HÉRODOTE, IV
d'avant, la misaine, s'appelait àvA-v.ov, M. van Leeuwen en conclut que la vergue de ce mât s'appelait àxaTo;, et traduit : présente à l'ennemi ta vergue àxa-roç.
Nous connaissons trop bien, grâce aux inscriptions, les termes de la marine grecque pour accepter cette explication. Les mâts de la trière étaient de deux espèces : I'Io-toç piya; ou grand mât et les IcttoI âxâTewi, ainsi nommés à cause de leur moindre dimension (proprement mâts de barque). De même il y avait deux sortes de vergues, xepara;. \t.f^y).aj. et xepaîTai âxâ-e'.oi; de même aussi deux sortes de voiles, la-rb. p-eyâ^a et lorta àxâTeia. Les vergues armées du dauphin s'appelaient xepofra-, ôeXcpï.vo'fôpot. (1); celles auxquelles on suspendait des masses de pierres à lancer sur l'ennemi, xepatat, )aeocpôpoi(2).
On voit que le sens attribué par M. van Leeuwen au mot axatoç ne se laisse pas justifier. Les autres interprètes ont eu tort de s'attacher strictement à celui de barquette ou chaloupe. En réalité ce mot se prend très souvent, et c'est ici le cas, dans l'acception générale de TtXoîov ou o-xâcpoç, navigium (3). Les exemples abondent dans les poètes: M. van Leeuwen cite lui-même Euripide, Héc, 446; il aurait pu ajouter, du même auteur, Oresle, 342, et Troyennes, 1100, où le vaisseau ramenant d'ilion Ménélas et ses captives est appelé àxaroç. Us ne sont pas même rares en prose. Les bâtiments de transport accompagnant la flotte de Xerxès sont désignés par Hérodote
(1) Thucydide, VII, 41.
(2) DiODORE DE Sicile, XIII, 78 et 79; Athénée, V, 43.
(3) Hésychius le dit en propres termes : àxâirtov, 9^ vaû<, TÎyouv Tt/otov.
SOUS le nom de o-iTaywyà TikoZa ou de a-'.raywyol à'xaTO'- (VIT, 184 et 186). Le navire sur lequel Lucien et ses cinquante compagnons accomplissent en plein océan le merveilleux voyage qui fait le sujet de VHistoire véritable est un axaxoç (1). Ainsi, il n'y a pas de doute, TtapaSâXXou TT,v axaTov veut dire : « Lance bord à bord ton navire. » C'est ce qu'en langage technique on appelle se p/acer par le travers de l'ennemi, de façon que les deux bâtiments aient leurs flancs parallèles (2). Constatons une fois de plus la parfaite exactitude du poète, même dans les choses les plus étrangères à ses préoccupations habituelles. Cette manœuvre est en effet celle qu'il convenait de faire quand on se proposait de mettre en jeu les dauphins.
1389 Ae'jp' ÎB' al ^-ovSal Tayu.
S-KovSai est ce qu'on appelle un nom défectif, n'ayant pas de singulier. 11 signifie paix ou trêve. STzovSai. xp'.axovTouTi-Seç est une trêve de trente ans. Ici elle apparaît en personne, figurée, selon l'usage, par une jeune femme parée des attributs de la paix.
Le scholiaste ne l'entend pas ainsi. Suivant lui, '^Tzov^a.i est représentée par un certain nombre de courtisanes, et les modernes interprètes ont accepté les yeux fermés
(1) Autres exemples dans Torr, Ancient ships, Cambridge, 1894, p. 106.
(2) M. Cartault, La Trière athénienne, p. 189, traduit moins exactement : présente-lui ta barque de flanc
cette manière de voir. Combien sont-elles? On n'a garde de préciser, mais concluez vous-même. Si une courtisane ne suffît pas à personnifier une trêve de trente ans, il n'en faut pas moins de trente, ce semble, c'est-à-dire une par année de trêve.
Il n'est pas besoin d'être helléniste pour faire justice de celte énormité. Toutes les langues ont leurs défectifs. Hamlet évoquant sur une scène française « les mânes » de son père, ne s'attendra pas à voir défiler une série d'apparitions. En grec, une trêve, fût-elle d'un jour, se dit (T-ovoai [induciœ, en latin), comme certaine torche s'appelle oz-zolL (1) et Athènes 'A9r,vat. Quand Démos, séduit par la beauté de S-ovoaî, se montre impatient d'en passer sa fantaisie, croyez bien qu'il ne songe pas un instant à renouveler un des exploits d'Héraclès. Le cas est simple. La Trêve a disparu à l'âge de quatorze ans (2), et Cléon est de ceux qui ont aidé à la cacher, mais non dans un harem. Aujourd'hui que la voilà retrouvée, Dêraos s'en ira vivre avec elle aux champs, comme dans la Paix Trygée avec Opora, et veillera à ce qu'on ne la lui ravisse plus.
(1) Voir la note ci-dessus sur le v. 1373 des Guêpes.
(2) Thucydide, II, 2.
NOTES
SUE LIS ICSMllEIS DMlSîOPHAi
SUIVIES DE
NOTES SUPPLÉMENTAIRES SUR LES » OISEAUX
PAR
Alphonse TATILLEMS
PROFESSEUR A L'UNIVERSITÉ DE BRUXELLES
BRUXELLES
RAYEZ, IMPRIMEUR DE l'aCADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE
Rue de Louvain, 112
NOTES
SUR LES ACHAilENS DMlSÎOPHAi
SUIVIES DE
NOTES SUPPLÉMENTAIRES SUR LES < OISEAUX
PAR
Alphonse V^ILLEMS
PROFESSEUR A L UNIVERSITE DE BRUXELLES
BRUXELLES
HAYEZ, IMPRIMEUR DE l'aCADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE
Rue de Louvain, -112
Extrait des Bulletins de l'Académie royale de Belgique (Classe des lettres, etc.), n^^ 9-10 (sept.-oct.), 1903.
SUIVIES DE
NOTES SUPPLÉMENTAIRES SUR LES « OISEAUX
Les Acharniens, la plus ancienne des comédies qui subsistent, ouvrent le recueil des pièces d'Aristophane. C'est dire qu'ils ont donné lieu à d'abondants commentaires. Il n'en reste pas moins, outre celles qui ne le seront jamais, plus d'une dilïiculté à aplanir. La plupart, il faut bien le dire, sont du fait des éditeurs et tiennent à une erreur de point de départ. Chacun a pu constater combien il est rare, dès qu'un passage a été noté comme corrompu par un des maîtres de la critique, qu'on prenne la peine de l'examiner à nouveau. Presque toujours on recourt à des conjectures, aussi variées que téméraires (car, d'accord sur la tare, il n'arrive guère qu'on le soit sur le moyen d'y remédier), alors que fréquemment une étude plus attentive mettrait sur la voie de l'interprétation vraie. C'est à ce point de vue surtout qu'ont été rédigées les notes suivantes, où nous essayons de défendre contre des tentatives suivant nous sans objet la leçon des manuscrits. Comme d'ordinaire, nous avons attendu une occasion pour les mettre au jour. Elle nous a été fournie par la recension très consciencieuse et fondée sur une information exacte et complète, parue à Leyde sous ce titre : Aristophanis Acharnenses, cum prolegomenis et commentariis edidit J. van Leeuwen, Lugduni Batavorum, Sijthoff, 1901, in-8».
'0 yàp 'AjJLÇpiGsOÇ AT,L/.YiTpOÇ YiV
xal Tp!.--o)>£[j.ou • TOUTOU Ss IveAsÔç viyveTat, ■ yaucC 6s Ke)veô(; <I*a'-vapéTriV TTiQr,v èiJ.r,v, 50 èi Y.ç AuxîTvo; évivET'- sx to'jtoj o'Êyw
àOâvaTÔç e''u!..
Vous ne savez pas, nous dit Miiller-Strùbing, qui est Amphithéos, moi bien. C'est Hermogène, fils d'Hipponicos, et je suis en mesure d'en donner trois preuves irrécusables : 1" Seuls à Athènes, Hermogène et son frère Callias pouvaient se vanter, comme fait Amphithéos, de descendre de Triptolème; nous avons sur ce point la propre déclaration de Callias, rapportée par Xénophon {HelL, VI, 3, 6); 2" Amphithéos atfirme avoir, reçu des dieux la mission de préparer la paix, et précisément Hermogène avait le privilège d'un commerce familier et direct avec les dieux, au témoignage du même Xénophon {Banq., 4, 48); 3' Amphithéos nomme Phénarète sa grand'mère. Or Phénarète est la mère de Socrate, et chacun savait pertinemment que, fils d'Hipponicos, Hermogène était en même temps le fils intellectuel de Socrate.
Tout cela est débité avec une telle assurance, qu'il ne faut pas trop s'étonner si certains s'y sont laissé prendre. Et pourtant dans ce qu'on vient de lire un seul point est vrai, à savoir que la mère de Socrate s'appelait Phénarète. Le reste est une pure fantasmagorie.
Xénophon raconte que Callias s'était rendu à Lacédémone pour y traiter de la paix, et qu'entre autres arguments il avait fait valoir celui-ci : « Songez que Triptolème, l'ancêtre des Athéniens, 6 Ti|j.£Tepoç Tipôyovo;,
a initié Héraclès, l'auteur de voire race, tw ùfjieTspw àpyriyér/), aux mystères, et lui a fait don du blé. » Les Athéniens sont qualifiés ici, pour le besoin de la cause, petils-fils de Triptolème, comme ils le sont ailleurs d'Érechlhée, ol 'EpeyQerSa'., ou bien de Cranaos, ol Kpavaoî, ou encore de Cécrops, ol Ksxpo-wai. (1). Mais rien, absolument rien, ne laisse entrevoir que Callias prétendît à une origine exceptionnelle. Et voilà du coup toute la démonstration ruinée par la base.
De même, dans le Banquet, Socrate invite les convives à exposer ce qu'ils prisent le plus. Et chacun de faire ra|»ologie, qui d'Homère, qui de la beauté, qui de la pauvreté, etc. Hermogène, lui, se largue de ses amis. El prié de s'expliquer, il déclare que ces amis sont les dieux, qui ne le perdent jamais de vue, lui découvrent l'avenir et lui révèlent ce qu'il a à faire, par le moyen d'oracles, de paroles fortuites, de songes, de présages, etc. Qui ne reconnaît là la simple profession de foi d'un bigot païen? En quoi, encore une fois, cela caraclérise-t-il Hermogène? Il suffit de lire les Oiseaux (vv. 720 et suiv.) pour voir que quantité d'Athéniens, et Xénophon tout le premier, pensaient sur ce propos exactement comme lui.
Enfin, qui vous autorise à dire que cet innocent d'Hermogène passât pour le fils intellectuel de Socrate? Où s'est-il seulement reconnu son disciple? Qu'il fut de ses entours, nous le voyons bien. Mais le donner pour son fils, c'est à la fois méconnaître Socrate et faire tort à Aristophane, lequel n'était pas homme à prendre, comme on dit, un oison pour un cygne.
(1) "Ov TipÛTOv u[ji.âiv irpo'yovov È^avTJxs yî), est-il dit d'Ériciithonios dans VIon d'Euripide, v. 4000.
J'oubliais un dernier argument. Phénarète, comme chacun sait, était accouclieuse, en grec fj-aîa. Or Mara, avec une majuscule, est la mère du dieu Hermès. Vous allez apparemment conclure de là que Socrate, fds de Phénarète, pouvait en vertu de cette équivoque passer pour frère d'Hermès? Vous n'y êtes pas. Socrate est Socrate; mais son lils Amphithéos, je veux dire Hermogène, n'en est pas moins lîls de dieu, du chef de sa grand'mère, la sage-femme, dont l'autre lils, Hermès, par action réflexe sans doute, a transmis à son neveu par adoption Hermogène, je veux dire Amphithéos, l'essence divine. Toujours est-il que notre homme a trois pères, Hipponicos, Socrate et Hermès, sans compter Lykinos et Miiller-Siriibing. Maintenant débrouillez-vous, et si vous êtes satisfait de ces explications, il ne lient qu'à vous de démontrer avec la même rigueur de logique que Boccace est l'auteur de V imitation de Jésus-Christ,
Aristophane s'est amusé dans les Acharniens, comme il le fera dans une autre pièce, à parodier les séances de l'Ëcclésie et les bourdes servies par les orateurs à leur crédule auditoire. Le premier des imposteurs mis en scène est Amphithéos, demandant qu'on lui vote un traitement pour aller à Sparte négocier la paix. Et comme le poète aime à faire coup double, il se moque en même temps, le scholiaste l'a très bien compris, d'Euripide et de ses généalogies. Il n'y a pas à chercher jdus loin. Faire du candide et honnête Hermogène un type d'exploiteur effronté, et un orateur de place publique de ce timide qui s'avoue quelque part, on a oublié de vous le dire, incapable de parler, ouxouv tùik-r\yjxv6ç ei^ii Xôyou (1), tout cela
(1) Platon, Cratyle, 408 li.
SOUS le prétexte que la mère de Socrate s'appelait Phénarèle (un nom de femme aussi fréquent peut être que Myrrhine ou Phryné), c'est en vérité se moquer des gens (1).
[| serait temps, ce me semble, d'en finir une bonne fois avec toutes ces découvertes de Miiller-Slrùbing, dont pas une ne résiste à l'examen. Le livre porte pour épigraphe : Pas de phrases. Alors que contient-il? Car en vain y chercherait-on un point de vue juste, un fait démontré, un texte éclairci. Lisez, par exemple, puisque nous en sommes sur les Acharniens, ce qu'il y est dit au sujet des vers 120, 592 et 1165, que personne, à ce qu'il paraît, n'avait bien compris; vous serez de suite édilié par les explications proposées et les jeux de scène,
(1) Je cherche en vain ce qui a pu donner lieu à cette stupéfiante assertion, dont Mùller-Strubing n'a d'ailleurs pas les gants, l'ayant prise toute formulée dans V Encyclopédie de Pauly. Callias était à Athènes le proxène des Spartiates {tlell , V, 4, 2i2 ; Bnnq., 8, 39). Il eomnieiice sa harangue par rappeler que cet otiîce est héréditaire dans sa maison : exorde tout indiqué et presque de mot à mot pareil à celui dont use dans un cas analogue un autre proxène des Spartiates, Polydamas de Pharsale (HelL, VI, 1, 4). Telle est l'unique allusion qu'il fasse à sa famille. Au sur()lus, il tombe sous le sens que si une lignée athénienne s'était réclamée d'une extraction presque divine, nous n'aurions que l'embarras du choix entre vingt témoignages. Mais le plus beau c'est que Xénophon lui-même s'est expliqué sur ce point de la manière la plus précise. C'est dans le Banquet (8), oii il nous montre Socrate cherchant à inciter Callias à rester fidèle aux traditions de ses ancêtres en s'occupant des affaires publiques. S'il est vrai que noblesse oblige, n'est-il pas tenu de se consacrer à son pays, lui qui « appartient à une famille sacerdotale remontant à l'époque d'Érechthée »? 'Qç uacpwi; « Ah! que' c'est clair! » comme dirait Dicéopolis, et que nous voilà loin de Démêler et de Triptolème !
convenables peut-être aux farces de Karageuz, mais n'ayant rien à voir dans la comédie altique.
Et c'est ainsi d'un bout à l'autre. Je ne connais pas, pour ma part, de lecture plus impatientante que celle de cet épais volume de 755 pages, oii le faux sens le dispute au non-sens, où le paradoxe laborieux affecte des airs sémillants, où l'on s'évertue à mettre Aristophane en devinettes, comme Mascarille mettait en madrigaux toute l'histoire romaine, où, pour tout dire, la poésie la plus spirituelle qui existe vous est expliquée, définie et à l'occasion retouchée avec les grâces et la prestesse d'un cyclope à la poursuite d'un papillon.
120 ïo'.ôvSe o', w 7i'!0-fixs, 7Ôv -wywv' è'ywv
sùvo'jyoç 'fi[J-^v yjXOei; c(7X£'jaTfji£vo; ;
Ce passage, quoi qu'on en ait dit, n'est pas difficile à entendre. Les eunuques sont dépourvus de barbe. Et pourtant l'efféminé Clisthènes pour se déguiser avait eu l'ingénuité de se mettre une barbe postiche.
[.e premier vers, que Bentley voulait corriger parce qu'il n'en comprenait pas le sel, est parodié d'un iambe d'Archiloque : to'./.vos o', ù -(Oyixs, tV 7cuy>|v è'^wv, « toi qui a de telles fesses, singe ». Précisément, et voilà ce que Bentley ignorait ou avait oublié, les singes n'ont pas de fesses (1), pas plus que Clisthènes n'avait de barbe, car il était glabre {Thesmopli., 575 et 585).
(l) Il y a là-dessus un trait plaisant de Simonide, fr. VII, 76. On connait le dicton français : Il en est pourvu comme un singe de queue. Les Grecs disaient : comme un singe de fesses.
347 'EjjiiXAs-:' àp' à-avre; àvaaeisLv (3o-/iv,
dXivou t' (ZTïéBavov avOpaxeç flapvTiOtot..
Je ne vois aucune raison pour suspecter ce passage, tel que le donne le Bavennas. De ce que d'anciens interprètes expliquent à tort âvaa-8Îet.v por^v par ['j-iyai poiy, il ne s'ensuit pas que cette locution soit à condamner. Il n'est que d'en déterminer le sens exact, assez singulier pour nous, j'en conviens, mais qui se justifie par des locutions toutes pareilles où entrent divers composés de o-elew.
TTpocreuiv. Eurip. UcL, 445; Uerc. Fur., 12118 : Trpoaeis'.v yeiçy., minilabundus hrachium objicere, « menacer du bras ». — Thucyd., VI, 86, 7rpoa£{ei.v cpojiiov, ein Schreckniss drohend vorhalten (Classen), « terrifier par la perspective d'un danger ».
iizi'yeief.v. Plut. Tliémist., 4 : ou Aapswv oô^e Déps-a; £7i:!,a-£{wv, non incutiens illis terrorem a Persis (H. Estienne), « sans les effrayer par la menace de Darius et des Perses ». — Anthol. Pal., IX, 755, en parlant de Scylla : rôcraov è7:i'7<7zUi, TÔ(7<7ov xoTov âvxîa cpaivei., (ftant elle nous menace de son courroux, tant elle le montre ouvertement ». — Hésychius : £7C!.<r£{£i.v, èy.'fo^zîv.
àva(ye{et.v. Démosth., 784, 22 : r>iv xaxà Aof^oxXÉouç el(T'j.yyz)dy.y àvao-Eta-aç tzoï £'Tp£'|»£v ; « qu'est devenue l'accusation qu'il brandissait comme une menace sur la tête de Démodés? » — Plut. Tib. Gracch., 21 : etteI oûat. TO) INaT'.xà TîpojavÊTEiovTO. — Pollux, I, 151 : cp6,3ov dvao-E'lovTEç ; IX, 155 : rauTOV o'avE'.Vi Ex-AriTtE'.v, GopuSEV/, àmChzZv . . . âva(7£i£!.v, ÈTiapTàv, iv.'i^o'^^tVK
On voit que les trois verbes âvaa-£{£!,v, Tipoo-Eisov et éuta-eiEiv, proprement brandir en l'air, ou devant ou
contre, sont synonymes, et se prennent dans l'acceplion de brandir en menaçant, faire un épouvantail de, terrifier par la menace de. Ici, le choix de âvaTe-c'-v devant J3oy,v a été déterminé, selon toute apparence, par le composé
âvapoàv.
Et si l'on peut dire àva^eis-.v eiTy.yyi/J.yy OU lllpc-aç OU y.rj-oy OU 6{xr,v, qu'y a-t-il qui choque dans i^y-azieiy ^o-/,v? « Vous pensiez donc tous répandre l'alarme par une clameur, » autrement : « Vous pensiez tous me terrifier par vos cris. » Et voyez comme ce qui suit concorde : « et peu s'en est fallu que des charbons du Parnès ne périssent par la sottise de leurs démotes ».
La conjecture de Dobree : eusAAeT' oîpa Trâvtwi; àv-rystiv TTÎç |jor,ç, adoptée par les derniers éditeurs, me paraît de tous points injustifiable. Que vient faire ici TtâvTwç, que M. Blaydes traduit par surely, certainlij? où a-t-il trouvé cela? De plus âv/.o-sov r?,; por^q ne s'accorde ni avec ce qui précède ni avec ce qui suit, pas même si l'on traduit avec Elmsley : / thought 1 should make you hold your longues (ce qui ferait en grec : è'{j.sAXov à'pa 7taija-e!,v ou o-'/T.crs'.v 'j[i.à; t?,; ^oYi?. Cf. Gren., 268,et Lj/5.,380). Pour rétablir le raccord, Elmsley propose oliyou ye, Meineke ô'/J.yo'j 02, sans que la pensée en devienne plus claire.
Un seul point dans la leçon traditionnelle peut prêter au doute. Peut-être conviendrait-il d'écrire àvao-ôio-e'.v. Quoique l'infinitif présent soit de règle après {jiiXXw, il semblerait d'après les exemples cités que dans cet idiotisme l'imparfait è'ijLeXXov gouverne le futur.
<I>£o' £'' Aax£Oa'.,uov{(jOv t'.ç sx7ïXe'J<7a<; i'a.ôi.zv. 542 diziào-zo cpv^vaç xuvîS'.ov Ssp»,(f((ov,
xa^rjuG' av £v od|j.o'.o'',v ;
Les éditeurs qui tiennent absolument à assimiler le cas de l'habitant de Sériphe à celui des Mégariens, se sont évertués comme d'habitude à dénaturer le texte par des conjectures. Je crains fort que l'analogie qu'ils poursuivent n'existe que dans leur imagination. Aristophane nous montre Athènes et Sparte également promptes à se piquer et jalouses de défendre leurs alliés. Mais là s'arrête le parallèle. Car Sparte n'est pas comme Athènes une ville marchande, non plus que Sériphe, un pauvre îlot rocheux, le plus petit des États de la symmachie athénienne. En second lieu, l'engeance des sycophantes, cause de tout le mal à Athènes (v. 519), n'existait pas à Sparte : et le nom et la chose étaient des produits de l'Attique, £-^y(ôp'.a (v. 523), qui en gardait le monopole. Enûn, en Laconie, pas plus (|u'ailleurs, je suppose, un roquet n'était un article de commerce.
Le verbe cpa'!v£'.v signifie dénoncer, porter plainte, mais ne se prend pas toujours en mauvaise part (1). Ici il sert à expliquer d-éoo-o, qui sans cela ne se comprendrait guère. Si je ne m'abuse, le sens est celui-ci : un Lacédémonieii est censé poursuivre un Sériphien en paiement d'une dette, ce qui se comprend d'autant mieux que des îles tributaires d'Athènes, Sériphe est la plus rapprochée des côtes de la Laconie. Il s'est donc embarqué, après avoir porté plainte, et a saisi et fait vendre un petit
(1) Entre autres Xénophon, Cijrop., I, 2, 14.
chien, constiluaut tout l'avoir du débiteur, Ta toj 09X0VT0; yj>r\[ioLza. Ce qu'on lui reproche, ce n'est pas tant de s'être fait justice, que d'avoir agi sans l'aveu du magistrat athénien.
Il me semble que Droysen a compris ce passage à peu près comme je fais :
Nehmt an, ein Lakedamonier kreuzend mil seineni (l) Kaliii Hait' einem Seriplier einHiindchen gepfândet und bol' es aus.
ei 0' ÎTyupbq el, 592 ~i [j.' o'jx à-S'l/coÂTio-aç ; t'JoTzXoç, vào e^.
' A7zz<\)(ùXr\'7a<; est bien le mot qui convient. Les éditeurs y ont substitué de leur autorité xaTeo-TrôoriTaç (Hamaker), à-Tze^ChiùTOiç, ou y.7ze-~0M7y.(; (Bergk), y.y-e'hiù)a\(JOLq (Meineke et M. van Leeuvven) (1).
Singulière manie de mutiler les textes, alors qu'il serait si simple d'avouer qu'on ne comprend pas, ici surtout, où l'aveu n'aurait rien que d'honorable! M. Blaydes, qui croit comprendre, s'en tient cette fois aux manuscrits, et traduit : Cur non me circoncidis, cur non milii glandem dénudas (scil. ense luo)'} N'insistons pas, et pour le coup sachons-lui gré d'ajouter : Vis tamen linjus loci pauUo obscura est, ita ut latere nonnihil vilii suspicor.
(1) Pour le dire en passanl, je saurais bon gré à celui qui m'expliquerait le composé xaïail^ioXclv. Est-il corrélatif à àvs'j/wÀEtv, et peut-on dire aussi ètihJ/coXeIv, par exemple, ou efxtj/œXslv ? Il ne faut pas trop attendre de l'intelligence de ses lecteurs, et quand on crée un pareil vocable, il n'est que juste qu'on prenne la peine de le définir.
Eh bien, non, le texte ne dissimule aucune faute. Les copistes ont bon dos, mais en vérité on abuse de s'en prendre invariablement à eux dès qu'on demeure court. Quand on publie Aristophane, peut-être ne serait-il pas supertlu de se mettre un peu mieux au courant de certains traits des mœurs grecques et du vocabulaire qui s'y rapporte. Surtout (et ceci s'applique aussi au v. 158 et à Oiseaux, v. 507) laissons là la circoncision, que les Grecs ne connaissaient que par ouï-dire. Le vers signifie : « Que ne fais-tu de moi ton giton? car lu es équipé à souhait. « C'est, dans les mêmes termes ou à peu près, le traitement dont ailleurs on menace Démos s'il se livre à Cléon : (|jto).ôv yevÉTOa!, osîT o-e iJ-éy^^'. to'j p-uppivou (1). Je me borne à indiquer le sens, car on me pardonnera de ne pas entrer dans le détail. Si vous en êtes curieux, il ne tient qu'à vous de lire la note de Schutz sur ce dernier passage. J'ose croire que la brutale clarté de cette note, formulée en termes précis et techniques, dissipera tous vos doutes.
De la sorte vous comprendrez aussi le (ô^-e o-e ^t.Xwtôv eh'j.'. dans l'endroit suivant des Guêpes (v. 451), entendu de travers par de trop candides éditeurs :
oûo' àvaiJLVTiT^eli; 06' e'jpojv to'j; Sotou; yXiTzzoy-i le TcpoG-ayaywv Tzpbç tV^v èXâav s^éoeip e'j xàvopLxwç
Théocrite s'est souvenu de ce morceau et l'a crûment paraphrasé dans sa V« idylle (2). Un des derniers éditeurs
(1) Cavaliers, v. 9G4.
(2) Idylle V, vv. 116417, mis en rapport avec les vv. 3S à 44.
des Guêpes le blâme d'avoir prêté gratuitement à Aristophane nne intention obscène. Le reproche est immérité. Théocrite a eu tort d'imiter, j'en conviens, mais il savait le grec un peu mieux que nous, et n'a que trop bien compris. Le verbe iyZépeiv (comme aussi 8épet,v et à7roo£pei,v, Lysistr., 138, 739 et 935) est ici synonvme de y-o'lu)ktv/ , ^[/wÀôv Tzoïeîv, OU d~rjfjp>.yX^v.v. Ce qui le prouve, c'est précisément le trait linal, qui sans cela n'aurait aucun sens. Considérez d'ailleurs que dans la situation où il se trouve, Philocléon ne peut rappeler à son esclave que ce qu'il tient pour un bienfait ou tout au moins une marque de faveur.
Et puisque nous sommes sur le chapitre des obscénités, qu'on nous permette d'expliquer également le vers 29 des Cavaliers :
Ôtù, zo oépi^y. oecpo [JLSvwv dcTcép^exa'..
M. van Leeuwen, avec son habituelle confiance, affirme que à-épye-y.>. niiUiim prœbet sensum, ce dont il s'autorise pour introduire dans le texte un non-sens de son cru. Rien de plus clair au contraire. Le scholiaste l'explique fort bien par ÛTto'^wpeï" oTT'.TOev. Cela signifie qu'à ce compte l'on devient 4>waôç, en latin verpus. Au premier aussi bien qu'à l'autre de ces vocables s'applique la définition de Forcellini : qui verpain nudata glande ex libidinis usu prœfcrt.
Dans Lysistrata (v. 935), quoique le cas ne soit pas tout à fait le même, Cinésias, de se voir déçu de son espoir, s'indigne en des termes analogues.
E^ 0£ Tt,ç ùpàç 'J-oGw-£'J(xaç Xi.7rapàç xaX£(7e',ev 'AOr,vaç, 640 eiipSTO -âv av oià Taç )aTtapàç, à'^ùwv Tt.[ji.T,v nzpiÔL'\>y.q.
« Si un orateur, après d'adroites flatteries, vous appelait la splendide Athènes, » et non la grasse Athènes, comme on traduit d'ordinaire. Le sol de l'Attique était des plus maigres. C'est Thucydide qui nous l'apprend : tt,v 'Attixtiv St.à tÔ XeTTTÔyewv âorTao-îaaTov où(rav (1, 2). Et aussi Platon, dans le Critias (Hl B) : « A comparer le présent au passé, il reste de l'Attique, ainsi que dans les petites îles, comme des os d'un corps sortant de maladie, la terre grasse (y^ Tiiet-pa) et meuble s'étant écoulée de toutes parts, laissant à nu le corps décharné de la contrée. »
« Gras » se disait -(wv. Dans Pindare, -ûipa "^ly.eliy. c'est « la grasse Sicile » {Ném., I, 15). Ici, comme ailleurs, il faut se délier des dictionnaires. Aî-oç et XiTTctpoç, à mon sens, n'ont jamais désigné le gras, du moins dans le grec classique, mais bien le gluant, le visqueux, le glutinant, Vonctueux. C'est un point que je livre à ceux qui en voudront faire une étude spéciale. Voyez la racine du mot et ses équivalents dans tout le groupe indo-européen, et tenez compte du sens de Xi-apTiç, tenace, et de Xi-aoéw. Ai-oç ai'fxaroç (Esch. et Soph.), c'est du sang visqueux, Xî-oç eXâaç, comme le Xt,-' e).a!.ov d'Homère, de Vhuile onctueuse. Aristote distingue nettement le -nwv du Xt.-apdv {Meteor., IV, 9, 34). D'après la définition de Platon, ce dernier comprend « la poix, le ricin, l'huile et d'autres corps analogues » {Timée, GO A, et plus loin yXicrj^pov xal X^Ttapôv, 82 D; dans Aristote, XiTCapÔTTqTa xal y)x<T'j(^^6-r\TaL, De long, vitœ, 6).
C'est ainsi qu'il convient de traduire A'.-apô; dans notre pièce même, au vers 67!2, et Oiseaux, 555 (1).
Par une déduction naturelle, du sens de visqueux, onctueux, on a passé à celui de luisant, resplendissant, splendide. Souvent alors X'.-apo^ est synonyme de cpa-.Spôç. PJutarque écrit 1<.~ol^oi -y. -pô^w-a {Agés., 29), comme Aristophane c^awpo; Aâ|ji.-ovT'- [j-s-to-io [Cav., 550). De même Xénophon : ),t.-apo'j; xal çaLOpojç âva-r-rpecsouivouç [HelL, VI, 4, 10).
De là, si je ne m'abuse, une dernière acception : d'une éclatante blancheur, d\m blanc net. notamment s'il s'agit d'un costume de fête ou de banquet (ainsi entendrais-je, quoique je n'en réponde pas, Cav., 536 et EccL, 052). Dans ce dernier sens, il serait à peu près synonyme de xa9apôç, et on l'opposerait à aùytxYipôç ou à pu-apdç.
A'.TTapal ABriva'. est donc bien « la splendide Athènes ». Mais que signifie X'.-apoç appliqué aux aphyes? C'est là un second point, bien autrement diflicile à élucider. Quand on nous dit que l'épithète prodiguée à la cité d'Athènes était de celles dont on faisait honneur à des aphyes, que faut-il entendre par là? Et d'abord qu'étaientce que les aphyes?
Le problème est des plus compliqués et mériterait d'être traité à fond par un spécialiste. Car si les témoignages abondent, ils sont aussi diffus que nombreux et souvent difliciles à concilier. Le long chapitre consacré à ce poisson dans V Histoire des animaux d'Aristote n'est qu'un tissu de contradictions et de sottises, et c'est à bon
[\} Dans Xénophon, Cyrop., I, 4, 11, lesOtip-a Xircapâ sont opposés, non aux ÔTjoia Itn-i, comme on l'a dit, mais aux (j^copa^éa.
droit qu'on en conteste l'authenticité. Quant aux dictionnaires, ils décident au hasard, et leurs déhnitions ne peuvent que nous embrouiller.
Après avoir longtemps hésité, je me suis arrêté à celle solution, que les Grecs désignaient par aphyes ce que nous nommons menuaille, fretin ou poissonnaille. C'est ce qu'on peut tirer de plus sensé, ce me semble, de tout le verbiage attribué à Arislote. Comme le fretin comprend quantité de variétés, nettement déterminées aujourd'hui, mais que les anciens confondaient, on s'explique par là le manque de clarté de leurs renseignements (1).
J'ai été confirmé dans cette vue par M. JNic. Aposlolidès. Le savant professeur d'Athènes, à qui j'avais fait part de mes doules, m'a fait l'honneur de m'écrire une très intéressante lettre, d'où je détache cette phrase : « Actuellement au marché d'Athènes on vend le fretin sous le nom de [ji.apwc; to-j <l>a)T,po'j, et ces tj.aoio£; se composent du fretin non seulement du picarel, qui est le nom vulgaire du spiapi;, mais aussi de plusieurs poissons. » Voilà pour moi le trait de lumière. Car aussi dans l'antiquité c'est sous le nom de à'^Ja-. 70^ fpylr^ûo-j que les poissonniers offraient leur marchandise. Des aphyes, on en trouvait partout, et pour nous borner à l'Attique, on en péchait à Salamine, au tombeau de Thémistocle (extrémité du Pirée), dans le parage de Marathon (2).
(1) « L'autre apliye est un produit de poissons; celle qu'on appelle cobitis vient des petits méchants goujons qui se fourrent dans la terre; de l'aphye de Phalère viennent les menibrades (hepsets?), de celles-ci les trichides (sardines?) et des trichides les trichies,.etc...» Aristote, Hist. unim., XIV, 4.
(2) Aristote, Hist. anim., XIV, 3.
Mais seules celles de Phalère étaient recherchées. Nous avons là-dessus quantité de témoignages et des plus explicites (1).
Le terrain ainsi déblayé, nous pouvons en venir à la question principale. Pourquoi les aphyes sont-elles nommées A^-apai? Je ne crois pas qu'il faille prendre ici cet adjectif au sens primitif de gluant, encore que les anciens aient été frap|)és de la viscosité de ces petits poissons, toujours collés ensemble et qu'on ne péchait que par masses conglomérées (2).
Je ne crois pas davantage qu'on puisse tirer quelque lumière de la circonstance que les Athéniens les servaient volontiers en friture. C'était en effet leur manière, ou du moins une de leurs manières, de les préparer, et puisque l'occasion s'en présente, je donnerai ici la recette exacte du plat, telle qu'on la lit dans un fragment de Soladès. On mettait dans la poêle un cyathe d'eau (la valeur d'un de nos verres à vin), des fines herbes hachées menu, de l'huile à profusion, et l'on faisait cuire dedans (3). Du fretin ainsi frit dans la poêle, àTiô Triyâvou àcpijat. (4), pouvait en toute rigueur s'appeler h.-7.o6z. Mais, à l'entendre de la sorte, l'épilhète ne serait pas caractéristique des aphyes, et s'appliquerait tout aussi
(1) Oiseaux, 76; Euboulos : ooi.lr\p'.y,r, xdpTi; et le passage capital d'Archestrate, Athén., VII, p. 28o b.
(2) On peut lire là-dessus un curieux passage des Halieiitiques d'Oppien, IV, 472 et suiv.
(3) Fragm. Corn. Gr., t. III, p. 586. — Dans Akistophane, Guêpes, 496, les aphyes sont assaisonnées aux poireaux.
(4) Phérécrate, Fragm. Corn. Gr., t. II, p. 297.
bien à n'importe quel mets préparé de la même manière, par exemple au chou, ^àâ/^avoç (1).
Il convient donc de chercher ailleurs, et ce sera, si je ne me trompe, un texte d'Athénée qui nous tirera d'affaire (2). Suivant ce grammairien, on distinguait deux sortes d'aphyes. Les unes blanches, très minces et spumeuses, tj [jikv ),euxT, xal Xiav Itii-ri xal â(ppwoT,ç. Au marché elles devaient luire comme un tas de vif argent. C'était l'espèce la plus recherchée : S'.aq^sps!. Zï r^ xaOapà xal ltKx-f\. Suivant moi, telle serait celle qu'on appelait par excellence -à Xi-apâ (comparez le terme français blanchaille). Aristophane en parle dans un fragment (421 D) :
à)aç â^ÛT,ç jjLO'.* 7rapaT£Ta;j.a(, yàp xà X'.TzoLpx xaTrxwv (3).
Une autre espèce était plus grande et de couleur terne, 71 8e jàuTtapcoTspa xal âôpoTépa. 11 en est question dans une poésie de Machon, conservée par Athénée (IV, p. 135 a), où, jouant sur l'épilhète homérique XtTrapoxprj^efjLvo;, le poète dit :
T, ùï fl>a).r|p!,x>i T,X9' y.'p'J-r\, Tpûwvoç etaipr,, avTa -nape'.âwv isyo\i.ivr\ pj-apà xpTjOspiva (4).
(1) Comparez les passages suivants : é'-j/eiv x èXatcjj pàcpavov TiyXaïaiJievTiv [Fragm. Com. Gr., t. III, pp. 268 et 325), avec xal [jlt)v pa(j>avoui; y' £'|o'J!ti Xi-apâç (lll, 101) et pa'pavoç XiTîapa (IV, 380).
(2) Deipnosoph., VII, p. 28o b.
(3) M. Blaydes propose àcpûtov. Il est entendu qu'on ne peut lire un vers d'un comique grec sans se heurter à d'ineptes conjectures. Athénée a pourtant dit expressément : xal èvixco; 8è àcpÛTjv Xéyouffiv.
(4) M. van Leeuwen, qui cite ce dernier vers, change tout uniment ^uTrapâ enXiTrapâ, sous le prétexte que sans cela il ne comprend plus. Il est joli le prétexte. Si chacun de nous s'avisait de changer ce qu'il n'entend pas ou, après coup, ce que croyant l'entendre il a mal entendu, demandez-vous ce qu'il resterait du texte des comiques.
Il est à remarquer qu'on distinguait également l'ap-roç ).i-apôç ou xaflapô; (Aristoph., IV. 165 D) de l'àpTo;
^uTîapôç (Alhén., VI, p. 24G a), c'est-à-dire le pain de Iroment net ou pain blanc du pain bis.
Le sens de notre passage nous paraît donc être celui-ci : en décorant Athènes du mot de )v!.7iapa{, les orateurs lui rendent même honneur qu'au fretin de la bonne espèce.
Tivix' av £7:avOoay.'!o£ç (OTi — apaxci{i.eva!,, ol Oc Baîiav àvaxjxwo'!, Ài—apâjj.— jxa, 6Ty ol os [jt.y.TTWSt.v..,
Le mot ixy.--iù7'.v a choqué bien des éditeurs, Bergk propose de le remplacer par -jj—wtôv, Meineke par xâ-Two-'//, Hamaker par pà-Twa-.v. A première vue, en effet, le choix de ce verbe paraît singulier, car on ne conçoit guère que les gens ne commencent à pétrir le pain qu'au moment où ils vont tremper le poisson dans la saumure pour le griller (4).
(1) « Quand on faisait une grillade, nous dit Athénée (VII, p. 329 b), il était d'usage de tremper dans une marinade, appelée saumure de Thasos, le poisson qu'on s'apprêtait à griller. » J\I. van Leeuwen est sévère pour ceux qui admettent cette explication, que le seul bon sens, suivant lui, suffit à réfuter. C'est un point sur lequel il eût aussi bien fait de consulter d'abord une cuisinière, et si, par impossible, il lui restait des doutes, de lire le fragment d'Axionicos, au tome III, page S3I, du recueil de Meineke.
Après cela, nous ne songeons pas à nier qu'une fois cuit, le poisson pût être servi en marinade. C'était même l'assaisonnement ordinaire, et on le préparait au vinaigre, à l'ail, à l'origan, aux fines herbes {■/}.6ti) et de quantité d'autres manières.
D'autres passages prêtent à la même objection. Ainsi, dans les Cavaliers, on nous montre Athènes en train de déjeuner, et Tliémistocle, pendant qu'elle est à table, lui pétrissant, par-dessus son repas, le Pirée. Ici les éditeurs se sont résignés à respecter le texte, et j'en connais plus d'un que cela a dû contrarier considérablement.
Ces deux passages, et d'autres encore, trouvent leur explication dans une circonstance généralement ignorée de la vie privée des Athéniens. Il me sera nécessaire, pour me faire entendre, d'entrer dans d'assez longues explications.
Le fond de la nourriture en Grèce, comme presque partout ailleurs, était le pain. Mais il convient de distinguer. Le pain, dans le sens où on l'entend d'ordinaire, c'est-à-dire le pain de froment, à'pxoç, était à vrai dire un article de luxe, et, par exemple, les esclaves n'en mangeaient jamais (1). Si, comme il est probable, les riches en usaient assez régulièrement, à la grande majorité des citoyens il devait faire à peu près l'efiet de la brioche.
Le vrai pain athénien était la pià^^a, que, faute d'un terme plus précis, on traduit généralement par galette. C'était le pain de tous les jours, et aussi le pain de munition, et l'on sait que Solon l'avait prescrit même pour les repas du Prytanée, réservant l'ap-oç pour les jours de fête (2). Thucydide (III, 49) nous en donne la recette : elle se composait de farine d'orge, d'huile et de
(1) C'est ce qui fait le sel de la bravade de Carion dans Ploutos, Y. 320.
(2; Athénée, Deipnosopli., IV, p. 137 e.
vin ; mais souvent le vin était remplacé par du lait ou de l'eau.
La différence entre l'àpToc et la ij.yj^a ne tenait pas seulement à la substance dont ils étaient formés, mais aussi et surtout au mode de fabrication. Le vocabulaire lui-même en fait toi : pour le premier, le terme reçu était apTov 7îé-Tet.v ou o'-xàv, cuire le pain; tandis que de l'autre on disait invariablement jj.àJ^av ij-â—et-v, pétrir la (jalelle (1). C'est qu'en effet pour celle-ci l'opération principale était le pétrissage; la cuisson ne comptait guère, étant l'affaire de quelques minutes.
Le pain s'acbetait tout fait cbez le boulanger, àpT07iot,oç, àpTo-w).Yiç. La f/àîi^a, chacun la faisait chez soi, les textes le prouvent surabondamment. L'Athénien qui se rendait de bon matin au tribunal ou à l'ecclésie, avait soin de se munir d'une sacoche, Oulâxiov {Guêpes, 515), qu'il déposait à côté de lui. La séance terminée, il se rendait au portique des céréales (â)v(p!.TÔ7i(oXi.; o-Toâ, proprement : portique des orges) et la faisait remplir d'orge, contre une partie du salaire qu'il venait de toucher {EccL, 686 et 819; Ploutos, 765). Si la séance n'avait pas lieu, il s'en retournait chez lui la mine longue et la sacoche vide {EccL, 582; Guêpes, 505). Une fois en possession de son orge, il boulangeait sa fjiàî^a. Peut-être les raflinés passaient-ils la farine au bluteau {EccL, 755), mais il est à croire qu'en général on n'y mettait pas tant de façon. Pétrissage et cuisson se faisaient en un tour
(t) Caval., 55; Hérodote, I, 200; Platon, Rcpubl., II, p. 372 B; EuBOULOS, Fragm. Corn. Gr., l. III, p. 242, et surtout Athénée, XIV, p. 663 b.
de main. C'était, selon l'expression d'un comique, le SetTcvou upôSpofjiov ap!.<7Tov (i); car on y procédait peu de temps avant de se mettre à table.
En Orient, où rien ne se perd, cet usage s'est maintenu jusqu'à nos jours. Quiconque a voyagé dans ces contrées connaît ce pain sans levain, cuit sur des plaques de tôle et filant sous la dent. Je ne puis mieux faire que de transcrire ici le témoignage très circonstancié d'une dame qui a longtemps séjourné en Turquie : « Le pain d'Asie ne ressemble guère au pain d'Europe. On mêle de la larine d'orge avec de l'eau, on ne la pétrit guère; puis avec le rouleau à pâte on l'étend sur une plancbe en lui laissant l'épaisseur d'un gros cahier de papier. Cela fait, on pose la pâte sur un vaste couvercle de casserole ou de marmite que l'on approche du feu, on l'y laisse deux ou trois minutes, et le pain est fait. Ce pain, qui est aussi mou que du calicot, vous sert de nappe et même d'assiette, de serviette pour essuyer vos doigts et pour envelopper les provisions du lendemain; enfin vous en faites de petits cornets que vous remplissez de riz ou de tout autre ragoût peu solide, et que vous portez ensuite à la bouche aussi proprement que vous le pouvez (2). »
Mais il y avait un pain plus grossier encore que la
(t) EuBOULOS, Frncjm. Coin. Gr., t. III, p. !iJ42.
(2) Mme Chu. Trivulce de Belgiojoso, La vie intime et la vie nomade en Orient (dans la Revue des Deux Mondes, avril 185.^, p. 72). — On aura reconnu dans ce pain servant de serviette les àirojjLaYSaXt'ai ou boulettes de mie d'Aristophane [Cav., 414), et dans le même pain roulé en cornet pour sersir de cuiller les jjLuaxîXat dont il est si souvent question dans la comédie grecque (Cav., 827 et H68; Ploutos, 627; Phérécrate, Fragm. Corn. Gr., t. II, p. 299).
p.àî^a, celui qu'on nommait cpuo-rVi piaCa, ou simplement cpuo-TTi. Il était fait de blé d'orge, non pas trituré sous la meule, mais broyé grossièrement dari àyav TSTpiy.jjLsvri, Athénée; a-p'.~~o<;, Hésycbius). Bien des gens s'en contentaient. Ainsi, dans les Guêpes, Pbilocléon, quand il s'en revient déjeuner ebez lui au sortir du tribunal. Le vieux dicasle se plaint du peu d'égards qu'on lui témoigne, et nous dépeint l'intendant qui lui a servi une cp'jTTT, « sacrant et grommelant pour n'avoir pas de suite à en pétrir une autre »,
xaTapa(yà[Ji£voç xal TovOopùs-a; àlAriV p.'/, pio', 'zy.yo uâi'/) (1).
J'ai signalé ailleurs la malencontreuse correction d'Elmsley, qui, ignorant comment se faisait la galette, met un point après Tov^opùo-a;, et commence la phrase suivante par : 'A).a' TjV i^-fi u.oi... Cette conjecture, adoptée par tous les éditeurs, n'est pas seulement inutile, elle écourte maladroitement la phrase et rend inintelligible ce qui suit (2).
Cette note sur le pain des Athéniens est bien longue, mais on reconnaîtra qu'il y avait lieu d'insister. J'ajouterai un dernier détail. Dans la lutte entre Cléon et le charcutier, à qui comblera Démos, le premier promet à celui-ci de l'orge (xp'.Oâç), puis de la farine d'orge toute préparée (aX-pi-a ècrxe'jaa-piva), c'est-à-dire bien blutée
(1) Guêpes, \. 614.
(2) Il faut voir les éditeurs se donner du mal pour expliquer tocoî au vers suivant, et n'y parvenant pas, pour la bonne raison que Pliilocléon n'a rien sur lui ni avec lui, à l'exception d'une épce. Rétablissez le texte et vous verrez que lioi est une simple répétition de -ûûxoiuiv, V. 61*2.
et prête à faire le pain : sur quoi le charcutier, suivez la gradation, s'engage à lui offrir de petites galettes ôi.afjLe!j.ayy.£va<; fl). Après ce qu'on vient de lire, on saisira l'à-propos de cette épilhète, qui signifie « complètement pétries ». Habitué à la lourde et indigeste piàî^a, Démos appréciera des galettes qu'on se sera donné la peine de « pétrir à fond ». Cela lui fera l'effet d'une délicatesse.
833 noXu7rpay{ji.03'ûv7) vjv èç xe'^aXriv TpàTioiT'êfi.oî.
L'article manque devant Tzolur.pxyiJ.o'yùvi], ce qui rend la phrase inintelligible. Mais il est inutile de recomposer le vers, la correction étant de celles qu'on fait sur l'épreuve. Lisez :
7roX'j-pay|7.oo"uv"/i 'a":',v èç xe:pa)vYiv ■zpy.izoï-' èy.oi.
«C'est une indiscrétion. Qu'elle retombe sur ma tête (2). » La plupart des manuscrits portent : Tzol'jrzpy.yi/.oyùvriç vjv. Paléographiquemenl, le changement de o-vjv en a--!,v est insignifiant. Quant à l'asyndéton, il est de règle avec l'imprécation qui suit {Paix, 1063, Lysist . , 915, Ploutos, 526).
Le 7:oXu7rpày|j(.wv est celui qui se mêle de tout, et de préférence d'affaires qui concernent les autres. C'est parfois un curieux, un fureteur {Oiseaux, 471), plus souvent un inquisiteur, un indiscret. Pour paysan qu'il soit
(1) Cavaliers, vv. 1100 à llOo.
(2) Cfr. le fragment 180 D d'Aristophane : xaxaTruyoauvTi xatjx 'èaTi.
OU se pique d'être, Dicéopolis n'en est pas moins un Attique, pensant avec Ménandre :
927 Aôç \x.O'. cpop'JTÔv, i'v'a'JTÔv £v5T,7a; cpepw.
Les manuscrits sont d'accord, et le sens n'est pas douteux. Que de conjectures néanmoins, et plus difficiles à entendre les unes que les autres ! (Reisig, èvBT,(Ta<; o-Tsyco; Dindorf, ivS/iO-o) '^spwv; Elmsley, £vot',7(i) '^épe'.v; Bergk, Êvo/.o-aç <^io-t]ç; Meineke, £voy',7w cpipe ; M. van Leeuwen, £vor,T(o 3-.pôopa.) Si, au lieu de tenir à priori le texte pour corrompu, chacun de ces savants hommes avait pris la peine de l'examiner à nouveau, il y a longtemps qu'on serait fixé. <Pipziy ne signifie ni porter ni emporter, mais bien dependere, persolverCy payer (la chose due), faire remise, donner en paiement. Je crois inutile de citer des exemples : les dictionnaires, notamment Liddell et Scott, en donnent suffisamment (1).
Dans la scène précédente, Dicéopolis s'était engagé à livrer, en échange des marchandises qu'on lui offre, un sycophante emballé comme de la poterie (v. 904). A peine a-t-il trouvé son homme, qu'il le jette par terre et dit au marchand : « Donne-moi du fourrage, que j'emballe celui-ci et le livre en paiement. » Je ne vois pas qu'on puisse souhaiter rien de plus clair.
(1) C'est, par parenthèse, sur le double sens de as'ps'.v que roule le griphe d'Antiphane : ozi tp^ptov t-.ç [jl-J] cpÉpEi {Fragm. Coin. Gr., t. Ill, p. 66). Cfr. aussi Èpâvo'jç cfî'pov-s; où cp£po[i.£v {Ibid., p. 446;.
B. MéXXw yé Tot, 9ep{58ev.