cela ses raisons que nous n'avons pas de peine à deviner. L'acteur Phrynichos était avant tout un danseur. C'est évidemment à lui, non à l'ancien tragique, que se rapporte l'épigramme citée par Plutarque, où l'on compare la souplesse et la variété de ses pas aux flots de la mer agités par une nuit d'orage (5). En abusant de son talent, il rompait avec la tradition et faisait dégénérer la tragédie en une sorte de ballet pantomime.
Nous savons par Aristote ce qu'était la danse théâtrale au beau temps de la tragédie. Elle consistait à « imiter par des rythmes figurés les états d'âme, les passions, les actions », et se bornait à une mimique expressive où les bras et les mains avaient plus de part que les pieds
(1) Schol. des Oiseaux, v. 750.
(2) Nuées, v. 1091.
(3) Symposiaques, VIII, 9, 3.
et les jambes (1). Épris qu'il était de la tradition glorieuse, j'allais dire héroïque d'Eschyle, Aristophane ne pardonnait pas à ceux qui la dénaturaient. Lui qui reprochait si amèrement à Euripide ses monodies crétiques (2), c'està-dire ses solos d'acteurs à la fois dansés et chantés, devait se montrer impitoyable pour Phrynichos. Les Guêpes, encore qu'à première vue le sujet ne s'y prêtât guère, lui ont fourni l'occasion de le ridiculiser. La pièce aurait pu prendre fin avec la parabase, le poète le savait mieux que nous. S'il s'est décidé à y ajouter une seconde partie, ce serait mal le connaître que de s'imaginer qu'il a voulu simplement amuser le public des frasques d'un vieillard pris de vin. Le but où il visait, nous pouvons le discerner. Après l'homme politique dénonçant les abus qui compromettaient la justice, l'homme de goût, le futur auteur des Grenouilles a tenu à dire son mot sur d'autres abus qui compromettaient la dignité de l'art. Si Cléon et les démagogues dominent la première partie du drame, Phrynichos avec sa séquelle fait les frais de la seconde.
C'est à dessein que Philocléon, revenu de la manie judiciaire, est introduit dans ce cercle composé de viveurs sans principes, d'hommes tarés affectant le bon ton, d'écorni fleurs « léchant les pieds des comédiens dès qu'un de ceux-ci a du succès ». Et ce n'est guère encore. L'esclave qui raconte la scène n'a pas fini de parler que le vieux lui-même arrive, accompagné d'une joueuse de flûte enlevée aux convives. Je laisse à vérifier dans le texte pourquoi ceux-ci l'avaient invitée et ce qu'ils prétendaient faire d'elle. Ft les voilà achevés de peindre :
(1) Aristote, Poétique, i.
(2) Grenouilles, v. 849.
non seulement ils sont adonnés au vin et aux excès de table, mais habitués aux pires débauches.
Où le poète veut en venir, la scène finale vous le dira. Échauffé par l'orgie et mis en goût de cabotinage, Philocléon va nous exécuter son homme de main de maître. Il provoque à la danse tous les acteurs tragiques du jour, lesquels, à son gré, ne sont que « des antiques », nous dirions « des perruques ». Parmi eux se distinguent Carkinos et ses trois fils, car Phrynichos n'est pas le seul coupable : Carkinos aussi a introduit dans la tragédie des danses légères avec sauts et pirouettes (1). Ah! vous faites fi de l'emméléia ou danse grave d'autrefois, et l'avez remplacée par des gambades et des tours de souplesse. On va vous montrer qu'il y a moyen de faire mieux. Et le terrible vieillard, imitant Phrynichos et outrant sa manière, tantôt s'accroupit « comme un coq », tantôt lance la jambe au ciel, avec des bonds et des déhanchements qui le font prendre pour un fou (2).
Et la pièce se termine par une cordace enfiévrée, dansée par Philocléon et les Carcinites, tandis que le chœur entonne un chant dont l'intention ne peut faire doute, car Phrynichos y est pris directement à partie.
(1) Paix, v. 864.
(2) Au v. 1491, Tct^a {foXXiqasi, leçon du Ravennas, certifiée par l'ancien scholiaste, ne fait pas l'ombre d'un doute. « Tu vas te faire lapider » confirme et souligne les précédentes interruptions : [xaXXov uaviaç àpyjr] (1486), et iu8' êXXs|3opov (1489) ; car on jetait des pierres aux fous {Ois. v. 524). — BaXXïfcsK;, préféré par les éditeurs, outre qu'il est équivoque, paraît insipide et plat.
Opuvi^o;, au v. 1490, signifie le Phrynichos que je suis, comme dans la Paix, v. 1032, xôv SxtXptôïiv veut dire moi, votre Stilbidès.
BA. % ffit; 1373 «MA. 8ôtç orYr'-ouy ôpâç éaTiypivriv ;
Je ne vois pas moyen de traduire autrement que : « Sans doute une torche; ne vois-tu pas qu'elle est tatouée? » Elle désigne à la fois la torche et la courtisane; et comme celle-ci est nue, toute autre interprétation doit être écartée. Or, s'il est prouvé que le tatouage était connu des anciens (1), il est plus que douteux qu'il se pratiquât sur des femmes. En outre il resterait à expliquer comment pareille épithète pouvait convenir à la torche. Car, fût-il établi que dans de certains cas les Grecs mettaient aux torches des enjolivures, il tombe sous le sens que Philocléon, rentrant subrepticement chez lui après une orgie, ne se sert pas d'un luminaire d'apparat.
Il est certain, d'autre part, qu'il existait autrefois une variante, io^ta-^évTjv. Autrement a quoi se rapporterait cette scholie : SieaTtyfjtiv/iç (lisez Stsa-^io-^évri;), 8teppylYfjlivri; Tcepl toO yuvaueiou aîooiou? Admise avec raison, suivant moi, par Meineke, cette variante tire une singulière confirmation du texte suivant d'Athénée : « On nomme grabion le bois d'yeuse ou de rouvre qui, écaché et fendu, est allumé et éclaire la marche (2) ». Le grabion n'offrait pas seul cette particularité. Du bois fendu et lié en faisceau était d'un emploi aussi courant que celui de
(1) Eupolis, Fragm. Corn. grœc.y éd. Meineke, t. II, p. 530. — Hérondas, V, 65.
(2) rpà{3iov, Icft! tô Trptvtvov ^ Sputvov £ûXov, ouep è0Xaa(j.£vov xal xaxea^ia{j.£vov E^aTrxeaôai xat cpai'vetv tchç ôôonropoucriv. Deipnosoph.,. L XV, p. 699 e.
la torche de pin el s'appelait <pavôç (1). Le flambeau même que la joueuse de flûte lient à la main est un faisceau de bois. Je dis le flambeau, parce que al oe-aî est un nom défectif, sans singulier, et qu'il est constant que Pbilocléon n'avait qu'une seule torche (2). Que l'on considère maintenant que les liges de bois formant l'assemblage portaient le nom de cry^Çat, et l'on reconnaîtra que la leçon àr^trpivTjV est parfaitement justifiée. En tous cas, ce jeu de mots sur <r/j£au et ^fefjia est bien dans la couleur du dialogue et à la portée de tous les spectatures.
'AXX ' égayer ', et tt cpiXeir', dp^oûjjievoi, QûpaÇe r\p.àç Tayù • touto yàp ouoeÉç tiw îiàpoç SeBpaxev 1537 dp^o'jp.£vov ogtiç àîcriXXa^ev %opov Tpuy(o8wv.
Les éditeurs ont eu tort, encore une fois, de ne point s'en tenir à la leçon du Ravennas, confirmée par le codex de Florence : dp^oufjtsvoç, et non dp^oûfjisvov. « Ceci, nul encore ne s'en était avisé, de congédier en dansant un chœur de comédie. »
La vulgate justifiait, il est vrai, la remarque du scholiaste : l'entrée du chœur s'accompagne de danses, jamais la sortie. Par malheur, cette remarque est démentie, tant
(1) Phrynichus : epavo; os coàxsXo'^ xivwv aovôsSsfJisvo*; xal -r)fj.fjivo<;. — Le epavô; -cï^ àjjnréAou, de Lysistrata, v. 308, est une torche de sarments de vigne.
(2) Rapprochez le v. 1361 des vv. 1331 et 1372.
dans ce qu'elle affirme que dans ce qu'elle nie, par tout ce qui nous reste de la comédie grecque. Voici, au contraire, ce que signifie le texte authentique. Il est d'usage à la sortie que l'acteur parle ou chante et que, si la situation le comporte, le chœur danse. Aujourd'hui les rôles sont intervertis. Le chœur n'est pas en état de danser, composé qu'il est de vieillards tout chenus (v. 1065), dont certains ne marchent qu'avec peine (vv. 230 et suiv.), et de plus, empêchés de leurs gestes par leur travestissement et notamment par l'aiguillon qui leur pend au croupion (v.4075). Pour une raison analogue, l'auteur, dans Lysistrata, congédiera avant le dénouement son chœur de vieillards et de vieilles femmes, pour y substituer un chœur de jeunes hommes en âge de danser. Ici le chœur des dicastes se réduit simplement à chanter, et c'est le protagoniste avec ses trois acolytes qui le mènent dehors en dansant. C'est en quoi précisément consiste l'innovation.
Notes sur les Cavaliers.
362 'AXka Gyjùtôaq sSyiSoxwç wvTjffojjioa {jtéxaXXa.
« Que je mange des filets de viande, j'affermerai des •mines », savoir des mines d'argent du mont Laurium, à l'extrémité méridionale de l'Attique. L'État les affermait moyennant une redevance sur le rendement, par bail perpétuel, aliénable et transmissible aux héritiers.
C'était une grosse affaire que d'affermer une mine, et qui supposait une fortune considérable. Car la mise hors
moulait très haut. Sans compter le prix de la concession, qui était d'un talent et demi, il fallait pour l'extraction et le traitement du minerai embaucher des centaines d'esclaves et d'ouvriers expérimentés. De plus, dans ce temps de guerre, l'exploitation était sans cesse mise au hasard par les incursions des Lacédémonicns (1). Seuls des citoyens riches, parmi lesquels on cite Nicias, Callias et Hipponicos, prenaient des mines à ferme. Il n'y a donc là, quoi qu'on en ait dit, aucune allusion à des tripotages de Cléon. Le trait s'explique de lui-même. De nos jours un gueux dirait : « Je soumissionnerai des emprunts. »
407 Tôv 'IouX(ou t ' av oiouai yspovTa itupOTCtir/rv TiaOévT ' ïr\izoLiiùvi<JOLi xal Bax^s(3ax'^ov aam.
Il convient ici, comme d'ordinaire, de s'en tenir au Ravennas. La leçon izuppoTziirw, préférée par plusieurs éditeurs, est de tout point inadmissible. Le motif qu'ils donnent de leur préférence, à savoir que cette épithète est beaucoup plus caustique, est précisément ce qui doit la faire rejeter. Songez donc qu'il s'agit d'un ennemi inconciliable de Cléon. Dans la strophe correspondante on nous montrait le fils d'Hippodamos se consumant à la vue du démagogue triomphant et impuni (2). Ici c'est le fils de Ioulios qui exulte de le voir honni ;et châtié.
(1) Thucydide, II, 55, et VI, 91.
(2) Cavaliers, v. 327.
Comment peut-on supposer un instant qu'Aristophane ait ajouté au nom d'un ami politique une mention infamante?
Quant à l'adjectif ^upoTuuyiç « qui lorgne le froment », il désigne évidemment un personnage mêlé de manière ou d'autre au commerce des céréales. Le terme peut nous sembler singulier, mais il trouve une pleine confirmation dans un passage des Économiques de Xénophon. Les négociants en blé y sont appelés vikôaitoi, ce qu'on explique par le motif que « chacun aime naturellement ce dont il espère tirer avantage » (1).
Notre scholiaste nous fait connaître un détail qui a son prix. Un autre comique (Cratinos ou Cratès), parlant du fils de Ioulios, le nomme également TtupoTUTc^ç « par allusion à ses fonctions de sitophylaque (ou magistrat chargé de surveiller l'importation et la vente du blé dans l'Attique) et de fournisseur de pain pour les repas du Prytanée ». Évidemment ce fonctionnaire avait été, comme bien d'autres, en butte aux persécutions de Gléon, et avait voué à celui-ci une haine qui n'attendait que l'occasion pour éclater.
410 "H p-tittot' 'Ayopoaou A(.oç <77uXày^vot.a,i 7uapay£vo(;jt7iv.
Nous avons parlé longuement ailleurs des sacrifices publics dont on répartissait les viandes entre les citoyens de l'Attique (2). C'était naturellement une peine que
(t) Oi Efjoropoi cptXo'atxot état... Aeyw cpucet cpiXsTv xaûxa uavraç, àcp' a>v #v GûcpsAeiaôat. vo|j.tswcriv. OEconom. XX, 27 et 29 (2) Note sur le v. 893 de la Paix.
d'être exclu de ces distributions. Les meurtriers étaient dans ce cas. Ainsi dans les Guêpes Philocléon menace de tuer son lils, « dussé-je, dit-il, être tenu à l'écart des partages de viandes » (1). Mais que veut dire : « Ou que jamais plus je n'aie part aux victimes immolées à /eus Agoraios »? M. van Leeuwen a fort bien vu, suivant moi, que cette phrase équivaut à celle-ci : « Ou puissé-je cesser d'être nourri dans le Prytanée. » Telle est en effet la première pensée qui a dû venir à l'esprit de Cléon, et certes son vœu ne pouvait aller à moins (2).
Seulement que vient faire ici Zeus Agoraios? Pausanias nous apprend qu'il existait à Athènes une statue d'Hermès Agoraios, mais on ne trouve trace nulle part d'une statue pareille de Zeus. Si l'on invoquait fréquemment Zeus sous ce vocable, toujours ne lui rendait-on pas un culte spécial, c'est-à-dire qu'il n'avait ni prêtre ni sacrifices. Il est clair pourtant que cette épithèle n'a pas été choisie au hasard. Agoraios signifie : qui préside aux assemblées du peuple, comme Boulaios signifie protecteur de la Boulé. C'est donc dans les circonstances qui accompagnent les séances de l'ecclésie qu'il convient, ce me semble, de chercher la solution de la difficulté.
Ces séances s'ouvraient, comme on le sait, par un sacrifice et une prière solennelle. La prière, on peut s'en faire une idée par la parodie insérée dans les Thesmophories. Quant au sacrifice, qu'on appelait -zk moie-ia., il consistait en ceci : de jeunes porcs étaient portés tout autour de la place du Pnyx, sous la conduite du uepum-
(1) Kt\v ^pfl <y7tXaYXvwv H1' àtciyeaftau, Guêpes, v. 654.
(2) Voir le v. 766.
ap/oç, et de leur sang répandu on purifiait l'enceinte, laquelle de là prenait le nom de xâOaojjta (1).
Les ecclésies, surtout à cette époque, étaien t fréquentes : on peut en évaluer le nombre à une cinquantaine au moins par an. Les porcs qu'on y immolait représentaient donc une assez notable dépense. Que faisait-on des victimes qu'on venait de sacrifier? Il ne viendra à l'idée de personne qu'on en distribuât les viandes entre les assistants. La seule hypothèse admissible, c'est qu'on les envoyait au Prytanée, voisin d'ailleurs du Pnyx, pour servir aux repas institués aux dépens du trésor. Les frais, de la sorte, se trouvaient compensés.
Est-ce aller au delà de la vraisemblance de supposer que c'est à cette circonstance, connue de tout le monde à Athènes, que Cléon fait allusion? Ne plus participer aux victimes immolées à Zeus Agoraios, n'est-ce pas une périphrase assez claire pour dire : ne plus s'attabler dans le Prytanée?
505 w iravTOiaç rfit\ {Jt-oùa-Yjç 7r£t,paQÉvT£ç xaO'eoarroù; (2).
Ce dernier vers est unanimement tenu pour suspect par les éditeurs. Il n'y a pas lieu de s'en étonner si Ton accepte leur interprétation : « Donnez votre attention à
(1) Acharn., v. 44; Ecclés., v. 128, avec le scholiaste.
(2) Je laisse le premier vers tel que le donnent les manuscrits. Depuis Brunck, les éditeurs se sont ingéniés à l'envi pour défigurer par quelque tour délayé ou plat la phrase concise et nette du poète. Loin de pécher contre la grammaire, le double datif ^fjiïv xoïç àvairaiVcoiç est d'une élégance achevée. Voir les exemples cités par Kùhner-Gerth, § 424, 4, A 2, auxquels il me serait facile d'en ajouter quantité d'autres.
nos anapestes, ô vous qui de vous-mémës vous des exercés à ton le espèce de poésie. » G. Hermani) a pris le parti radical de supprimer le vers, ce qui ne résout pas la difficulté; car si sotie que soit une interpolation, elle a sa raison qu'il s'agit d'expliquer : qui donc s'est jamais avisé d'introduire un vers ne rimant à rien? M. van Leeuvven a adopté la médiocre conjecture de van Deventer, xa8 ' eopTaç au lieu de xaO ' eauroûç : « 0 vous qui dans des fêtes avez goûté de tout genre de poésie. » Dans quelles fêtes? Si ce sont celles de Dionysos, l'auteur n'aurait pas manqué de spécifier. D'ailleurs, pourquoi « tout genre de poésie », alors que, de l'aveu de ceux qui appuient cette leçon, il ne peut être question que de la muse comique?
Le fait est que la poésie, comique ou autre, n'a rien à faire ici. Le mot jjioua-a se prête à des acceptions fort diverses. S'il fallait ne l'entendre que de la muse poétique, quantité de passages deviendraient inintelligibles. Dans YAlceste d'Euripide, le chœur frappé des maux qui accablent la maison d'Admète, y reconnaît un arrêt de la Destinée, à laquelle nul ne peut se soustraire. « Moi-même, dit-il, je me suis élancé jusqu'aux hautes régions de la science », éyw xal 8tà [xoùa-aç xal ^ràpa-ios jj£a. Ici p-oOcra est le savoir humain, et le chœur l'entend si bien de la sorte, que parmi les écrits qu'il a compulsés pour y chercher un remède, il cite les prescriptions d'Orphée et d'Asclépios (1).
Dans Médée, le chœur des Corinthiennes développe ce thème que le sexe n'est pas incapable de culture, oux
(i) Alceste, vv. 962 et suiv.
otTiôpouo-ov yevoç. Car les femmes ont aussi leur muse, èVrLv [xou^cl xal f^uiv, « non pas toutes, ajoute malicieusement le poète, mais quelques-unes (1) ».
La nourrice de Phèdre, dissertant d'un ton sentencieux sur la puissance de Cypris, en appelle à ceux « qui sont toujours dans les muses » efelv ev ^oùo-atç àd, désignant par là les gens d'étude, les vovoi, comme elle les appelle ailleurs (2).
Dans tous ces endroits (xoGaa a trait à la culture intellectuelle. De là le verbe éxuoua-ôw, synonyme de touBsOu, et àvrip <7ocfo; xal [xoimxdç, pour désigner un homme instruit; Cléon, d'après Aristophane, était ùo^ouo-o;, « éduqué comme un porc » (5). Mais le mot veut dire plus encore, et correspond à ce qu'on nomme en français « les arts » sans épithète. Telle est la définition d'Hésychius : p.ouTa, tt/yt], et plus loin : jjL0u<7WT,v. Tcàa-av -zèyvrp ol 'ArnxoC. Sans doute il convient de citer d'abord la muse des poètes, non pas celle qu'invoquait Homère : une autre, variant avec la matière qu'on traite, car à vrai dire il y a autant de muses qu'il y a de genres de poésie (4). Mais il en est une aussi pour les philosophes, r\ jouera tpdoa-ocpoç (5), celle à qui Platon voudrait confier les destinées de l'État (6). 11 y en a une pour les rois, o *r&
(1) Médée, vv. 1081 et suiv.
(2) Hippolyte, vv. 452 et 266. — C'est ainsi que [xouaav etcI ^îjvai, Phénic, v. 4729, est expliqué dans une scholie : itavxaç 6Trep[Je{3ijxivai aocplf .
(3) Cavaliers, v. 986.
(4) Platon, Ion, 536 A.
(5) Id., Philèbe, 67 R.
(6) "Oxav aSxTj t) |xoî3aa 7idAsuK èyxpaxï)<; y^vTjxat, Républ., VI, 499 D.
pao-tXt.x7i<; p.où<Ta (1), une autre pour les constructeurs, ^ xexTovap^oç ^o-jcra (2), cl ainsi de suite. En un mot, tout ce qui est du domaine de l'intelligence est préside par une muse : il n'y a pas de profession relevée qui n'ait la sienne. Ainsi le prend Aristophane, et l'adjectif itavxoîa marque bien qu'il s'agit, non de poésie ni même de beaux-arts, mais de tout art quelconque exigeant l'application de l'esprit et point seulement le travail de la main.
C'est la première fois peut-être qu'un auteur dramatique athénien a pu en appeler ainsi aux lumières de son public. Naguère encore les juges du concours étaient à peu près seuls compétents en matière d'art. Dans l'auditoire, les gens capables de juger par eux-mêmes étaient trop clair-semés pour qu'on fît état de leur opinion. Rappelez-vous l'allusion faite ailleurs aux « spectateurs niais » de l'époque de Phrynichos (5), et considérez que le plus beau triomphe de Phrynichos date de l'archontat d'Adimanle, c'est-à-dire de l'an 476. Or nous sommes en 424. Par conséquent les plus âgés d'entre les spectateurs ont encore assisté à ce triomphe et peuvent avoir connu personnellement le grand tragique (4).
C'est que dans l'intervalle s'est accomplie la plus merveilleuse des révolutions. Les guerres médiques, en
(1) Platon, Polit., 309 D.
(2) Sophocle, Dœd., fr. 170.
(3) Grenouilles, v. 910.
(4) En effet, dans les Thesmophories, v. 164, le poète Agattion. parlant de Phrynichos au beau-père d'Euripide, dira : « Celui-là tu l'as entendu. »
réveillant toutes les énergies de la race, ont inauguré une ère nouvelle. Athènes, qui avait été la libératrice de la Grèce, arrive en quelques années au faîte de sa puissance et de sa grandeur. Et à mesure que s'accroît chez elle la force matérielle, la pensée s'affranchit et s'émancipe. La ville sainte aspire à devenir non seulement le bras, mais le cerveau de l'hellénisme. Arts, commerce, science, industrie, son activité se déploie librement dans toutes les directions. A côté de l'aristocratie de naissance naît et se développe une autre aristocratie, celle de la haute culture et du mérite, la seule qu'Aristophane prisât, la seule aussi, n'en déplaise aux Mùller-Slrùbing et aux Denis, dont il se soit montré de tout temps le ferme champion.
Plus que tout autre écrivain, le grand comique porte témoignage de cette évolution, et on peut la suivre comme un fil de trame à travers toute son œuvre.
C'est à l'élite déjà nombreuse qu'il s'adresse dans cette parabase des Cavaliers. Dès l'année suivante, encouragé par le succès de sa pièce, il n'hésite pas à s'attaquer aux sophistes. L'entreprise était autrement difficile, et cette fois il a trop présumé, non de ses forces, mais de son public. Celui-ci n'était pas mûr encore pour un pareil sujet : ce grave problème de l'éducation de la jeunesse excédait sa portée. Aussi quand il revisera ses Nuées, le poète se plaindra d'avoir été injustement vaincu par des burlesques. Mais loin de se tenir pour battu, il compte sur le suffrage des spectateurs éclairés « pour qui il s'était donné tout ce mal », des vo-soi, plus nombreux d'année en année et dont l'avis finira par l'emporter (1).
(1) Parabase des Nuées, vv. 520 à 536.
Rien n'était plus fondé que cette prévision. Car il avait pour lui le plus précieux et le plus sûr des auxiliaires, je veux parler du livre. Si l'écriture qui, selon la forte expression d'Eschyle. « éternise la mémoire, mère des muses (1) », était connue depuis longtemps, l'invention du livre était toute récente, mais elle gagnait de proche en proche avec une rapidité inouïe. Chaque jour voyait croître le nombre de ceux qui cherchaient dans la lecture un complément d'éducation. Fini désormais le temps où la science se transmettait de bouche en bouche à quelques initiés, fini le temps où l'on ne connaissait Homère que par les récitations des rhapsodes, et les lyriques que par les fragments qu'on apprenait à l'école. Grâce au livre, le savoir et le goût pénètrent peu à peu dans les couches profondes de la population.
Dès le temps de l'expédition de Sicile (415), nous apprenons par Aristophane qu'il existait à Athènes un marché spécial pour les livres. Cela n'a l'air de rien, et cela marque simplement une date décisive dans l'histoire de l'esprit humain. Pour la première fois dans le monde, la pensée, fixée désormais, formulée d'une manière précise et se prêtant à être méditée à loisir, s'offre à tous indistinctement sous forme de marchandise. Marchandise bien chère encore, car il est établi, précisément pour cette époque, que le livre coûtait un prix excessif (2).
(1) MvTQjjtT) fjt-ouaopfrwp (Prométhée, 459), c'est-à-dire mère de tous les arts, source de toute culture. On voit qu'Eschyle l'entend au même sens qu'Aristophane. Les Muses qui président aux beaux-arts étaient filles de Mnémosyne et petites-filles de Zeus.
(2) Voir la curieuse Note sur le prix du papier au temps de Périclès, dans les Mémoires d'histoire ancienne et de philologie d'Egger, Paris, 1863, pp. 135 et suiv.
Mais cette circonstance ne prévaudra pas contre l'esprit d'investigation et l'avidité de s'instruire. En même temps qu'on nous signale l'existence de ce marché, on nous apprend qu'il n'en est point de plus fréquenté. « De même que les oiseaux dès le matin s'élancent à la pâture, les Athéniens à peine levés s'abattent sur le marché aux livres (1). » Il est vrai, ajoute-l-on, qu'ils s'y repaissent surtout de décrets. Pure boutade, qu'on aurait tort d'entendre à la lettre. Qu'importe d'ailleurs? le choix du lieu de réunion n'en est pas moins significatif. Les préoccupations politiques auront bientôt fait place à d'autres préoccupations, plus sereines et plus relevées. En effet, malgré le prix exorbitant du papyrus (le parchemin ne fut connu que plus tard), nombre de curieux se prennent de passion pour les écrits anciens et nouveaux et en font collection. Tel Euripide, qu'on peut tenir, je crois, pour le premier en date des bibliophiles; tel cet Euthydème dont Socrate se moque si agréablement, et qui entre autres trésors avait recueilli toutes les œuvres d'Homère (2).
Et voyez comme le résultat fut prompt. En 405, deux générations après Phrynichos, Aristophane remportera le prix avec les Grenouilles, c'est-à-dire avec une pièce dont la partie essentielle et la plus longue ne pouvait être comprise, et ne le serait de nos jours, que par un public familiarisé avec les problèmes les plus délicats de l'art. Et le chœur dira : « N'appréhendez plus que les spectateurs manquent de finesse et d'expérience. Us ont fait
(1) Oiseaux, vv. 1286 à 1289.
(2; Xénophon, Mémorables, IV, % 8 et 10.
campagne. Chacun a son livre où il apprend à s'aiguiser l'esprit (1). » Chacun est évidemment une hyperbole et ne désigne que ceux qui sont avides et curieux des choses intellectuelles, mais ceux-là sont aujourd'hui la majorité qui compte et décide, et le poète évalue à une myriade le nombre de « capacités » assises sur les gradins (2).
Je m'arrête, n'ayant pas à faire l'histoire de la culture générale à Athènes. J'ai essayé de marquer les rapports d'Aristophane avec l'élite de ses auditeurs durant la vingtaine d'années qui séparent les Cavaliers des Grenouilles. Maintenant il ne doit plus, ce me semble, rester un doute sur l'interprétation de notre passage. Le poète est arrivé à un tournant de sa carrière; pour la première fois, il s'est décidé à faire paraître une pièce sous son nom. La parabase, où il rend compte de ses scrupules et de ses efforts, n'est pas pour être comprise de la foule. Elle s'adresse à ceux-là seuls qui ont passé par les mêmes alternatives et lutté contre les mêmes difficultés, « ceux qui dans un art, n'importe lequel, se sont essayés pour leur compte ». Elle est large cette formule, car elle
(1) Grenouilles, vv. 1109 et suiv.
(2) Socpi'ai (xupi'ai, lbid., v. 676.
Quelques années plus tard, en 400, Xénophon, revenu de son expédition dans l'Asie, trouvera à Salmydessos, sur la côte thrace du Pont-Euxin, un dépôt de livres expédiés d'Athènes dans des caisses (Anab., VII, 5). Connaissez-vous rien de plus glorieux pour Athènes que ce simple détail, échappé par hasard à Xénophon? Athènes venait de succomber sous le poids de ses fautes, et ses rêves de domination étaient à jamais évanouis; mais elle restait le centre et le foyer de toute culture, et ses vaisseaux, comme d'agiles avantcoureurs de la civilisation, transportaient aux extrémités du monde connu les vases peints et les livres, semant partout sur leur passage ces actifs ferments de science et d'art.
comprend, outre les artistes proprement dits, ceux des citoyens qui, même dans un art industriel, ont su faire preuve d'initiative et se dégager de la routine.
605 Toâç OTtXaîç wpurrov eiîvàç xai p.£Trj<7av orpw^aTa.
Il s'agit du coup de main tenté par Nicias contre les Corinthiens (été de 425, environ six mois avant la représentation de la pièce), et de la bataille de Solygeia dont la cavalerie athénienne décida le succès (1). Tel est le sujet de la partie finale de la parabase.
Mais le texte des deux vers cités ci-dessus est évidemment fautif. Quand on nous dit que les plus jeunes chevaux se creusèrent des couches avec leurs sabots, nous comprenons fort bien. Mais que signifie « et ils allèrent chercher de la litière»? Que nous fait ce détail, et d'où leur vient pareil souci? De vrais soldats se font gloire de supporter les privations, de dormir à ciel ouvert et sur la dure. Ce n'est pas la peine de se vanter de passer la nuit dans des fosses, si l'on ajoute qu'on s'est arrangé pour être douillettement couché. Aussi le propos prêté aux cavaliers a-t-il choqué plus d'un lecteur. Zévort traduit à tout hasard : ils couchèrent sans couverture ; et M. Girard ne doute pas qu'il faille lire : xai pieBers-av arpujjiaTa, « et ils se passèrent de couvertures » (2). Malheureuse-
Ci) Thucydide, IV, 42 et suiv.
(2) Paul Girard, L'éducation athénienne, Paris, 1891, p. 283.
ment cette conjecture n'exprime pas ce qu'on veut lui taire dire, le Verbe ^eOtivat. signifiant lâcher, abandonner, mettre de côté, de sorte qu'il faudrait à tout le moins l'article, tà o'Tpwp.otTot,
La vraie leçon, c'est encore le llavennas qui nous Ta conservée : xal ^eT^aav (3pwfjiaTa, « et se mirent en quête d'aliments ». Ainsi constitué le texte ne prête plus à aucune objection. Car il serait peu exact de prétendre avec M. van Leeuwen que j3pûjjiaTa n'est pas de la langue usuelle. L'éminent helléniste, cette fois, a été mal servi par sa mémoire. Le mot se rencontre non moins de dixhuit fois dans les fragments des comiques (1), c'est-à-dire deux fois de plus que <kto; ou -z^o-ft,. Il est fréquent dans Xénophon, et aussi dans Platon, surtout dans la locution îtwjJiaTa xai ppwfjuxxa (2).
Et voyez comme tout s'enchaîne : après s'être creusé des couchettes dans la terre, les cavaliers cherchent à se procurer des vivres, car ils n'ont emporte d'Athènes que de l'ail et des oignons (v. 600). Mais telle est en campagne la frugalité de ces jeunes gens de famille habitués à la bonne chère, qu'ils se contentent des plus grossiers aliments. Ce que le choeur, attribuant aux chevaux ses propres exploits, exprime à sa manière : au lieu de luzerne, leur nourriture préférée et celle qui leur convient le mieux (3), ils mangent des crabes qu'ils vont chercher jusqu'au fond de la mer.
(1) Voir l'index de Iacobi, à la suite de l'édition de Meineke.
(2) Critias, 115 B; Lois, VI, 782 A, XI, 932 E.
(3) Scholiaste : àpiVcfj xal xaXXfoxTj xal èmzriBtioxdxy\ Vttttok;.
"Otccv 8 ' èizl T2tu~7]G"i xa97)Toa t^ç TieTpaç,
Les Alexandrins étaient indécis sur le sens de cette dernière expression. Car les scholies nous donnent le choix entre quantité d'explications plus ou moins ingénieuses, mais dont aucune ne concorde avec l'explication littérale, le verbe éjjato£(Çeiv ayant l'acception très précise de empêtrer, mettre à la gêne, empêcher le mouvement, tenir stable, fixer. En attendant, les conjectures se succèdent, sans que nous en soyons plus avancés.
Voyons s'il y a moyen de trouver le mot de l'énigme sans recourir à l'éternelle rengaine de la corruption du texte, cette selle à tous chevaux des commentateurs dans l'embarras; et puisqu'il s'agit de figues, examinons de près la manière dont les anciens traitaient ce fruit.
Les Grecs connaissaient, comme nous, l'art de conserver les ligues sèches en en faisant des masses compactes réduites par la pression. Mais tandis que de nos jours celles-ci sont le plus souvent agglomérées en boules et mises en cabas, dans l'Attique elles étaient rectangulaires et s'appelaient uaXàÔai. ou TcaXà<ri.a (1). Les anciens lexicographes nous disent expressément que ces TcaXàQou étaient 7cXiv9oei.ûeiç, c'est-à-dire en forme de brique (2). Concluons de là qu'on les obtenait en empilant les ligues une à une dans des cadres ou châssis de bois oblongs,
(1) Il en est fait mention dans la Paix, v. 574.
(2) Photius : IlaXàata, xà ffuyx£XO[ji.{jiéva auxa TCaXàÔïjv Xéyouffi xal TïaXaôtÔa. "Eaxi 8è èç la^dScav % aoxiov x£xo[A[xévot (3wXot TtXivôoeiôet;. — Ëuslathe : 7raXàÔ7), xo5v xaptxûv iTriauvôeatç.
nkaLfoiaL (rùi/TTTuxTa (1). Autant en faisait-on avec les prunes (2), le bdellium (5), là lie de vin (4) et même, chez les Scythes, avec le marc de merises (5). On peut se faire une idée de ces masses par les briques de dattes qu'on expédie encore actuellement d'Afrique en Europe.
N'est-il pas assez naturel de supposer que c'est à l'opération eonsistant à tasser les figues dans les cadres, r, twv ÉT^àSwv !mffùv9e<nç, èizÔLklr\koç 9é<rtç, que le poète fait allusion? cO èpjioUÇw teyâàaç veut dire textuellement celui qui assujettit ou fixe des figues sèches. Il est bien sûr qu'on employait à cette besogne toute machinale les ouvriers les moins intelligents, et l'on conçoit sans peine qu'ils aient eu cet air hébété et niais qu'Aristophane prête au vieux Demos.
762 toÙç SsXotvaç fjieTewptÇou xal TYjv axatov 7rapa(3àXXou.
Nous ne perdrons pas le temps à discuter toutes les ' interprétations proposées de cette locution si simple : xriv axa-ov izapoLpâllou . Mais il convient de dire un mot de la plus récente. Du fait que la voile attachée au mât
(1) Grenouilles, v. 800.
" (2) Théophraste, Hist. Plant., IV, 3.
(3) Dioscoride, I, 80.
(4) Glossar. Herodot., p. 175 : 7raXa8a<r XéyeTat xai ex xpuyà; uXaCT^ata' xupttoç 8è r\ tcov uoxwv e7ràXX7}Xo<; ôéatç. Encore aujourd'hui on débite en Sicile des gâteaux de lie de vin durcie, sous le nom de mostarda.
(5) Hérodote, IV, 23.
d'avant, la misaine, s'appelait dxàmov, M. van Leeuwen en conclut que la vergue de ce mât s'appelait àxaro;, et traduit : présente à l'ennemi ta vergue àxaro ç.
Nous connaissons trop bien, grâce aux inscriptions, les termes de la marine grecque pour accepter cette explication. Les mâts de la trière étaient de deux espèces : Haros {Aeyaç ou grand mât et les Isrol âxàmot, ainsi nommés à cause de leur moindre dimension (proprement mâts de barque). De même il y avait deux sortes de vergues, xepaFat fxeyàXat. et xepaïai àxàretot; de même aussi deux sortes de voiles, tsrta {jteyàXa et loriot àxàreta. Les vergues armées du dauphin s'appelaient xepaïcu Se^cptvocpopot (1); celles auxquelles on suspendait des masses de pierres à lancer sur l'ennemi, xepatat. XtOocpopot (2).
On voit que le sens attribué par M. van Leeuwen au mot axaroç ne se laisse pas justifier. Les autres interprètes ont eu tort de s'attacher strictement à celui de barquette ou chaloupe. En réalité ce mot se prend très souvent, et c'est ici le cas, dans l'acception générale de Tikoïov ou oxàcpoç, navigium (3). Les exemples abondent dans les poètes: M. van Leeuwen cite lui-même Euripide, Héc, 446; il aurait pu ajouter, du même auteur, Oresle, 342, et Troyennes, 1100, où le vaisseau ramenant d'ilion Ménélas et ses captives est appelé àWoç. Ils ne sont pas même rares en prose. Les bâtiments de transport accompagnant la flotte de Xerxès sont désignés par Hérodote
(1) Thucydide, VII, 41.
(2) Diodore de Sicile, XIII, 78 et 79; Athénée, V, 43.
(3) Hésychius le dit en propres termes : àxàxiov, $ vau;, tjyoov tcXchov.
sous le nom de <rt.Taywyà Tzkoïa. ou de vvtéymrfd axa-rot (Vlï, 181 et 186). Le navire sur lequel Lucien et ses cinquante compagnons accomplissent en plein océan le merveilleux voyage qui lait le sujet de V Histoire véritable est un àxaToç (1). Ainsi, il n'y a pas de doute, napaSc&Xou tt,v axaxov veut dire : « Lance bord à bord ton navire. » C'est ce qu'en langage technique on appelle se placer par le travers de l'ennemi, de façon que les deux bâtiments aient leurs flancs parallèles (2). Constatons une fois de plus la parfaite exactitude du poète, même dans les choses les plus étrangères à ses préoccupations habituelles. Cette manœuvre est en effet celle qu'il convenait de faire quand on se proposait de mettre en jeu les dauphins.
1389 Aeup' £B' al ErcovSal toc^ù.
2irov8a£ est ce qu'on appelle un nom défectif, n'ayant pas de singulier. Il signifie paix ou trêve. SuovoVi, TpiaxovToùxrôeç est une trêve de trente ans. Ici elle apparaît en personne, figurée, selon l'usage, par une jeune femme parée des attributs de la paix.
Le scholiaste ne l'entend pas ainsi. Suivant lui, StcovSou est représentée par un certain nombre de courtisanes, et les modernes interprètes ont accepté les yeux fermés
(1) Autres exemples dans Torr, Ancient ships, Cambridge, 1894, p. 106.
(2) M. Cartault, La Trière athénienne, p. 189, traduit moins exac- ► tement : présente-lui ta barque de flanc.
cette manière de voir. Combien sont-elles? On n'a garde de préciser, mais concluez vous-même. Si une courtisane ne suffît pas à personnifier une trêve de trente ans, il n'en faut pas moins de trente, ce semble, c'est-à-dire une par année de trêve.
Il n'est pas besoin d'être helléniste pour faire justice de cette énormité. Toutes les langues ont leurs défectifs. Hamlet évoquant sur une scène française « les mânes » de son père, ne s'attendra pas à voir défiler une série d'apparitions. En grec, une trêve, fût-elle d'un jour, se dit <T7uov8ou (induciœ, en latin), comme certaine torche s'appelle feaÉ (1) et Athènes 'AO^vaL Quand Démos, séduit par la beauté de E7cov8a£, se montre impatient d'en passer sa fantaisie, croyez bien qu'il ne songe pas un instant à renouveler un des exploits d'Héraclès. Le cas est simple. La Trêve a disparu à l'âge de quatorze ans (2), et Cléon est de ceux qui ont aidé à la cacher, mais non dans un harem. Aujourd'hui que la voilà retrouvée, Démos s'en ira vivre avec elle aux champs, comme dans la Paix Trygée avec Opora, et veillera à ce qu'on ne la lui ravisse plus.
(1) Voir la note ci-dessus sur le v, 1373 des Guêpes.
(2) Thucydide, II, 2.
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