‹ Notes sur Ingersoll [microforme] :Chapitre 10 sur 34 · EL · texte numérisé non relu

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sage, Je reproduirai l'argument d’un philosophe pour l’existence de Dieu. Je ne juge pas que ce soit nécessaire, ni que je sois obligé logiquement de le faire; mais comme il peut être instructif pour vous, je le donne. Le voici :

Je vous permets de douter de tout, si cela vous plaît, jusqu’à ce que vous en arriviez au point où le doute se nie lui même. La doute est un acte d'intelligence ; il n’y a qu’un agent intelligent qui puisse douter. Cela demande autant d'intelligence pour douter que pour croire, pour nier que pour affirmer. Le doute universel est une impossibilité, car le doute ne peut, le voudrait-il, révoquer en doute l'intelligence qui doute, car en douter ce serait encore douter. Vous ne pouvez révoquer en doute votre doute, et alors, si vous doutez, vous savez que vous doutez, et il y a une chose au moins dont vous ne doutez pas, et cette chose c’est votre doute. Mettre en doute l'intelligence qui doute, ce serait douter que vous doutez, car, sans intelligence, il ne peut pas plus y avoir de doute que de croyance. Vous affirmez alors votre intelligence, car sans intelligence vous ne pouvez pas même nier votre intelligence, et la négation de l'intelligence par l'intelligence est une contradiction,et elle affirme l'intelligence par l’acte même qui la nie. Doutez alors tant que vous le voulez, vous

devez encore affirmer l'intelligence comme une condition du doute, ou de l’assertion de la possibilité du doute, car ce qui n’est pas, ne peut agir.

Il y a au moins ceci de certain, c’est que, aussi loin que vous soyez disposé à pousser votre doute, vous ne pouvez le porter jusqu’à nier l’intelligence, car ce serait nier votre doute lui-même. Vous devez alors concéder au moins l’intelligence, et par là même tout ce qui est essentiel à la réalité de l'intelligence. En concédant une chose, vous concédez nécessairement tout ce par quoi elle est ce qu’elle est, et ce sans quoi elle ne saurait être ce qu'elle est. L'intelligence ne se conçoit pas sans l'intelligible, ou quelque objet capable d’être connu. Aïnsi, en concédant l’intelligence, vous concédez nécessairement l’intelligible. L’intelligible est donc quelque chose qui est, un être, un être réel aussi, non une pure abstraction ou un être possible, car sans le réel, il n’y a et ne peut y avoir rien de possible ou d’abstrait. L'abstrait, en tant qu’abitrait, n’est rien, et par suite inintelligible, c’est à-dire, qu'il ne peut être l’objet de la connaissance ou de l’intellect. Le possible, en tant que possible, n’est rien plus que le pouvoir et la capacité du réel, et n’est appréhensible seulement que dans ce pouvoir ou cette capacité. En lui-même, abstraction faite du réel, c’est une

pure nullité, il n’a pas d'être,ni d'existence, il n'est pas, et par conséquent il est inintelligible, il ne peut être l’objet de l'intelligence ou de l’intellect, en vertu de ce principe que ce qui n’est pas n'est pas intelligible. Par conséquent, à la réalité de l'intelligence, un intelligible réel est nécessaire, et puisque la réalité de l’intell gence est indiscutable, il faut également affirmer l’'inteiligible, et l'añirmer comme réel, non comme abstrait ou un être purement possible, Vous êtes obligé d’affrmer l'intelligence, mais vous ne pouvez affirmer l'intelligence sans affirmer quelque chose qui soif en réalité, à savoir, sans affirmer un être réel. L'être réel ainsi affirmé est ou nécessaire et éternel, étant en lui-même, subsistant par lui-même et de lui-même, ou contingent et par suite créé. Il nous faut dire l’un ou l’autre, car un être qui n’est ni nécessaire ni contingent, ou qui est les deux à la fois, est inconcevable et ne peut être ni affirmé ni supposé.

Tout ce qui est, n'importe dans quel sens, est ou nécessaire et éternel, ou contingent et créé — existant en lui-même et absolu, ou dépendant d’un autre pour son être, et, par conséquent, il n’est pas sanc le nécessaire et l’éternel, dont il dépend. Si vous dites que c'est un être nécessaire et éternel, vous dites qu’il est Dieu ; si vous dites

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que c’est un être contingent, vous affirmez encore le nécessaire et l'éternel, et par suite Dieu, car le contingent n’est ni intelligible ni possible, sans le nécessaire et l'éternel. Le contingent, puisqu'il n’est et n’a son être que dans le nécessaire et l'éternel, et, puisque ce qui n'est pas, n’est pas intelligible, n’est intelligible en tant que contingent, que dans l'être nécessaire et éternel, l’intelligible lui-même dans lequelil a son être, et par conséquent son intelligibilité.

Ainsi, dans aucun cas, vous ne pouvez affirmer l'intelligible sans affirmer l'être éternel et nécessaire ; et, par conséquent, puisque l'être nécessaire et éternel est Dieu, sans affirmer Dieu ou ce que Dieu est; et puisqu'il vous faut affirmer l’intelligence même pour la nier, il en résulte que dans tout acte d'intelligence Dieu est affirmé, et qu’il est impossible, sans se contredire, de nier son existence. (*)

Ingersoll. — La logique ne se contente pas d’assertions.

Commentateur. —- Donc elle ne se contente pas de vos assertions qui s’y rapportent. Mais vous ignorez évidemment ce que le mot logique signifie. La logique, en tant que science, se con-

(Browson, Quarterly Review.)

duit par principes et non par assertions ; en tant qu'art, elle agit sur des assertions. Les assertions, en effet, sont le sujet sur lequel elle opère. Elle tire simplement les conclusions des assertions ou propositions appelées prémices, et se soucie fort peu que ces assertions soient vraies ou fausses. Par suite, tout le contraire de ce que vous dites est vrai. La logique se contente d’assertions, re connaît qu’elles et n’agit que sur elles. Votre erreur vient de ce que vous confondez la raison avec la logique La raison agit avec les principes et les vérités, la logique avec les assertions. Que la raison ne se contente pas d’assertions, ceia devient plus apparent à mesure que l’on soumet davantage votre article sur la religion chrétienne à une soigneuse analyse.

Ingersoll. —— Elle (la logique) ne se soucie pas de l'opinion du grand.

Commentateur. — Si ces opinions sont formulées en assertions, c’est ce dont elle s’occupe, car elle n’a à faire avec rien autre chose. Vous vouliez dire : la raison ne se soucie pas, etc. Cette négligence dans l'emploi des mots, cette confusion des termes indique une méthode de penser confuse et imparfaite. Celui qui pense avec clarté et précision, exprimera sa pensée avec clarté et précision, tandis qu’un penseur peu exact jettera le

lecteur dans un doute constant sur la signification de sa pensée.

Ingersoll. — Dans le monde de la science, un fait, c'est une offre légale.

Commentateur. — Ainsi, avant de pouvoir affirmer une offre légale, vous avez à démontrer le fait. Unfait doit être établi comme tel, avant d’être une offre légale. Or, le point en litige entre vous et un chrétien est celui ci : Que sont les faits ? Toute la controverse roule sur la réponse à cette question. Ce que vous présentez comme faits, le chrétien peut le rejeter comme faussetés et sophismes, et ce qu’il offre comme des faits, vous pouvez le rejeter aussi. Il en résulte donc, que, jusqu’à ce que les deux parties s’entendent sur ce qu'est un fait, elles ne sauraient s'entendre sur ce qu'est une offre légale. Ainsi ce que vous croyiez être un sage axiome, n’a en lui même aucun sens pratique. Mais pour ceux qui aiment ces sortes de choses, voilà ce qu’il leur faut.

Ingersoll. — Un fait c’est une offre légale.

Commentateur. — Une contrefaçon est un fait ; est-ce une offre légale ? Oh ! non. Rien, par conséquent, en fait, n'est une offre légale, que lorsqu'il est reconnu comme fait. Qu'est-ce qu'une promesse légale ? C’est une promesse de payer qui peut n’avoir la valeur que du dix pour

cent, mais que la loi vous force d'accepter dés qu’elle est faite. Est-ce comme cela que vous concevez les faits? Et votre intention est-elle que l'on considère sous ce jour les faits que vous offrez? S'il en est ainsi, vous avez peut être raison.

Ingersoil. -— Les assertions et les miracles sont une monnaie de mauvais aloi.

Commentateur. — Si cela est, l’assertion que vous avez faite est donc une monnaie de mauvais aloi. Vous dites que toutes les assertions ont la même valeur. Est-ce parce que ce sont des assertions, ou parce que ce sont des faussetés ? Si toutes les assertions sont de la monnaie de mauvais aloi, nous ne pouvous rien croire de ce qui est affirmé, simplement parce que c’est une assertion. J'affirme que deux et deux font quatre : voilà une assertion. Est-elle fausse? Elle doit l'être si ce que vous dites est vrai. Ceci montre une fois de plus que vous n’avez pas réussi à dire ce que vous vouliez, car vous admettez assuré: ment qu'il y a quelques assertions vraies, la - vôtre, par exemple.

Peut-être avez-vous voulu dire que les assertions fausses sont de la monnaie de mauvais aloi. Si cela est, ceci va de pair avec votre offre légale, pur sophisme, et implique la même somme de

verbiage sans portée. Il vous faut affirmer la vérité ou la fausseté d’une assertion, avant d'affirmer qu’elle est sans fondement et illégitime. Mais la vérité ou la fausseté d’une assertion, c’est la question en litige Je donne un exemple : Je soutiens que la religion chrétienne est d’origine divine. Vous ferez remarquer que la vérité ou la fausseté de cette assertion sont le point en litige, et qu’af firmer l’une nu l’autre sans preuve, c’est poser la question. C’est ce que vous faites lorsque vous soutenez que les assertions sont sans fondement et illégitimes.

Mais peut-être vous ai-je tout le temps mal compris. Vous ‘pensez probablement ” que toutes les assertions favorisant le christianisme sont sans fondement et illégitimes, tandis que toutes celles que l’on produit contre lui sont toujours justes. Si c’est là ce que vous vouliez dire, vous auriez dû avoir ‘‘ dans l’âme le courage ” de l'affirmer et ne pas dissimuler vos insinuations sous des phrases sans signification et des lieux communs. Je remarque que vous aimez de faire de courtes maximes, qui, après examen, ne signifient rien, à moins qu’elles ne couvrent une fausseté. Elles sont répandues dans votre article avec tant de profusion que l’on est naturellement amené à croire que vous les proposez pour arguments : Mais:

Ingersoll. — Les miracles sont une monnaie vile et de mauvais aloi.

Commentateur. — Cela dépend. Et je dois ici faire la même distinction que pour les assertions. Si le miracle est un fait il n’est ni sans fondement ni illégitime. Or la réalité ou la fausseté du miracle est le point en question. Jusqu’à ce qu'il soit définitivement réglé, non par des assertions, mais par des arguments valides, vous ne pouvez pas dire qu'il est illégitime, car lorsque vous faites une pareille affirmation vous faites une pétition de principe. Faire des suppositions quand il s’agit d'arguments c’est comme si, à une partie aux échecs, vous demandiez à votre adversaire une tour ou un cavalier. C’est une marque de faiblesse avouée.

Zngersoll, — Nous avons le droit de juger en second ressort la justice, même d’un dieu.

Commentateur. — Si par ‘un dieu” vous entendez quelque déité de la mythologie païenne, je ne puis m'arrêter a une telle considération. Si vous entendez l'Être infini, que les chrétiens appellent Dieu, je vous refuse le droit ou la compétence de juger en second ressort sa justice, pour les raisons que j'ai déjà données et que je n'ai nul besoin de répéter ici. Il suffit de dire que le fini ne peut mesurer l'infini.

Jngersoll. — Personne ne devrait faire l’abandon de sa raison, le fruit de toute l’expérience.

Commentateur. — Vous vous proposez ici de faire naître l'impression que, pour être chrétien, un homme doit faire l'abandon de sa raison. La raison est un don de Dieu, qui veut qu’on la mette en exercice et qu’on s’en serve, et non qu’on en fasse l’abandon. Un jour il demandera à l’homme de lui rendre un compte exact de l’usage qu'il en aura fait. Tandis que vous nous dites de ne pas faire abandon de notre raison, vous donnez un bel exemple de la manière dont l’on peut s’en défaire. Ainsi vous dites :

Zngerso!!. — La raison est le résultat de toute l'expérience.

Commentateur. — Lorsque vous faites de la raison le résultat de l'expérience vous détruisez son entité propre. L'expérience est impossible sans quelque chose qui expérimente. Qu'est-ce qui expérimente P La raison? Non; car si la raison est le résy/fat de l'expérience elle ne peut exister jusqu’à ce que l'expérience ait été complétée. Qu'est-ce donc qui expérimenter? L’individu? Mais l'individu bien moins que la raison est incapable d’expérience. Qu'est-ce donc qui expérimente ? L'esprit ? Mais l'esprit et la raison sont une seule et même chose. La raison est

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l'esprit en action. De fait c’est la raison humaine, ou l'esprit conscient qui expérimente ; il est donc antérieur à l'expérience, et puisqu'il lui est antérieur il ne peut donc pas en être la conséquence. Sans la raison, l'expérience est impossible, et par conséquent lorsque vous faites de la raison le résultat de l'expérience vous rejetez et la raison et l'expérience. Voilà la conséquence logique de votre proposition. Vous dites encore :

Zngersoll. — La raison est le fruit de ’oufe l'expérience. |

Commentateur. — Par ce ‘toute” vous entendez, je suppose, l'expérience de tout l'univers unie à la vôtre. Mais vous vous êtes interdit vous-même le droit au bénéfice de l’expérience des autres, car cette expérience ne peut vous être connue que par des assertions et des propositions. Or, vous avez déclaré ex cathedra que les assertions sont une monnaie vile et de mauvais aloi, et rejeté avec mépris les propositions d’un passé qui n’est plus, par leruel seul l'expérience de la race humaine peut ètre connue. Vous avez scié la branche sur laquelle vous êtes assis, et vous vous êtes privé de toute expérience excepté de la vôtre.

Zngersoll, — Elle ‘la raison ” est le capital

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intellectuel de l’âme, sa seule lumière, son seul guide.

Commentateur. — La raison c’est l'âme ou l’intellect lui-même dans l’action consciente : par conséquent elle ne peut être son capital.intellectuel, ou sa seule lumière ou son seul guide. Vous semblez oublier ce que vous avez dit avant, à savoir, que la raison est le résultat de l'expérience. Or, dire que la raison est la seule lumière et le seul guide de l'âme, et en même temps le résultat de l'expérience, c'est se contredire soimême. Qu'est-ce qui éclaire et guide l'âme lorsqu’elle expérimente? La raison? Non ; car vous nous avez dit que la raison est le résw/fat de cette expérience. Un résultat, c'est un effet, et un effet ne peut précéder sa cause. Il suit donc, de votre propre définition, que la raison n’est pas, ni ne saurait être, la lumière ou le guide de l’âme. Mais même si vous ne vous étiez pas remarquablement contredit, votre ass-rtion que la raison est la seule lumière, etc., ne saurait être acceptée, car c'est une misérable pétition de principe dans la question en litige — une négation de la révélation comme guide de la raison, ce qui, vous le verrez, est le point agité entre vous et le chrétien. Votre proposition avance ainsi habilement,

comme prouvé, ce que vous émettez comme de-

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vant être prouvé. C'est une des spécialités de votre méthode dans le débat. C’est pour cela que je me trouve dans la nécessité d'analyser presque toutes vos assertions.

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