‹ Notes sur AristophaneChapitre 1 sur 13 · UNE · texte numérisé non relu

UNE

Une mauvaise fortune s'est attachée en France à Aristophane, et l'a empêché jusqu'ici de trouver un interprète. Non que les traductions manquent : il n'y en a que trop. Presque chaque grande maison de librairie a la sienne : MM. Didot, celle d'Artaud; Hachette, celle de Poyard; Charpentier, celle de Zévort; Garnier, une autre encore dont le nom m'échappe. Des traductions? Sont-ce bien des traductions? Lisez-les, et tâchez de comprendre. On dirait le plus souvent de versions d'élèves mal préparés. Leurs auteurs paraissent se douter assez peu qu'il existe au monde d'autres grammaires que celle de Burnouf, d'autres lexiques que celui d'Alexandre, d'autres versions que la version latine de Brunck, qu'il y a une science spéciale de l'archéologie, que depuis la Renaissance une pléiade d'humanistes se sont appliqués à épurer les textes et à les éclaircir, que pour Aristophane notamment on possède, depuis Invernitzi jusqu'à Blaydes, de grandes éditions critiques et de recensions

(1) Eugène Talbot, Aristophane, traduction nouvelle. Préface de SuIIy-Prudhorame. Paris, Alph. Leraerre, 1897, 2 vol. in-8».

partielles de quoi former une petite bibliothèque ; qu'en tous pays, des recueils savants et des revues ne cessent de discuter tantôt un point difficile, tantôt un autre, et de les résoudre souvent avec bonheur. Aussi est-il permis de considérer comme non avenus ces honorables, mais naïfs essais, auxquels on pourrait, sans trop d'exagération, appliquer, en le détournant un peu de son sens, le mot d'Aristophane : « Ce que le poète dit, ils ne l'entendent guère, et ce qu'il ne dit pas, ils y suppléent par des conjectures. »

Le champ reste donc ouvert aux interprètes. Et voici précisément qu'un des principaux éditeurs parisiens, M. Lemerre, nous offre une traduction nouvelle, œuvre d'un ancien professeur de rhétorique, aujourd'hui décédé, M. Talbot. Elle est en deux beaux volumes, pareils de format et d'exécution typographique aux traductions de Leconte de Lisle, auxquelles ils font suite. Un avantpropos, où la louange est décernée sans réserve à l'auteur et montée au ton de la glorification, attire d'autant plus l'attention, qu'il est signé d'un nom respecté et honoré entre tous, le nom de M. Sully-Prudhomme.

Qui donc, après l'avoir lu, hésiterait à croire que nous possédons enfin la traduction si vainement attendue jusqu'ici? Songez donc, M. Talbot n'est pas seulement « un de ces hellénistes patentés, aux scrupules méticuleux, plus préoccupés du lexique et de la grammaire que de la vertu poétique du langage », non, « son intime intelligence du texte unie à la vertu naturelle de son alerte esprit l'ont improvisé poète au frottement d'Aristophane)). Suivent quatre pages dans le même goût, où on nous le montre excellant dans le mot à mot, incomparable dans la métaphrase, unique dans la version libre, sachant tout

et autre chose encore de l'antiquité, artiste non moins que savant, préparé comme à souhait, que dis-je? prédestiné par une vocation singulière pour la tâche à laquelle il s'est voué. Ce n'est pas tout. « On ne comprend Aristophane qu'à la condition de se faire Hellène, Athénien, enfin Aristophane lui-même. Pour reproduire, au degré supérieur atteint par M. Talbot, sa verve satirique, le tour et l'accent comiques de son vers, il faut être capable de se les approprier, et la science n'y suffit pas. Une aptitude spéciale est nécessaire qui est le caractère même, le tempérament moral du traducteur. Il doit se sentir dans le monde grec comme dans le sien, dans l'œuvre d'Aristophane comme chez soi. » J'espère que nous voilà édifiés. La nouvelle traduction ne répond pas seulement à toutes les exigences de l'érudition et du goût : on nous donne clairement à entendre qu'Aristophane lui-même, écrivant en français, n'aurait exprimé ses idées ni avec plus de précision , ni avec plus d'élégance.

J'ai regret à le dire, mais cet avant-propos n'est qu'un leurre. Elle est pis que mauvaise, cette traduction, et si on veut l'apprécier à sa valeur, il n'est que de prendre en tout le contre-pied de ce qu'on vient de lire. Je ne craindrai pas d'en appeler à M. Sully-Prudhomme luimême, qui en tout ceci me paraît avoir agi avec plus de légèreté qu'il ne convient, mais dont la bonne foi est au-dessus du soupçon. Il s'est abusé et nous abuse en toute franchise et toute ingénuité. Son principal tort, — mais c'en est un, et il ne laisse pas d'être grave, — consiste à s'en être rapporté à l'appréciation d'autrui. Peu confiant dans sa propre compétence, dont il paraît faire assez bon marché, il s'est cru suffisamment couvert par

l'approbalion d'un confrère, d'un anoii, le plus expert, à ses yeux, et le plus infaillible des juges. Le moyen pour lui de garder l'ombre d'un doute sur la valeur d'une œuvre, quand « cette valeur n'offre pas seulement la garantie, déjà siire et incontestée, du savoir et de l'expérience du traducteur, mais qu'elle a de plus rencontré un répondant considérable dans un poète de premier ordre, en relations étroites et constantes avec la poésie grecque, dans Leconte de Lisle ». Nous verrons tout à l'heure ce que vaut sur ce point l'opinion de Leconte de Lisle, mais eût-elle tout le poids qu'on lui prête, l'illustre académicien qui l'adopte de but en blanc et l'étaie d'une foule de raisons plus illusoires les unes que les autres, n'en commet pas moins une grande imprudence. Au lieu de s'effacer et d'abdiquer, que ne s'en est-il remis à son propre jugement ? Celte traduction, qu'il recommande avec tant d'insistance, je jurerais pour ma part qu'il ne l'a pas même lue. A défaut de compétence spéciale, le simple tact et le goût eussent suffi à l'avertir. Il me répugne d'admettre qu'ayant pris la peine de la parcourir, il n'aurait point conseillé de jeter au rebut cette production qui déconsidère à la fois et M. Talbot et l'Université « dont il est le digne représentant ».

Peut-être nous dira-t-on qu'après tout M. Sully- Prudhomme s'est laissé guider par le plus honorable des sentiments, la reconnaissance envers son vieux professeur. Soit, c'est une excuse, mais ce n'est pas une justification. La reconnaissance est certes une belle chose, mais le public aussi a droit à des égards. H ne devrait jamais être permis, sous prétexte d'amitié ou de sympathie personnelle, de donner le change à l'opinion. On n'a que trop abusé en France de ces complaisances. Souvenez-

(7 ) VOUS seulement de Guigniaut célébrant devant l'Académie des Inscriptions les mérites du dictionnaire d'Alexandre, de Duruy louant « l'élégante traduction d'Aristophane » de M. Poyard (1). Où allons-nous, grands dieux, si de tels hommes se mettent à patronner de pareils livres?

Ah ! s'il s'agissait de quelque œuvre précoce et peu mûrie, s'il n'y avait à y relever que des inadvertances, voire des étourderies, fussent-elles en grand nombre, on fermerait volontiers les yeux. L'entreprise est hasardeuse, il faut l'avouer, de se mesurer avec cette comédie grecque qui a sa langue, ses tournures, sa terminologie, et qui, touchant à tout, vous pose à tout coup des énigmes dont les contemporains seuls avaient le mot. Qui s'y est essayé a appris à être indulgent. Mais quand on constate que celui qu'on nous donne pour un « excellent humaniste » n'a pas les premiers éléments de son métier, qu'il n'est pas même pourvu du maigre bagage que chacun de nous, Anglais, Allemands, Belges, rapporte du lycée, quand on le voit demeurer court et se fourvoyer à propos de tout, de syntaxe, de lexicologie, voire de simple grammaire, on cherche en vain des formules atténuantes pour exprimer son jugement. Il n'y a qu'un terme qui vaille : son impéritie passe toutes les bornes, tranchons le mot, elle fait scandale.

L'antiquité grecque tout entière est pour lui lettre close. Et d'abord il ne sait rien de ce qui a trait au théâtre. Sinon, il ne nommerait pas les auteurs comi([ues, TpuywSo'!, «. les poètes que grise la vendange ->■> (t. I, p. 170)', il ne montrerait pas les Athéniens rentrant chez eux

(1) Histoire (les Grecs, t. II, p. 319.

(c au sortir des planches du théâtre » (II, 209), ni le chœur, dont la place est dans l'orchestre, « remplissant toute la scène » (I, 172). Même il lui aurait suffi de lire attentivement son auteur {Acharniens , Oiseaux, Lysistrata, Ecdésie) pour ne pas prêter à Aristophane cette énormité (I, 326) que « jamais personne n'a vu un chœur dansant terminer une trygédie » (entendez : une comédie).

II ne connaît pas davantage les institutions politiques d'Athènes; sans quoi il ne traduirait pas ir^Tzeïç tantôt par « chevaliers », tantôt par « cavaliers •>■> (le dernier mot étant le seul juste); 'pr,-op£ç tantôt par « orateurs », tantôt par « rhéteurs »; âv>,p twv ûr,[xoTwv (un homme de mon dême) par « un homme du peuple » {EccL, 1023), Le nomhre des Bouleutes n'étant pas moindre que de cinq cents, il ne nommerait pas l'espace qui leur était réservé au théâtre, le Bouleutikon, « le banc des conseillers » (II, 50). Quand, pour flétrir un étranger usurpant le titre de citoyen, le poète écrit qu'à sept ans il n'avait pas de phratrie, il ne lui ferait pas dire : « il n'était pas encore inscrit dans sa phratrie » (II, 283).

Il est tout aussi peu au fait des institutions religieuses ; autrement il ne ferait pas prier un Athénien « les mains étendues » (lisez : les bras levés au ciel, II, 43) ; il ne rendrait pas : |jl>i xaxàpçri toû Tpâyou (ne consacre pas le bouc) par « ne touche pas au bouc » {Ois., 959). Il ne ferait pas de Zeus le gardien de l'opisthodome du Parthénon (II, 504). Il saurait que les suppliants s'asseyaient dans les temples, et ne les ferait pas « stationner au Thèséion ou devant le temple des Euménides » (I, 144).

De même pour tout ce qui se rapporte aux mœurs, à la vie habituelle. Il n'entend rien au costume, sinon il ne

(9) traduirait pas Tpt.pwvt,ov (manteau râpé) par « casaque » {Lys., 278), èjApàôeç (chaussures) par « savates » {Gu., 1157), ^Idi-zioL (mules, pantoufles) par « sandales » {Cav., 889), et les ÔûXaxot. (chausses larges, braies) des Perses par « longs vêtements » {Gu., 1087). II ne ferait pas « empocher « de l'argent à un Grec (II, 251) et ne parlerait pas de « drap lin » à Athènes (II, 544). Il confond les repas, traduisant y.pi'jxov (déjeuner) par « dîner » {Ois., 6o9, Gu., 615), et osùrvov (dîner) tantôt par « souper » {N., 175), tantôt par « dîner » {Gu., 60), tantôt par « festin » {PL, 596). Il ignore qu'un morceau de pain creusé servait de cuiller, car il rend [jua-x^XYi par « pain morcelé » {Cav., 1168) et comprend tout à rebours les vers 627-28 du Plutus; que si aproci était le pain de froment, ij.à^a. (galette d'orge) était le pain des pauvres et des soldats, et n'avait rien de commun avec un « gâteau » {PL, 544). Il ne sait pas que les Grecs conservaient leur vin dans des jarres, sans quoi il ne rendrait pas constamment TiiGoç par « tonneau » et cpt,8âxvri; u)veupâ par une « douve de tonneau » {PL, 546), et ne parlerait pas de vin « ayant quatre ans de bouteille » (II, 227). Il ignore qu'une porte se fermait au moyen de barres et de verrous, autrement il ne traduirait pas xX-^Opa par « leviers » {Lys., 264) et (jwtix^yXktiy ou èm'^xklti^ |jlo^Xoûç (bâcler une porte) par « former une barricade de poutres » {Lys., 246) ou « fermer avec du bois » {Th., 415). Il ignore les poids et mesures, car il transforme un petit pain d'une chenice {Lys., 1208) en un énorme « pain d'un boisseau » (le boisseau équivaut à douze chenices). Il ignore ce qu'était un livre dans l'antiquité, sinon il ne nous montrerait pas des Grecs en train de « feuilleter ^Esopos » (II, 34). Il ne se doute ni de près ni de loin de ce que

pouvait être Veirésioné [Gu., 599, PL, 1054), bien que Plutarque l'explique tout au long (allez donc deviner ce que signifie le mot de Démos, t. I, p. 412 : « Vous m'avez arraché ma branche d'olivier ») ; ni Vascôme {Ach., 97), il lui aurait fallu lire le livre de M. Cartault sur La trière athénienne; ni le cr'Jjj.|3o)/jv ou jeton des juges, qu'il prend pour un « insigne » {PL, 278). Et lestrigile? Quiconque a vu, ne fût-ce qu'en reproduction, la célèbre statue de Lysippe, l'Apoxyoménos, connaît cet instrument, d'ailleurs suffisamment défini dans le Dictionnaire de l'Académie. M. Talbot prend le strigile pour une brosse, sans doute d'après Alexandre, et écrit sans sourciller u se brosser la peau avec la {sic) strigile 5) (I, lOG).

Il ne se fait pas la moindre idée d'Athènes ni de i'Attique : A'.-apal 'ABrjvat., c'est pour lui « la grasse (lisez : la brillante) Athènes )) (I, 56), alors que Thucydide nous dit expressérinent que le sol de I'Attique était des plus maigres. Le plateau rocheux de I'Attique est transformé en une montagne, « le mont Phelleus » (I, 156), et encore bien une montagne boisée, puisqu'il est question quelque part de « la forêt du Phelleus » (I, 17). Le roc énorme de l'Acropole devient l'Acropole « aux énormes rochers » (II, 155). Cette Acropole, les Athéniens l'appelaient couramment tSaic, : c'est encore Thucydide qui nous l'apprend, et, S2iuf dans Lysistrata, Aristophane ne la nomme pas autrement. M. Talbot, qui ne s'en doute guère, traduit sâOsw eiç -o/av (monter à l'Acropole) par « parcourir la ville » {Th., 812), r, èôô; y, -pôç -ôÀlv (le chemin de l'Acropole) par « le chemin qui mène à la ville » {Lys., 288), et ne manque jamais de refaire ce contresens.

Le linguiste vaut l'archéologue : on est tenté à tout

(H ) coup de le renvoyer au rudiment. Comment admettre qu'il soit suffisamment familiarisé avec la grammaire, celui qui commet des fautes comme celles-ci : tô Sewa, un neutre, rend» par « toi que je ne nomme pas » {Gu., 524); «tswj, au moyen (secoue-toi), par « secoue-le » (P., 960); s^oAer (tu périras) par « puisses-tu périr! » {Th., 887); ôpàç (vois-tu) par « tu vas voir » {Th., 556); a-î-Terrat, (il mange) par « il allait manger •>■> {EccL, 665)? Et la syntaxe méconnue en quantité d'endroits : ainsi la forme ocâv x'.và ts, : 0 Zeus, que comptes-tu faire de moi aujourd'hui? traduit : « que songes-tu que j'aie à faire aujourd'hui? » {Th., 71); ou bien : zi tjir, o-' èx'jàyto èx -r|7oe -r^ç yf,? (si je ne délivre de toi le pays en te mangeant), « si je ne te mange, sortant de cette terre » {Cav., 698) ; r?,; [jiapiXr,; [xot. rruyyr^v h Xâpxoç £V£7iXr,a-ev w^Tiep Tr\Tziy. (de frayeur, ce panier, comme une sèche, a lâché sur moi un épais poussier) « la peur a fait chier sur moi à ce panier une poussière noire comme de la sépia » {Ach., 350).

Que si nous passons au lexique, nous constatons chez M. Talbot la même absence de critique. La vieille version latine et ce pitoyable dictionnaire d'Alexandre sont ses seules autorités, mais il y supplée de son crû. Bornons-nous à quelques exemples typiques, car on s'y perdrait. L'expression si fréquente xaXôç xâyaGôç {l'homme distingué, accompli, parfait, au sens radical : bon et brave) est invariablement rendue par « beau et bon » ; yyXr\ (belette) l'est partout par « chat » (le nom du chat, atéXoupo;, se lit Ach., 879); Spàxwv (serpent) par « dragon »; xspxi; (broche de tisserand) par « navette » (voyez, entre autres, t. II, p. 52, ce que devient la plaisanterie sur Clisthènes armé d'une xepxîç) ; Xî|i.v)ri (lac) par

( 12) « marais », en vertu de quoi l'Achéron, qui est ajBLxraoç, devient un marais sans fond. Kpi^avoç (four de campagne) est un simple « four « {Ach., 86; la différence entre les deux espèces de fours fait précisément le sel du passage); tôxÛTrxepa (longues pennes), « bouts d'ailes » {Ois., 805); Tiviveùç (étouffoir), « four « {Ois., 4001), exactement rendu Nuées, 96; 'pùixiia (lessive), « crasse » {Lys., 377); xwneïç, (bois à façonner les rames, espars), « rameurs » (Lys., 422); o-xpocpeûç (couette), « gond » {Th., 487); ■mapaTrpîc-ij.a-a êîiwv (sciure, c'est-à-dire bribes de vers), « le prisme des vers » {Gr., 881); dijiçaXôe!.; (pourvu d'un ombon, l'ombon étant la bosse centrale d'un bouclier), « bombé » (lisez à ce propos la page 400 du tome P^ et débrouillez-vous, si vous pouvez); âi^.^pÔT!.a {/éXvi (chants immortels), « chants parfumés d'ambroisie » {Ois., 7oO); y.\jxkio>. yopoi (chœurs cycliques), « la ronde des chœurs » {Gr., 566); -rupàv '/)^wpov (fromage frais), « fromage jaune » {Gr., 559) ; les adverbes àvàpaSriv (les pieds en l'air), ici « les jambes croisées » {PL, 1125), là (( juché en l'air » {Ach., 599); <y-pâTt.ov (vaillamment), « digne d'un bataillon » {Gu., 618); xaGapwç (clairement), « avec correction » {Gu., 651); Tzôikiv è^ ôip'/r\<; (sur nouveaux frais), « une seconde fois » (P/., 221); — les verbes ÛTioxpoue'.v (interrompre), « clabauder » (.4c/j., 58); ^atveiv (bayer, être bouche bée), ici « ouvrir la bouche aux espérances » (ilt/j., 155), là « tendre la bouche » {Cav., 804), et àvw yaivetv, « avoir la bouche en l'air » (Ois., 1671); Opaveùei,v (étendre une peau sur un chevalet), « tailler en ronds de cuir » {Cav., 569); OaXaao-oxoTrerv (battre l'eau, prendre une peine inutile), « faire un bruit de vagues » {Cav., 850); àyopâCet-v (baguenauder), « haranguer )) {Cav., 1374), par confusion avec âyopeùe'.v;

( «3) TtoTCTTÛJ^e'.v (faire claquer les lèvres comme pour un baiser), « ahanner d'émoi » {Gu., 626) ou « siffler » {PL, 732); (Txopo'.vào-Oa'. (se (létirer, se tirer les bras, en signe d'impatience), « se pâmer d'aise » [Gu., 642) ou « avoir des regards furieux » {Gr., 922); Tropvo^ojxctv (faire métier de proxénète), « entretenir des maîtresses » (P., 849); TtoX'.opxsrv (assiéger), « prendre d'assaut » (Lys., 281) ; (ppewpu^^erv (perforer), « crever l'œil comme un puits >> (Lys., 1053); è^ayxwviî^s-.vf jouer des coudes), « se défendre avec les hanches » {EccL, 259); TiapevaaXeJe'.v (se balancer d'un pied sur l'autre), « faire marcher à coups de pieds )) {PL, 291); âp-ài^s'.v (ravir de force), « dérober » {PL, 372; encore ici le sens spécial du mot fait le piquant de la phrase); pSsXj—ecrOa!. (prendre en dégoût), « se mettre en colère » {PL, 700); tji.eAavyo>àv (être fou), « être atteint de mélancolie » (d'où ce dialogue, PL, 903 : . « Es-tu laboureur? « — « Me crois-tu atteint de mélancolie? ))); £xxd7:Te!.v TÔv ôcpOaXpiôv (faire sauter l'œil), c( fendre l'œil » (iV., 24), un œil de verre alors?; vpâcpsa-Oa'. ûîxTjV (intenter une action), « être condamné en justice » (iV., 758, et plusieurs fois dans la même scène); à-' ovoj Treuerv (être pris de vin), « tomber de son âne » ou « de son âme », au choix du lecteur (t. I, p. 229); xaTa3-!.x£Ai(^e'.v t-joôv (manger un fromage de Sicile), « se sauver à la mode sicilienne » {Gu., 911); [jiupôv s-'-eCv (parler tout bas), « dire quelques mots » {P., 660); Treo'.o-o^srv Ta; T.ôltn; (précipiter sa tournée dans les villes), « rôder autour des villes » {Ois., 1425); Toço-o-.erv ~y.<; oçp'j; (arquer les sourcils), « darder les sourcils » {Lys., S); TrjoT.Sôv ,3)i7:£'.v (regarder fixement), « avoir des regards de taureau » {Gr., 804).

Les idiotismes les plus simples l'interloquent et le

font patauger; telle la formule de refus : xâ)jaa":', iTraivw {Gr., o08) ou -rràvu xaÀwç (512 et 888), merci, mille grâces, bien obligé, traduite par « approuvé » {lisez t. II, p. 290, et voyez le gâchis) ; ol Sk, dans le sens de d'autres, comme si ol u'ev précédait, partout mal compris {Cav., 600, Ois., 530, PL, 757); avw xal xàrw (de-ci de-là, à tort et à travers), « en haut et en bas » {Ach., 21) ou « de haut en bas» {N., 016, Ltjs., 709); xoùç -^^ôaç Tûîvetv (célébrer la fête des Brocs), « boire dans des coupes » {Ach., 1001). De même pour filÈT.tvj avec un substantif déterminatif, dans l'acception de avoir la mine de; ainsi xâpûa|ji.a [i)iTïei,v, c'est « avoir un regard acre comme le cresson » [Gu., 455); [i)v£-e'.v ôç)ijoi.yoy, c'est c( l'avoir pénétrant comme l'origan » {Gr., 603); iruppîyr.v 3Xé7îei,v (avoir la mine d'un danseur de pyrrique), c'est « avoir l'œil en feu » {Ois., 1169); pourquoi pas : avoir une inflammation de l'œil?

J'ai cité au hasard, car je remplirais dix pages. Mais cela suffit pour qu'on entrevoie la trame presque continue des bévues et des contresens. Souvent ces contresens sont d'un comique irrésistible. Ainsi le début de la parabase des Acharniens : Dépouillons nos manteaux et entamons nos anapestes, chez M. Talbot : « Changeons notre habit contre des anapestes. » Dans la même pièce : Prépis ne t'infectera pas du frôlement de son derrière impudique, devient : « Prépis n'essuiera pas devant toi son derrière » (v. 843). Le soleil faisant rentrer sa mèche, « le soleil repliant son flambeau sur lui-même » {N., 585). Tu me troubles jusqu'au fond du cœur, « mon cœur est comme une mer démontée » {Gu., 696). Des cavaliers tombés de leur siège en tournant la borne, « des cava-

liers épuisés par les courbes » (P., 904). Des gens qui, au lieu de se rendre à l'Ecclésie, s'attardent à bavarder sur le marché aux couronnes, êv -zoîç, o-recpavwfxaa-tv, « des gens qui restent à babiller la tête ceinte de couronnes >> {EccL, 305). Un dicton de haut style, Tpr/oivuov è'-o; (iitt. : mesurant trois chenices), « un terme emprunté aux marchands de vin » {Gu., 481). OùSe it.oiyoù çpe?{;à).u^ (pas l'ombre d'un galant), « pas le moindre tison de galant » [Lys., 107). Des mots énormes, 'pT,y.aTa ,3ôeia (Iitt. : gros comme des bœufs), « des termes beuglants » {Gr., 924). Dans le Plulus, la l'emme de Chrémyle s'apprête à recevoir, avec le cérémonial en usage pour les esclaves nouvellement achetés, le dieu, qui vient de recouvrer la vue : Je rentre, dit-elle, chercher des effusions {xx-zy.yù'JiK'xi'x) de figues et de friandises pour faire accueil à ces yeux comme à de nouveaux venus; M. Talbot : « Je vais au logis chercher des ablutions nécessaires à des yeux nouvellement reconquis » (v. 768).

Qui s'aviserait, à l'exemple d'Anacharsis, de réunir les traits épars dans ces deux volumes, nous tracerait d'Athènes un singulier tableau. Il nous dépeindrait les contemporains de Périclès « chantant toute leur vie l'air des procès » (II, 5), air dont par malheur les paroles sont perdues en même temps que la musique; ayant trouvé le secret de donner à leur monnaie « un son légal » (II, 302); faisant défense à leurs enfants de manger du poisson (I, 213, lisez : de faire les friands), de crainte sans doute que cela ne les empêchât de grandir. Il vous expliquerait qu'à leurs yeux un libidineux était (c un homme qui passait toute une nuit agréable entre deux couvertures « (I, 216); que leurs orateurs étaient dans l'usage de cracher (II, 209; lisez : tousser pour

s'éclaircir la voix) avant de parler, ce qui probablement constituait un des caractères de l'atticisme; que leurs trières étaient d'une construction toute particulière, puisqu'elles n'avaient qu'une paroi solide (II, 291; lisez : un tlanc moins exposé), qu'elles mangeaient des figues (I, 365; lisez : allaient détruire des figuiers) et qu'elles avaient des pieds (II, H9; lisez : des écoutes); heureusement pour les Athéniens, si pauvres marins qu'ils se sentaient incapables de « mouvoir deux rames à la fois » (II, 418; lisez : de tirer l'aviron dans deux barques en même temps). Vous verriez aussi qu'on trouvait à Athènes des « vierges exposant leur fruit » (I, 185), des fourches « servant à aligner comme il faut les rangées d'arbres » (I, 561), des lampes « dont la complicité ne bavarde pas avec les voisins » (II, 532), des guêpes « lançant leur dard (lisez : bondissant et frappant) comme des étincelles » (I, 259), des grues « sonnant de la trompette » (II, 47; lisez : criardes), qu'enfin les oiseaux y faisaient périr sous leur aile « jusqu'au dernier des reptiles et des animaux voraces » (II, 66; lisez : des insectes rampants et rongeurs), et voilà pourquoi sans doute l'on ne rencontrait en Attique ni lions ni crocodiles.

Tous ces passages, M. Talbot se flatte de les avoir compris. Que si d'aventure il se voit réduit à deviner, il n'est jamais empêché de donner aux mots les plus courants un sens tout arbitraire. C'est ainsi que, par dérogation à l'usage, êuitïociwv (dans le chemin) veut dire : en dehors (P., 475), ^ouôr, (brune) charmante {Ois., 676), eyxeîffGaL (se verser) boire (G., 617), dréveiv (geindre) avoir le souci des affaires {EccL, 462), 35e)/jpoç (goujat) perfide, et [jLo^^O/.pôç (dépravé) imbécile {PL, 995 et 1005).

Enfin, quand se trouvant à bout de voie, il est forcé de jeter sa langue aux chiens, il se tire d'affaire au moyen d'une phrase quelconque, ayant une vague ressemblance avec l'original : comprenne qui pourra. Exemples : « Tu as une courroie qui retient ton œil par en bas » (I, 9). « Il faut que tu sois à lui jusqu'à ton plan de myrte « (I, 125). « Est-ce que tu ne joues pas du doigt avec cette gent babillarde? » (1, 149). « Phrynikhos est un coq qui jette l'épouvante » (1, 324). « Les Kariens qui habitent les aigrettes de la terre, pour cause de sûreté » (II, 23 \ « J'ai affaire à une Phryné, qui a un lékythe aux mâchoires » (II, 418). Mais le bouquet en ce genre, c'est le chœur des Grenouilles, t. II, p. 309 : « Certes, le poète au courroux frémissant sentira en lui de la colère, quand il verra son rival bavard aiguiser ses dents; alors, pris d'une folie terrible, il fera rouler ses yeux. Ce sera une lutte panachée de paroles à crins de cheval, de subtilités glissant sur l'épieu, de copeaux mis en mouvement par un poète rivalisant avec les mots bondissants d'un génie créateur... » Je fais grâce du reste, traduit avec le même bonheur.

Ceci m'amène à une dernière remarque, relative au style. Que vaut, à cet égard, la traduction de M. Talbot? Toujours essentielle quand il s'agit d'un poète, cette question l'est surtout quand ce poète est Aristophane. Après les spécimens que nous avons donnés, peut-être la trouvera-t-on suffisamment éclaircie. Elle le sera surtout quand on aura fait le compte des incorrections de toute nature dont le texte est parsemé. Une faute de langue est toujours une faute de goût, mais combien plus choquante lorsqu'on la prête à un écrivain, le plus libre, il est vrai,

( 18) et le plus débridé, mais aussi le plus châtié qui fut jamais. Et d'abord, que viennent faire dans un livre français tous ces vocables grecs : le dorodokite, un philolliyte, une emmélie de coups, un knilybe, la xénèlasia (un danger, paraît-il, t. II, p. 62), des péripoles, un skeiwphore, des )iiaiiimnkijfhes et des mélilides? A-t-on pu croire qu'il se trouverait un lecteur en état de les comprendre? Est-on bien sûr de les comprendre soi-même? Et notez que cette manie pédante — n'est-ce que du pédantisme? — est poussée si loin, qu'ayant à rendre le mot '/p'^ç, on n'a rien trouvé de mieux que de donner au mol français fourni par le dictionnaire uiie terminaison grecque : de congé on a fait kongion, créant ainsi un terme barbare qu'un Grec même n'aurait pas compris. Pis encore : au mépris de la loi de formation des mots, un homme ayant la passion du vin est désigné par le terme hybride de philopot (F, 251).

Que dire ensuite de cette quantité de mots et d'expressions impropres, auxquels ce serait faire trop d'honneur de les traiter de néologismes : une guêpière, une orn- Irice, une travée (pour un carcan, i\. 592) , un fiérol, des superlatifs seulissime, scélérntissime, des verbes comme mélodier, monodier, metire à mâle morl, craquer des mâchoires, se reprendre à voir (pour recouvrer la vue), trépigner quelqu'un (pour le fouler aux pieds), vingt autres encore; outre une foule d'expressions saugrenues : mettre un terme à un souffle, une loi qui trouve beau d'étrangler son père (pas le père de la loi), une besorjne d'où émane comme une odeur d'affaires plus nombreuses, le ~ioq rendu par : ce que la pudeur me défend de nommer (1,376); outre encore ces termes spéciaux, qui sont français, je le veux bien, mais qu'on ne s'attend certes pas à

( 19) trouver dans une comédie : une contrebande de lainage, inventer des antonomases, avoir des douleurs néphrétiques, TiâBoç traduit par cas palholorjique, etc.

Il y a mieux. Chacun connaît le vers de Scribe dont on s'est tant raillé : « Ses jours sont menacés, ah ! je dois l'y soustraire. » Ces constructions elliptiques sont, chez M. Talbot, un péché d'habitude. Rien que dans les Oî.seaiex, nous lisons: « D'un ami on n'a rien à apprendre, un ennemi vous y contraint » (p. 29) ; « Pour les enrichir, que ferons-nous? Car chez eux c'est une passion violente » (p. 41); « De beaux garçons qui avaient juré le contraire, ont éprouvé notre puissance » (p. 47) ; « Faitesvous forger des ombrelles, et portez-les comme on en met aux statues » (p. 68) ; « C'est à toi qu'il doit l'empire du monde et que Basiléia est l'épouse de Zeus » (p. 105).

Je m'arrête. Insister davantage deviendrait fastidieux. Mais il s'en faut beaucoup que la matière soit épuisée. Car enfin j'ai dû me borner à des fautes en quelque sorte palpables, de celles qui sautent aux yeux et qu'il suffit de signaler d'un mot. J'en aurais pour un volume s'il me fallait suivre l'auteur pas à pas et l'arrêter toutes les fois que sa compétence s'est trouvée en défaut. A vrai dire, il n'y a de passablement entendu que ce qu'un étudiant de Leyde, par exemple, ou d'Oxford entendrait à première vue. Le reste est non-sens et contresens, à ce point que le Virgile trnvpsfi paraîtrait souvent un modèle de littéralité au prix. Saillies, allusions détournées, parodies, jeux de mots, presque tout ce qui est ingénieux et délicat échappe au traducteur. On citerait des scènes entières dont il ne soupçonne ni l'intention ni la portée. Faut-il s'étonner après cela si le plus spirituel et le plus incisif des auteurs attiques sort de là transformé en un bouffon insipide, en

une sorte de Scarron, cultivant surtout le coq-à-râne, et chez qui l'incohérence le dispute à la scurrilité (1)?

Et voilà l'œuvre pour laquelle F^econte de Lisle professait une prédilection si marquée. Car on nous le dit en propres termes : « Il connaissait cette traduction, l'admirait, et, certes, on ne doutera pas de sa sincérité quand on saura qu'il l'avait adoptée et que, désireux d'acquérir, à titre de collahorateur, le droit de la joindre à la collection des poètes grecs déjà traduits par lui, il avait offert à M. Talbot de mettre en vers les chœurs interprétés en prose. » On n'est pas plus explicite, et cette fois, la complaisance n'y est pour rien. Le maître l'avait lue et relue, cette traduction. C'est à bon escient qu'il l'admirait et s'en portait garant, puisque, non content de l'adopter, il avait tenu à honneur d'y collaborer.

On peut le regretter pour sa gloire, mais on aurait tort

(1) Ajoutez qu'on a mal lu le manuscrit dan? quantité d'endroits. Je me ferais conscience d'imputer à M. Talbot des fautes dont il n'est pas responsable : il y en a assez comme cela. Je laisse donc pour compte de l'éditeur les suivantes : t. I, p. 57 : avec de la poix, lisez : avec de la paix (faute reproduite trois fois dans la même sccnel; p. 91 : je le résisterai (lisez : rosserai) comme un chien; p. 459 : je te chasse et t'envoie aux corbeaux marqué au S, lise^- : ni ton cheval marqué au 2; je te chasse, etc.; p. 174: deniers cyniques, lisez: publics: p. "241 : J'ai, ici, Xanthias, /weï : Ici, ici, Xanthias; p. 2.')1 : sous (lisez: smt, le toit; p. 396: estimée deux [lisez: dix) mines; t. II, p. 209: son père, lisez: son frère; p 273: toison de l'âme, lisez: de l'âne; p. 314: il ne me déplaisait, lisez: plaisait; p. 334: un pic (lisez : un fie) qui s'attache aux yeux; p. 436 : laver des oignons, lisez : des toisons ; p. 472 : pressant {lisez : prenant) un linge ; p. 473 : le Dieu souffle, lisez : siffle.

( 24 ) de s'en étonner. Car — et puisque l'occasion s'en présente, il faut oser le dire sans détour, — Leconte de Lisie était en pareille matière le moins compétent des juges. S'il prisait si haut l'érudition du vieux professeur, c'est qu'apparemment il ne savait pas plus de grec, moins peut-être que lui. Et en effet, pour être écrites d'une tout autre plume, ses propres traductions ne sont ni plus sérieuses ni plus lidèles. Que si les méprises s'y rencontrent peut-être un peu moins souvent (et je crois bien qu'à cet égard M. Talbot reste insurpassable), cela tient à ce qu'il était servi à l'occasion par son instinct de poète, et plus encore à ce que ses textes étaient plus faciles à comprendre et soulevaient moins de problèmes que le texte d'Aristophane. Mais il n'en reste pas moins que les fautes choquantes de sens ne s'y comptent pas. Seules, elles devraient suffire à les faire condamner. Car on admettra, je suppose, que le premier devoir d'un interprète est de connaître la langue de son modèle, et non seulement la langue, mais le milieu et les circonstances où il a vécu. Ah ! ceux qui n'ont jamais lu un texte dans l'original ne se figurent pas l'espèce d'agacement qui prend l'helléniste quand il se heurte à chaque pas à des contresens. Mais il y a aussi grave que les contresens : l'esprit non moins que la lettre s'y trouve constamment dénaturé.

J'ai l'air, je le sais, d'avancer le plus impertinent des paradoxes, et je tiens à m'expliquer. Nous a-t-on assez ressassé que seules les traductions de Leconte de LisIe font loi, qu'elles ont non seulement la fidélité de calques reproduisant, sans dévier, sans appuyer jamais, jusqu'aux moindres contours de l'original, mais que l'âme hellénique y respire toute. Comme il arrive en pareil cas, ceux qui pour avoir appris dans leur enfance quelques

bribes de grec, se flattent de l'avoir su à fond (avez-vous remarqué combien de gens du monde, ayant su le grec, l'ont oublié ?), ceux-là vont répétant d'un air entendu : « Méfiez-vous des traducteurs, lisez Leconte de Lisle. » J'ose dire que cet engouement n'est rien moins que justifié, et qu'il est temps de réagir. Car le maître n'a que trop fait école, et vous voyez où cela aboutit.

Qu'on ne se méprenne pas sur notre intention. Nous savons la distinction qu'il convient de faire entre le parfait artiste qu'est Leconte de Lisle et ses maladroits imitateurs. Nul plus que nous ne rend hommage au merveilleux talent de l'écrivain, à son don de diction, à la sévère beauté de sa prose et de ses vers. Mais ce n'est pas le poète impeccable, c'est le traducteur qui est mis en cause, et rien ne saurait nous empêcher de dire que le traducteur est au-dessous de sa tâche, que partout il sacrifie le fond à la forme, l'essentiel au décor, l'authentique à l'a peu près, la pensée même à je ne sais quel idéal extérieur et conventionnel, qui n'a de grec que l'apparence. Ces prétendus calques ne sont en somme que des ébauches, fort libres, fort sommaires, d'un faire tout personnel, et enlevées avec une rare prestesse, comme le témoigne assez la rapidité avec laquelle elles se sont succédé.

La recette d'ailleurs en est fort simple.

Prenez une édition grecque quelconque, la parfaite authenticité du texte étant chose assez accessoire. Laissez aux érudits le soin de compulser notes et commentaires et de fixer le sens exact. Contentez-vous de la première version latine venue et suivez vaguement du doigt sur l'original.

Dans toute phrase, attachez-vous au sens général.

Tâchez de deviner ce que vous n'entendez qu'à moitié. Ce que vous n'entendez pas du tout, passez-le résolument. N'en soyez pas à un contresens près, et persuadez-vous que le lecteur aimera mieux vous croire que d'y aller voir.

Ne vous préoccupez pas trop du mot propre ni des nuances d'expression, et si, par exemple, le poète écrit quiétude, conciliation, sérénité, rendez hardiment parpajx. Mais soignez l'épithète, mettez-la en évidence, faites la sonner le plus possible, car c'est de la couleur cela.

Une science difficile, mais indispensahle au premier chef, est celle des particules : elle fait l'objet de maints gros volumes. Affaire aux vétilleux d'en tenir compte. Si en effet, mais, certes, cependant, ne sont pas d'emploi, bornez-vous à juxtaposer. Négligez les liaisons, même dans le dialogue, encore bien qu'une phrase non reliée porte en grec un nom spécial [asyndeton) et que les commentateurs ne manquent jamais de la signaler.

Quand vous rencontrez un idiotisme, n'allez pas le rendre par un idiotisme équivalent. Attachez-vous au mot à mot qui épate et fait couleur. De même, gardezvous de respecter l'orthographe des mots grecs passés dans la langue. N'écrivez jamais chenice, triérarque, drachme, mais bien khœnix, triérarkhe, drakhme. Où serait sans cela la couleur?

Surtout, car voilà le point, ayez soin que les noms propres aient un aspect bien rébarbatif. Achille, Ulysse, Clytemnestre, Sparte? Jamais de la vie. Mettez Akhilleus, Odysseus, Klytaimnestra, Lakhedaimôn. Quand vous ne sauriez que cela de grec, cela suffit. Du coup vous passez au rang de parfait interprète. Transigez toutefois pour le litre, le commun des lecteurs n'étant pas encore suffi-

( 24) sammeiit initié pour se laisser tenter par la Ilias de Homeros ou les Tragoedies de Aiskhylos,

Eh bien, je soutiens que ce mode d'interprétation est purement factice et sent l'école, et que, même abstraction faite des entorses au sens, l'idée qu'il donne de l'original est radicalement fausse.

Cette recherche de la couleur locale à laquelle vous mettez tant de prix, est précisément ce dont les Grecs se souciaient le moins. Pareille préoccupation leur eût semblé puérile. Voyez comment se comportent dans Sophocle et dans Euripide les héros d'Homère. Voyez comme ils s'expriment et comme ils sont costumés. Pareillement, Eschyle mettant en scène Darius et Xerxès, les appelle uniment ^ypeloç et HépqYi;. L'idée ne lui serait point venue de les nommer Dârayavahu et Kbshayàrshâ. Voilà pour la couleur.

Quant au style et à la diction, jamais, à mon avis du moins, auteur attique revenant parmi nous ne se reconnaîtrait dans ces copies froides et sèches, invariablement solennelles, où les choses les plus ordinaires prennent un air étrange, où la simplicité même paraît empruntée. Tenez qu'il les trouverait insupportables. Car tout ce qui est proprement la marque de l'esprit grec, tout ce qui sent son lonie, suavité, charme de naturel, fraîcheur de jeunesse, divine ingénuité, grâce sans apprêt et un peu négligée, tout cela n'y brille que par l'absence. Car partout se trahit l'effort, partout la recherche de l'expression théâtrale et de la mise en scène. A ce point de vue, le monde grec, tel que le conçoit Leconte de Lisie, est comme la contre-partie du moyen âge compris par Victor Hugo. Oui, c'est bien cela; des Poèmes antiques faisant suite et pendant à des Poèmes barbares. Que d'ail-

( 25 ) leurs cela puisse avoir son caractère propre de beauté, j'aurais mauvaise grâce à le contester, puisque des hommes d'esprit et de talent s'y sont laissé séduire. Mais à coup sur, cela n'est pas grec.

Lisez plutôt André Chénier, un véritable Hellène celui-là, vous sentirez tout de suite la différence; ou, si vous préférez un exemple plus récent de ce que peut être une traduction fidèle, hormis quelques détails, à l'esprit et à la lettre, lisez les belles études de Sainte-Beuve sur Quintus de Smyrne, sur Théocrite et sur Apollonius.

J'imagine qu'appliquée à Juvénal, le grand poète des Latins, suivant Victor Hugo, cette manière dure, cette âpreté hautaine, cette recherche outrée de l'effet, ce perpétuel parler livre, rappelant invinciblement à l'esprit les fantaisies toutes verbales d'un Théophile Gautier (toujours contresens à part), aurait chance de réussir. Mais à Homère, à Sophocle, à Euripide, non pas. Rien ne répugne davantage au génie hellénique. C'est du pur romantisme, du romantisme aigu, et s'il faut dire toute ma pensée, Leçon te de Lisle après Bitaubé, c'est le style grec des pendules de l'Empire remplacé par le style grec du capitaine Eracasse.

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NOTES

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PAR

Alphonse WILLEMS

Professeur à l'Université de Bruxelles

BRUXELLES

HAYEZ, IMPRIMEUR DE l'aCADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE

Rue de Louvain, 112

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Alphonse WILLEMS

Professeur à l'Université de Bruxelles

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BRUXELLES

HAYEZ, IMPRIMEUR DE l'aCADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE

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Extrait des bn/letins de l'Académie royale de Belgique (Classe des leitres, etc.), n» 42 (décembre), 1899.

NOTES

SUE LA PAU D'iUISîOPHANE

La Paix est la plus endommagée des comédies d'Aristophane. Non que le texte y ait subi de bien graves altérations : nous avons soutenu naguère et nous maintenons, contrairement à l'opinion reçue, que le grand comique est celui des poètes grecs, à part Homère, qui nous]a été le plus fidèlement transmis. Mais cela n'empêche pas qu'en le lisant nous ne soyons souvent embarrassés pour des raisons qui ne tiennent pas toutes à notre ignorance. Et c'est le cas surtout pour la Paix.

Pourquoi cette pièce se trouve avoir été moins bien traitée que les autres, nous n'en savons rien, et en vérité il nous importe assez peu de le savoir. C'est heureusement la moins importante de celles qui nous sont parvenues. La cause qu'on y défend était pour les contemporains d'un intérêt actuel et poignant. Mais cet intérêt a dû s'affaiblir assez vite, à mesure que les temps changeaient. Il est à croire que la postérité immédiate en jugeait a peu près comme nous, et que dans l'antiquité même, la Paix était moins appréciée, et partant moins lue et étudiée, que les chefs-d'œuvre du poète.

Il ne faut pas s'exagérer le tort des copistes. Des fautes, ils en ont laissé échapper, et plus ici qu'ailleurs; mais le plus souvent ils ont péché par excès de conscience. En ne voulant rien omettre, ils ont passé la mesure : car si la pièce a souffert, c'est surtout par les interpolations.

Je voudrais à ce sujet entrer dans quelques détails. Il arrive que des éditeurs, plus attachés à la lettre qu'à l'esprit, s'obstinent à restituer certains passages qui n'ont et ne peuvent avoir de sens plausible. Sans se préoccuper de la valeur et de la suite des idées, ils estiment avoir besogne faite dès qu'ils ont réussi tant bien que mal à remettre le vers sur pied. D'autres, au contraire, trop confiants dans la sûreté de leur jugement, n'hésitent pas à rejeter sous de futiles prétextes tout ce qui ne cadre pas avec leur propre conception du sujet. Les deux manières de procéder sont également condamnables. En si délicate matière, il faut savoir se tenir en garde et contre le. respect superstitieux du texte et contre les raisons dictées par la seule fantaisie.

Quand on compare entre elles les diverses éditions d'Aristophane, on est frappé de les trouver si peu d'accord sur ce point. Je crois qu'avec un peu d'attention il y aurait moyen de mettre le lecteur hors d'incertitude. Après tout, la difficulté n'est peut-être pas si grande qu'on le pense de déterminer à quels signes se reconnaît une interpolation. Il en est en effet des mots intercalés dans un texte comme des retouches dans la peinture : rarement ils sont si bien fondus dans l'ensemble qu'un œil exercé ne puisse les discerner avec assurance. Encore convient-il de distinguer entre les œuvres de poésie et les œuvres de prose. Si dans ces dernières, pour des raisons que chacun devine, la fraude est adroite à se dissimuler, chez les poètes du moins, et notamment chez Aristophane, elle est le plus souvent apparente et se trahit par plus d'un trait.

Il est, en premier lieu, certaines indications dont il est

( S) prudent de tenir compte. Ainsi il arrive que le passage suspect se lit dans certains manuscrits et ne se lit pas ou se lit très différemment dans les autres (tels les vers 896 et 897 de notre pièce). Parfois aussi la pensée s'y trouve étranglée par les nécessités du vers au point d'en devenir énigmatique. Plus souvent la précision manque, et il a fallu recourir à des chevilles. Plus souvent encore le passage ne tient au texte que par un lien fort lâche et rend la construction singulièrement embarrassée.

Ces indices, j'en conviens, n'ont rien de spécifique, et peuvent à la rigueur déceler une leçon fautive. Mais il en est de plus distinctifs. L'interpolation est généralement niaise; elle sent son magister qui se défie de l'intelligence du lecteur (1) et croit que les choses gagnent à être répétées (2). De plus, il est fort rare qu'elle exprime nettement ce qu'elle est censée dire ; presque toujours la fraude se révèle par une entorse soit au vocabulaire, soit à la grammaire, soit à la prosodie (3). Ce qui la caracté-

(1) Exemples : Paix, 4i20, sur les fêtes athéniennes; 744, sur les esclaves dans la comédie; Oiseaux, 16, note explicative sur Térée; 181-182, commentaire sur le tto'Xoç; Grenouilles, 15, sur Phrynichos, LysisetAmipsias; 168, glose sur [jn'cr6wffaî iiva.

(2) Exemples : Acharn., 717-718, résumé des quatre vers précédents; Lysistr., 176, résumé des trois suivants; Gren., 790, résumé des deux précédents. — Aussi Acharn., 436, répété de 384; Paix, 1218, répété de 1193; Guêpes, 1029, maladroit emprunt à Paix, 751.

(3) Acharn., 718, l'article x^* devant yspovxt etvÉy; Guêpes, 565, Icioaif;, le singulier pour le pluriel; 1029, TJp^e pour Ti'p^axo; Paix, 744, xai xouxou; ouvsxa xouSî, simple cheville; 1135, èx7t£7rpia[ji.Éva, cheville et faute de métrique ; Oiseaux, 16, èx xwv dpvécov, autre cheville; Gren., 790, Ixelvoç, répété à deux vers de distance; pure cacologie, qu'on le rapporte les deux fois à Sophocle, ou la première à

( 6) rise surtout, c'est que, tînt-elle directement au sujet, elle fait toujours longueur; supprimez-la, non seulement le texte s'en trouve allégé, mais il en devient souvent plus clair.

Sur ce dernier point, toutefois, il s'agit de bien s'entendre. Tout ce qui n'est pas nécessaire n'est pas pour cela seul explétif. Autre chose est l'ampleur, autre chose la prolixité. Le goût différant chez chacun, l'éditeur risque fort de se tromper, qui prend trop vite parti dans une pure question de goût. 11 lui convient de rester dans son rôle et de ne point oublier que ce rôle est passif. Où irions-nous si, n'écoutant que ses préférences, chacun s'avisait d'éliminer ce qui lui semble superflu? C'est pourtant ce qui se voit trop souvent. Je ne citerai qu'un exemple, et pour qu'on ne m'accuse pas de me faire la partie trop belle, je l'emprunterai à une édition dont l'auteur, par une exception assez rare, joint au savoir un sens littéraire très délié. Pourquoi, dans les Grenouilles, M. van Leeuw^en écarte-t-il les vers 26 à 29? Mais ils sont charmants ces vers, à condition qu'on s'en tienne à la leçon du Ravennas. Ce trait si habilement amené : « Le fardeau que tu portes, n'est-ce pas un âne qui le porte? » est de l'Aristophane et du meilleur. Mais ils sont, dites-vous, inutiles. Je reconnais qu'ils ne prouvent pas grand' chose. La belle raison ! Comme si une action

Sophocle, et la seconde à Eschyle; Ploulos, 387, ôixatouç, faute de prosodie. — J'insiste sur ce dernier vers, positivement interpolé. Il est non seulement redondant, mais en contradiction avec ce qui précède. Que si on lit, avec le Ravennas, Sixaîo'j;, au lieu de SeStou;, il n'est plus que redondant, c'est vrai, mais il pèche contre la métrique.

( 7 ) dramatique se déroulait à la façon d'un théorème de géométrie! Relisez plutôt la première scène de Roméo. Que de détails Ton y pourrait supprimer sans que l'intérêt de la pièce en soit compromis. Laissons donc ces vers à Aristophane, et croyons bien que sa gloire n'en souffrira pas.

Une dernière remarque, qui ne laisse pas d'avoir son prix. Certaines pièces d'Euripide, l'Mppo/yfe par exemple, sont restées au théâtre; on n'a cessé durant des siècles de les représenter et parlant de les remanier. Les pièces d'Aristophane, nées de circonstances spéciales, n'ont guère été reprises après lui. Les interpolations qu'on y constate sont le fait, non d'acteurs ou de reviseurs, mais de simples copistes. Il en résulte qu'elles sont peu nombreuses et ne dépassent jamais un ou deux vers.

Plus, je crois, que les autres comédies, la Paix a subi des interpolations. Pour les vers 87 à 89, 98 et 273, il y a lieu tout au moins d'hésiter, et dans le doute la prudence commande de s'abstenir. Le vers 850 est au-dessus de tout soupçon : « Il y en a dans l'Olympe qui vivent de ce métier (de proxénète), » le mot est aussi spirituel que vrai ; de plus, il porte la marque de l'ouvrier, prenant occasion de tout pour se moquer des dieux de l'Olympe.

Mais le vers 420 est pour sûr apocryphe : Muarripi' 'Ep|ji-^, ànzokzi, 'Aûwvta, l'énumération est à la fois redondante et incomplète; en outre elle est inexacte, lesAdonies n'étant pas une fête spécialement athénienne. Les vers 744 et i 21 8 sont dans le même cas. Le premier, incorrect et oiseux, a fait intervertir mal à propos l'ordre des deux précédents. Le second n'est qu'une répétition maladroite du vers 1193.

Dans les notes qui vont suivre, j'aurai l'occasion de

signaler quelques autres passages interpolés, encore que mon principal but soit de défendre la leçon traditionnelle contre des corrections qui me paraissent injustifiées (1).

Aoxéw [i.ev, êç KXéwva tout' aivio-o-eTas. 48 tbç y.zïviç âvaioéwi; t/jV CTiaTÎX-riv eo-Gie'..

Le scholiaste s'est mépris sur ce dernier vers. Il a cru que xervoç s'appliquait à Cléon ; et comme Cléon avait été tué quelque huit mois avant la représentation, ainsi qu'en fait foi la pièce elle-même, le scholiaste se contente d'ajouter : £(Tbiet. âvrl toû TiO-Qi-ev. Ce n'est pas plus malin que cela.

Pour parer à la difficulté, MM. van Leeuwen et van Herwerden ont imaginé, chacun de son côté, de lire êv 'AiSew au lieu de âvaioéwç : « L'allusion est pour Cléon, car il mange la gadoue dans l'Hadès. » Si spécieuse qu'elle soit au point de vue paléographique, cette conjecture n'en est pas moins inacceptable. La gadoue? Laquelle ? Car l'article y est, et je ne sache pas qu'il soit fait mention quelque part de quoi que ce soit de pareil dans l'Hadès. Et de venir citer ici la description toute fantaisiste d'un bourbier infernal où, quinze ans plus tard,

(1) Je me servirai surtout de la grande édition de la Paix donnée par M. van Herwerden, professeur à l'Université d'Utrecht : ApiaTotpdtvoui; Etp^T,, cu7n scholiorum antiqtwrimi excerptis passim emendatis, recognovit et adnotavit Henricus van Henuerden, Lugduni Batavonim, A. W. Sijthoff, 1897, 2 vol. in-S». Elle est faite en conscience, et l'appareil criticpxe y est très au complet. M. van Herwerden sait du grec autant qu'homme d'Europe. Je crains seulement qu'il ne soit un peu trop engagé dans la critique conjecturale.

Aristophane plongera jusqu'au cou toute la séquelle de Morsimos et de Cinésias {Grenouilles, v. 146), cela n'est pas admissible. De plus, comment trouve-t-on cet Ionien déclarant que Cléon aux enfers est condamné à un pareil régime? D'où le sait-il? Et que lui importe à lui, qui n'est pas même Athénien?

D'ailleurs^ il reste toujours que xeîvoç, puisqu'ils sont deux en présence, ne peut se rapporter grammaticalement qu'à 6 xâvGapoç. Pour désigner Cléon, il eût fallu outo;, qui entrait également dans le vers.

L'explication est bien plus sim[)ie. iiç ne signifie pas car, mais il est mis pour ôrt. oj-wç. C'est comme s'il y avait oTt. xeîvoç o'jtwç âvai.O£wç x/jV o-TzariAYiV écr^iis!., laquelle proposition est introduite par le démonstratif toùto : « Ceci, à savoir que cette béte mange si effrontément la gadoue, fait allusion à Cléon. » En d'autres termes : « A mon avis, c'est une allusion à Cléon que celte bête qui mange si effrontément la gadoue. »

On me dispensera, je suppose, de donner des exemples. Les grammaires en fourmillent. En voici un, toutefois, qui a l'avantage de présenter la même construction. 11 est de Platon, dans le Phédon, 89 A : eOaJjjiaTa aû-roO TtpwTOv ptev Toûxo, wç TiSewç xal eup.evwç xôv \6yo^^ à-eoeçaTo (c'est-à-dire 6x<. o'jtw; -ooéw;, etc.).

92 Uol Stix' yXkbi^ fjtetewpoxoTrerç ;

MexewpoxoTierç, tenu pour suspect, est facile à défendre. Mais il faut être en garde contre les définitions des dictionnaires, et non moins contre celle du scholiaste : « C'est proprement battre en vain la mer du plat de la

rame. » Le dernier éditeur a eu tort, selon moi, de conclure de là que to |j.£-:£wpov, d'où le verbe dériverait, aurait ici l'acception, qu'il n'a nulle part, de œquor, la superficie de la mer. Le scholiaste n'est pas responsable de cette interprétation. 11 vise le sens, non l'étymologie. Sa définition s'applique exactement au verbe 7r).aTuyîJ^eiv. Mais je présume qu'il avait dans l'esprit un autre synonyme : OaXaffToxoTcerv, proprement battre la mer, d'où se donner un mal inutile.

Il est possible, mais rien ne prouve que [jLexewpoxoiierv soit de l'invention du comique. MsTéwpoç, sublimis, superus, signifie : ce qui est en l'air, hors de portée, inaccessible. Les deux mots OaXao-croxoTterv et ijLSxewpoxoTterv existent également en français, sous la forme de battre l'eau et battre l'air (en anglais : to beat the air) :

Tu vois qu'à chaque instant il te fait déchanter, Et que c'est battre l'eau que prétendre arrêter Le torrent.

(Molière, VËiourdi.)

Qu'on ne m'en parle plus, la chose est résolue.

— Seigneur, considérez. — C'est en vain battre l'air.

(Tristan, M. de Chnspe, cité par Litiré.)

« C'est en vain battre l'air » traduit bien le ttwç orix ' àX).wç p.£Tewpoxo7ierç. Si ce n'est pas le même mot, c'est en somme la môme chose. Notons toutefois que chez Aristophane, le terme pouvant se prendre à la fois au propre et au figuré, la métaphore sort en quelque sorte des entrailles mêmes du sujet.

364 EPM. 'ÂTrÔAwXai;, w xaxô5at,[j(.ov.

TPIT. Oùx, Yiv {Ji.>i )>âyw.

Pourquoi les éditeurs ont-ils adopté la prétendue correction de Dobree : oùx, y.v [ati Xâ-^w? La leçon oùxouv t,v Àâ'y^w est celle de tous les manuscrits, et celle aussi du scholiaste. M. Blaydes a beau déclarer : Vulgata certe inepta est, elle n'en donne pas moins un sens excellent. Il n'y a qu'à rétablir la ponctuation (Xà/w ;), car oyxouv ici est interrogatif et équivaut à nonne. Traduisez : Si le sort me désigne, n'est-ce pas ?

La même tournure se retrouve plusieurs fois dans la pièce (entre autres 274,470, 865, 930, 1026). La variante oùxoùv, qui se lit, parait-il, dans le Ravennas, peut à la rigueur se justitier. (Voir sur ojxouv et oùxo'jy, tous deux interrogatifs, la dissertation spéciale de Kûhner, à la suite de son édition des Mémorables de Xénophon.)

Ket Tiç (TTpaTYiyeîv ^o'jXdfxevoç •^■(] ^'jXXâjjot., 451 'f\ 5o'j).oç aÛTOfxoXsrv 7raoea-xe'jac-[ji,£vO(;,

èm Toù Tpo^o'j (TTpepXorxo jJt.a<7T!.yo6|j.£voç, r\yiîy S'âyaBà yévo'.x'. '\t\ Tcatwv, i-r\.

Le vers 451 , qui ne se rattache pas grammaticalement au précédent, est sûrement interpolé. Et cela pour trois raisons également décisives : 1° jamais l'idée ne serait venue à un Grec de réclamer le concours des esclaves (|jL->i ^uklÔLpoi) dans une question d'ordre politique; 2° rien de plus logique que de vouer à tous les maux les ambitieux et les trafiquants qui avaient intérêt à la guerre ; mais en quoi l'esclave qui s'enfuyait et passait à l'ennemi

pouvait-il faire obstacle à la paix? 3" les vœux formulés alternativement par Trygée et le chœur {vers 441-453) forment quatre tercets, dont le vers 451 rompt maladroitement la symétrie.

Il saute aux yeux que ce dernier vers est emprunté à une note explicative sur le genre de supplice réservé au brouillon qui aspire à la stratégie. « Qu'il soit étendu sur la roue et fustigé! » C'est-à-dire, faisait-on remarquer, qu'on le traite « comme l'esclave qui se dispose à s'évader ». La réflexion était tout indiquée et le scholiaste, même après l'interpolation, ne s'est pas fait faute de la reproduire. Quant aux spectateurs d'Aristophane, ils connaissaient la loi et n'avaient que faire d'être avertis.

o06 AXX' soTiep eTî'.O'jfjierTe tt^vB' l^eXxù(Tat,

-pôç T/jV OaAaTTav oOayov 'JTzoybip-r\(70iXt.

« Vous, Athéniens, je vous invite à ne point demeurer à l'endroit d'où vous tirez. Car vous ne faites autre chose que juger. Si vous tenez à dégager la déesse, reculez un peu vers la mer. » Ainsi s'exprime Trygée, fort occupé à régler et combiner les efiforts en vue de ramener au jour la Paix. Chacune des cités grecques est ainsi mise en cause à son tour et reçoit, comme on dit, son paquet. Aux Athéniens il est recommandé avant tout de ne point faire leur unique affaire des tribunaux, mais de porter leur attention sur les choses de la marine.

Nombre d'éditeurs, n'admettant pas que telle ait pu être la pensée d'Aristophane, ou modifient le texte de manière à lui faire dire exactement le contraire (aîïô ttiç ÔaAâTTriç, Dobree; -pô; t-7i; Hyli-zTri^, VoUgrafï), ou, plus

( 13) scrupuleux, se bornent à en contester l'à-propos et le croient emprunté d'ailleurs.

On pourrait, pour le justifier, se contenter de renvoyer à un passage analogue des Cavaliers, où l'on reproche à Démos sa manie de juger et son incurie au sujet de la flotte : « Si deux orateurs proposaient, l'un de construire des vaisseaux longs, l'autre de dépenser la même somme en salaires, celui qui tenait pour les salaires avait tôt fait de distancer son rival aux trières (1). )) Il est donc bien établi, quoi qu'en dise M. van Herwerden, que le poète trouvait qu'on lésinait sur le budget de la marine. Mais ce rapprochement ne suffit pas. Il ne s'agit point ici d'une simple boutade, qu'on pourrait sans inconvénient supprimer. Le passage que l'on conteste a une portée plus haute. Il résume par un certain biais la philosophie de la pièce. Car la pensée qu'il exprime fait partie d'un programme politique sur lequel Aristophane n'a jamais varié, et que nous exposerons en quelques mots.

Depuis qu'avait éclaté la guerre du Péloponèse, le poète n'avait cessé de prêcher la paix. Mais cette paix qu'il appelait de tous ses vœux, gardons-nous de croire qu'il en voulût à tout prix, fût-ce au prix d'une humiliation. 11 s'était fait de la situation une idée fort nette. Convaincu que sur terre Athènes serait éternellement battue par sa rivale, il ne voyait pour elle de salut que dans sa flotte. Si Sparte était invincible sur terre, Athènes pouvait l'être sur mer, pourvu que ses vaisseaux fussent en état de tenir tête aux flottes combinées de Sparte et des barbares. Une entente durable entre les

(1) Cavaliers, vv. I3o0-1353.

deux cités rivales n'élait possible qu'à la condition que chacune eût son domaine spécial et sa part de prépondérance dans les affaires helléniques : à l'une le continent, à l'autre l'empire des mers. Athènes limitant son rôle à celui d'une puissance purement maritime, l'Atliqiie formant dans l'ancien monde comme une sorte d'Angleterre, tel est visiblement l'idéal du poète. Ainsi s'expliquent et ses railleries contre le parti militaire, qui ravivait sans cesse les haines et poussait à une guerre où Athènes devait avoir fatalement le dessous, et ses colères contre ceux des démagogues dont les prodigalités intéressées mettaient le trésor à sec et rendaient impossible la construction de nouvelles trières.

Il n'y a donc pas à s'arrêter à l'autre objection tirée par M. van Herwerden de l'objet spécial de la pièce. Si, désireux d'établir définitivement la paix, Trygée recommande avant tout à ses compatriotes de construire des vaisseaux de guerre, la contradiction n'est qu'apparente. Combien ne citerait-on pas d'hommes d'Etat en Angleterre qui, partisans déterminés de la paix, n'en sont pas moins disposés à souscrire à tous les sacrifices pour la tlotte, et cela précisément parce que celle-ci leur apparaît comme la principale, sinon l'unique garantie de la paix? Ce programme, nettement indiqué dans les Cavaliers et dans notre pièce, le poète y reviendra quinze ans plus tard, quand, pour n'en avoir point tenu compte, Athènes s'était vue à deux doigts de sa perte. Quel conseil, demande Dionysos, faut-il donner aux Athéniens? Et Eschyle de répondre, dans des vers qu'on a également suspectés à tort : « Qu'ils considèrent le territoire de l'ennemi comme leur, et le leur comme de l'ennemi, et comme une ressource leur flotte, et comme une misère leurs ressources.»

Est-ce assez clair? Laissons Sparte envahir l'Altique, elle ne persistera pas, du moment que nous-mêmes, en sécurité à l'abri de nos longs murs, nous serons libres d'étendre sans cesse notre empire et de porter la dévastation sur n'importe quel point de la terre ennemie. Malheureusement ce n'est là qu'un rêve, et qui n'est pas près de se réaliser. Aussi Dionysos répond mélancoliquement : « Parfait, à cela près que le juge à lui seul engloutit le tout (1). » Toujours, remarquez-le, l'antithèse ou le poète se complaît : d'une part l'impérieuse nécessité de posséder une flotte sans égale, d'autre part les finances mises au pillage pour assurer à la canaille le moyen de vivre sans rien faire.

On voit maintenant ce (ju'il faut penser des réflexions suivantes de M. Coual : « Dans les pièces d'Aristophane on ne trouve à peu près rien sur la flotte. On serait tenté tout d'abord de s'en étonner. La flotte montée... par les citoyens de la dernière classe, était la véritable forteresse de la démocratie... Elle était le salut et l'espérance d'Athènes. Elle avait fait la démocratie, mais elle avait repoussé les barbares. Celait le talisman de la patrie. Aristophane s'abstient donc d'en parler (2'. » C'est le contraire qui est vrai. Il en parle à tout propos et même hors de propos. Oui, la flotte était le talisman de la patrie. Mais le poète l'a dit tout le premier, car il appelle les matelots « la sauvegarde d'Athènes (5)». C'est d'eux, c'est de leur solde qu'il faut s'occuper tout d'abord (4).

(1) Grenouilles, vv. 1463-1466.

(2) A. CouAT, Aristophane et l'ancienne comédie atlique, 2» édition. Paris, 1892, p. 89.

(3) Acliarniens, v. 163

(4) Cavaliers, v. 1366.

( 16) D'eux seuls dépend le salut ; car le grand Roi l'a déclaré lui-même : dans ce duel à mort entre les deux cités grecques, celle-là l'emportera qui aura la supériorité sur mer (1). — Oui, la Hotte était la forteresse de la démocratie. Croyez que le poète le savait (2), mais croyez aussi que cette considération ne l'arrêtait point. Quand donc en aurons-nous fini avec la légende partout admise d'un Aristophane porte-parole du parti aristocratique? Elle est à peu près aussi inepte, cette légende, que celle qui fait de lui le défenseur attitré de la religion oflicielle.

En vérité, le poète avait bien d'autres soucis. Il assistait en témoin désolé à la lente agonie de sa patrie. Avec une entière indépendance et un bon sens qui ne s'est jamais démenti, il prodiguait ses conseils et faisait ce qu'il pouvait pour conjurer la ruine finale. Si vous voulez savoir j)Ourquoi Athènes a succombé, étudiez ses comédies, plutôt encore que Thucydide et Xénophon. Ce qui pour moi ressort clairement de cette étude, c'est qu'il se pourrait que le plus grand artiste d'Athènes ait été en même temps le plus clairvoyant des patriotes.

Nyj Al' T, yàp (T'iCipa ÀajjL-pôv y,v ap' sçwTiXt.o'fi.sv/i, ai' T£ 9pLvax£ç O'.ao-TOvjiio'JT!. -pôç tov TiX'.ov. 568 ri xaAwç aÙTWv à-a)>).à;£!.sv av u£Tdp'^t.ov.

Les objections soulevées contre le premier de ces trois vers ne tiennent pas. Voici deux autres vers faits sur le même modèle: Paix, 22, oûSkv yàp è'pyov tiv ap'âOXt.a)Tepov,

(i) Acharniens, v. 646-6S1.

(2) Il le savait si bien qu'il le dit lui-même : « Faut-il mettre à la mer une Hotte? Le pauvre opine que oui, les riches et les laboureurs opinent que non. » Ecclés., v. 197.

Guêpes, i'299, où yàp o yépwv âr/-|pÔTa-ov àp ' t,v xaxôv. L'imparfait Yiv apa alternant dans la même phrase avec le présent se justifie par l'exemple suivant de Théognis (vers 700} :

Tzkr\^ei 8'âv9pw-wv àpsTr, aia yiyve-at r,8e, uXourerv, toSv S'aXXwv ouôev àp'-À, v o'cpeXoç.

Quant à XafXTrpôv adverbe, pour AajjiTtpwç, c'est, quoi qu'on en dise, tout ce qu'il y a de plus régulier : Hom., //., V, 6, Xap.7rpôv -ap.'^a(vrjTi. ; //., XIII, 265, XajjiTtpôv yavowv-sç ; Pind., Nem., 7, 66, oppia-t. Ospxofxa'. Xa[j.7rpôv; Plut., 3/or., 258 B, Xajx-pôv âvwXôXj^e.

La difficulté n'est pas là où l'ont cherchée certains éditeurs; elle est dans le troisième vers qu'on traduit de la sorte : « Certes les échants de nos vignes s'en trouveront à merveille. » Traduction inacceptable pour deux raisons : 1° l'article est indispensable : il faudrait -zb iKtzo^yyov, ou plutôt -zb. y^eiàpyiv.; 2° âruaXlâTTeiv tivoç signifie, non se trouver bien ou mal de quelque chose (il faudrait au moins le datif), mais se soustraire à, échapper à, être quitte de.

Je crois, pour ma part, qu'il faut rattacher ce vers aux précédents et lire :

p.Yi xaXwç aÛTwv à7taAXâ^et.£v av ueTÔpyiov.

« Par Zeus, si en effet l'émottoir est brillamment agencé, si les pelles à fourchons (i) reluisent au soleil,

(1) C'est ainsi qu'il convient de traduire le mot 6pTva?, d'après les témoignages de notre scholiaste, et du scholiaste d'Homère sur IL, XIII, 588, et des lexicographes anciens. La pelle à fourchons avait deux emplois. C'était d'abord une pelle pour le vannage, ventitabrum, les dents servant à faciliter la séparation du grain de la paille. C'était aussi un instrument d'agriculture (opYavov yewpYixôv oSovxixo'v,

c'est de crainle qu'un échanl de vigne ne trouve à s'en tirer à peu de frais. » En lisant de la sorte, t,v apa est expliqué par a->, av â-aAÀâ^e'.ev. Il est à remarquer au surplus, qu'unanimes sur les deux premiers vers, les manuscrits varient à propos de t„ qui se lit y, dans le Venetus, et w; dans Suidas, preuve que la leçon n'était rien moins que fixée.

Sur l'emploi de lhy. av avec l'optatif, cf. entr'autres Xénoph., Anab., VI, I, 28, èxervo èvvow fji->, Aiav av -zt/Jj cTwcppov'.aOeÎT.v, et la note de Kiihner; Thucyd., II, 93, ijLT, àv Tzo't oi 7ro)iui!.ot, é^a-Lvaiwi; o'jtwç èTZ'.TiXeùcreiav ; Soph., Trach., 630, oéoo'.y.y. yàp jj-t; Tûpw Aéyo'.ç av, et la note de M. Jebb.

HOo lïpwTa [j.£v vàp aÛT/,; Y,p:c tf^sioia; -oà;aç xaxwç.

Ce vers est altéré. D'abord il pèche contre la mesure. Et si l'on déplace aJTY,; et qu'on lise avec Bentley : Y.pçev a'Jxfiç, on n'en sera pas plus avancé ; car il pèche en outre contre l'usage de la langue. Je crois inutile de reproduire ici toutes les corrections proposées, dont aucune, suivant moi, n'est satisfaisante. Le mot propre n'est pas âp/eiv, mais 'j-âpye'.v, comme le prouvent les exemples suivants : Esch., Clioeph., 10(35, -aïoo.Sôpot. ;ji.£v

Photius), au moyen duquel on ameublissait et rendait plus uni le terrain, après que les mottes avaient été brisées. La 6p"îva^ était ordinairement de bois {Antfiol. Pal., VI, lOi), mais le texte d'Aristophane prouve qu'elle se fabriquait également en fer. Cette pelle est encore en usage dans certaines parties de l'Orient. On la voit figurée dans le Tour du Monde, 1861, t. 1, p. 155. (Art, de 51. Dauzat, Excursion agricole dans le nord de VAnatolie.)

TupwTov ÛTr?,pHav [aô^Oo-. T^^aveç ; Eurip., Phén., 1581, ttoaXwv Û7r"?ip;£v xaxwv TÔo'r,|jiap; .4 ndr.,'" 274, r, aeyâXwv àyéiùv ap'ÙTryip^ev 6 Ma'!aç toxoç ; Hérod., I, 5, Tïpwrov ÙTTOcpEavra àoix(ov è'pywv s; tojç 'EAAYjva;; Andoc, de myst., p. 18, 54, Aaxeoaî.u.ovio'., ol Orfio^av tt,; iXeuGepiaç ôtTrâffri Tr, 'EX7.âo!,.

Ainsi lisez : toùo' 'J--7,pHe :

TTûWTa [Jièv yàp ToOo 'û-T,p;e <J>et.o{a; -pâ;aç xaxwç.

AuTviç provient visiblement d'une glose : toùoe, c'està-dire aûr^ç à7îoAotj.£VTi(;.

874 è7ïaîo|Ji£v Bpa'jpwvâô' ù-o-£7ïa)xÔTe; ;

Il ne s'agit nullement ici des Brauronies, celles en l'honneur d'Artémis, mentionnées dans Lysislrata (v. 645). Ces dernières se célébraient à Athènes, dans le sanctuaire d'Artémis Brauronia, situé sur l'Acropole (1). D'autres Brauronies avaient lieu tous les cinq ans à Brauron même, en l'honneur de Dionysos, et formaient une des quatre fêtes pentétériques dont parle Aristote (2). Suidas nous apprend que les Athéniens y envoyaient une théorie, ce qu'on pouvait présumer, même en l'absence de tout document, d'autant plus que Brauron était une des localités importantes de l'Attique.

Ce n'est pas seulement à cette théorie officielle que notre passage fait allusion, mais aussi à toute la troupe qui, n'importe du motif, accompagnait la députation. Car

(1) Beulé, VAcropole d'Athènes, 1. 1, pp. 291 et suiv.

(2) Républ. Athén.,%^^.

on nommait du nom de tliéore quicon<jue allait assister, fût-ce en simple spectateur, aux fêtes et aux jeux publics. Tel est notamment le sens du verbe BecopsCv au vers 342; il est bon de le noter au passage, vu que le scholiaste, et d'autres après lui, s'y sont trompés (1).

Le cortège qui se rendait à Brauron était fort tumultueux. Avec plus de licence encore, il devait rappeler celui qui marquait le retour des grands mystères d'Eleusis. La route étant longue, on se pressait et se bousculait à plaisir, d'autant plus que, hommes libres et esclaves, tout le monde était ou affectait d'être en pointe de vin, ÛTTOTreTTwxÔTe;. Le poète le dit, et on l'eût deviné d'avance, étant donné le caractère bachique de la fête.

Je pense avoir répondu à chacune des objections qu'on a faites contre ces deux vers. En apprenant que la jeune fille ramenée de l'Olympe par Trygée s'appelle Théoria, le serviteur s'écrie : « Quoi ? Que dis-tu ? Est-ce là cette Théoria que jadis nous menions si beau train vers Brauron, animés que nous étions par le vin? »

C'est faire erreur que d'attribuer ces paroles à Trygée. L'esclave parle au hasard, et se prend à la première hypothèse venue. Trygée, lui, sait bien que Théoria est plus et mieux que cela, et s'en explique après.

Quant aux divagations du scholiaste, elles ne valent pas la peine qu'on s'y arrête : il n'y a pas la moindre équivoque obscène dans le verbe Tcaiet.v, pris ici au même sens, ou à peu près, que dans les Guêpes, vers 456. Disons que s-aio!j.£v est mis -apà Trpoo-ooxiav pour T,7Tsiyo[ji.£v. Si

(1) Cf. Thucyd., III, 104, ;ûv tî yàp yjvaiçl xat Tiatcrlv èôswpouv. Luc, Tiyti., oO, f^iinpzl'j tU 'OXuijnrîav; et l'article ôewpîa'. dans la Real-Encydopâdie de Pauly, t. VI, p. 1839.

(21 ) une métaphore toute moderne était de mise en pareil sujet, on pourrait l'interpréter par : mener tambour battant.

'EvxaOOa yàp 893 Tzpb -zo'J TzoXiixou zk Àâ^ava -•/] jSio'jA-r, -ot'y,v.

Aà<7avov, dit un ancien grammairien cité dans le Thésaurus, signifie chaise percée et, par métaphore, marmite de cuisine. Dans ce dernier sens il est synonyme de ^uTpÔTiou;, marmite à pieds. C'est l'interprétation donnée ici par notre scholiaste et conlîrmée par Hésychius et Suidas.

Quel rapport y avait-il entre la Boulé d'Athènes et des marmites? Il est certain que cela ne saute pas aux yeux du premier coup. Et comme des explications fournies jusqu'ici, les unes sont niaises, les autres purement grotesques, sachons gré à M. van Herwerden de n'en avoir point tenu compte. Il est des cas où c'est faire preuve de jugement et de goût, que de déclarer ne pas comprendre.

Toutefois, si le prohlème est difficile, je ne le tiens pas pour insoluble. N'oublions pas d'abord qu'il s'agit de Théoria, personnage allégorique, comme son nom l'indique. Le mot Qewpîa a diverses acceptions; mais il suffit de lire la scène qui nous occupe pour voir qu'il est pris ici dans celle de sopxTi. Théoria est donc la personnification des fêtes athéniennes, et c'est à ce titre que le poète fait d'elle la compagne inséparable de la Paix, E''pTivr\ yXio^iQc,, comme on l'appelle ailleurs (1).

(1) Tfiesmoph.. v. H47.

Notons, en second lieu, que les l'êtes athéniennes, si licencieuses qu'elles fussent parfois, avaient toutes un caractère religieux et étaient marquées par des processions et des sacrifices.

Chacun sait que les Athéniens se vantaient d'être le peuple le plus religieux de la terre. Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette prétention. Pour moi, je n'en connais pas de plus plaisante, et j'admire que de graves historiens, comme E. Curtius, aient pu la prendre au sérieux. Elle n'empêchait toujours pas ces mêmes Athéniens d'applaudir aux pires impiétés (je dis bien impiétés, non facéties ou irrévérences, veuillez en faire la remarque) qu'on ail jamais débitées sur la scène en aucun temps et par aucun pays. Mais, d'autre part, si l'on tient que le sentiment religieux se mesure à la quantité et à l'importance des offrandes faites aux dieux, rien ne paraît plus légitime que cette prétention qu'ils affichaient de l'emporter en piété sur n'importe quelle cité grecque ou même barbare.

La raison de cette contradiction est facile à trouver. Le culte, comme tout le reste, avait été organisé suivant les principes de la pure démocratie. Officiellement, la munilicence qu'on y déployait avait pour but d'attirer sur la cité sainte la protection du ciel. Mais à côté de ce profit moral, dont se payaient les naïfs, il en était un autre, tout matériel, dont chaque citoyen était en droit de prendre sa part. Le bonhomme Démos était fantasque, mais sur un point il ne faillait jamais à la logique. De même, s'était-il dit, que l'État a pour mission de pourvoir au bien-être et à l'entretien des citoyens par des subsides de toute nature, de même il est tenu de les associer au culte public en leur fournissant de quoi faire chère lie en

l*honneur des dieux. Après tout, les dieux une fois repus de fumée, n'est-il pas juste que, rentré au logis, le plus pauvre puisse laire ses dévotions autour d'une table bien servie? Et voilà pourquoi on avait institué la créanomie, c'est à savoir que, le sacrifice terminé, on répartissait les viandes entre les autorités et les dêmes.

L'Attique, qui n'a pas de plaines, ne produisait guère de bétail. En fait de bœufs, on n'y rencontrait que des bêtes de labour. La population se nourrissait presque exclusivement de pain, de poissons, d'olives et de légumes (i). fl ressort de tous les textes que les petites gens, c'est-à-dire le grand nombre, ne goûtait de viande de boucherie qu'à l'occasion des sacrifices publics. Si ce n'est là l'unique mobile de cette piété tant vantée, car il faut faire état aussi de l'instinct foncièrement artiste et du goût pour les magnificences, c'en est du moins le principal. On tenait d'autant plus à la religion qu'on l'avait mise en curée. L'auteur de la République d'Athènes

(1) Les populations rurales, plus mal partagées encore, mangeaient le marc de raisins, •(iyaç.-oi. ou Ppûtea, vinacea. Car Galien nous est garant que les deux mots sont synonymes ; et cela nous aide à comprendre le vers 634 de la Paix, mal expliqué jusqu'ici, en même temps qu'il éclaircit le sens métaphorique de xaTaytyapTtÇstv (projjrement pressurer le raisin pour en faire du marci dans les Acliarniens. v. 275. — Encore passe pour le marc de raisins, mais que dire du marc d'olives, aTÉpitpuXa, dont on fait actuellement des tourteaux pour l'agriculture, mais qui en Grèce servait à la consommation journalière des campagnards {Nuées, 45 et Cnval., 806)? Ajoutez qu'en fait de poissons ils n'usaient que de saline {Paix, 563, confirmé par le fragment 341, éd. Dindorf). Il est difficile, on l'avouera, de pousser plus loin la frugalité et d'être moins sur sa bouche. De nos jours, le plus humble manouvrier rechignerait devant l'ordinaire d'un paysan aisé de l'Altique.

( 24 ) n'en fait point mystère : « Il est impossible, dit-il, aux citoyens pauvres de célébrer les fêtes par des sacrifices et des banquets, ni de posséder des sanctuaires... De quoi le peuple s'étant rendu compte, il s'est avisé d'un expédient : l'État immole aux frais du trésor quantité de victimes, dont le peuple fait ses banquets et qu'il se partage par la voie du sort (1). »

Les historiens n'ont pas assez insisté, ce me semble, sur cette singulière institution de la créanomie. Non moins pourtant que le salaire des dicastes et le salaire des membres de l'ecclésie, elle mérite d'être comptée parmi les rouages importants de la politique. De détails précis nous n'en avons, il est vrai, que pour une époque un peu postérieure à celle d'Aristophane; mais rien ne fait supposer que les choses eussent changé dans l'intervalle. Isocrate parle comme d'une pratique courante de sacrifices de trois cents bœufs (2). Et la preuve que pareils sacrifices devaient être fréquents, c'est qu'il avait fallu instituer des magistrats spéciaux, les powvai, à l'effet de se procurer des victimes. Des flottes entières étaient ainsi mises à contribution, pour aller charger en Eubée, en Sicile, que sais-je? de quoi satisfaire aux instincts pieux des Athéniens (5). Une inscription de l'an 534 fait foi

(1) ©ûoixiiv ouv 5T)[jL0Jta |j.èv î] r.6h.i; hpsla. TtoXXâ • è'trtt 8ï 6 8î)[i.oç sûto)^oû(jL£vo; xal otaXayyâvojv xà izptifx. Xenoph., Allien. Respubl. c. II, 9.

(2j Aréopagilique, § 11.

(3j Si cette note n'était déjà trop longue, je citerais ici toute une série de décrets honorifiques rendus, à l'occasion des fêtes religieuses, en faveur de prêtres, arcfiontes et autres magistrats, irspl Tûiv 6u<nc5v aJv I'Ôuî (n° 323) ou ÈTreiOT) -àç 6uaîa; l'ôuaev (n° 420;, etc. La formule varie, mais le fond est toujours le même : un personnage

(23) qu'en sept mois de temps le produit du cepi^aTuôv s'était élevé à au delà de 5,000 drachmes (1), c'est-à-dire que les peaux seules des animaux immolés durant ces sept mois représentaient le prix d'une hécatombe entière (2). Faut-il s'étonner si l'historien Théopompe déclare que les Athéniens dépensaient plus d'argent pour les festins publics et les distributions de viande que pour toute l'administration de la cité (3).

On aura remarqué qu'en même temps que de distribu-

qui dans la pénurie du trésor a fait les frais d'un sacrifice public, reçoit en récompense une couronne ou quelque autre distinction. La majeure partie de ces décrets se lisent dans le t. IV du Corpus inscriptionum Atticarum. On peut les considérer comme autant de témoins de la foi des Athéniens, je l'accorde, mais on m'accordera que cette foi parait singulièrement intéressée, et que, pour agissante qu'elle soit, elle ne transporte de montagnes ([ue de victuailles.

(1) A. BoECKH, StaatshausIiaUung der Athcner, t. I, p. ii97.

ii2) 5,114 drachmes est le prix payé pour une hécatombe en 410. Ibid., t. II, p. 6.

(3) Tov oè OTJfjiov aTiavra TiXîtw xaxavaXta/.îtv si; ta? xotvà<; Icrxiâasiç xal xpsavofjn'aî t\t:zçi eI; tt)v -tjî ttoXeuj; StoiXTjTiv. Théopompe, cité par Athénée, XII p. o3'2 d.

Il est aisé de se rendre compte de l'importance de ces distributions. D'après l'estimation la plus récente, le nombre des citoyens de l'Atlique a varié entre 20,000 et 33,000; après la peste, environ 26,0C0; en 400, pas plus de 20,000. Mettons en regard de ces chiffres, que nous empruntons à J. Beloch {Die Bevôlkerung der griech.rômischen Welt, Leipzig, 1886), les données suivantes fournies par les statistiques militaires : Un bœuf de petite taille, comme sont les bœufs d'Orient, pesant sur pied 300 kilos, par exemple, donne 165 kilos de viande, soit 550 rations de 300 grammes. Trois cents bœufs représentent donc 165,000 rations, soit, en prenant le chiffre moyen de 25,000 citoyens, deux kilos de viande pour chacun. Encore convient-jl de défalquer, outre les absents, les citoyens riches et aisés, qui évidemment ne participaient pas à ces distributions.

lions de vivres, les documents font constamment mention de banquets. En effet, soit qu'elles fussent offertes à leurs démotes par des particuliers à la fois riches et ambitieux soit qu'on y conviât tous les citoyens, ces sortes d'agapes étaient fort en vogue. Le climat s'y prêtait. On pouvait au besoin utiliser les tribunaux et les portiques, et c'est ce (jue, dans VEcdésie des femmes (1), sera censée faire Praxagora; mais rien n'empêchait qu'on les célébrât en plein air. Je me souviens, pour ma part, avoir vu, en septembre 1887, un banquet ainsi offert à la ()opulation de Sienne, avec d'immenses tables dressées le long des rues dans tout un quartier de la ville.

A Athènes, ces banquets étaient devenus une institution régulière : ùf]ixoHo>.viy.i vôu'.uo!, Oewv -z H'jihx, dit Aristote (2), Ta; soptàç vJ.q ÉTTiaT'!; t'.; tloots'/^, dit de son côté Isocrate (3). Y en avait-il de spécialement réservés aux membres du Conseil des Cinq cents? Un texte de Démosthène décide la question : « Je vois tous les prytanes participer régulièrement aux mêmes sacrifices, atix mêmes repas, aux mêmes libations. Et la Boulé en fait autant : elle a au début des sessions ses sacrifices et ses communs banquets (4). » On ignore si c'est en ce sens restreint qu'il faut interpréter, dans notre pièce même, le mot de Trygée, au moment où il se dispose à ramener Théoria à Athènes : «Ah! Boulé, quelle béatitude pour toi que le retour de Théoria! Que de potages tu vas humer

(1) Ecclés., V. 682-686.

(2) De mundo, c. VI, sub fin.

(3) Aréopagilique, § 11.

i4) 'H Po'j).Tj Ta-j-rà xajTa, c'.T'.TTjp-. ' È'Ô-jte, a'jv^'.TT'.âOr,. De faUa Légat., 190.

( 27 ) trois jours durant! Que de tripes bouillies tu dévoreras et que de viandes! (1) » Quoi qu'il en soit, ceux qui ont soupçonné là une équivoque obscène, ont simplement rêvé. Les obscénités ne manquent pas dans Aristophane, mais on lui en prête plus que de raison. Potages, tripes et viandes prouvent bien qu'il s'agit de festins en actions de grâces, et le scholiaste spécifie qu'en pareille occasion la Boulé décrétait d'immoler des boeufs trois jours durant, sans doute à raison de cent bœufs par jour (2).

Or ces occasions étaient fréquentes, et au besoin on les faisait naître. Qu'on se rappelle, dans les Cavaliers, la séance orageuse où Cléon et son heureux rival proposent tour à tour de sacrifier, l'un cent bœufsà la patronne d'Athènes, l'autre deux cents bœufs à Pallas, plus mille chèvres à Artémis. Et le Conseil de marquer son approbation à celui des deux qui se montre le plus libéral (3), Saisit-on maintenant l'intention ironique? Ce que des

(l) Paix, V. 71o et suivants.

(2j II y a clans Aristophane d'autres traces de ces bombances. Telle, au vers 627 du Ploutos, l'allusion aux fêtes de Thésée « où, dit le scholiaste, tout le monde se régalait gratis de bouillie et d'autres mets ». Telle encore, vers 386 des Suées, l'allusion aux Panathénées « à l'occasion desquelles chacune des colonies envoyait à Athènes un bœuf pour y être sacrifié; d'où résultait une surabondance de viandes telle que chacun pouvait s'en repaître et manger au delà du nécessaire ». Telle enfin, dans la Paix, v. 890, le jeu de mots sur l'Anarrusis, qui était le deuxième et principal jour de la fête des Apaturies, celui où avait lieu le sacrifice aux frais de l'État (èop-Tj OTifioTcXT];, Schol. sur Acliarn., 146). Et ce dernier détail une fois connu ne rend-il pas plus piquant le trait de malice des femmes raconté dans les Thesmophories , v. oo8 : « Les viandes des Apaturies, nous les donnons à nos procureuses. puis nous nous en prenons à la belette. »

(3) Cavaliers, v. 652-663.

particuliers opulents faisaient à leurs frais, les démagogues trouvaient expédient de le faire aux frais de l'Etat. Sous couleur de piété, ils proposaient à la Boulé de décréter de dispendieux sacrifices, et les bouleutes n'avaient garde de ne point souscrire à des propositions dont ils étaient les premiers à proliter. L'on comprend aussi qu'Aristote recommande aux magistrats des cités oligarchiques de prodiguer ces sortes de banquets{l).Ne fallaitil pas qu'à cet égard du moins celles-ci n'eussent rien à envier aux démocraties pures?

Ceci nous ramène directement à l'objet de celte note. Si la Boulé organisait si fréquemment des banquets, il faut bien conclure à l'existence d'un local où l'on remisait les ustensiles servant à les préparer. Laissé à l'abandon durant la guerre, ce local, dont le souvenir s'était peu à peu effacé, Aristophane se flatte de l'avoir retrouvé. Mous n'avons pas de peine à le croire quand il ajoute que, servant en même temps de cuisine, il a l'air passablement enfumé.

Voilà ce que signifient ces trois vers, dont le sens a été travesti à plaisir. Et c'est bien ainsi que les entendait le scholiaste. Sinon, que voudrait dire ce commentaire : « Il s'agit des ustensiles de cuisine où, à la suite des sacriflces, on prépare les viandes pour la Boulé? » Tenez pour certain qu'elle est de source alexandrine cette note. Mais on l'a maladroitement écourtée. Elle omet de nous dire de quels sacrifices il est question. C'est le point que nous avons essayé d'élucider.

(1) 'ApjJLdtTôi 8è 6u(jta<; zlaiô^-zaç Trotaaôai \i.s.yaloTtpn:€i(;, tva tûiv Tci'av. Aristote, Politica, 1. VI, c. 4.

896 'Etîî, yr^ç -aXaieiv, TeTpaTroSvjSôv éorâvat,

TtXaytav xaTa[3àXAet,v, êç yôva-a x'J,6ô' éarTava'..

Ces deux vers se terminent par le même mot é(TTà,;ai, ce qui n'est guère élégant, comme le fait remarquer M. van Hervs^erden. Assurez-vous bien que le premier est interpolé. C'est une simple paraphrase mise en marge du second, et qui de là s'est introduite dans le texte : -Aayiav

xaTaîi>âWve!.v, c'est-à-dire i-i yriÇ -a).aîe',v, et sç yovaTa xùjjô' Laxâvat., c'est-à-dire -e-poL-otrfiov laTâva»,. Le Ravennas nous a conservé le vers authentique en même temps que la glose. Les autres manuscrits ne donnent que cette dernière. Mais elle est si plate et si manifestement calquée sur la phrase originale, qu'il est singulier qu'on ait pu songer un instant à l'attribuer à Aristophane (i).

Mais les éditeurs commettent une faute plus grave encore en maintenant scr-râvat., alors que depuis longtemps Hotibius (et d'après lui Meineke) avait restitué la vraie leçon, bTàvat.. Si jamais correction fut évidente par elle-même, c'est bien celle-là. Car l'on reconnaîtra que, pour un homme, se tenir à quatre pattes est, dans n'importe quelle lutte, la plus illogique des attitudes. Mais le cas n'est plus le même dès qu'il s'agit de Théoria. Est-il besoin d'insister? Oui sans doute, puisque le dernier éditeur avoue ne pas saisir la portée de la correction, et

(1) Est- elle seulement de la langue des Attiques, celte glose? TeTpatTToÔTiodv pèche contre l'analogie. On disait Ts-paTroSTjxt ou -re-paTroSKTût, de même que aùto-ooTjTt ou auTo-oot. J'ai bien peur qu'en voulant se mettre en règle avec la prosodie, le copiste n'ait fait une faute de langage.

que l'on s'aperçoit que si M. Blaydes l'écarté dédaigneusement, c'est qu'il ne la saisit pas davantage. Le scholiaste avait pourtant bien expliqué de quel genre de posture il s'agit : wç £7rt, o-'jvouaia )iy£!.. « Vous pourrez la jeter sur le flanc, la mettre à genoux courbée en deux... » Il y a donc des éditeurs à qui cela ne paraît pas suffisamment clair? Ne se sont-ils donc jamais demandé pourquoi Lysistrata jure de ne plus jamais prendre cette postuie (1)?

En vérité, devant une candeur si déconcertante, on serait tenté d'appliquer à ces philologues le mot de la courtisane vénitienne à Rousseau : Lascia le donne e studia la matematica, qui se traduirait en la circonstance : laissez donc là Aristophane et occupez-vous de Thucydide?

Il n'est pas inutile d'ajouter que édtâvat., pour lo-Tâva'., est une faute d'écriture des plus fréquentes. Elle se lit entre autres dans notre pièce même au vers 1249, et CavaL, 268; Eurip., Plién., 1472; HéracL, 957; probablement aussi Soph., Antig., 640.

<ï>£p£ ôYi, tô ôa)aov TÔS' £|j(.3ât]>(0 Xa^côv. 960 T.eioo o-ù Ta^^Éwç- cù ôk 7tpô-£'.v£ twv dXwv, xaÛToç TE yEpviTiTO'j, Trapaooùç Taù-Y)v è^ioi, xal loîç ÔEaTaîç 'pirae -wv xpt,9wv.

Le serviteur a fait le tour de l'autel avec la corbeille et le bassin d'eau lustrale. Pour l'intelligence de ce qui suit, il faut savoir que les Grecs consacraient cette eau en y

(t) Lijsùlrata, v. 231.

(31 ) jetant un tison enflammé pris sur l'autel, car le feu purifiait tout. L'eau lustrale, comme on le sait, est devenue l'eau bénite, à cela près que l'Église a remplacé le tison par du sel.

C'est par là que commence Trygée. Mais le second vers est obscur. Que signifient les deux o-û, alors que le serviteur est seul en face de son maître? Nous risquerions de n'y rien comprendre, si nous n'avions l'explication fort nette du scholiaste : « Le premier o-ù s'adresse à la victime, car on veillait, en répandant sur elle des libations, à ce qu'elle secouât la tête et eût l'air de consentir au sacrifice. »

Ce commentaire n'a pas eu l'heur de convaincre les interprètes. M. Blaydes, sans même prendre la peine de le citer, se contente à son ordinaire d'exécuter sur le texte une série de variations, sous couleur de l'amender. M. van Herwerden, qui ne cite le scboliasle que pour le déclarer inepte et absurde, adopte sans plus de façon et autorise l'une des conjectures de M. Blaydes : o-ebo) -e Ta^^éwç. D'où ce sens : « Je vais tremper ce tison dans l'eau et le secouer de suite sur les assistants. »

Les Grecs avaient l'aspersoir, 7rept,p^av-Y|pt.ov. 11 résulterait de là qu'ils le remplaçaient à volonté par un simple tison, et même un petit tison, car SaXîov est un diminutif. Comment ils s'y prenaient, c'est ce qu'on omet de nous dire. L'expérience serait à tenter. Je doute toutefois qu'on réussisse de cette sorte à jeter des flots d'eau sur les assistants, comme le fera tout à l'heure le serviteur de Trygée (v. 972).

A vue de pays l'interprétation du scholiaste paraît encore la plus plausible. Mais en réalité nous n'avons pas de choix à faire, car elle ne laisse pas ombre de doute,

assurée qu'elle est par les témoignages les plus explicites. D'abord Plutarque : « Les Hellènes regardaient comme un acte considérable celui de sacrifier une créature animée. Jusqu'aujourd'hui ils se gardent scrupuleusement d'en égorger une, qu'elle n'ait consenti par un signe de tête, pendant qu'on verse sur elle des libations (1). » Ailleurs Plutarque nous apprend que la Pythie ne rend d'oracles, à moins que la victime ne soit prise de tremblements par tout le corps et ne frémisse pendant qu'on l'asperge: «car il ne suffit pas qu'elle secoue la tête comme dans les autres sacrifices (2). » Enfin le scholiaste d'Apollonius affirme « qu'on est dans l'usage de jeter de l'eau sur les oreilles de la victime pour lui faire faire un signe d'acquiescement (3) ». Quoi d'étonnant? Dans les idées des Grecs toute contrainte répugnait aux dieux. On laissait paître en liberté, à'^srâ, les bêtes destinées à être immolées. Et dans la tragédie d'Euripide, Tphigénie fait délivrer de leurs chaînes Oreste et Pylade, du moment où, désignés pour le sacrifice, ils sont devenus sacrés,

Ô'vTEÇ Upo{ (4).

Que de choses paraissent ainsi absurdes de loin, qu'il serait pourtant bien de vérifier avant de céder au funeste entraînement de mutiler les textes!

Les orges, o'Aai, que Trygée demande ensuite, sont

(1) "Ay^pi Se vûv TrapacpuÀâxTO'Jdiv la^upûç xè [jlti aœatxxEtv, Trplv ÈTrtvevÎCTat xaxaaTrevSdfAEvov. Symposiaques, VIII, 8, 3.

(2) Où Y^^P àpxet xo StajEtaat xtjv xetpaXïjv, fixTTrep Èv xa^ç aXXati; ôuaîai;. De defectu oraculorum, 46.

(3i Tô uôojp 5 cici)6aatv £[j.pâXXîiv eiç xo ou; xoû UpEiou ÙTrèp xot3 £7riv£Û£'.v xo tspeTov. Schol. d'Apollonius sur I, v. 425. (4) Euripide, Iphig. en Tauride, 469.

destinées aussi à être répandues sur la brebis. Voici, au résumé, le sens de tout le passage. Trygée est debout devant l'autel. En face de lui se tient le serviteur avec l'eau lustrale et la corbeille contenant les orges et le coutelas.

Trygée : Allons, prenons ce tison et trempons-le dans l'eau. (Il se purifie les viains, puis s'adresse à la victime en lui jetant de Veau :) Secoue-toi prestement, toi. (Au serviteur :) Et toi passe-moi des orges. (Le serviteur lui tend la corbeille. Trygée verse de l'orge sur le front de la brebis. Au serviteur :) Purifie-toi les mains dans l'eau lustrale. pendant que je tiendrai le bassin, et jette des grains aux spectateurs.

4110 lEP. SttovSti.

TPIT. Kal Tajrl f/STa tt,ç o-rrovèTÎ; Aa,3e OàiTov.

Une erreur d'attribution dans les manuscrits a donné prétexte à certains éditeurs pour bouleverser toute la scène. On n'a pas vu que le a-ovôT; du vers 11 10 est prononcé par le serviteur de Trygée et non par Hiéroclès.

Car ils sont deux à faire la cérémonie et à se partager les viandes. D'abord Trygée : « Verse-moi une libation et apporte-moi une portion de viscères » ; puis aussitôt : « Libation! Libation! » (vers 1104). A son tour le serviteur prononce le mot sacramental a-TtovÔ-ô; après quoi son maître lui remet une part des viandes : xal -ztjtï [xe-y. ir\<i a-TCOVo/iç Xaj3e Gào-o-ov. ToLuxi, c'est-à-dire TaOra rà o-TtAoty^va.

A en croire les interprêtes qui font honneur du o^TrovS-ri à Hiéroclès, txutî désignerait une volée de coups. Et voilà qui est inadmissible. Des coups, comme cela, d'emblée et sans nulle provocation ? Des coups, comme on en faisait distribuer, et sans plus de raison, à Cinésias,

dans les Oiseaux'::' Vous figurez-vous, d'ailleurs, ce chresmologue qui, battu et content, ne trouve à répliquer que ceci : « Et moi, personne ne me donnera une pari de viscères? »

Décidément, quand ils consentent à respecter les textes, les philologues n'aiment guère à se mettre en frais d'imagination. On peut s'étonner toutefois que dans le cas présent ils aient pu prendre le change. Ce qui suit montre bien que le serviteur est ici sur le même pied que le maître. Car Trygée ajoute presque immédiatement : <( Voyons, spectateurs, venez çà festiner avec nous deux )>, GWJTiAy.yyyeùezz |j.£-:à vwv (vers 1115); puis Hiéroclès : « Non , vous ne les mangerez pas à vous seuls » (vers H 17, xaTé8eo-9ov et c-cpwv, deux duels).

Ou, par hasard, se serait-on imaginé que faire libation était l'oflice du prêtre ou de celui qui en tenait lieu? L'erreur serait plaisante. Des libations, esclave ou non, chacun avait le droit d'en offrir. C'était souvent un cuisinier qui, les viandes cuites à point, accomplissait l'offrande. Je n'en citerai pour preuve que ce fragment de Ménandre, d'autant plus probant qu'à l'époque de Ménandre, les cuisiniers étaient des esclaves. Or, c'est un cuisinier qui parle :

Libation! Donne-moi des viscères, mon acolyte. Où tournes-tu les yeux? Libation! Passe donc, Sosias, mon garçon. Libation! Bien, verse... Nous prions tous les dieux et toutes les déesses de l'Olympe (reçois la langue dans ce plat) de nous accorder à tous salut, santé, toutes les faveurs, et la jouissance des biens que nous possédons. Telles sont nos prières (1).

(1) Fragmenta Comic. grœc, éd. Meineke, t. IV, p. 158. Voir aussi les vers 40 à 44 du fragment des Samuthraces d'Athénion Ibid., t. IV, p. .^58.

H68 £(76(0) xàTîsyw...

Le cfY;).ri^, aussi nommé oCoaç, est, d'après le scholiaste, un synonyme de Volu^^hoq. On entend par ô'XuvOo!. les fruits tard venus du figuier, (jui, restés sur l'arbre en hiver, arrivent rarement à maturité, encore bien qu'ils grossissent. De là le nom de oî'Sa; (de o''oâvw, grossir) et celui de 'ff\l-f\^ (de cpYiXôw, tromper). Dans notre passage ce dernier mot est pris dans une acception plus générale, et désigne la figue qui n'est pas encore en maturité.

Le sens du morceau ne paraît pas douteux. La belle saison est revenue, car la cigale s'est fait entendre. Le paysan s'en va inspecter son bien. Il prend plaisir à voir gonfler son raisin de Lemnos, « car c'est une espèce précoce, » et aussi à voir grossir ses figues vertes. De fruits mûrs, il n'y en a pas encore, car nous ne sommes qu'au début de l'été, mais, en attendant l'oTrùpa, on peut s'assurer si les fruits verts sont en voie de mûrir.

Il est évident que c'est bien là ce qu'a dû écrire Aristophane. Malheureusement le texte a été gâté par l'introduction de la plus inepte en même temps que la plus ambiguë des gloses : so-Oûo xà-syw. Sous l'influence de cette glose le vers précédent a été altéré. Mais il est facile à restituer par la méthode paléographique, sans qu'il y ait à faire la moindre violence au texte. Au lieu de la leçon reçue, qu'on lise :

70V TE CO-/l)vï)y' Ôpwv oîSâvOV-'

tic, Ô-Ôt' av Tj — £— wv.

(c Mais quand la cigale a fait entendre sa douce note.

j'ai plaisir à examiner si mes vignes de Lemnos mûrissent, — car c'est un plant précoce, — et à m'assurer par mes yeux quand la figue verte en train de grossir sera cuite à point. Et tout d'un coup je m'écrie : « Saisons aimées (1). » Et je me fais une mixture en broyant du thym (2); puis je deviens gras à cette époque de l'été, bien plus... » 'Opwv équivaut pour le sens au ot.ao-xo7twv du vers 1161, ce qui est fréquent en grec comme en français.

Mais, objectera-t-on, que faites-vous du vers correspondant de la strophe (1155)? Justement ce vers me fournira un nouvel et décisif argument. Car le mot éx7:e7rpi.o-jjLéva, contraire au mètre et inutile au sens, doit être également

(1) 'Qpai tpîXat, début d'une chanson populaire sur le printemps. Cité comme tel par le rhéteur Choricius dans une déclamation izep: l'apoç. Je dois cette utile indication à M. van Herwerden.

(2) Nous savons que le thym passait pour un évacuant (Oûp-ov oia^^iopÉEi, dit Hippocrate, du Régime, II, 54); et quand nous ne le saurions point, nous ne manquerions pas de deviner que la mixture en question ne peut être qu'une potion purgative. En prenant médecine au printemps^ le campagnard ne fait que se conformer à la prescription d'Hippocratc : ôxdaoïai tpapp-axEiTi Çup-tpepEt, toutéouî TTpoaTJxov zo~j TJpoî cpap[xax£u£'.v (Aphor., sect. 6, 47). C'était aussi l'usage d'Horace {Art Poet., v. 301) :

0 ego laevus, Qui purgor bilem sub verui temporis horam !

N'est-ce pas là une preuve de plus en faveur de notre correction? Une autre preuve, plus forte encore, se tire de ce qui suit. Qui admettra, en effet, qu'un paysan vienne déclarer qu'il se sent devenir gras au temps du cueillage et de la moisson, et donc qu'il maigrit quand il est de loisir, c'est-à-dire en hiver et au printemps? Ne voiton pas que ces deux saisons, clémentes pour lui, font justement le sujet, l'une de la strophe, l'autre de l'antistrophe?

écarté, et Cobet a eu mille l'ois raison de dire : dele glossema. Ce malencontreux éx7re7tpt.(j[jiéva, une fois introduit dans la strophe, a causé tout le mal. Pour rétablir l'accord antistrophique, le copiste a imaginé de compléter à sa manière la pensée du poète. C'est par le goût, s'est-il dit, que le villageois vérifie le degré de maturité de ses figues : èo-Oiw xal àué^w (non e-néyw, comme on l'entend) toj cpayeîv, « J'en mange puis j'y renonce ». De là ce vers, un non-sens, il est vrai, mais prouvant au moins que le copiste savait ses mètres et était à même de construire une dipodie crétique.

Le texte, tel que je propose de le restituer, se justifie par le passage suivant d'Eschine, in Clesiph., 67, 39 : -roXuà )v£yet.v àpiGawv eî; ôttôt' eo-Tat.. Ici le futur est remplacé par le subjonctif présent avec àv, ce qui est conforme à l'usage attique. Cf. Xénoph., Anab., VIÏ, 3, 36, hizÔToy xawôi; T^; Plat., Gorg., 526 E, ôxav T| ùU-r\ <Joi -^ xal ri

xpio-!.;. (Autres exemples dans Matthiae, § 521.)

Kàiot. cpeûyet. TrpwTOç, wo-Tiep ^ouQôç iTiKaXsxTpuwv, 1178 TO'Jç Xocpouç CTeitov eyw 8' ê(7TTfixa À!,vo7:tw[ji.svoç.

Encore un passage qui, mal entendu, passe à tort pour altéré. M. Blaydes traduit éW/ixa Xt,vo7CTw;jLevo; par j'observe à demeure les filets, et il ajoute : more rusticorum, ce qu'on aura quelque peine à croire, en dépit du commentaire : C'est une manière de faire valoir la condition des campagnards, en contraste avec celle des guerriers.

Quant à M. van Herwerden, qui ne comprend pas ce que les filets ont à faire ici, il propose de lire : l'a-Trixa oir\ TTvswv [xévo;. Qui des spectateurs, s'écrie-t-il, n'avait pré-

( 38 ) sent à l'esprit l'hémistiche homérique sur « les Achéens respirant la vaillance »?

Aristophane en tous cas n'y songeait guère. Pour montrer le soldat immobile à son poste, il se sert d'un terme de chasse. Car le \v^o--ûy^.v^oq ou X-.voTnT/iç, dans Xénophon l'âpxuwpôç, c'est l'homme qui se tenait près des filets et ne bougeait de là, tandis que les chasseurs faisaient la battue. Et c'est bien ainsi que l'entend et l'explique le scholiaste, qui n'omet que d'ajouter, comme il le fait d'ordinaire en pareil cas : Xdizzi Ss to w;.

Car voilà, il faut sous-entendre wç ou w^Trep devant XivoTtTwijievo; : « Tandis que le taxiarque fuit en secouant son panache, je reste planté là comme quelqu'un qui garde les filets. » Rien de plus fréquent que cette ellipse de oW-ôp dans Aristophane : Cf. Acharn., 230; Nuées, i 78 ; Guêpes, 496 et G04 ; Lysistr. , 694 et 928 ; Thesmoph., 1011; Plout., 295 et 314. Comparez surtout le mot de Lysistrata, 232 : où 7r/,a-0!jia', )ia',v'£-l T'jpoxvY,aT!.Bo!;.

Celte comparaison aussi juste qu'expressive se lit également dans la Cijropédie. Cyrus, qui a arrêté un plan de campagne contre les Arméniens, s'en ouvre à un de ses lieutenants : « Songe, dit-il, que comme dans une chasse, c'est nous qui quêterons le gibier, toi qui veilleras aux filets (1). ))

La question de quantité n'est pas non plus pour nous embarrasser. La première syllabe de Aivov est brève d'ordinaire. Eh bien, elle est longue ici, comme elle l'est dans un fragment d'Antiphane. Le mot est accentué Arvov dans

(1) NdfxtÇs 8', uKTTTSp £v ÔT^pa, T)[jLa<; [aèv toÙî ÈTriÇTiToûvxa; sdEcrôai, ce 8è tèv ÈTtl xa"î<; apxua'.. Cyrop., 1. U, c. IV, 25.

Hérodote, V, 12, ainsi que le l'ait remarquer M. Blaydes, et aussi dans VEtymol. Gudianum. Linum, comme on sait, est toujours long en latin. D'où l'on peut conclure que X'//ov est douteux, c'est-à-dire bref ou long à volonté.

Nti tÔv Ai', (i)ç ta —x'.oi' r/jf^ èzépyz'y.'. 1266 oùp-riTOjUeva Ta TÔÏv s-!,xXr,-:wv 0£'jp',^va aTT ' y'asTa'. 7:ooava,3âÀTi-a'!, u.o'. Zo'/.i'!.

On s'est mépris, je crois, sur le sens de ces vers. D'après le scholiaste, on admet que ~y. twv £-'.xÀV,twv équivaut à ~y. -rwv xe5«).7i[jLsvojv vie, -h osr-vov, et se rapporte à 77. Tia'.oia. Les enfants en question seraient ceux des conviés.

Ni la construction de la phrase, ni le sens de etcûXt^to; n'autorisent cette interprétation. Et il est certain d'autre part que jamais Trygée n'aurait conçu l'idée d'inviter à sa noce Lamachos et Cléonyme. Ponctuez le second vers :

oypr,'3-Ô!ji.cva, Ta tojv o-',x/.y,twv os'jo ' î'va

et construisez : i'va osOpo -Goava,3à/,T-a', Ta twv è-'.x/.y'-wv (âo'p.âTWv) ocTT ' aTcTa', (1).

L'éclat du banquet de noces sera relevé par un chœur d'enfants (Cf. Ecdés., 678 et suiv.) Sous le prétexte de faire de l'eau, ceux-ci sont sortis de la maison. Mais en réalité ils veulent répéter, parmi les morceaux classiques des poètes célèbres, Homère, Archiloque, etc., ceux qu'ils se proposent de chanter.

(l) Cf. Cavai., 96, ^àv voîjv Vv' àpow; Nuées, o39, toI; Tzixioio:ç Vv f, Ye'Xtoç ; Oiseaux, 396, 8r\ij.6<n.ct yàp Vva Ta'iwuîv.

'EulxXyito; est pris ici dans une acception dont je n'ai pas trouvé d'exemple, mais qui se laisse justifler. KXïitô;, dans Homère, signifie electus, inclytus, celeber. 'ErJ.xlr{vo<; est donc le contraire de ûùo-xX-fiTo;, et synonyme de

£-',xA£TiÇ, é-ixX'jTÔç, STiXexTo;, £7ti(rr,|jiO(;.

Nous profitons de l'occasion que nous offre ce mémoire sur la Paix, pour ajouter trois notes à celles que nous avons données ici même sur les Guêpes et les Oiseaux.

Note sur un passage des Guêpes,

<ï>ép'row, TC vàp oùy. st-'.v àxoOua!. 0w~£'ju ' èvTaùQa

[oixa-TTy) ;

ol u£v y ' à— oxXàovTa'. — ôvîav a'JTwv xat, 7cpO(JTt,0£a!JU

565 xaxà Tipôç -0'!'; oytrt.v, â'w; âv.wv àv t<T(.o(77) TOÎTtv

ol Sk Xsyo'JO'î.v uùQo'j; t,|j.w.... [Iji-oùriv

Phiiocléon fait l'apologie de la condition des dicastes, et c'est un des principaux morceaux de la pièce. Nous traduisons littéralement : « Voyons, y a-t-il adulation que le juge ne soit dans le cas d'entendre? Les uns déplorent leur pauvreté et ajoutent des misères à leurs misères réelles, jusqu'à ce qu'en me chagrinant il les ait égalées aux miennes. D'autres... »

On voit de suite à quelles objections prêtent les mots soulignés. Que signifie ce changement de nombre : « les uns déplorent leur pauvreté, jusqu'à ce qu'il (l'accusé) ait égalé... » Ensuite pourquoi l'accusé chagrine-t-il son juge? Que peut-il faire de plus maladroit et qui aille plus directement à rencontre du but ?

Je sais que les conjectures ne manquent pas, et je me ferais un plaisir de les discuter, si toutes n'étaient entachées d'un vice irrémédiable : elles changent les mots, mais la pensée reste, et cette pensée est un comble d'absurdité. Jugez-en. Philocléon a commencé par poser ce principe, que nulle condition n'égale celle du dicaste : « Y a-t-il actuellement un être plus heureux, plus fortuné que lui, une vie plus raffinée, un animal plus redoutable, en dépit de la vieillesse? » Et quinze vers plus loin, le même Philocléon déclarerait que pour un accusé le meilleur moyen d'apitoyer son juge, c'est de lui démontrer qu'en fait de misères ils n'ont rien à s'envier l'un à l'autre! Imagine-t-on contradiction plus flagrante? et se peut-il qu'Aristophane ait jamais rien écrit de semblable?

Il n'y a pas de doute possible, le vers 565 est interpolé. Supprimez-le, le sens devient parfait: « Les uns déplorent leur pauvreté et l'exagèrent; d'autres... » Le verbe Tzpo'sxi^-r\^i pris absolument, comme ici, est fréquent dans les auteurs classiques. Je me bornerai aux exemples suivants : Thucyd., III, 45, ô'.eçsXTiXùOaa-i ys oià -aortov Twv Ç-f.jjL'.wv oi av6pto-o'. -po77'.6$vrs;, « on a parcouru toute l'échelle des peines en les aggravant sans cesse; » Platon, RépubL, I, 559 B, o-ù ok Tcoon-i^-riç ; Démosth., IV, 20, àXXà Ta p-upà 7î0iT,(7avTeç xal 7îop{<TavT£ç, ~oùroi<; Tipoo-xiOeTE, av sXâTTw cpatvTi-a!., « faites peu, ^donnez peu, ajoutez ensuite, s'il apparaît que c'est trop peu. »

D'ordinaire, il est vrai, 7:po(TTi9Y\{jLt. est suivi d'un régime direct, comme dans ce vers d'Eschyle : .a-V, xai ti Tipèç xaxor<7!. -poo-^TiTa-. xaxdv (1). De là l'interpolation.

(1) Perse,s, v. 531.

A ce point de vue noire passage est des plus typiques. Il nous fait voir et toucher en quelque sorte au doigt par quelles gradations insensibles une glose insignifiante finit par constituer un vers. La glose ici portait : xaxà -pôç Toî; o'jo-t, {xoLY.oïii). Le malheur a voulu que cela fît la moitié d'un tétramètre anapestique. Un copiste, évidemment distrait, a suppléé de son chef : iw; à'v {-ziç,) tTiôo-ri Toîdtv £|j.ora-i,v. Notre meilleur manuscrit, le Ravennas, s'en tient là. Mais comme il manque encore un pied au vers, un troisième s'avise d'insérer entre â'wç et av, en dépit de la construction, le mot âvaov, lequel ne se lit d'ailleurs que dans deux manuscrits. Et voilà Aristophane gratifié d'un vers qui ruine toute sa démonstration, et brave à la fois la grammaire et le bon sens.

Notes sur deux passages des Oiseaux.

""Ap' 'j-ô-Tspov ysvÉaOa'. — avTÔ; £5"r!.v à^wv ; 798 wç AuTpécfTjÇ ye T.-j-'.^y^y. jjiôvyV è'^^wv TTTcpà •/■jpsG-^ (fùXy.pyoç, eiG' '"--ap^o;, e^-'ê; oûôevôç |y.eyâXa —pâTTSt, xà^T'. vjvî, zo-jHb:; lu-aXsx-p'Jwv.

On a forcé le sens de ces vers, et ce n'est pas de quoi s'étonner. Il aurait fallu d'abord savoir au juste ce que c'est que la ti-jt^vy,, et depuis H. Estienne les dictionnaires en donnent une définition tout à fait fautive. Ils l'expliquent par : bouteille de verre enveloppée d'osier, comme les fiasques italiennes. Autant de mots, autant d'erreurs. Le verre, pour commencer, doit être mis hors de question. S'il n'était pas inconnu aux Grecs, au moins passait-il pour une matière précieuse et rare, et jamais les fouilles

( 43) n'ont ramené au jour le moindre tesson de bouteille. En second lieu, la circonstance d'une enveloppe, quelle qu'elle soit, ne se tire d'aucun des documents qui nous sont parvenus.

Photius définit la T^'j-ivri par -asxt>, /âyjvo;, bouteille tressée, tissu formant bouteille. Suidas, par Ti/iyjjia dizà ÔaXXoïv, tissu fait de jets d'arbres ou d'arbrisseaux. De même, pour notre scholiaste la -jr-V/-, est simplement un Tzléyiioiy et le ttut'.vo-àôxoç, le tresseur de -•j-Lvxi, est le 9â)Jt.va -oiwv âyysra. Enfin Pollux, dans un chapitre Trepl TîAoxswç, après avoir énuméré quantité d'ouvrages tressés, clisses à fromage, claies à figues, chapeaux de femmes, etc., ajoute sans plus : on tresse aussi des TîUTtva!. et des corbeilles (1). Ces divers textes peuvent manquer de précision, mais en tout cas les termes n'en sont applicables qu'à un genre particulier de bouteilles, et nullement à des bouteilles clissées, ni à des touries.

Les flacons destinés à contenir des liquides étaient généralement en terre cuite, et par conséquent fort fragiles. 11 est naturel que pour certains emplois, par exemple pour les travaux de la campagne, on se soit ingénié à les fabriquer dans une matière à la fois légère et peu sujette à se casser. Une hypothèse s'offre d'abord : la -•j-ivr, serait un flacon d'osier rendu étanche au moyen d'une couche de poix (-î—a). Mais on aurait tort, je crois, de s'y arrêter. D'osier, ol'soc, ou oh-jy., il n'est pas trace dans les documents cités ci-dessus, alors qu'il eût été si simple de définir l'objet par oiixjvrr^ lâyjvoç. D'autre part, la profession de 7ru-!,vo7iAôxoç était différente de celle de

(1) Ka\ -'jxi'va; TïXî'xôtv xat xaXâpou;. Onomasticon, 1. VII, c. 33.

l'o^truoTîXôxoç OU de l'o^a-uoupyôç. II faut songer plutôt à des joncs ou à des roseaux, de l'espèce de ceux dont on faisait les nattes; peut-être à d'autres substances végétales. Car il y a lieu de tenir compte d'une particularité consignée par Pline à l'occasion des racines de certains arbres : « Les montagnards en détachent les filaments les plus ténus et en font des bouteilles très remarquables et d'autres vases (1), ^)

Cette industrie, les Grecs la tenaient-ils des Égyptiens? Sont-ce au contraire ceux-ci qui l'ont apprise d'eux? On n'en sait rien, mais c'est un fait qu'elle s'est maintenue jusqu'à nos jours dans une grande partie de l'Afrique. Le voyageur Le Vaillant l'y retrouva au siècle dernier, et grande fut sa surprise quand il en vit les premiers spécimens. « D'autres, écrit-il, m'offrirent une abondante provision de lait dans des paniers qui me paraissaient être d'osier; ce dernier cadeau m'étonna : « du lait dans des paniers, me disais-je ! Voilà une invention qui annonce bien de l'industrie! » ... Ces jolis paniers se fabriquent avec des roseaux si déliés et d'une texture si serrée qu'ils peuvent servir même à porter de l'eau : ils m'ont été, pour cet usage, d'une grande ressource dans la suite. » Et ailleurs : « On reçoit le lait dans les paniers que j'ai décrits, et qui sont particulièrement l'ouvrage des femmes; leur capacité dépend de la fantaisie, mais leur forme est toujours la même : très légers et ne risquant jamais de se rompre, ils sont sans contredit préférables à nos vases, quelle qu'en soit la matière; les femmes que j'avais alors dans mon camp, n'avaient point

(1) E quibus montani praetenuia fila decerpentes, spectabiles lagenas et alia vasa nectunt. Htst. natur., XVI, 56.

( 43 ) oublié leurs outils ; je m'amusais à voir fabriquer ces jolis paniers qu'elles s'empressaient d'échanger avec moi contre de la quincaillerie, dès qu'elles y avaient mis la dernière main (1). » Encore aujourd'hui on continue à fabriquer en Afrique des vases et coupes de cette sorte. Nous en avons tenu en mains, qui provenaient du Congo belge.

Y a-t-il moyen de rendre en français -utîvti autrement que par bouteille? Je trouve dans Littré le mot : « Bire, espèce de bouteille en osier. » Ce n'est pas tout à fait cela, mais le mot ne m'en paraît pas moins excellent, étant une autre forme de huire, qui a donné burette.

Maintenant que nous savons à quoi nous en tenir sur la ■jtuxtvTi, rien de plus facile à traduire que notre passage. Le scholiaste nous apprend que les bires étaient munies d'anses servant à les suspendre, et que ces anses s'appelaient TiTepâ, ailes. De là le jeu de mots d'Aristophane sur Diitréphès, qui était TLUTt,vo-Aôxo;, c'est-à-dire fabriquant de bires : « N'est-ce pas que devenir aîlé n'a point de prix? Voyez Diitréphès, qui n'a d'aîles que celles de ses bires. Il fut élu phylarque, puis hipparque. De rien il s'est élevé aux grandeurs, et le voilà devenu un hippalectryon brun. »

Je dirai à ce propos que l'hippalectryon n'est ni un coq géant, comme le dit M. Blaydes (sur Grenouilles, 952), ni un griffon, comme le définissent certains dictionnaires, ni un terme insolite, de l'invention d'Eschyle, comme le pense M. van Leeuwen. C'est un animal fabuleux, moitié

(1) Voyage de M. Le Vaillant dans l'intérieur de l'Afrique. Liège, 1790, 1. 1, p. 324, et t. II, p. 175.

coq moit'é cheval, à comparer avec l'hirco-cerf, TpayiXa^oç, moitié cerf moitié bouc. Il en existe d'assez nombreuses représentations (1 1. Dans le langage courant, hippaleo tryon se disait, avec une nuance d'ironie, d'un personnage considérable dans son état. On le rendrait passablement en français par gros bon.iei, mafador.

Pourquoi brun, car il est invariablement brun, l'hippalectryon? C'est sans doute parce qu'il était figuré ainsi sur les tapis de Perse, dont les Athéniens faisaient grand cas et grand usage. (Test du moins ce qu'on peut inférer d'un passage des Grenouilles (v. 938'.

'E^àp-^v U|jt.vot,(;, £'^âpr|V oi^oL^ç- 1744 ayajaaî, Se Aôywv. aye vjv aùzoù

xal Taç ^Bovia; xX-z^oraTe |3povTàç, Ta; T£ TC'jpwoe'.ç A'.ôç à(TT£po7ràç, OE'.vov 7 ' àpyrixa xspauvôv.

On ne sait que faire de aû-oû, qui ne peut se rapporter qu'à Aiôç. M. Blaydes, jugeant avec raison l'intervalle trop grand entre les deux mots, propose d'intervertir

(1) Gerhard, Trinkschalen, pi. I (d'après une coupe du musée de Berlin); Heydeman, Griechische Vasenbilder, pi. VIII, fig. 4 (d'après un lécythe du musée de la Société archéologique d'Athènes); Annali deW Instituto di Correspondenza archeoL, 1874, tav. d'agg. F (d'après un fragment d'amphore du musée de Florence); Catal. Pourtalès, 1865, p. H7 (d'après la coupe n» 330). La même figure se voit aussi sur une coupe du musée du Louvre (Archâol. Anzeiger de Berlin, 18o3, p. 400), sur une autre du musée britannique {Catal. Walters, 1893, t. II, n" 433) et sur une amphore du musée de Munich (Catal. Otto Jahn, 1854, n" 86).

( 47 ) l'ordre des vers 1745 et 1746 (en lisant -^^a '^e, au lieu de xal rà;). Le fâcheux c'est que auxoù n'en est pas moins une cheville.

Pour obvier à l'objection, Bergk, suivi par Meineke et M. Koch, a imaginé d'attribuer la strophe entière au coryphée; aÛTcû, de la sorte, désignerait Pisthétaire. Le remède me paraît pire que le mal. Faire du coryphée, non plus l'interprète du chœur, mais une personne distincte qui, se substituant à l'acteur, marque au chœur sa satisfaction et se déclare réjoui de ses chants, cela est contraire à tous les usages de la scène grecque, et j'ose défier n'importe qui d'en citer un exemple.

Lisez simplement aÙToû, ici mis pour euau-o-j. Cette synonymie n'a rien d'insolite. On en trouve un cas dans les Oiseaux même, au vers 808. Cf. encore Eschyle, Choéph., 1014 : vjv aO-ràv atlvw, vOv à7L0t,[jL(o^w -aptôv ; et Sophocle, OEd. Col., 966 : stisI xaQ'ajTov y'oux av è^eùpoi^ è^oi âaapTiaç ôver-Soç ouoev.

Notons en passant que c'est à tort que certains éditeurs rejettent du texte s^^pv tôSaîç. Rien n'est mieux justifié que cette prétendue glose : Gjjlvo'.ç correspond aux

ù|i.evaw!.ç du V. 1728, côoarç aux ^uii-fMo'.Ti (oSaCç du v. 1729 :

Je suis charmé de vos hymnes, charmé de vos chants, ravi de vos paroles. Voyons, célébrez aussi maintenant, car ils sont miens, et les tonnerres souterrains et les éclairs flamboyants de Zeus et la foudre terrible et éblouissante.

NOTES

SUR LES CMiLIERS DlEISTOPHiM

A PROPOS D'UNE ÉDITION RÉCENTE

PAR

Alphonse WILLEMS,

Professeur à l'Université de Bruxelles

BRUXELLES

HAYEZ, IMPRIMEUR DE l'aCADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE

rue de Louvain, 112

NOTES

m LES CMiLlEHS D'iUISTÛPeil

A PROPOS D'UNE EDITION RÉCENTE

PAR

Alphonse WILLEMS,

Professeur à l'Université de Bruxelles.

—aa^mS"

BRUXELLES

HAYEZ, IMPRIMEUR DE l'aCADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE

rue de Louvain, H 2

Extrait des Bulletins de l'Académie royale de Belgique (Classe des lettres, etc.), n» 2 (février) ; 1899.

NOTES

SllR LES CAÏAUEUS D'iMSîOPHAl

A PROPOS D'UNE ÉDITION RÉCENTE

La maison Teubner, de Leipzig, a entrepris, il y a une trentaine d'années, de publier de chacune des comédies d'Aristophane une édition critique, dont elle a confié le soin à M. Ad. von Velsen. Dépourvues de commentaires, ces éditions ont avant tout pour objet de nous fournir la collation exacte et définitive des principaux manuscrits, et par cela seul elles constituent le plus précieux des instruments de travail ; car cette collation avait été faite avec beaucoup de négligence, à tel point que les leçons d'une même copie se trouvaient fréquemment reproduites d'une manière différente par les savants qui prétendaient les avoir relevées.

Cinq pièces seulement, sur onze, ont vu le jour jusqu'à présent. La première parue, les Cavaliers, étant depuis longtemps épuisée, un helléniste connu par d'utiles et sérieux travaux sur Aristophane, M. C. Zacher, s'est chargé de la réimprimer, en revisant sur nouveaux frais le travail du premier éditeur (1).

(1) Aristophanis Equités. Recensait Adolphns von Velsen. Editio altéra quam curavit Konradiis Zacher. Lipsiœ, B. G. Teubner, 1897, in-8«.

Au point de vue paléographique, cette revision, autant que je puis en juger, ne laisse rien à désirer. Mais je n'en dirai pas autant de la manière dont le texte a été établi. M. Zacher est prompt à soupçonner des fautes, et presque aussi prompt à tourner ses soupçons en certitudes. C'est, on le sait, le péché mignon de la plupart des éditeurs, et Aristophane est au nombre des écrivains qui ont eu le plus à en pâtir.

Pour qu'il en fût autrement, il faudrait que l'on se départît de l'opinion préconçue et partout répétée avec complaisance, que le texte du poète comique est profondément altéré. En somme, c'est plutôt le contraire qui est vrai. Nous possédons dans le Ravennas un manuscrit de premier ordre, que l'on peut en outre contrôler par quelques autres à peine inférieurs. Même à ne pas tenir compte de la précieuse collection des scholies, je serais curieux qu'on nous citât un autre poète grec, à part Homère, offrant autant de garanties d'authenticité.

Ce qui ne veut pas dire que le texte soit exempt de tares, il s'en faut de beaucoup. Mais le ditïicile est de les distinguer clairement, plus encore peut-être que de les corriger. Tel trait nous paraît inintelligible, telle tournure fautive, qui ne l'étaient pas pour les Athéniens. Encore que chaque jour apporte sa découverte, nombreux sont les passages que nous entendons mal, nombreux même ceux que nous n'entendons ni peu ni prou, et n'entendrons sans doute jamais. Mais ce n'est pas une raison pour les changer arbitrairement. La plus rare qualité chez un éditeur est de savoir se résigner à ignorer, et le plus habile est celui qui dans les cas, je ne dirai pas désespérés, mais simplement douteux, ose prendre sur soi de s'en tenir à la leçon traditionnelle.

Il serait temps de traiter les monuments littéraires de l'antiquité comme on fait aujourd'hui les monuments de la sculpture : on les nettoie, on les débarbouille de leurs impuretés, mais à cela près on les laisse en état, et nul ne s'avise plus de les restaurer.

Ètes-vous curieux de savoir comment M. Blaydes, par exemple, ou M. Kock auraient écrit, s'ils avaient été que d'Aristophane? Il suffit de vous procurer leurs recensions, et de fait chacun de nous les possède. Mais autre chose devrait être l'édition critique ainsi que nous la concevons. Elle devrait se proposer uniquement de nous donner, sinon l'Aristophane primitif, du moins un Aristophane sans retouches, surcharges ni trucage, tel en un mot que l'antiquité nous l'a légué. Elle se restreindrait à la tâche délicate entre toutes d'éliminer les fautes d'écriture, sachant se tenir en garde contre des règles de grammaire et de métrique qui ne sont rien moins qu'établies, écartant impitoyablement tout ce qui est du domaine de la conjecture, et n'admettant de corrections que dans les cas, plus rares qu'on ne pense, où la correction se justifie d'elle-même et s'impose comme indiscutable.

Ce n'est pas tout à fait ainsi que M. Zacher a compris son rôle. Bien qu'il reproche avec raison à M. von Velsen d'avoir abusé de la conjecture, il ne laisse pas de tomber dans la même faute; non de son propre chef (le plus souvent il se contente d'exprimer des doutes), mais par excès de confiance dans ses devanciers. Le point pour lui est de rendre Aristophane partout compréhensible. Et comme il part de l'idée que les copies sont viciées, chaque fois qu'un passage ne s'entend pas à première vue, il le tient à priori pour corrompu. Sans compter que le reste lui apparaît comme hérissé d'embûches et lui suggère à

( 6) tous coups des objeclions doui il n'est pas toujours aisé de saisir l'à-propos.

Ainsi, vers 121, a Prononce d'un seul trait, comme je fais, et conjonctivement jj.o)>wjjLev » (c'est-à-dire ni txoXw {jiev ni {jLÔ"A(0|j.ev), s'entend de soi, et on l'entendait avant qu'on se fût avisé de suppléer un méchant vers. Car nous en sommes là aujourd'hui qu'on prête des vers à Aristophane. Et celui qui le premier a eu cet aplomb, — le ciel lui fasse paix, — c'est Miiller-Strùbing (1).

Vers 250, -oA"Aâxt.ç x-^; rjuspaç, plusieurs fois le jour, que l'éditeur déclare ne pas entendre, est aussi clair que oL; -où èv'.auTOj, deux fois par an, de Platon [Critias, 118 E), ou -oAAâx!,; To'j jjiT,v6ç, plusieurs fois le mois, de Xénophon [Cyrop., 1, 2, y).

Vers 501, qu'y a-t-il à reprendre à tcôv Gewv lepàç? Rien de plus fréquent que celte construction en grec et même en latin. Cf. Plut., 957 : Lepôv -où UÀoùtou; Platon, Leg., V, 741 C : -tjç yY,; Lepàç oùo-riç twv 7:àv-wv Oewv ; ce que Cicéron traduit {de Leg., II, 18; : lerra sacra deorum omnium est. — Le sens exact du passage nous échappe, faute de données précises sur le verbe oexaTe-JcLv ; mais on présume facilement que Cléon impute au tripier de vendre la chair d'animaux consacrés aux dieux, et dont ceux-ci n'ont pas reçu leur part (la oexà-:/] représenterait la Osoiaopîa) ; c'est-à-dire qu'il le menace d'une accusation de sacrilège, lepos-yÀia.

Vers 425, eî o'ojv, que MM. Blaydes et Zacher condamnent, est tout ce qu'il y a de plus grec. Oùv y est

(1; Et non M. von Velsen, comme il est dit par erreur. Voir Aristophanes und die liisLorische Krilik, p. 138.

(7) adversatif, comme aux vers 491 et 531 des Oiseaux. La locution tî û'ouv ou T.v o'o'jv se lit entre autres : Ois., 577; Platon, Rep., 388 C; Sophocle, EL, 577; OEcl. R., 851 ; Ant., 722; Euripide, yl/c, 850; Andr.,ZùS; IléracL, 714.

Vers 539, d-o <7-rju.y-o^ [j.à~e!.v, déclaré inintelligible, est non moins correct; v.tzo <7z6jj.oi-o^ tient lieu du datif instrumental. Cf. Hom., //,, XI, 675 : d-o ysipo<; è'jXr.To; Platon, Leg., VII, 795 B : dTzb twv âp'.T-spwv ixy.yt^hai; Eurip., Tr., Il A : o^uijLàTojv d—o id —zZio. à-o)),s(Ta;.

Vers 722, la construction pers. de Soxs^v, reperior, existimor, au lieu de l'impers. : Tu n'apparaîtras pas m'avoir, c'est-à-dire : On ne se doutera guère que tu m'aies... {Inutile encore d'ajouter un vers.)

Vers 727, pourquoi îv 'e-'ov^ç serait-il suspect ici, quand il ne soulève aucune objection au vers 747?

Vers 822, xal vjv est excellent, mais non dans le sens où on l'entend d'ordinaire. Voir ma note sur le vers 4221 des Oiseaux.

Mais j'ai hâte d'en finir avec ces bagatelles. Après tout, l'éditeur est en droit, quand il éprouve des scrupules, de les consigner en noie. Cela ne peut avoir d'inconvénient que pour qui serait tenté de s'y arrêter. Mais voici qui est plus grave. Au lieu de se borner à émettre des doutes, il lui arrive trop souvent d'introduire dans le texte de soi-disant émendations. Et le malheur veut que dès qu'elles s'écartent notablement des sources, on est à peu près sûr qu'elles portent à faux. C'est ce que je me propose de faire ressortir, sans descendre dans le détail, et tout en me limitant aux principaux exemples.

Vers 263, au lieu de êvcy.oAâ,3Y,G-aç on imprime evs/.o- \-f\{iy.7y.<;, d'après Hésychius. En supposant, ce qui eet plus que douteux, que cette dernière glose ait trait à

notre passage, pourquoi préférer l'autorité du lexicographe à celle de tous les manuscrits, confirmée par Suidas? La leçon evexoXâjjyiTaç parait d'autant plus certaine, que la suite des idées réclame ici un terme emprunté à la palestre. (A rapprocher de la variante l(7TO'fôpo!., vers 294, également tirée d'Hésychius par M. von Velsen, et qui prouve que ce savant s'était complètement mépris sur la pensée d'Aristophane.)

Vers 394, â-^aûet, donne un sens excellent. Chacun sait qu'on dessèche le blé avant de le mettre en vente. Et quant au sens figuré, il n'y a qu'à comparer cet autre vers : ev-aùOa ôyi Tûatoàpiov eçauaivsTat (fr. 514 d'Arist., éd. Dindorf). Une allusion toute pareille aux prisonniers exténués de Pylos se lit dans les Nuées, vers 186. A quoi bon alors adopter la malencontreuse conjecture de W. Ribbeck, à^atvet,? Quand bien même un pareil composé de atve'.v serait définissable en soi, encore n'aurait-il d'application qu'en parlant du grain et non des épis (cyïày^uç).

Vers 1207, y a-t-il lieu de condamner : zi où ô[,axpive!.<; A9i|ji' ÔTOTEpôi; éo-T'. vwv? Il est vrai qu'ailleurs on lit : 0) Avifji.'; mais est-ce une raison pour refaire le vers? Et puisque Ay1[ji.' manque dans VAmbrosianus, ne serait-il pas plus simple de remplacer ce mot, qui n'est peut-être qu'une glose, par toùO' ou mieux -raùB'? Cf. vers 1502; JSuées, 1262 ; Platon, Phéd., 62 D : àvorixo; avGpw-oç -rây' av oi-r\^d-f\ -ïaû-ïa, cpeuxxéov ehyx à-KO roù 8eo"i:ÔT0u; Phœdr., 230E ; Xénoph., .Inaft., 1, 3, 7 : oi ci.Hoi Taù-ra âxoiio-avre;, OTi où cpatYi Ttapà pctsCkia. TiopeùeirOa'., ETrriVsa-av.

Vers 1302. Avant de toucher à ce vers, il faudrait être deux fois sûr qu'une correction s'impose. Car le poète y parodie Euripide, et le vers est textuellement emprunté

à VAlcméon. Oûôe -jvOàvsdGe a déplu à M. Blaydes, qui de son chef y substitue : oûôéttw TrsTïua-Oe, en ajoutant : Vulgata inepta est, requiritur prœteritum. Je voudrais bien savoir pourquoi, par exemple. Ne hœc quidem exquiritis est-il moins clair que nondum audivistis?

D'autres passages maltraités par les éditeurs nécessitent de plus longues explications. Nous allons les passer en revue, en profitant de la circonstance pour en éclaircir quelques-uns qui, à notre sens, ont été mal entendus.

417 Kal Y(\ Ai 'a)v)va y' èrrii jjiou ■/.ô^oïka. rcaiSôç ovtoç.

Les éditeurs qui impriment de la sorte ce vers, nous doivent une explication. « Et de plus, par Zeus, on sait de moi d'autres tours, du temps de mon enfance. » L'on cherche en vain à quoi se rapporte àXXa. D'awfres tours en supposent au moins un premier, et nulle part encore, que je sache, le marchand ne nous a entretenus de ses talents.

11 conviendrait, ce semble, comme en quantité d'autres endroits, de s'en tenir à la leçon du Ravennas :

Nri tÔv At 'â\kâ y' è^'i p.ou xô^SaXa Trawcx; ovTOç.

« Oui bien, par Zeus, mais on sait de moi des tours datant de mon enfance. » C'est une façon de dire familière à Aristophane. Cf. Nub., 652 : yi\ tôv Aï' akX 'otoa; Thesm., 259 : v-V, tôv Ai' dXky. xàîtiTTiBeia Tràvu ; Plut., 202 : VT) TOV Ai' àXkà y.a.1 ^.eyoua-t, -rrâv-eç, etc.

Il est vrai qu'on s'accorde à improuver l'emploi de àXkâ. ye sans un mot intercalaire. Mais si ce n'était là qu'une subtilité de grammairiens? En soi, dXkâ ye n'est

pas plus bizarre que eî' ye, eÎTiep ye, etc., et nous ne serions pas en peine d'en citer des exemples fort authentiques (entre autres Plat., PoL, I, 531 B ; Phœdr., 262 A; AnthoL, III, 65; Anth. Plan., 107, 5). Mais la règle serait parfaitement justifiée, qu'il y aurait lieu ici d'admettre une exception. On connaît le canon de Porson : Post jusjiirandum, qualia sunt v>, A{a, v>, tôv Aia, jj^à Aîa, cetera hujusmodi, nunquam sequitur particula ye nisi alio vocahulo interposito. Ainsi, plus loin, vers 4035 : v>i xov no<7ct.5w TToAû ys; Pax, 663 : vr, tôv 'Eptjir,v wo-xe ye, et cinquante fois peut-être dans Aristophane.

Le ye se rapporte donc, non à la phrase commençant par alla, mais à vV, A{a ; c'est comme s'il y avait : v>) tôv Aia ye dll 'êo-xiv. Après cela qu'on lise, si l'on veut, àlV è(j-:Lv yé (jio'j ou àÀ).à yàp etrxi aou, j'avoue que ces vétilles grammaticales me laissent assez indifférent. L'essentiel est d'épargner au poète une absurdité.

On connaît — ne serait-ce que par la peinture de vase reproduite dans Duruy (!) — la scène où, profitant de l'inattention des cuisiniers, le futur marchand de boudins leur dérobe un morceau de viande et le dissimule entre ses fesses, tout en jurant n'avoir rien pris. « Un orateur m'ayant vu faire, ajoute-t-il, s'écria : Ce gamin-là ne peut manquer de gouverner le peuple. •>■> Sur quoi l'un des interlocuteurs :

427 Eu ye ^uvs3a)>ev aux'* âxàp Sïilov y 'd'f 'ou ^uvéyvw bziri] 'Titwpxetç 6' ripTiaxwç xal xpéaç 6 Trpwxxèç zlyev.

(1) Histoire des Grecs, t. I, p. 360.

« II a rencontré juste, mais on voit clairement d'où il tirait son induction : tu te parjurais après avoir volé et ton fessier serrait de la viande. »

De la viande, vous avez bien lu, et non la viande, ce qui n'aurait pas de sens. C'est pourtant ainsi que l'entendent la plupart des éditeurs, entre autres Meineke, Bergk, von Velsen et Kock. Et le dernier ajoute en note : « Il est très singulier que l'article manque devant xoia;, puisqu'en •fait de viande on ne peut songer qu'à la viande volée », et il propose de lire : xô xpsa; o'6 -owxto;. Faut-il avoir passé sa vie à commenter Aristophane et les comiques pour avoir de ces naïvetés-là? Mais c'est que précisément il est question de toute autre viande. Qui en doute n'a qu'à relire les vers 880 et 1242 des Cavaliers, le vers 1093 des Nuées, les vers 1 12 et 115 de VEcclésie des femmes. C'est même une sorte de lieu commun de l'ancienne comédie sur l'éducation des orateurs. Eupolis :

xal p.YixÉ-', (.ova^ M'.Xx'.âôY) xal nep-z/Àsc?, êâTar' oipyz'.y [i,£'.pâxî,a x'.voJueva.

Et Platon :

xôxo^Xo-s'Jxaç- -O'.yxpo'jy 'pri'hip i-jv. {[).

Quand on étudie Aristophane, il est certain trait des mœurs grecques, si répugnant soit-il, qu'il ne faut jamais perdre de vue. Dans les Nuées, le chœur conseille au

(1) Fragmenta Comic. grœc, éd. Meineke, t. II, pp. 464 et 681.

M. Zacher s'accorde ici avec les manuscrits. Il renvoie à une dissertation de M. Vahlen, que je n'ai pas eu l'occasion de lire. On m'excusera donc de maintenir ma note.

( 12) bonhomme Strepsiade (vers 417) : oî'vou t dnéyeiy xa'. yujjLvaTLwv xal twv oTûmv âvoT,T(i)v. A-l-on assez torturé ce passage, les uns remplaçant yup.va7{wv par ^alaveiwv ou par «TuijLTîoa-iwv; les autres, plus sages, maintenant le mot, mais l'interprétant par exercices gymniques.

Je tiens qu'on s'est mépris dans l'un et l'autre cas. i]'j|jL-oTLwv en son genre est une trouvaille, quand on songe que Socrate (car au fond c'est de lui qu'il s'agit dans ce morceau) est justement le héros des deux banquets racontés par Platon et par Xénophon. Et quant aux exercices de corps, on sait que Socrate en était grand partisan, au point qu'il se piquait de danser, et déclarait que l'odeur de l'huile des gymnases était celle qui flattait le plus chez un homme (1).

Ne voit-on pas qu'il s'agit tout uniment des gymnases, Ta yj!j.và(7!.a o'j av £y/-,3oi yjfji.vâsOVTa!., suivant le mot de Théophraste (2)? Ces gymnases étaient, au témoignage d'Aristophane même, de vrais lieux de prostitution, et de quelle prostitution ! Relisez plus loin les vers 973 et suiv. et rappelez-vous la parabase de la Paix (vers 765) et celle des Guêpes (vers i025). On voudra bien me dispenser de m'étendre sur ce point : il y en aurait trop long à dire. Je tiens pourtant à noter que l'orateur Eschine, qui dans son discours contre Timarque nous a laissé un traité complet sur ce genre de stupre, avoue que, passionné pour la beauté, lui-même ne bougeait des gymnases, £v zoU yuiJLva-yio'.ç 6yl-f\pb^ wv (5) ; il sait qu'on le blâmait pour tout le temps qu'il y gaspillait avec ^les jeunes

(1) Xénophon, Banquet, 2, 3.

(?) Characteres, 21. éd. Dùbner.

(3) Contra Timarchum, 19, 7.

garçons, èv toî"; yu^ava^îo'-ç psTa twv vewTÉpwv uou oiolzoi^ck; xaTa[ji£[ji'^eTa'- (1), mais il se défend d'y avoir jamais rien fait de répréhensihle. Aristophane veut qu'on ne s'expose pas même à la tentation. « Abstiens-toi des gymnases m, dit-il, et pour plus de clarté il ajoute : xal -rwv a)vXwv àvor.Twv, « et des autres insanités », c'est-à-dire : et de tout autre libertinage. Car, ainsi que l'a fort bien vu le scholiaste, rà âvôri-ra, comme sottises et folies en français, désignent ici les passix)ns charnelles.

ArpeaSaÙTÔ) TîoXù TO 'p6^>.oy, Tiaoa— sjji'liaT'écp'êvBexa xwTTaiç 547 8op'j-jov ypf,7~by \-f[y'Axr{^.

C'est le chœur qui glorifie en ces termes le poète dans la parabase : « Qu'un grand fracas s'élève en son honneur; envoyez-lui l'écho joyeux d'un vacarme lénéen à onze rames, afin que le poète... »

Un vacarme lénéen, parce que les Cavaliers furent représentés aux fêles lénéennes. Mais que signifie à onze rames? On l'ignorait jusqu'ici. Jugez de l'aubaine pour ceux qui tiennent fautif tout ce qu'ils n'entendent pas, et font métier de le mutiler. M. Zacher énumère six conjectures, et c'est modeste, car M. Blaydes à lui seul en propose douze.

L'éditeur anglais M. Merry était sur la voie quand il supposait que les xwTia', désignaient les doigts des spectateurs. Eschyle avait employé une figure analogue : ép£Tje7'âii.'5l xparl yzpolv TtixuXov (2), « accélérez autour de

(1) In Ctesiphontem, 84, 40.

(2) Sept. c. Theb., v. 856.

vos têtes le battement d'aviron de vos mains », c'est-àdire : frappez vos têtes de vos mains en signe de deuil; et Euripide paraphrasant Eschyle : apa^ae yeipl xpàxa TTiTÛXouç O'-ôoùaa yv.oôi; (1).

Seulement, pourquoi onze avirons? M. Naber nous a donné le mot de l'énigme dans un excellent article de la Mnemosyne sur la marine athénienne (2). Le onzième aviron, c'est la langue. La preuve s'en trouve dans ce vers cité par Athénée (1. XV, c. 6) :

e''p£T'//] y)^oW3-r,ç â-07ts[JnJ;o|jLev e'!ç [j-iyav avvov.

« Nous ferons la conduite à ton ami jusqu'au terme de la gloire en ramant de la langue. «

Le è'f hozxy. xcôua'.ç (l'Aristophane signifie donc : au moyen des doigts et de la langue, des deux mains et de la voix, de vos applaudissements et de vos cris.

Et voilà encore un passage hors d'atteinte. Cette explication si ingénieuse et si claire ne fait-elle pas plus honneur à la perspicacité et au savoir de l'éminent professeur d'Amsterdam que tout le bric-à-brac des conjectures ?

Où yàp oùôeiç ttwtto-' aûrwv Toyç £vavTiou<; iowv 570 r,p{9{jiYi«rev, âXX' ô 9u[jioç eûBùç t,v âfjLUviaç.

« Jamais l'mi d'eux (de nos pères), voyant les ennemis, n'en fit le compte, mais son ardeur était sur-le-champ en éveil. »

(1) Troades, v. 1235.

(2) Mnemosyne, Lugd. Batav., 1895, p. 239.

HésychillS : àjji.'jviaç, àjjiuvTi.xôç. -apà To âu'Jv£!.v. La même explication se lit dans le scholiaste, dans Suidas et dans Eustalhe. En effet, âjjiuviaç est un adjectif de la même famille que xol7ziy.ç, Esch., Pers., 4060; àpytaç, Agam., 147; b-riXuû^iccq, Héiod., VII, 158; TpaujjiaTiaç, Thucyd., VII, 75; (ppovr.jjiaTiaç, Xénoph., Agés., I, 25; XTijjLaxiaç, Aristoph., Gren., 494, et une trentaine d'autres au moins, cités par M. Blaydes sur ce dernier passage.

Amynias était aussi un nom d'homme. Pour qui connaît le flair de certains philologues, il n'est donc pas étonnant qu'un d'eux se soit avisé de donner au mot une majuscule. Mais que cette fantaisie ait pris crédit jusquelà que les quatre derniers éditeurs, MM. Kock, von Velsen, Blaydes et Zacher impriment comme la chose la plus simple du monde : Oupôç y,v 'Ap.uvîaç, il y a vraiment de quoi confondre.

Car d'abord que viendrait faire ce jeu de mots, en admettant que c'en soit un, dans un morceau des plus sérieux, le seul tout à fait sérieux de la pièce? Aristophane ne plaisante pas, que nous sachions, quand il s'agit d'exalter les aïeux. Et puis un jeu de mots, même à défaut de sel, doit au moins offrir un sens. Et quel sens prétendon tirer de celui-là? On sait ce qu'était Amynias : un type d'efféminé, un dissipateur ruiné par le jeu et les chevaux, et qui malgré cela continuait à poser pour l'aristocrate; pis encore peut-être, si Cratinos le traite tout uniment de sycophante. Et ce personnage falot serait censé personnifier la bravoure des Athéniens au temps de Marathon !

(c Au moindre danger leur ardeur était Amynias. » Voilà ce qu'un savant du siècle dernier appelle une « élégance attique ». Eh ! bonnes gens, laissons à Aristo-

phane l'esprit qu'il a et tâchons de le comprendre : il paraît que cela n'est pas donné à tout le monde. Surtout ne lui prêtons ni logogriphes ni coq-à-l'âne. C'est plus commode sans doute, mais cela mène loin. Par exemple, et sans sortir de notre parabase, qu'est-ce qui empêche d'orthographier dans le même style le vers 550 : ^aropo; ).â;j-ovTi f/ETcÔTTco, et le vers 608 : wtt' è'^r, Sidipoç einôï-^ Kapxivov Koo{v(Jt,ov?

^ù Tzoki^ "Apyo'j;, -Ah'JtV olx Xéye'.; o-j BsjjL'.TTOxXsr

[àvTt'iep' Ce'-Ç ; ôç ETioiria-ev ttiV -ôXiv yjuwv [xeTrr.v ejpwv ÈTiiye'.Xri,

815 Xxl TTOÔ; TOJTO'.Ç àp'.TTWT'fj TGV Ut'.pX'.i TCOOTSJJ.aqSV,

à'^eXwv t'o'josv twv dpyxiu)'^ ^'/^"^^ xa'.vo'j; — aps9r,xEv aj ô"A9rjva{o'j; £wT,Tri7aç |j.!.xpo-o).'!Ta; à-o'^fiva'. ot-aTEiyô^wv xai. yp/,a-[ji.(ooàv, 6 ©sij.'.'Troxler àvT!..p£p'!!^wv.

On ferait une brochure de tous les commentaires et interprétations auxquels ces vers ont donné lieu, sans qu'on ait réussi à se mettre d'accord sur leur véritable sens.

Le second surtout demeure fort obscur, encore que le sens général soit si clairement indiqué par le contexte, qu'il semble impossible de s'y méprendre. Quel fut en effet le rôle de Thémislocle, à qui Cléon vient de se comparer? Quand il revint à Athènes après la guerre niédique, il trouva la ville absolument ruinée. Car les Perses, au témoignage d'Hérodote (IX, 13), avaient renversé « tout ce qu'il y avait de remparts, de maisons et de temples ». Lorsque, neuf ans plus tard, Thémistocle fut exilé, tous les désastres se trouvaient réparés, et Athènes avait atteint, grâce à lui, un degré de prospérité jusqu'alors inouï. Voilà ce que nous savons à n'en pas

douter, et ce que les Athéniens savaient mieux que nous. Ainsi, que l'on retourne comme on veut le vers d'Aristophane, il ne peut signifier que cela.

En dépit de l'histoire et en dépil du bon sens, la plupart des interprètes y ont vu tout autre chose. S'abusant sur le mot i-iyzikr^q, ils l'ont rendu, les uns par rempli jusqu'au bord, les autres par dépassant les bords. D'où cette double traduction : Thémistocle avait trouvé notre ville pleine (jji£(7-t,v) de richesses, et l'en a comblée [èmyeùâ]); ou bien : Thémistocle l'avait trouvée à moitié vide {iTz.yeikri) et la laissa comblée (;jL£7r/,v).

Inutile de dire que les conjectures se sont mises de la partie : l'occasion était aussi par trop belle. Au lieu de (Aea-TT.v, MM. van Herwerden proposent !jL£yâ).Tiv, Kock XeTrxriv» Baar xs'.vViv, Blaydes o-j/upàv, Piccolomini v7,7-:îv y', etc.; conjectures condamnées par la simple logique, car [jLe(7r>iV et èmyeùâi étant des termes corrélatifs, si l'un d'eux signifie plein, il s'ensuit que l'autre signifie vide. C'est ce qu'avaient compris les anciens lexicographes qui, sans se rendre compte peut-être de la valeur exacte du mot èm'/eCk-fii;, en donnent j)Ourtant une définition à moitié satisfaisante. Pollux : s-'.yc-.As;, ivocs;- Hésychius: èmytiXé^, ib èWnziç.

Cherchons donc à déterminer le sens précis de cet adjectif et, pour déblayer le terrain, commençons par écarter les deux interprétations reçues Je nie qu'il ait pu signifier rempli jusqu'au bord, ce qu'on aurait exprimé par Lo-o'/s'A/i;, ni dépassant le bord, ce qui se serait dit ÛTrepys'.Vriç.

C'est l'archéologie qui nous aidera à débrouiller ce mystère. Il existait, à l'époque d'Aristophane et avant lui, une quantité de vases à boire sans pied que^ pleins, on

( ^8 } tenait à la main, et vides on posait sur la table en les retournant. Nos musées sont remplis de vases de cette espèce, ainsi posés sur leurs bords, entre autres de ces vases en forme de corne qu'on appelait des rhytons. Il se peut d'ailleurs que ce fût une pratique courante de renverser les coupes après boire. Du moins Aristophane parle-t-il quelque part (1) de brocs retournés de la sorte en signe de liesse, âvaT£-pa!j.{jisvo'j yofix; (c'est-à-dire âvaxaucpBÉv-oç t; xevwOivToç ziç yrjV, suivant le scholiaste). C'est précisément là ce que signilie êîti/edri;. Athénée, pour exprimer la même chose, se sert d'une tournure pareille : èrJ. tq ^xôijia t'-Oé^u-evoç (1. XI, p. 501 d). De même que è-iTrAsj^ooç signifierait couché sur le flanc, èni-/z'Mi<; veut donc dire ènl -zk yeCkf] TiOé.aevo;, posé sur les bords, renversé, et par extension vidé jusqu'à la dernière goutte. Et que tel est bien le sens qu'avait conservé le mot quelque huit cents ans plus tard, c'est ce que prouve un passage très caractéristicjue de Synésius. L'auteur parle d'un précepteur, o'.oàT/caAo;, rongé par l'envie : « Son unique vœu sera qu'il n'apparaisse dans la ville aucun homme de savoir; s'il s'en montre un, il le ruinera de réputation, afin d'être seul considéré. I£t il restera posé là comme un vase vide de toute sagesse, et ne pouvant plus rien contenir. Du moins ne contient-il rien de bon, envieux qu'il est et médisant (2). » L'exemple est concluant, je pense, et se passe de tout commentaire.

Les deux vers suivants sont plus faciles. Il y a lieu néanmoins d'insister sur le mot ào-.^TWTri.

(1) Paix, V. 337.

(2; KaOîCsT-ca'. oè tôiTTEp xîpâa'.ov i~iyti)d^ tï); go-o'.'X^ /.al o'jx Sv en Ti y^wpîiiTOv. Oùxouv k'('X^6-i ^i ii yiiioti, xôXyl; xal ^âuxavoi; wv. Synesii Dio, p. 39 de l'édit. de i^r)d.

Les Athéniens étaient fort sobres et se contentaient en général d'un seul repas, le Ser-vov (1). C'est, pour le dire en passant, ce qui explique le mot des Nuées à Strepsiade : {j./,-:' àpio-Tav èTzi.%[iz~.(; (vers 410) : « Si tu es peu désireux de déjeuner », c'est-à-dire : Si tu te bornes à un repas par jour.

Non toutefois qu'on s'abstint de rien prendre de toute la journée. Aristophane nous montre les braves gens d'autrefois arrivant à l'ecclésie avec du pain, deux oignons et trois olives {Ecdés., 308); ou bien encore ce dicaste qui, rentré chez lui après la séance du tribunal, se fait servir une galelte d'orge, pétrie et cuite en quelques minutes (Guêpes, 610 et suiv.). Citons enfin le passage d'un comique, remémorant l'ancienne mode qui consistait à mettre sur table du fromage, une galette d'orge, des olives noires et des porreaux (2).

JVlais cette simple réfection ne constituait pas h vrai dire un repas. Les gens qui déjeunaient d'une manière plus substantielle étaient dits Se'.Tîvsrv Sic ty.ç r.f/spa;, diner deux fois (3). Et de même que celui qui buvait son vin sans le tremper, l'âxpa-roTîôrr.ç, était tenu en même estime que chez nous l'alcoolique, de même celui qui prenait ses deux repas passait tout uniment pour un goinfre. Cela est si vrai, que le terme d'âp'.TTr.-rai, di^jeu-

(1) De même les anciens Perses, au dire de Xénophon, Cyrop., VIII, 8, 9. — De même encore aujourd'hui certaines populations d'Orient : « A Gebi on ne mange qu'une fois par jour; les gens ne pouvaient comprendre que nous mangions trois fois par jour et trouvaient ces appétits inouïs » Grove, Le Caucase glacé, trad. par J. Leclercq, p. 71.

(2j Fragmenta Comic. grœc, éd. Meineke, t. II, p. 8.

(3) Platon le comique. Ibid., t. II, p. 692.

( 20) neurs, était synonyme de grands mangeurs, gourmands. Hippocrale les oppose aux oùx êSwSoi, c'est-à-dire aux hommes sobres (1), et en divers endroits de ses écrits il leur donne des conseils spéciaux d'hygiène qui nous feraient sourire aujourd'hui.

On comprend maintenant que, citant le passage des Nuées mentionné ci-dessus, Diogène Laerce y ait introduit cette variante : où-' àpic-Twv è-if]-jiie~.(;, en modifiant de la sorte le vers suivant : oivou t' à-iyzi xal àoYj'^ayLaç. Il avait à se faire entendre de ses lecteurs. Or de son temps, nous le savons par Galien, l'usage courant comportait au moins deux repas par jour (2).

Cette digression nous a paru nécessaire pour la pleine intelligence du passage des Cavaliers. Athènes que Thémistocle a comblée, Athènes au sein de l'abondance, ne se contente plus du oti-vov. Elle s'offre le luxe de déjeuner, de déjeuner à la fourchette, comme on dirait actuellement : car elle se fait servir une grande variété de poissons, principales délices de la table des Athéniens. Et c'est alors que Thémistocle lui pétrit par surcroît le

(1) Des airs, des eaïuc et des lieux, § 5.

(2) Ainsi s'expliquent d'ailleurs les autres variantes du même morceau. Je ne crois pas que Diogène cite de mémoire, comme on l'a dit, encore moins qu'il ait eu sous les yeux un autre texte que le nôtre. S'aitachant non à la lettre, mais à l'esprit, il relouche quelque peu le style et élague certains détails qu'on n'aurait plus compris : tel le trait contre les gymnases exposé dans une note précédente, lequel à cette époque avait sans doute cessé d'être vrai. Je soumets cette vue à M. van Leeuwen, qui s'est occupé longuement de la citation de Diogène dans l'introduction mise en tête de l'excellente édition qu'il vient de donner des Nuées.

Pirée, entendez par là qu'il rattache le Pirée à la ville au moyen des longs murs.

Reste le vers 818, qui soulève une grosse difficulté : « Toi, tu n'as visé qu'à faire des Athéniens des citoyens de petite ville », dit-on à Cléon. Comment? û!.a7£',y((;wv xal '^pr,o-[jio)8wv. Les interprètes, du moins à ma connaissance, sont unanimes à prendre le premier mot dans son acception littérale : muros interslruens. Ils ne diffèrent que sur le genre de construction, les uns entendant que Cléon aurait rétréci l'enceinte d'Athènes, les autres tenant pour une muraille, de même hauteur que les fortifications, qu'il aurait menée à travers la ville. Il est impossible d'accepter cette interprétation. Toucher aux murs d'Athènes eût été un événement capital, que Thucydide n'aurait pas manqué, non seulement de mentionner, mais d'expliquer dans le plus grand détail. Ne tombe-t-il pas sous le sens que le poète parle au figuré, qu'il accuse le démagogue d'avoir divisé politiquement les citoyens, d'avoir élevé entre eux, on le dirait pareillement en français, des murs de séparation?

Telle est si bien l'idée du comique qu'il y revient deux ans plus tard, dans les Guêpes, quand il nous montre Cléon, sous la forme d'un monstre, tenant en main une balance et pesant du gras double (jeu de mots sur o■^^•J.Qc, et ôr,p.o<;). D'où cette exclamation : « Merci de moi, il veut couper en tranches notre peuple ! »

Ainsi d'ailleurs l'entend aussi celui des scholiastes qui explique BtaTe'.^j^îCuv par Stao-yiî^wv, mot que M. Blaydes paraît n'avoir pas entendu, puisqu'il le fait suivre d'un point d'interrogation.

8o3 To'JTO'JÇ 8s TîEû'.Oî.XO'JTt, {xe^.'.To-wXat.

xal T'jso— 'jjXa'.- TOVTO B'e''ç sv eo--'. T'jvxexu'^ôç.

Plusieurs éditeurs suspectent le mot Tcep'.o'.xo'jT'. et proposent de le remplacer par Tzep'.oyxojT',, ou -spixjxXoCia-'.,

ou -£p'.3o;J.!jO'J7!.,OU -£p'.-0A0'J7',, ou 7Tcp',7T£'//0'J7',. AjOUtCZ,

si cela vous amuse, TreG'.spÉojo-', (d'après Platon, Charm., 155 D), T,zp<-piyo'j'7<., T.zp'.ip-o'jrri, et autres vocables à suppléer par un dictionnaire des synonymes.

Mais qu'est-il besoin de cbanger ce mot, confirmé par tous les manuscrits et offrant un sens parfait? Les tanneurs occupaient à Athènes un quartier spécial situé hors ville. Nous savons cela par le scholiaste d'Aristophane (sur le vers 724 des Acharniens), qui nous donne en même temps le nom de ce quartier : to-oç è';o) toj ai-tot; Ae-pô; xa)>o'j|jLEvoç, â'vOa -rà {i'jp'jzîy. 7,v. Nous le savons en outre par divers endroits d'Artémidore (1). On conçoit, sans grand effort, pourquoi les marchands de fromage et les marchands de miel avaient été relégués dans le même faubourg. En pays chaud, ce qu'on a appelé la symphonie des fromages était, si moins compliijuée, à coup sûr plus intense qu'aux halles de Paris. Et quant aux marchands de miel, ils devaient tout au moins gêner le voisinage par la quantité de frelons, mouches et autres insectes qu'ils ne pouvaient manquer d'attirer. C'est pourquoi une police établie en vue de la santé et de la commodité des

(1) Onirocritica, I, 51; II, 20. Voir le Dict. des antiquités deDaremhev^ et Saglio, art. Coriariits, p. 1507.

( 23 ) citoyens les avait groupés ensemble avec les tanneries hors de l'enceinte d'Athènes (1).

Tout ce monde de tanneurs, fromagers et marchands de miel était, paraît-il, à la dévotion du fameux démagogue, qui lui-même, comme on sait, était tanneur. Aristophane nous les montre coalisés entre eux, e-'ç â'v (Tuyxexu(pô;, et prêts aux pires violences. Était-ce bien la peine de remplacer par une banalité ce trait du malin poète, faisant d'un quartier empuanti une façon d'Aventin d'Athènes et comme la citadelle de Cléon?

1203 AAA. TÔ uev vd-^{jia ttiç 8eoù, tô oe xXsfjitj.' épiôv. KA. èyw ô'exivoùveuff'. AAA. éyw o'w7:Tï|o-â ye.

C'est ainsi que ces deux vers ont été transmis par les manuscrits. Reproduire et discuter les diverses interprétations qu'ils ont fait naître nous mènerait trop loin. Bornons-nous à dire que la plupart des éditeurs, Bothe, Dindorf, von Velsen, Kock, Zacher, etc., donnent le second vers en entier à Cléon. Et de même M. Blaydes, sauf que, faisant sienne une conjecture de Reiske, il écrit :

êyw 8' exuvTjyé'rria'â y' ê^iÔTiTriiTâ Te.

(1) De même qu'on peut induire des vers 1247 et 1398 de notre pièce que les marchands de saline et certains tripiers étaient tenus d'exercer leur industrie près des portes de la ville, èttI ta^; TiuXataiv, ou xà xàpr^oç oivtov. — Athènes avait aussi son quartier de Bercy, où se faisait le commerce des vins. Il était situé au Céramique, près du mur d'enceinte, èv Kzp%[LZf.Y,(i), r.xpi. xt)v TruXîoa, ou à olvo; aivio; (IsÉE, de Pliiloct. Iiered., p. 134).

Cette conjecture, M. Blaydes l'appelle : emendatio vere palmaris. Pour moi, je ne puis m'empêcher de la trouver assez plate. 11 faut, en étudiant Aristophane, se défier de Reiske. Car s'il est vrai, comme on le prétend, que ce savant a souvent la main heureuse en restituant le texte des orateurs et des historiens, il l'a lourde toujours quand il s'ingère d'amender les poètes.

En somme, pour que le passage devienne clair, il suffit, ce me semble, de le distribuer de la sorte entre les deux personnages :

AAA. 70 [Asv vo-^ijUa TTiç Qeoû, xb Se x)véfjL[x' êp.ôv, eyw ô' £X',v5ûv£'ja-'. KA. syw S'wTTT/io-à ye.

Toute celte scène n'a été imaginée que pour amener le mot du marchand : êyw o'£X!.vû'Jv£'j3-a, et la réponse de Cléon : eyw o'uîCTYio-â ye. L'affaire du lièvre est le contrepied et la revanche de l'affaire de Pylos. Le marchand vient de l'insinuer deux vers plus haut : Kal (tj yàp toj; êx ilùAo'j. Le terme dont il use est le même dont il s'est servi au vers 1054 : -zoù-ô ye toi, Ila'^Xaywv TrapextvÔûveucre jjLeO'js-Oôi;, (c certes il était ivre le Paphlagonien quand il a risqué ce coup ».

Et la réponse de Cléon : « Oui, mais c'est moi qui ai fait le rôti » n'est-elle pas comme un écho de la boutade échappée à son rival dans une scène précédente (vers 744) : (c Et moi en me promenant j'ai dérobé dans une boutique la marmite qu'un autre faisait bouillir. » C'est, on le voit, le retour de la même image.

Je n'ignore pas que M. Merry objecte : Quel risque le tripier a-t-il couru à s'emparer du lièvre? — Aucun, répondrai-je, mais où donc se flatte-t-il d'avoir couru un risque? Plus encore que le français risquer, x!.vouveJeiv se

prend dans la double acception de courir un danger et de courir une chance, tenter un coup. Pour ne citer qu'un exemple, quand Xénophon écrit : xt.v8tjveù(Te!.(; iTziZtïlai y^pT\(s%(; eîvai, tu risqueras, ou plutôt tu courras la chance de montrer que tu es homme de bien (1), où y a-t-il ombre d'un danger quelconque?

Maintenant qu'on relise en entier le passage et qu'on me dise s'il existe au monde un spectateur assez dépourvu de finesse pour ne pas comprendre d'emblée. Le marchand s'est emparé frauduleusement du lièvre que Cléon comptait servir à Démos :

Cléon : Malheur à moi! Tu m'as indignement soufflé mon bien.

Le Marchand : Par Poséidon, et toi donc, avec les prisonniers de Pylos?

Démos : Dis-moi de grâce d'où t'est venue l'idée de ce vol.

Le Marchand : L'idée est de la déesse, le vol est de moi. C'est moi qui ai risqué le coup.

Cléon : Mais c'est moi qui ai rôti le morceau.

Démos : Va-t-en. Il n'est de gré à savoir qu'à celui qui l'a servi (2).

1257 'AyopâxpiToç.

iv Tayopâ yàp xpi-vôjjievoç ê(3o<Txop.T|V.

On traduit : in foro litigando alebar, « Je fus élevé sur l'agora au milieu des procès. » Traduction inacceptable. Car en admettant que xpiveaGai soit pris dans son acception judiciaire, le participe xp'.vôij.evoç, ne pouvant se

(1) Memorab., II, 13, 17.

(21 Et qu'on n'objecte pas iyù} oè après x6 8è xXé|jL[jia. Les exemples de û£ ainsi répété sont nombreux. Cf. Acharn., 2; Soph., OEd. /?., 1360; OEd. Coi., 1391, etc.

C 26 ) rapporter qu'au sujet, signifierait nécessairement ou accusé ou condamné, ou étant en procès ou élevant des contestations.

Or ce n'est pas sur la place publique que se vidaient les procès, et moins que personne le marchand de boudins était homme à s'y intéresser. Aussi M. Droysen déclare-t-il en toute loyauté le passage obscur et les explications proposées peu satisfaisantes.

Il est singulier que des lecteurs assidus d'Aristophane aient pu se méprendre sur le sens du mot. Dans les Oiseaux, vers 1102, le chœur promet de combler de biens les juges, y,v xpivu(r'.v r^y-iq, « s'ils nous décernent le prix »; et dans VEcclésie des femmes, vers 1155, le chœur demande :

loïq cocporç [Jikv Twv (Tocpwv [Aepivrijjiévoiç xpîveiv èué* Toîç ye/MGi o'y,5swç Bla xôv yéÀwv xpivet.v è^ié- (jjzZby auavTaç oùv xeXeùw S-^iXabri xpîveiv ê|i.é.

« Que les sages me décernent le prix sur le souvenir de ce que j'ai dit de sage ; que ceux qui aiment à rire me le décernent pour ce qui les a fait rire. C'est dire que je les invite quasi tous à me décerner le prix. )>

Donc xpivELv (proprement trier), pris ainsi absolument, a le sens d'accorder le premier rang, donner la palme. Celui qui l'avait obtenue était le y.piyôij.evoq. Ainsi l'entend l'heureux tripier. 11 vient précisément de recevoir des mains de Cléon la couronne, prix de la lutte, et l'élevant au ciel, il s'est écrié : « Zeus hellénique, à toi ce prix de la victoire ! » C'est immédiatement là-dessus que, répondant à Démos, il dit : « Je m'appelle Agoracrite ; car c'est sur l'agora que je fus élevé, tout vainqueur que je suis. »

(27 ) On aurait tort, soit dit en passant, de voir dans cette saillie un trait dirigé contre Euripide, ainsi que l'insinue M. Kock. Ni Eschyle, ni Sophocle, ni même Pindare ne se faisaient faute de pareils jeux d'esprit, qui plaisaient aux auditeurs et piquaient leur subtilité. Si Aristophane se moque, ce n'est pas d'Euripide, c'est de son public tout entier.

i26o Tî xàAXwv à.pyoy.évoKJ'.'^ Ti xaTa7rauojjLévOMT!.v

•XYjûs 0où{jiavT'.v tÔv àvETT'.ov c/Z ).u7cerv éxoûffT] xapoîa ;

Le scholiaste nous apprend que Pindare commençait une de ses odes en ces termes : « Quel plus beau début, quel plus beau dénouement que de chanter Léto à la ceinture serrée et la conductrice de cavales rapides...? »

Ti xâ).)viov âp'^ofjiévo'.a't.v r, xarTaTta-jouévoKT'.v Yj ^aWîl^wvôv Te AaTw xal Goàv Îtttîwv eXâTSipav àsûrat, ;

C'est ce texte qu'Aristophane a spirituellement parodié en commençant sa seconde parabase. Malheureusement les éditeurs ont méconnu le sens de cette parodie. TIs font de iXa-r^pa; le régime de âewe'.v, et traduisent : « Quoi de plus beau, au commencement ou à la fin de la pièce, que de chanter les conducteurs de cavales rapides, et de ne point chagriner de gaieté de cœur Lysistratos et Thumantis sans foyer? « C'est prêter au poète une cruelle absurdité. Car : 1° Qu'entend-on par le début de la pièce? — C'est la parabase, dit M. Kock. — C'est la parodos, c'est-à-dire

le premier chant du chœur à son entrée dans l'orchestre, dira quiconque a ouvert un manuel de littérature grecque.

2° Où voit-on que le chœur ait chanté les cavaliers? — Dans cette même parabase, dit encore M. Kock. — Pas même là, répondrai-je. Aristophane n'a eu garde de commettre pareille faute de goût. Car précisément dans les vers 593 à GIO, auxquels on fait allusion, le chœur décerne à ses chevaux les éloges qu'il ne veut pas se décerner à lui-même.

3° En admettant qu'il ait commencé par célébrer les cavaliers, où voit-on qu'il finisse de même? Quoi, le chœur annonce qu'il n'a rien de mieux à faire que de chanter les cavaliers, et il se met à dauber Cléonyme, Ariphradès et Hyperbolos?

Sans compter que la grammaire, non moins que le bon sens, souffre de cette interprétation. On ne dit pas ÀuTcsrv ei'i T'.va. Aussi Dindorf sous-entend-il e-'-cw devant éç AuTis-rpaTov; et M. Kock propose de lire '^rfi' àsi., au lieu de f/riob eç, conjecture approuvée par M. Zacher et que M. Blaydes n'hésite pas à introduire dans le texte. Toujours est-il que tous s'accordent sur ce point que le passage est corrompu.

Il n'y a rien à sous-en tendre, rien à modifier. Le texte est d'une clarté rare. ïl n'est que de traduire littéralement, en tenant compte de la condition sociale des personnages du chœur.

Ne perdons pas de vue qu'il ne se compose, ce chœur, que de cavaliers, c'est-à-dire de citoyens riches. Vous croyez peut-être qu'abusant de ce privilège, il va s'égayer aux dépens des gueux et des indigents? Détrompez-vous. 11 attaquera les intrigants et les vicieux, et n'aura que des

( 29 ) égards pour Lysistratos et les faméliques de son espèce. Voilà ce que signifient ces trois vers : « Est-il plus beau début, est-il plus beau dénouement, que de voir des dompteurs de cavales rapides épargner dans leurs chants Lysistratos et ne point chagriner de gaieté de cœur Thumantis sans foyer ? »

On n'est ni plus généreux ni plus délicat. Mais prenez garde de vous y laisser prendre. Car le malicieux poète va partir de là pour donner un coup de patte à l'un de ces misérables, à cet affamé de Thumantis.

Qu'est-ce que l'Ù7z-riYr\ dans Aristophane?

Le mot Û7CT,vYi revient plusieurs fois dans l'ancienne comédie, sans qu'on sache exactement ce qu'il veut dire. Les dictionnaires nous donnent le choix entre barbe et moustache. Que si nous remontons aux sources anciennes, Galien l'explique par moustache, Hésychius et Suidas par barbe ou moustache, PoUux par barbe entière, c'està-dire barbe et moustache.

La question, on le verra tout à l'heure, ne laisse pas d'avoir son importance. L'unique moyen de la résoudre est de reprendre un à un les passages où le mot est employé. Or de cet examen il résulte, à n'en pouvoir douter, que durant toute l'époque classique l'û-rivri désigne exclusivement la moustache. Constamment on la met en opposition avec la barbe (yéveiov, irwywv, o-âxxo;). Nous citerons : 1° le vers d'Eschyle (fr. 30) : 5a'j>oç 8' ÙTz-f\Yf\ xai veyet.âooç ttuGultiV, où ù--f\Yf\ désigne évidemment la lèvre supérieure et yeve'.àoo; ttjSijtiv le menton; 2° le fragment d'Eubulus : « Débouche tout de suite les balsamaires et avec la spatule parfurae-moi la barbe et la

moustache (1) » ; 5" Aristote : « Quant à la barbe, il y en a qui l'ont épaisse à la lèvre et au menton ; chez d'autres, ces parties sont lisses, tandis que les joues sont velues (2)»; ¥ Diodore de Sicile : « Les nobles (d'entre les Gaulois) se rasent les joues et laissent pendre leurs moustaches de telle manière qu'elles leur couvrent la bouche (5). » Je ne connais pas un texte antérieur à l'ère chrétienne (4) qui ne concorde avec cette interprétation, laquelle d'ailleurs est strictement conforme à l'étymologie (5).

Mais à partir de Plutarque le sens du mot change. Un exemple suffira. Dans la Vie de Camille (c. 22), la phrase: T,d/aTO TO'J vevsLO'J xat, xaTTjye Tr,v ÙTiT.vriv paSeîav oucav, est évidemment empruntée à Tite-Live (V, 41) : barbam suam ut tum omnibus promissa erai permulcenti. Chez tous les écrivains postérieurs, du moins à ma connaissance, Ù7iT,vri désigne la barbe. Si bien que dans une épigramme de l'Anthologie (VI, 52), l'ÙTiTivT.Trii; homérique sert d'épi-

(i) Aût TàXa[3â(rTia

6âTT0v au xal zf[ a7:a6toi xov Tzûiyuivi fiou xat TT)v ùtii^vtjv [jiûptaov.

Fragmenta Coinic. grœc, éd. Meineke, t.III, p. 2o3.

(2) Depi 8è To Y£V£iov xo"îî iji.£v (jufjijîatvct xa't tt)v ûttt^vtiv xat xÀ yévetov Saaù r/^eiv, toT; oè Taùia fjièv Xs^ia, lùi; atayo'vaç Se Saaci'a;. Hist. Anim., 1. III, c. 11.

(3) Ot o' eÙYEVc'tç Tàç (j.èv Trapstàç àTroXstatvouat, xàç 8' iTri^vaç àveitjiEvaç èwatv, u)jt£ xà <TxoiJ.axa aùx(J5v £TrtxaXu7:x£ff6ai. Diod. Sic., 1. V, c. 28.

(4) Y compris l'épithète homérique TrpôJxov ûtttjvi^xt)!; appliquée à Hermès, « à qui la moustache commence à pousser ». La moustache pousse en effet aux jeunes cjens bien avant la barbe. Si le mot ÙTrTÎvï) ne se rencontre pas dans Homère, c'est que les héros de ce temps ne portaient de poil qu'au menton et aux joues.

(5; Prellwitz, Elytn. W/orterb. der griech. Sprache, p. 27.

thète au bouc. Ainsi s'explique la confusion commise par les lexicographes.

Maintenant que ce point est éclairci, nous sommes en mesure de résoudre un problème qui a fort intrigué les érudits. Les Spartiates portaient-ils la moustache? On s'accorde aujourd'hui à le contester. M. Helbig surtout le nie très résolument (1). En somme, le seul argument sérieux qu'invoquent les partisans de cette opinion se tire du passage suivant de Plutarque : « Les éphores à leur entrée en charge rendaient, au dire d'Aristote, un édit prescrivant aux citoyens de couper leur moustache et de se conformer aux lois, pour n'avoir point à les trouver rigoureuses. S'ils insistaient sur le port de la moustache, c'est, je pense, afin que dans les moindres choses, les jeunes gens prissent l'habitude d'obéir (2). »

Malgré Plutarque, nous sommes fondés maintenant à prétendre que la moustache tombante, — la moustache à la tartare, dirait-on aujourd'hui, — était précisément une des caractéristiques des Lacédémoniens, du moins à l'époque qui nous occupe. Dans Lysistrata, le chœur s'écrie en voyant approcher leurs ambassadeurs : « Voici venir les envoyés de Sparte traînant de longues moustaches (3). » Ceux qui, à Athènes, affectaient d'imiter en tout les Spartiates, les Laconisants, comme on les appe-

(1) L'épopée homérique expliquée par les monuments, pp. 320 et suiv. de la trad. franc.

(2) [IpoexiQpuTTov o'i ecpopoi xoTç TroXt'xati; elç ttjv àp^Tjv elaio'vxeç, u)ç 'AptdxoTÉXT)!; cpTjat, XEi'peaôai xov jjiûaxaxa xal Trpoaé^eiv xotç vo|J.oi<;, Iva [t.r] ^aXETTol too-iv aùxo"i;. Cléomène, c. 9. Aussi, et presque dans les mêmes termes, De sera numinis vind., A.

(3) Kal p.T)v aTîo XTJ; STràpxT); olût Tipéff^etç è'Xxovxeç GuT^va; 5((jûpoû<jtv. (v. 1073.)

lait, avaient adopté cette mode. « Roi de la moustache, Épicrate, porteur d'une longue barbe (1} ! » dit Platon le comique, parlant de l'un d'eux, le même sans doute qu'il nomme ailleurs (2) « celui dont la moustache est la vie, l'homme à la crinière en mèches, au poing crasseux, à la capote tombante ». Dans les Guêpes, un autre lacomane, Bdélycléon, est apostrophé de la sorte par le chœur : « Entrer en raisons avec toi, partisan de Brasidas, qui portes des franges de laine et laisses croître ta moustache (5) ! » Enfin, pour qu'il ne puisse subsister le moindre doute, voici un passage d'Antiphane, d'autant plus explicite que le mot ibûa-xaxe;, dont l'auteur se sert, n'a jamais prêté à double entente : « Te trouves-tu à Lacédémone, il faut te conformer aux lois du pays : rends-toi pour dîner aux philities, savoure le brouet, ne dédaigne pas les moustaches, et n'aspire pas à d'autres agréments (4). »

El le témoignage de Plutarque? En présence de textes

(1) "Ava$ ÛTTi^VT); 'ETiîxpaxe; ffaxeffcpdpe.

Fragm. Cotnic. grœc, t. II, p. 657.

(2) Tov UTrTjvo'Piov aTtapxio^aîxTjv puTroxo'vSuXov èXxeTpi'Pwva.

Ibid., p. 657.

(3) XY^V 6' UTTIQVTIV à'xOUpOV XpÉcpWV. (V. 476.)

(4) 'Ev AaxeSat'ixovi Y£Yova<; ; exeîvtov xôiv vo'|ji.iov |X£6exxéov èoxiv. pâôt^' ÈttI oeïttvov si; xà cpiXtxia, àito'Xa'jE xoû ^to|jLOî3, tpdp£i, xoù; Puaxaxa; (jiT] xaxatppdvei, (jit)0' exep'èTrtÇï^xEi xaXà.

Fragm. Comte, grœc, t. III, p. 22.

si unanimes, il y aurait lieu simplement de l'écarter (avec Plutarque le cas ne se présente que trop souvent), s'il ne se référait au dire d'Aristote. Le traité d'Arislote sur Lacédémone est malheureusement perdu. Il importe toutefois de constater : 1° que Proclus, qui cite ce même décret des éphores, dit qu'il s'appliquait uniquement aux magistrats « au moment où ils étaient constitués en charge », toîç etç âp^^V xaBt.o-raiji.evo!,!; (I); 2° qu'à s'en tenir à la version de Plutarque, il n'est pas téméraire de présumer que l'édit visait spécialement les jeunes gens ; autrement pourquoi ajouter qu'il avait pour but d'habituer la jeunesse à l'obéissance? 3° qu'en tous cas nous ignorons de quelle époque date cette prescription bizarre, qui paraît avoir trait, moins à une tradition qu'il s'agit de maintenir, qu'à une pratique qu'on cherche à extirper.

Quoi qu'il en soit, le témoignage très postérieur de Plutarque ne peut prévaloir contre l'autorité des comiques, ïl se peut que l'usage de se raser la lèvre existât chez les Doriens aux temps primitifs. Mais il est avéré que l'usage contraire l'avait emporté à Sparte, à tout le moins durant la période comprise entre le commencement de la guerre du Péloponèse et le règne d'Alexandre.

1311 "Hv S'âpsfTXYi Taux' 'A97;va(ot.i;, xaQviffQai jjlo!. 8oxw...

Telle est la leçon de tous les manuscrits. Et voici celle de tous les éditeurs depuis Bentley : xa^ritrOai ixoi Soxer. C'est qu'en effet les grammairiens (modernes, s'entend,

(4) Comment, in Hesiodum, 42, t. V, p. 30 du Plutarque de Didot.

car Thomas Magister dit exactement le contraire) ont statué que toutes les fois que Soxw (jLot, a le sens de decrevi, placet mihi, il prend soit le futur infinitif, soit l'aoriste infm. avec av. Serait-ce pour le distinguer de Soxw |jlo!, dans le sens de videor? Cela n'est point admissible, puisque l'impersonnel Boxei poi, par où on le remplace, prête à la même ambiguïté.

Voilà donc un premier argument qui tombe. Que si nous remontons aux textes, nous trouvons, outre le vers qui fait l'objet de cette note : Guêpes, Ml, dX)C eLo-iwv |jLOt. TÔv ovov èçàyeiv oo'/m (tous les manuscrits) ; Plutus, li86, xaÛTÔç p-Ot. Soxw évOâo' aûxo'J xaTajji.évet.v (tous les bons manuscrits sauf un); Oiseaux, 671, èyùi p.kv aûxViv xal (pO.viffaî \j.oi ooxw (tous les manuscrits); Eschyle, Agam., 16, o'-av oâeiSe'.v r, jjn.vûpea-Oai. ooxw ; Platon, Phèdre, 230 E, vvv ouv èvùi [xév [loi ooxw xaTaxe^b-flat (tous les bons manuscrits); Euthyd., 288 C, syw ouv fjio'. Boxw xal aÛTÔç 7ràÀ!.v ù'iriyr'ia-afTOaî. (tous les manuscritsj. Je m'en tiens à ces exemples, qu'il me serait facile de multiplier.

Alors sur quoi se fonde-t-elle cette règle, qui n'a pour soi ni la logique ni les textes? C'est, paraît-il, le secret des subtils grammairiens qui l'ont inventée, et en ont inventé bien d'autres. On serait en droit pourtant de leur demander comment les copistes de tant de manuscrits, qui ne remontent certes pas à un même archétype, se sont donné le mot, ou pour remplacer dans chacun des passages cités ci-dessus l'impers. Soxeï, qu'ils avaient sous les yeux, par la forme beaucoup plus rare 8oxw, ou pour substituer au futur exigé par la règle le présent ou l'aoriste.

LE NU

DANS

LA COMÉDIE ANCIEiNJS'E DES GRECS

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